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Full text of "Les plantes"

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LES 
PLANTES 



TOUS DROITS DE REPRODUCTION 

DE TRADUCTION, D'ADAPTATION ET D' EXÉCUTION RÉSERVÉS 

POUR TOUS PAYS 



COPYRIGHT 1922, BY THE LIBRAIRIE LAROUSSE, PARIS 



HISTOIRE NATURELLE ILLUSTRÉE 



LES 



PLANTES 



Par J. COSTANT1N 

Membre de l'Institut 
Professeur au Muséum 
national d'Histoire naturelle 



ET 



F. FA1DEAU 

Professeur de Sciences 
naturelles 




'00 MeCAUl ST. 
TORONTO 28. ONTANO 



PAJ{JS - LJBJlATJiJE LAROUSSE 



73^ 



^ l¥3. 7 




L'AGONIE D'UN BOUDDHA; RUINES DE PHITSANULOK (SIAM). 



LES PLANTES 



INTRODUCTION 



LA CIVILISATION ET LES PLANTES 

LORSQUE l'homme civilisé se promène à travers les rues 
des grandes capitales, il observe partout les traces de l'acti- 
vité de ses semblables, et la végétation semble avoir disparu 
totalement de son voisinage; le sol est recouvert de pavés ou de 
bitume et la terre nourricière des plantes est complètement sup- 
primée : les maisons, les usines, les palais, les temples apparaissent 
à tous les coins de l'horizon et le végétal paraît absent ou dompté. 
Cependant, de-ci de-là, quelques arpents de sol sont demeurés 
libres et transformés en jardins pour rappeler au souvenir de l'ob- 
servateur qu'au delà des fortifications des villes se pressent des 
légions d arbres et d'herbes prêts à livrer l'assaut. A la moindre 
défaillance de la civilisation, de partout affluent des semences 
qui s insinuent entre les pierres des édifices pour les disjoindre, les 
renverser et pour reprendre possession d'un empire qui a été traî- 
treusement enlevé aux vrais possesseurs du sol. On pouvait voir, 
il y a quelques années, à la Cour des Comptes, une telle expé- 
rience faite en plein Paris, par la volonté du gouvernement et du 
parlement. C'était une ruine bien étrange et bien curieuse. Le 

LES PLANTES. 



monument tel qu'il était sorti des mains des fédérés de la Com- 
mune, dévasté par l'incendie, ses balcons tordus, ses pans de murs 
à moitié écroulés, ses pièces à jour au travers desquelles on voyait 
le ciel, avait été abandonné à l'invasion du monde végétal. Les 
plantes avaient pullulé, les herbes folles, les arbres s'étaient installés 
en maîtres, et, après dix années, leur œuvre avait été extraordinaire. 
La civilisation humaine est donc une simple tache, une moisis- 
sure à la surface de l'écorce terrestre que les hommes entretiennent 
et défendent par une lutte de tous les instants, avec un acharne- 
ment inlassable. Dans nos climats du Nord, la lutte est déjà 
intense, mais dans les pays chauds, le combat est plus âpre encore : 
Le lecteur pourra contempler le Bouddha majestueux et résigné 
représenté par notre première gravure ; ce dieu, habillé de végéta- 
tions, coiffé de lianes, assiste à son propre émiettement dans les 
solitudes du Siam ; là, les monuments abandonnés disparaissent ra- 
pidement, engloutis sous la forêt vierge voisine, et cela peut être un 
moyen de conservation partielle. Tel est le cas pour les ruines 
d'Angkor, au Cambodge, où les palais merveilleux de cette ville 
enchantée et mystérieuse ont été ensevelis pendant des siècles, 
ignorés des humains, sous la forêt qui avait repris possession du sol. 



LES PLANTES 



L'homme a d'ailleurs porté la lutte sur le territoire ennemi, et 
partout, surtout dans les pays septentrionaux, le monde des plantes 
est soumis à sa sévère discipline, domestiqué pour son usage. 
Chaque année, surd'immenses territoires, la végétation est enlevée, 
le sol nettoyé par un labour patient, et la semence féconde est dé- 
posée en terre « par le geste auguste du semeur ». C'est grâce à 
ces grandes plaines cultivées et aux récoltes qu'elles produisent 
que le civilisé, voyant son pain assuré, peut scruter le ciel ou 
descendre en lui-même et créer la science, l'art, la poésie et tout 
le magnifique édifice de la civilisation. 

Si en Europe notre aliment fondamental est obtenu grâce au 
Blé, c'est à l'aide du Riz que les immenses populations asiatiques 
se nourrissent dans les contrées chaudes, et la culture en est faite 
en terrains inondés. L'humidité abondante fournie aux plantes, 
jointe à la chaleur intense du soleil, peut permettre deux récoltes 
en une année; aussi ne devons -nous pas être étonnés de savoir 



une attention inquiète qu'il surveille la levée de son Blé, l'éclosion 
des fleurs de sa Vigne; chaque jour amène une occupation nou- 
velle et un souci nouveau; tantôt c'est la gelée qu'il redoute, la 
grêle, l'orage ; à un autre moment il se lamente sur la sécheresse 
ou bien il gémit sur l'absence du soleil, sur la lenteur avec laquelle 
mûrissent ses moissons. Par contre, à d'autres heures, quelle acti- 




Ruines de la Cour des Comptes, en 1898. 



que l'Asie a été le berceau des grandes civilisations de l'antiquité, 
qui se sont toujours épanouies là où l'eau abondait dans les pays 
chauds, comme le long du Nil dans l'ancienne Egypte ou de l'Eu- 
phrate et du Tigre dans la Chaldée où naquit la culture du Blé. 

Pascal a comparé l'humanité à un homme qui vivrait toujours 
et toujours progresserait. Sa tâche primitive, à l'aube de l'histoire, 
a été de lutter contre les plantes et de les utiliser. On peut compa- 
rer cet homme-humanité qui ne meurt jamais à un laboureur ou à 
un jardinier dont la vie entière est occupée aux soins qu'il donne 
à la végétation. Depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher il vit 
avec les plantes, il les soigne, il les arrose, il les plante, il les 
repique, il les arrache, il les récolte, il les vend. 11 consacre un 
certain temps chaque jour à nettoyer le sol, à ratisser les allées afin 
d'arrêter l'invasion des herbes folles, mais ses principaux efforts 
sont consacrés aux grands champs cultivés ou aux plantes du pota- 
ger qui doivent le nourrir. Il ne néglige cependant pas le jardin 
d'agrément qu'il inonde d'une pluie bienfaisante, car les belles 
fleurs réjouissent le regard, éloignent la tristesse et contribuent 
puissamment à l'embellissement de la vie en jouant un rôle si im- 
portant dans l'art et dans l'ornementation. 

L'homme des champs, laboureur ou viticulteur, n'a point 
d'autre pensée que celle de faire fructifier son champ, et c'est avec 




Cl. de l'Office colonial. 
Ruines d'Angkor-Vat (Cambodge). 

vite il déploie, par exemple à l'époque du jaunissement des champs 
de Blé, au temps de la vendange. Il n'a qu'une idée en tête, celle 
de ses plantes et de la récolte qu'il en attend. 

Le citadin n'a pas de pareilles pensées et il oublie volontiers 
quelle place importante le monde végétal tient dans son existence. 
Il lui suffit cependant, pour s'en rendre compte, d'aller se promener 
un matin sur un marché, par exemple sur le carreau des Halles, 
pour voir l'immense variété de tout ce que consomme chaque 
jour une grande capitale comme Paris. Dans le roman d'Emile 
Zola, « le Ventre de Paris », cette description est faite d'une 
manière puissante et c'est une obsession pour le lecteur que de 
voir réapparaître à tous les chapitres cette énumération formidable 
de ce qu'exige la vie de plusieurs millions d'hommes en légumes, 
en fruits de toutes sortes : carottes, oignons, navets, pommes de 
terre, fraises, cerises, pommes, poires, pêches forment des amon- 
cellements énormes et multicolores, qui, chaque matin, sont 
happés avec une rapidité merveilleuse. Il suffit d imaginer une 
cause quelconque mettant obstacle à l'arrivée de toutes les denrées 
végétales, une grève de chemins de fer, l'apparition d une armée 
ennemie, un siège, une inondation, pour voir tout à coup la vie 
sociale s'arrêter et l'homme civilisé, endormi par le bien-être, dis- 
paraître pour faire place au barbare sauvage et affamé qui consti- 
tuait les hordes primitives de l'humanité. 

Le laboureur, le jardinier, dont toute l'existence est consacrée 
aux soins à donner aux plantes, a tout intérêt à les bien connaître 
et cela à tous les points de vue. Il doit d'abord savoir les distinguer 
les unes des autres. Il est bien évident qu'il ne confondra pas un 
Chou avec une Pomme de terre, mais il devra s'efforcer de dis- 
cerner des différences plus délicates, de distinguer, par exemple, 
les particularités infimes qui séparent les variétés de Céréales. Il 
devra rassembler des séries de plantes voisines appartenant à une 
catégorie à laquelle il se consacrera particulièrement. Celui-là soi- 



INTRODUCTION 



gnera les légumes, et la culture maraîchère n'aura plus de secrets 
pour lui ; cet autre s'attachera aux plantes ornementales de jar- 
dins : les Roses, les Dahlias, les Chrysanthèmes seront l'objet de 
ses efforts; un troisième se consacrera à la culture des serres et des 
merveilles qu'on y rassemble : Orchidées, Fougères, plantes 
grasses, etc., car un seul type de ces plantes mérite une attention 



Les besoins de notre espèce sont innombrables ; l'homme ne 
doit pas seulement se nourrir, il faut qu'il fabrique ses vêtements, 
qu'il se construise des habitations, qu'il alimente en matière pre- 
mière les innombrables industries créées par son esprit inventif. 

Les plantes textiles, comme le Cotonnier, le Lin, le Chanvre 
ont depuis un grand nombre de siècles une place considérable 




Culture du Riz au Japon : la Plantation. 



de tous les instants de la part d'un praticien. Chacun a intérêt à 
avoir une spécialité, à la condition de trouver le moyen de com- 
muniquer sa manie à son semblable, de le convaincre qu'il a acquis 
une maîtrise dans un art difficile et qu'il est intéressant de con- 
server un trésor rassemblé avec beaucoup de peine. Mais le goût 
de la collection n'est pas le seul que doive avoir celui qui vit des 
plantes ; il doit aussi connaître leurs mœurs, leurs propriétés, leur 
manière de vivre; il a besoin de savoir comment elles naissent, 
comment elles se reproduisent, comment elles meurent. Un exemple 
montrera, mieux que toute autre chose, la portée d'un pareil rensei- 
gnement obtenu par un homme habile. Dans les serres de la maison 
Veitch, qui, en Angleterre, sont depuis plus d'un demi-siècle con- 
sacrées à la culture des Orchidées, il y avait vers 1850 un jardi- 
nier émérite nommé Dominy qui cultivait ces plantes avec beau- 
coup de méthode et d'attention ; ayant appris d'un médecin, 
le D r Harris, le mécanisme de la fécondation pour ces fleurs, il 
réussit l'hybridation de Cypripèdes ou Sabots de Vénus et ces croi- 
sements furent féconds. Il fut assez habile pour réaliser la germina- 
tion très difficile des semences ainsi obtenues et, après des années 
d'efforts, les premiers hybrides artificiels d'Orchidées firent leur 
apparition sur la place, et ils trouvèrent des amateurs qui les 
payèrent au poids de l'or; cette expression n'est pas une méta- 
phore, car on a vu un seul pied payé parfois jusqu'à 10 000 francs. 
Evidemment la culture faite de cette façon devient un art extrême- 
ment délicat et l'on conçoit que la maison qui possède un pareil 
artiste fasse les plus grands efforts pour conserver sa collaboration. 
L homme-humanité de Pascal, auquel nous faisions allusion plus 
haut, a été amené, de même que le jardinier auquel nous le compa- 
rions, à se perfectionner dans le cours des siècles, à étendre ses 
connaissances, à multiplier et à varier ses cultures. L'homme ne 
vit pas que de pain, il a besoin de légumes, de fruits. Ces derniers 
occupent une place prépondérante dans son alimentation : chercher 
des fruits comme les poires, les pommes, les cerises, et de plus en 
plus gros, de plus en plus succulents, de plus en plus précoces ou 
de plus en plus tardifs a été une tâche importante. La découverte 
de types de culture supérieurs à ceux qui existaient a été un pro- 
blème de premier ordre qui a contribué à l'enrichissement des 
contrées où les bonnes variétés ont pu se propager. 




Sabots de Vénus. 



dans les cultures 
humaines. Les 
transformations 
de ces matières 
premières ont été 
le point de dé- 
part de toutes les 
inventions de 
machines qui 
font la gloire de 
l'Europe. 

L'évolution 
de l'industrie a 
été aussi provo- 
quée et accélérée 
par la nécessité 
d'extraire les ma- 
tières grasses ou 
oléagineuses d'un 
grand nombre de 
Pavot, Arachide, 



graines : Palmier à huile, Cocotier, Lin, Colza 
Ricin, Cotonnier, Aleurite ou Abrasin, etc. 

Dans ces dernières années, les applications multiples du caout- 
chouc, notamment pour les bandages des roues des bicyclettes, des 
automobiles, de toutes les voitures, ont eu comme conséquence la 
nécessité de récolter ou de produire une quantité énorme de cette 
matière première qui s extrait en saignant diverses plantes, sur- 
tout des grands arbres du bassin de l'Amazone. On croyait les 
réserves des immenses forêts vierges du Brésil inépuisables, mais 
l'industrie de la locomotion a pris un tel essor qu'il a fallu exploi- 
ter les plantes à caoutchouc de l'Afrique tropicale et que les 
Anglais ont installé d'immenses cultures dans les Straits set- 
tlements de la presqu'île de Malacca et dans l'île de Ceylan. 

De même, l'industrie des câbles sous-marins n'a pu se dévelop- 
per que grâce à la gutta-percha, et l'exploitation des arbres pro- 
ducteurs a été faite avec une intensité si barbare dans les forêts de 
1 archipel de la Sonde que des espèces précieuses ont complètement 
disparu ; ce serait une perte sans remède si heureusement le jardin 



LES PLANTES 




botanique de Buiten- 
zorg, à Java, n'avait pris 
soin de sauver les types 
les plus rares et de la 
plus haute valeur qu'une 
exploitation féroce allait 
faire disparaître. 

L'industrie du bois 
de construction est 
beaucoup plus impor- 
tante et plus ancienne. 
C'est par l'exploitation 
des forêts que l'homme 
a de tout temps extrait 
les matériaux dont il a 
besoin pour la construc- 
tion de ses maisons, de 
ses meubles, de ses par- 
quets et de tous les me- 
nus objets fabriqués par 
le menuisier, le tour- 
neur, et dont on ne peut 
se passer. L'exploitation 
se fait d'une manière in- 
tense dans la montagne, 
et les troncs d'arbres, 
précipités dans les lacs, 
les rivières, sont amenés 
par flottage, ce qui réduit singulièrement les frais de transport. 

L'industrie de la teinture est depuis longtemps extrêmement 
florissante : dans tous les temps et chez tous les peuples, les étoffes 
aux couleurs vives ont toujours été appréciées et les matières colo- 
rantes comme l'indigo, la garance, pour ne citer que les plus 
connues, peuvent s'extraire de certaines plantes. Les espèces à ta- 
nin qui servent au tannage des peaux sont également indispensables 
pour l'industrie et partout on recherche avec soin les plantes nou- 
velles qui peuvent en fournir, car ce n'est pas seulement de l'écorce 
de Chêne que l'on peut l'extraire, et la Canaigre notamment, qui 
pousse à l'état sauvage et en grande abondance dans les terres 
basses et sablonneuses de l'Arizona, du Mexique, a dans ces der- 
niers temps beaucoup attiré l'attention des tanneurs. 

Les plantes narcotiques, comme le Tabac, le Pavot à opium, 
occupent une place malheureusement trop grande dans la vie 
humaine, car s'il y a des plantes indispensables, il en est un cer- 
tain nombre, comme l'Absinthe ou celles qui produisent le has- 
chisch, dont on pourrait avec avantage se passer. 

Beaucoup de plantes sont bienfaisantes et le nombre des 
plantes médicinales est considérable. Si, pour certaines d'entre 
elles, les propriétés curatives qu'on leur attribue ne sont pas tou- 
jours aussi effectives que veulent bien le dire ceux qui les préconi- 
sent et s'il y a des modes dans les médicaments comme en toutes 
choses, il y a par contre des plantes (comme le Quinquina, qui 



Le flottage du bois au Canada. 



Cl. J. Boyer. 




Bestiaux dans un pâturage. 



fournit la quinine) qui 
ont rendu d'immenses 
services à l'humanité. 

Enfin, l'homme n a 
pas seulement à s'oc- 
cuper de ce qui peut 
l'intéresser lui-même, il 
doit encore songer aux 
animaux qu'il a domes- 
tiqués et qui lui rendent 
des services si grands 
dans toute son existence. 
Le perfectionnement de 
l'industrie tend à réduire 
leurs services : le déve- 
loppement prodigieux 
de l'automobilisme n'ar- 
rivera peut-être pas à 
supprimer le cheval, 
mais certainement à ré- 
duire beaucoup son em- 
ploi. Cependant l'hom- 
me n'est pas près de se 
passer du bœuf de la- 
bour, de la vache à lait, 
du mouton de bouche- 
rie. Il faut nourrir tout 
ce bétail, et l'alimenta- 
tion de tous ces animaux est l'origine de très grandes cultures four- 
ragères. Dans les pays du Nord, la constitution des pâturages est 
facile; mais dans les régions désertiques il n'en est plus ainsi et la 
question de l'élevage du bétail devient une des grandes préoccu- 
pations de l'agriculteur. Les plantes des pays très secs où la végé- 
tation est restreinte sont d'ailleurs armées contre la dent des rumi- 
nants par des épines qui les protègent très efficacement. Il faut 
donc trouver des espèces ou des variétés que la nature et l'art du 
sélectionneur sont parvenus à rendre lisses et qui peuvent servir à 
l'alimentation des animaux domestiques. 

Cette rapide revision suffit pour nous faire entrevoir l'impor- 
tance immense des plantes pour l'homme et le rôle considérable 
qu'elles jouent dans les civilisations. Ne négligeons pas de rappeler 
qu'elles servent à embellir l'existence humaine, si souvent attristée ; 
quelques fleurs à la fenêtre de Jenny l'ouvrière lui donnent un 
peu de joie et de gaieté. L'élégance des fleurs et leur beauté les 
rendent extrêmement intéressantes pour l'artiste et la place qu'elles 
occupent dans l'art moderne est considérable. 

Elles ont d'ailleurs une autre tâche, moins apparente celle-là, 
mais non moins efficace, c'est de purifier l'atmosphère que la vie 
animale vicie d'une manière intense par la respiration ; sans les 
plantes qui régénèrent l'oxygène et qui absorbent l'anhydride 
carbonique, l'atmosphère deviendrait bientôt irrespirable et la vie 
disparaîtrait de la surface du globe. On peut se rendre compte de 
leur utilité quand, dans un appartement, dans 
un laboratoire, on veut avoir un aquarium 
pour y élever des petits poissons, il est indis- 
pensable d'y mettre des plantes d'eau afin de 
régénérer l'oxygène ; sinon il faut faire circuler 
dans le liquide un courant de bulles d'air. La 
plante joue donc un grand rôle dans les har- 
monies naturelles; sans le végétal, l'animal ne 
peut exister, non seulement parce que le pre- 
mier fabrique l'air respirable, mais parce qu'il 
lui donne les éléments de sa nourriture. La 
plante se contente pour vivre de l'air, de la 
lumière et du sol. On a pu dire que c'est 
« un rayon de soleil condensé ». 

Un autre rôle des plantes ne peut pas être 
passé sous silence, celui des infiniment petits 
sous forme de poussière dans l'atmosphère et 
qui constituent les microbes dont les immor- 
tels travaux de Pasteur ont révélé l'immense 
importance. Les Champignons microscopiques 
ont un rôle presque aussi grand dans le monde ; 
ils pullulent partout sous forme de moisis- 
sures, de parasites, et les maladies contagieuses 
qui s'étendent à toutes les plantes cultivées 
d un pays pour le ruiner manifestent ainsi 
l'étendue de leur domaine. 



Cl. C. Reid. 



INTRODUCTION 




Forêt de Fougères arborescentes en Australie. 



LES ASPECTS DE LA VÉGÉTATION 

Le vent, les eaux, le feu central, creusent les vallées, sculptent 
les rivages, créent les reliefs. Les grandes lignes du paysage résul- 
tent du travail incessant de ces forces qui modèlent les roches 
composant l'écorce terrestre. Cette ossature 
déroches compactes, massives, n'apparaît 
qu en un petit nombre de points; partout 
ailleurs, elle est recouverte d'une riche pa- 
rure de plantes qui puisent leur nourriture 
dans le sol superficiel ou terre végétale. 

La terre végétale. — Comment se 
forme la terre végétale ? Les premiers arti- 
sans en sont les Lichens, plantes inférieures 
qui, sous la forme de lames ou de croûtes 
blanchâtres, grises, jaunes ou brunes, sont 
répandues partout sur l'écorce des arbres, 
les murs, le sol. Les Lichens prennent 
possession du roc nu, s'y cramponnent, atta- 
quent sa surface et, de leurs débris accumu- 
lés, joints aux débris de la roche, forment 
une mince couche de matière organique 
dans laquelle se développent bientôt les 
germes de Mousses qu'apporte le vent. 
Celles-ci continuent l'attaque, ajoutent à 
l'épaisseur de la couche d'humus et pré- 
parent le terrain dans lequel vivront plus 
tard des végétaux d'un ordre plus élevé. 

La durée d'une existence humaine suffit 
à l'accomplissement de ce travail. Des vieil- 
lards vous diront qu'au temps de leur en- 
fance ils ont connu, blanc et net, dans la 
nouveauté de sa pierre, le mur de ce jardin 
de village dont les parois disjointes sont 

LES PLANTES. 




Orpins et Joubarbes sur un mur 



maintenant mouchetées de Lichens, tapissées de verdure et de 
Heurs, et dont le faîte disparaît sous une végétation adventice de 
Coquelicots, de Giroflées, de Sédumsou Orpins et de Joubarbes. 
Certaines tranchées de chemins montrent comment la roche cède 
a 1 action des racines (fig. ]). En bas, elle est intacte; plus haut, 
craquelée, puis formée d'éléments séparés, 
de pierrailles disséminées dans une sub- 
stance déjà terreuse ; elle disparaît com- 
plètement dans la partie superficielle qui 
supporte les végétaux. 

Les flores naturelles ou modifiées par 
1 homme sont un des éléments importants 
du paysage. Tous les lieux où les plantes 
ne peuvent vivre : déserts, régions polaires, 
sommets glacés, sont l'image même de la 
mort et de la désolation. Combien, grâce 
aux végétaux, sont admirablement variés 
les spectacles de la nature ! 

Au cours de cet ouvrage, nous étudie- 
rons 1 action du milieu sur les plantes, 
ainsi que les lois qui président à leur dis- 
tribution à la surface du globe. Nous vou- 
lons seulement, pour l'instant, appeler l'at- 
tention sur leurs physionomies si diverses, 
sur leurs modes de groupement, et contem- 
pler en amis du beau quelques paysages 
botaniques. 

Qu on se serve du gros bout ou du petit 
bout de la lorgnette, qu'on contemple du 
haut d'une colline un vaste ensemble de 
pays ou qu'on se penche sur le moindre 
tapis de verdure, le spectacle offert par le 
monde végétal est toujours magnifique. 

<< Je n'ai jamais observé la simple co- 
rolle de la plus petite fleur, dit Bernardin 

I. 



LES PLANTES 



Petite flore 



de Saint-Pierre, que je ne l'aie vue 
composée d'une matière admirable, 
parsemée de brillants et teintée des 
plus vives couleurs. » 

La flore d'un talus. — Voulez- 
vous que, pour commencer, nous re- 
gardions ensemble un paysage en mi- 
niature : le talus de ce chemin creux. 
C'est l'hiver : l'herbe est rare et les 
fleurs sont absentes, mais des Lichens 
barbus, étalés, ramifiés de dix façons 
montrent les singularités de leur végé- 
tation ; le sol est recouvert des étranges 
frondaisons des Peltigères, des cornets 
menus des Cladonies et de la minuscule 
forêt des Mousses aux tiges élégantes et 
aux feuilles diaphanes. Au printemps, 
le spectacle change : les Mousses se 
surmontent de leurs mignonnes cap- 
sules, des fleurettes se dressent par- 
tout et, par larges plaques, le tapis des 
herbes disparaît sous les Pâquerettes 
étalant au soleil leurs rayons blancs et 
leur cœur d'or. Puis, c'est la poussée 
des hautes herbes : Graminées aux 
nuances ternes, mais gracieuses quand 
même par la disposition de leurs inflo- 
rescences. Millepertuis aux corolles do- 
rées, Coquelicots écarlates, Bouillon 
blanc à la colonne de fleurs jaune pâle 
érigée sur un imposant piédestal de 
feuilles épaisses et cotonneuses, et bien 
d'autres plantes encore que des semis 
de hasard apportèrent en ce lieu. 

L'automne amène la déchéance des 
plantes à fleurs; leur tige se dessèche, 
leurs feuilles jaunissent, se flétrissent, 
s'envolent à tous les vents. Les hum- 
bles végétaux, Mousses et Lichens, 

enfouis sous la forêt des herbes hautes, reparaissent au jour et re- 
prennent, avec l'humidité croissante, le cycle interrompu de leur 
végétation. 

Les saisons qui se renouvellent et qui, comme on l'a dit juste- 
ment, sont les climats qui voyagent et nous viennent trouver, font 
de cet étroit espace de terrain un tableau changeant. La vie y 
est active, la lutte intense pour la conquête de la lumière et la 
possession du sol ; des espèces succombent, d autres dominent, 




Cl. de M. F. FaiJeau. 
d'un talus. 




Fig. 1. — Formation de la terre végétale 




Conifères : Un bouquet de Pfns sylvestres. 



jusqu'à ce qu'une nouvelle plante 
mieux douée vienne arrêter leur marche 
envahissante ou même les éliminer com- 
plètement. C'est, sur une scène res- 
treinte, toute la vie du monde végétal. 

La forêt en France. — Mais 
quittons ce minuscule coin de terre. La 
forêt est là toute proche et qui nous 
attire, infiniment variée dans ses as- 
pects, avenante et gaie dans ses clai- 
rières, inquiétante et hostile dans ses 
vallons sombres, émouvante partout. 

Chaque arbre a sa beauté, ses carac- 
tères, sa physionomie et produit une 
impression particulière rendue beau- 
coup plus saisissante par le groupement. 
Le Chêne, roi de nos forêts, est ro- 
buste, majestueux; de son écorce cre- 
vassée, de ses branches tordues, se 
dégage une impression de grandeur. 
Le Hêtre, tout aussi puissant, est plus 
élégant, avec son tronc droit, son 
écorce lisse, ses feuilles minces et régu- 
lières. Le Bouleau est gracieux, dé- 
licat; son écorce est d'un blanc d'ar- 
gent; ses branches sont légères, flexi- 
bles, ses feuilles s'agitent au moindre 
vent. Les Conifères, enfin, ont un 
feuillage sombre et serré qui les rend 
lourds, massifs; leurs troncs cylindri- 
ques, égaux et tous pareils, ont un 
aspect monotone et triste. 

Au printemps, lorsque le feuillage 
encore léger laisse filtrer de larges 
nappes de lumière, le sol des bois se 
pare. Perce-neige, Anémone sylvestre, 
Narcisse jaune, Jacinthe sauvage, Mu- 
guet, Sceau-de-Salomon, qui couvrent 
souvent d'immenses espaces, fleurissent 
à peu près en même temps et pendant une courte période. Plus tard, 
la frondaison s épaissit, la lumière manque; le sous-bois ne s'égaie 
que de quelques fleurs rares et peu brillantes. 

L immensité du sujet nous déborde et nous trouble. Où trouver 
la place de décrire la fougeraie, les Bruyères, la si jolie flore des 
clairières avec ses Violettes, ses Pervenches, ses Véroniques, ses 
Lamiers, ses Stellaires, et celle, si curieuse, qui apparaît pendant 
les périodes successives d'exploitation des taillis. C'est un fait bien 

connu que dans l'année qui suit la 
coupe d'un bois, toute une flore s'épa- 
nouit dont aucune trace n'existait aupa- 
ravant. Des Ronces aux tiges féroce- 
ment armées arrêtent le promeneur; la 
Douce-amère s'enroule autour des 
jeunes arbres çà et là oubliés dans la 
coupe précédente, un épais tapis de 
Fraisiers couvre le sol ; les Digitales, 
en terrain siliceux, dressent orgueil- 
leusement leurs hampes garnies de co- 
rolles tubulées. L'année suivante, le 
taillis a poussé; la végétation herbacée 
est moins variée; elle disparaît peu à 
peu à mesure que l'ombre s'accroît, 
pour reparaître dix à quinze ans plus 
tard quand les jeunes arbres tomberont 
de nouveau sous la cognée du bûche- 
ron. Ya-t-illàapport de graines venues 
d'endroits situés hors de la coupe ou 
germination de graines restées inactives 
dans le sol depuis la dernière exploi- 
tation ? C est un point fort discuté. 

La végétation tropicale. — 

Nos forêts paraissent vides et nues, si 
on les compare à la forêt tropicale, telle 
qu'on peut l'admirer dans l'Inde, au 
Congo, au Brésil. C'est une masse so- 
lide et compacte de verdure composée 



INTRODUCTION 




Cl. 0:1 col. 
La végétation en forêt tropicale. 




Une colonie de Digitales pourpres, en forêt de Meudon. 



de centaines d'espèces d'arbres très différents. Les fleurs de ces 
arbres n'apparaissent pas toutes ensemble, comme sous nos climats; 
elles se succèdent pendant toute l'année, sont souvent petites et 
leurs couleurs ne frappent pas les yeux par leur masse. Partout le 
voyageur admire ou s'étonne. Certains arbres ont des fruits étranges, 
tel ce curieux Kigelia, l'Arbre à saucissons du Victoria-Nyanza, 
dont les fruits cylindriques, suspendus à l'extrémité de leur long 
pédoncule, évoquent, sur ces terres lointaines, de vagues souvenirs 
de la foire aux jambons. 

Les Palmiers forment une des particularités les plus saillantes de 
la région tropicale; les Fougères y abondent, les espèces arbores- 
centes constituent des groupes importants dans les forêts de l'Amé- 
rique, de l'Australie, de Java, de l'Afrique tropicale, etc. Les Bam- 
bous, dans les terrains un peu frais, atteignent une grosseur et une 
taille extraordinaires. Après les grands arbres, ce qui frappe le plus 
dans la forêt tropicale, c'est la profusion de plantes grimpantes qui 
vont fleurir au sommet des arbres, en pleine lumière. Les plantes 
épiphytes, Orchidées, Broméliacées, Fougères, recouvrent les 
branches, et chaque arbre devient lui-même une petite forêt. 

Pour consoler ceux qui n'ont pas vu et ne verront jamais les 
splendeurs de la forêt tropicale, ajou- 
tons avec le naturaliste Wallace : 
« Cette richesse de végétation devient, 
à la longue, monotone, oppressive, et 
on regrette parfois les teintes de l'au- 
tomne, si riches et si variées, des ré- 
gions tempérées, le froid sommeil de 
l'hiver et le charme du réveil de la 
nature au printemps. » 

Le contraste est extraordinaire entre 
ce monde végétal exubérant, touffu, 
formidable et la maigre végétation des 
régions désertiques ou semi-déserti- 
ques. Quels arbres étranges que ces 
Dracœna qui se dressent sur les pla- 
teaux de l'île Socotora, non loin de 
la côte des Somalis. Combien sont 
curieux certains aspects de Madagas- 
car, montrant ces bosquets d'énormes 
Baobabs au tronc renflé à la base, ou 
les vallées du Natal, couvertes d'herbes 
rudes et d Aloès géants, colonnes cy- 
lindriques terminées par une rosace 
de feuilles épineuses. 

Les prés et les moissons. — 

La flore de la prairie, composée de 
plantes vivaces, amies du plein soleil, 
est abondante et variée. Les condi- 
tions d'humidité, la nature du terrain 
qui favorisent telle ou telle espèce, le 



rythme saisonnier font de la prairie un parterre où se modifient 
constamment le décor floral et la nuance du fond, c'est-à-dire le 
vert des Graminées. Quelques Pâquerettes égaient seules le court 
gazon de l'hiver. Véroniques, Primevères, Cardamines, Boutons 
d'or apparaissent au printemps, bientôt suivis du blanc Narcisse 
des poètes, dans les prairies de montagnes. Au début de juin, 
sous la triple action de la chaleur, de la lumière et de l'humidité, 
tout un jardin jaillit du milieu des herbes : les grappes bleues des 
Sauges se dressent; les Scabieuses et les Jacées forment des nappes 
violettes et les Grandes Marguerites de larges taches blanches ; cà 
et là fleurissent des Plantains, des Salsifis, des Orchidées; plus 
tard, c'est le tour des Liserons, de l'Aigremoine, de la Tanaisie, 
du Millefeuille, de la Carotte sauvage et des Campanules. Dans 
les prés humides, septembre fait apparaître les larges corolles du 
Colchique d'automne, messager de l'hiver prochain. 

Dans les Blés, croissent trop abondamment nos plus belles fleurs 
sauvages : Bleuet, Coquelicot, Nielle, Souci, Matricaire, Spécu- 
laire miroir de Vénus, Pied-d'alouette, Chrysanthème des moissons, 
Nigelle, Scandix peigne de Vénus et cent autres. Cette flore élé- 
gante, venue d Orient avec les céréales, comprend surtout des 




Cl. de M. Alluaud. 



Kigelia d'Afrique ou arbre à saucissons (région du Victoria-Nyanza, 



LES PLANTES 




Groupe de Palmiers (Borassus flabelliformis) [Ancien Togoland]. 



Cl. G. Fischer (Vegetationsbilder). 



végétaux annuels qui sont semés avec elles, grandissent en même 
temps que les chaumes, et mûrissent la plupart de leurs graines, 
avant que, de sa faucille, le moissonneur ne les couche sur le sol. 

La haie. — Évoquons, en passant, la splendide floraison prin- 
tanière des arbres fruitiers de nos vergers et arrêtons- nous quelques 
instants au pied de la haie. Pour protéger son domaine, l'homme 
l'enclôt surtout de plantes épineuses. Dans la haie, le Prunellier 
et l'Aubépine étalent leurs rameaux pointus comme des alênes ; les 
aiguillons des Ronces et ceux de l'Églantier renforcent cette ligne 
de défense et la rendent impénétrable. Par un curieux contraste, 
ces plantes, si peu accueillantes, ont d'admirables floraisons qui 
s'échelonnent du printemps à la fin de l'été. L'hiver à peine fini, 
le Prunellier ouvre la marche et dissimule ses piquants sous l'éphé- 
mère parure de ses fleurs délicates ; en mai, l'Aubépine lui succède 
et entremêle de blancs bouquets la verdure de ses feuilles ; en juin 
et durant une partie de l'été, l'Églantier épanouit ses grandes fleurs 
rosées au si doux parfum; la Ronce le suit de près et garde jusqu'à 
l'arrière-saison quelques rameaux fleuris. 

Au pied de la haie, vit tout un monde d herbes qui profite de 
l'abri de son feuillage et de la fraîcheur qu'il entretient; autour de 
ses rameaux épineux s'enroulent des Liserons, des Chèvrefeuilles, 
s'accrochent des Bryones et des Clématites. 

Quand les derniers pétales sont tombés, que les feuilles com- 
mencent à jaunir, puis à tournoyer sous le vent d'automne, la 
haie est encore superbe sous sa parure de fruits ; mûres et pru- 
nelles aux nuances sombres qui font ressortir le rouge éclatant 
des cenelles des Aubépines, des cynorrhodons des Églantiers et 
la blanche cascade des longues aigrettes plumeuses des Clématites. 



La montagne et les eaux. — En montagne, la température 
s'abaisse d'environ un degré tous les 200 mètres, de sorte que, sur 
quelques kilomètres, tous les climats se superposant. On peut dire 
de toutes les montagnes ce que Labillardière a dit du Liban : elles 
portent l'hiver sur leur tête, le printemps sur leurs épaules et l'au- 
tomne dans leur sein, tandis que l'été dort à leur pied. En quelques 
jours ou même quelques heures, le voyageur qui fait l'ascension 
d'une haute montagne en région tropicale voit passer sous ses 
yeux toute la végétation d'un hémisphère de l'équateur au pôle. 
Aucune montagne n'est plus intéressante à ce point de vue que le 
Kilimandjaro, situé sous l'équateur et haut de 6 000 mètres. 
L'un de ses explorateurs, Alluaud, a rapporté de son voyage 
d'impressionnantes photographies. Nous publions ici l'une d'elles, 
représentant le val de Buamba. Ces arbres étranges chargés de 
plantes épiphytes prospèrent à 3 500 mètres d'altitude. 

En gravissant nos Alpes, le touriste traverse d'abord des forêts 
où il voit disparaître successivement le Chêne, le Hêtre, le Charme 
et le Frêne; puis, plus haut, les Pins et les Mélèzes eux-mêmes. 
Ensuite, il ne rencontre plus que des arbustes nains, rabougris : 
Saules, Bouleaux et autres, et les jolies plantes alpines : Silènes, 
Saxifrages, Androsaces, Draves, Armoises, Primevères, Solda- 
nelles, Linaires, Gentianes, Linnées, etc. Leurs touffes basses, 
serrées, compactes, aux feuilles menues, disparaissent, la saison 
venue, sous les larges corolles innombrables, admirablement belles 
et si vivement colorées ! 

Les pentes sèches et ensoleillées sont garnies de plantes velues 
et laineuses dont Y Edelweiss (Gnaphale pied de lion) est le type 
le plus connu. Dans les lieux frais vivent des plantes à feuilles 
molles et vertes : Fougères (Woodsia et autres), Pédiculaires, 





Cl. G. Fischer ( Veyetationsljilder). 
Dracœna Cinnabari, de l'ile Socotora (Océan Indien). 



Un bouquet colossal de Bambous, dans l'ile de Ceylan. 




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INTRODUCTION 



Anémone à fleur de 
Narcisse, des Orchi- 
dées (Nigritella), l'An- 
colie alpine, le Trolle 
d'Europe, la si jolie 
Violette éperonnée, etc. 

Les expériences de 
Gaston Bonnier ont mis 
en évidence l'influence 
du climat de la mon- 
tagne sur la végétation 
des espèces. Des graines 
provenant d'une même 
plante étaient semées 
dans des sols de même 
composition, les unes à 
Fontainebleau ou à 
Pierrefonds, les autres 
dans les Alpes, de I 050 
à 2 400 mètres de hau- 
teur. II a vu ainsi que 
l'altitude développe les 
parties souterraines, tan- 
dis que les organes aé- 
riens se réduisent. Cette 
réduction est visible sur 
notre Planche en couleurs dont le 
haut est occupé par des plantes de 
fortes altitudes, et le bas par des 
plantes vivant en des lieux moins 
élevés. Avec l'altitude, le coloris des 
fleurs s'accentue : les Campanules 
sont d'un bleu plus intense ; la cou- 
leur jaune des Lotiers tourne presque 
au rouge. 

Plus haut encore, des Mousses et 
des Lichens persistent seuls. De 
place en place cependant, jusqu'à 
3 000 mètres et au delà, de petits 
espaces qui se trouvent favorisés par 
l'exposition sont couverts des plus 
charmantes fleurs de la région alpine : 
ce sont les jardins des glaciers, 
oasis de ces déserts de glace. 

Nous n'avons pas encore parlé des 
groupes de végétaux formant la flore 
aquatique; ils sont cependant parmi 
les plus beaux qui se puissent ren- 
contrer. Sur les bords croissent des 
Joncs, des Carex et un peuple de ro- 
seaux (Arundo, Phragmites et autres), 
puis les plantes amphibies aux fleurs 
fleuri, Sagittaire; enfin les plantes d'eau 
plus apparentes sont les Nénuphars, q 
étangs et nos rivières. Mais combien 
décor des eaux dans les 
régions chaudes, avec 
sa profusion de larges 
feuilles flottantes ou 
dressées et les admira- 
bles fleurs du Lotus ou 
de la Victoria regia. 

La flore mari- 
time. — Sur le littoral 
maritime, une flore spé- 
ciale couronne le som- 
met des falaises, s'in- 
sinue entre les galets du 
rivage, fixe les grains de 
sable des dunes ou 
transforme en un par- 
terre fleuri les talus des 
marais salants. Là se 
rencontrent les éton- 
nantes Salicornes, épais- 
les, charnues et rigides; 
se Perce-pierre, aux 




Adansonia (Baobab) de Madagascar. 



Cl. de M Alluaud. 



grosses ombelles blan- 
châtres; laMatthiole, la 
Glaucière, aux grandes 
fleurs d'un jaune d'or, 
aux longs fruits arqués; 
le Panicaut maritime, si 
joli avec ses têtes fleuries 
d un bleu tendre, mais 
d'un abord un peu diffi- 
cile, et les Tamaris aux 
tons roses et les Statices 
aux fleurs lilas. 

Le fond de la mer 
lui-même est couvert de 
prairies d Algues habi- 
tées par tout un monde 
d'animaux qui viennent 
y pondre leurs œufs, s'y 
abriter, paître ou dévo- 
rer ceux qui paissent. 
Quand, au jusant, l'eau 
les abandonne, on aper- 
çoit ces herbes marines 
couchées et inertes, re- 





élégantes : Rumex, Jonc 

proprement dites, dont les 

ui parent superbement nos 

plus somptueux encore le 




Floraison des Narcisses aux Avants (Suisse). 



Région à Aloès géants au Natal 



couvrant les rochers du bord ou parant de leurs nuances vives le 
fond des petites mares que laisse la mer en se retirant. Tandis que 
les Ulves ou Laitues de mer ont des tissus d'une délicatesse extrême, 
les Laminaires semblent de longues lanières de cuir et les roses 

Corallines incrustées de 
calcaire sont dures 
comme du corail. 

La course rapide que 
nous venons d'accom- 
plir à travers les paysages 
végétaux nous a permis 
d'en admirer la variété 
et la beauté. C'est 
maintenant un long 
voyage d exploration 
que nous vous propo- 
sons d'entreprendre avec 
nous à travers le monde 
végétal. Sans rien sacri- 
fier de l'exactitude et 
de la précision scienti- 
fiques, nous nous appli- 
querons à vous en rendre 
les étapes agréables. 
Voici d'ailleurs l'itiné- 
raire du voyage, c'est- 
à-dire le plan de ce livre. 



Cl. E. Iîossier. 



10 



LES PLANTES 




La végétation dans le val de Buamba (Kilimandjaro). 



DIVISIONS DE LA BOTANIQUE 

La plante n'est pas un être inerte et endormi, comme on est 
tenté de le penser après un examen superficiel des choses; c'est un 
être vivant et, à ce titre, très intéressant à étudier de près. Cette 
étude constituera la première partie de cet ouvrage. Si l'on veut 
avoir une idée d'une montre, que fait-on ? On 1 examine d'abord 
de l'extérieur, puis on l'ouvre, on la démonte, isolant une à une 
les parties qui la composent, puis on rajuste les pièces disjointes et 
on met la machine en marche. Nous ferons de même pour le 
végétal : nous isolerons un à un ses éléments constitutifs, racine, 
tige, feuille, fleur, fruit, graine ; nous nous efforcerons de préci- 
ser pour chacun d'eux le rôle qui lui incombe, puis nous ferons 
nos efforts pour comprendre la machine en activité. 

Les végétaux ne sont d'ailleurs pas isolés dans la nature ; ils s'y 
trouvent partout au contact des animaux et face à face avec le 
monde minéral sur toute la surface du globe terrestre. Comment 
se comportent-ils les uns par rapport aux autres? Ce sont là des 
questions d'un grand intérêt qu'il nous faudra aussi examiner. A 
mesure que notre horizon s'agrandira, s'accroîtra notre soif d'aborder 
des questions plus vastes, et celle de l'origine des plantes et du 
transformisme se posera inévitablement à nous. Nous serons amenés 
ainsi à examiner les notions mystérieuses de l'hérédité et de la nais- 
sance des variétés par les moyens que l'homme a en son pouvoir. 



Nous venons plus haut de 
comparer le végétal à une 
montre, mais nous savons qu il 
y a des montres très diverses 
les unes des autres par le métal 
de la boîte, qui peut être en 
or, en argent, ou même en une 
matière moins précieuse. Elles 
se différencient par le méca- 
nisme, par le mode de fabri- 
cation, suivant qu'elles sont an- 
ciennes ou modernes, enfin par 
le pays qui les produit, et il y 
aura intérêt à réunir une col- 
lection de ces objets. Nous fe- 
rons de même pour le monde 
des plantes. En les comparant 
entre elles, nous nous aperce- 
vrons qu'elles sont très nom- 
breuses, et il sera de toute né- 
cessité de les classer. Comme 
il s'agit d'une multitude, la 
Classification n'est pas une 
petite tâche. C'est à cette be- 
sogne que s'est illustré le génie 
lumineux de Linné. Nous re- 
marquerons de suite avec lui 
qu'il y a des plantes à fleurs 
et des plantes sans fleurs; les 
premières sont les Phanéro- 
games, les secondes les Crypto- 
games : le premier mot venant de deux mots grecs voulant dire à 
sexes apparents, visibles; le second, au contraire, à sexes cachés. 
Les Phanérogames attirent tout de suite l'attention par leur grande 
taille, par leur beauté, par leurs applications nombreuses ; ce sont 
elles aussi qui ont d'abord été étudiées. Les Cryptogames (Algues, 
Champignons, etc.) sont plus humbles, elles n attirent pas les re- 
gards : aussi ont-elles été longtemps méconnues; maison a fini par 
se convaincre qu'elles étaient extrêmement nombreuses et que leur 
rôle dans la nature était très important, souvent même capital. 

Quand nous serons parvenus à nous reconnaître au milieu de 
cette immensité d'êtres divers, nous nous demanderons pourquoi 
nous nous sommes donné cette peine. Si 1 homme civilisé cherche 
à connaître d'une manière approfondie le monde qui l'entoure, 
c'est afin d'en tirer parti pour l'amélioration de son sort. Quand 
il se place à ce point de vue, il s'aperçoit aisément qu'il n'y a 
pas d'étude plus utile : le nombre des espèces végétales qui ont 
des applications est immense. Nous les grouperons en plusieurs 
chapitres, suivant qu'il s'agira des plantes alimentaires, fourragères, 
industrielles, médicinales ou ornementales. Quelques pages finales 
seront consacrées à l'utilisation artistique de la plante, puis aux 
légendes et aux mythes auxquelles elle a donné lieu. 

En résumé, Anatomie et Biologie des plantes, Classification 
botanique, Applications des végétaux, telles sont donc les trois 
grandes divisions qui se partageront à peu près également l'ouvrage. 



Cl. de M. Alluaud. 





Arundo conspicua, en Nouvelle-Zélande. 



Pleurote corne d'abondance sur du bois mort. 




Cl. de M. Diguet. 
IDRIA COLUMNARIA. 



Cl. de M Diguet. 



PILOCEREUS LATERALIS, CIERGES DU MEXIQUE. 



LA VIE VEGETALE 



/. — LES ORGANES DE LA PLANTE 



LES CELLULES ET LES TISSUS 

LE végétal est un être vivant. Qu'entend-on par vie ? On a 
essayé, vainement d'ailleurs, de donner une définition de ce 
mot : « La vie est le contraire de la mort, » a dit Bichat, cé- 
lèbre médecin qui vivait à l'époque de Napoléon I er ; c'est là, il 
fautl avouer, une définition qui n'est guère explicite, car elle suppose 
une connaissance de la mort que nous ne possédons pas. La défini- 
tion bien connue de Béclard : « La vie, c'est l'organisation en 
action, » ne nous renseigne pas davantage. Une autre définition 
qui n'est guère meilleure est celle de Cuvier : « La vie est une 
force qui résiste aux lois qui régissent la matière brute. La mort est 
la défaite de ce principe de résistance ; le 
cadavre n est autre chose que le corps vi- 
vant retombé sous l'empire des forces phy- 
siques. » En réalité, la conception de Cuvier 
est inexacte et c'est l'inverse qui est vrai. 
Nous ignorons à proprement parler ce qu'est 
la vie, mais nous savons avec certitude qu'elle 
ne s oppose pas aux lois physico-chimiques 
qui règlent toutes choses. Tout phénomène 
vital exige pour s'accomplir des conditions 
déterminées : une graine ne germe que si 
on lui donne une certaine quantité de cha- 
leur, d'humidité et de l'oxygène. De même, 
si 1 on place une Sensitive sous une cloche 
où l'on ajoute un peu de chloroforme ou 
d éther, les phénomènes si curieux de sensibi- 
lité qui caractérisent cette plante sont abolis. 
La force vitale ne s'oppose donc pas aux 
forces extérieures ; elle est, au contraire, dé- 
terminée par celles-ci. C'est là le grand fait 
mis en lumière dans le cours du XIX e siècle 
par l'illustre Claude Bernard, fondateur de 
la doctrine fameuse du déterminisme. 

Renonçons donc à la tentative vaine de 
définir la vie, mais essayons cependant d'en 
préciser et d'en délimiter les caractères. Ils 
sont susceptibles de se rattacher à quatre 



conceptions : 1° la croissance; 2° l'organisation; 3° la nutrition; 
4° la reproduction. Examinons-les successivement. 

Croissance. — Le premier fait le plus frappant à signaler 
quand on examine un être vivant, c'est qu'il n'est pas constamment 
identique à lui-même. Pour l'animal, cette chose saute aux yeux, 
parce qu'il se meut, parce qu'il s'agite, parce qu'il change de forme 
à chaque instant. Chez le végétal, les choses sont moins frappantes, 
car il est immobile, attaché au sol et, pour ainsi dire, figé dans son 
attitude; mais ne nous hâtons pas de conclure, soyons patients 
dans nos observations et nous verrons qu'au bout d'un certain 
temps il a grandi, que ses bourgeons se sont épanouis, que ses 




Cl. de M. F. Faideau. 



Une culture d'Asperges forcées. 



12 



LES PLANTES 




fleurs se sont ou- 
vertes. L'on a eu 
l'idée, par la ciné- 
matographie, d a- 
bréger la durée 
de chacun de ces 
phénomènes et on 
les a fait passer 
sous nos yeux avec 
promptitude. On 
a eu alors le spec- 
tacle étrange 
d'une plante qui 
grandissait à vue 
d'oeil, qui étalait 
ses feuilles, qui 
changeait de 
forme pour s'abri- 
ter du soleil, qui 
faisait mouvoir ses 
organes les plus 
divers; sur l'écran, 
en quelques se- 
condes, le bouton 
floral apparaît, 
grossit; le pédon- 
cule penche bien- 
tôt sous le poids de la fleur dont les pétales s'épanouissent, puis 
se flétrissent et tombent. Le caractère d'être vivant pour le végétal 
devient alors saisissant. 

Ce phénomène de la croissance a des conséquences très impor- 
tantes au point de vue de la forme qu'affecte le végétal. On peut 
dire que ce sont ces lois de croissance qui constituent le fait pri- 
mordial pour chaque être vivant. Le cas le plus simple est celui où 
la croissance a lieu dans une direction déterminée et constante : 
le corps s'allonge; sa forme devient cylindrique et la plante affecte 
l'aspect d'un bâton qui s'accroît par l'extrémité ou par une grande 
partie de sa longueur. Chacun dira : mais nous n'avons jamais vu 
de plantes ayant cet aspect ; il en existe cependant et ces végétaux 
contribuent à donner au paysage des contrées où on les observe 
un aspect inoubliable : les Idria et les Cierges du Mexique sont 
des plantes qui se développent ainsi en une colonne qui peut 
atteindre de très hautes dimensions, se dressant droite au-dessus du 
sol. La rectitude est même si parfaite que l'on utilise dans ce 
pays ces plantes en les semant côte à côte pour faire des clôtures. 
Nous ne sommes pas habitués évidemment à une telle végétation, 
mais suivons la croissance d'une jeune plantule ; faisons abstraction 
des cotylédons ou premières feuilles, qui d'ailleurs peuvent parfois 



Plantules du Frêne. 




un peu tarder à 
s'épanouir.et nous 
aurons un aspect 
assez analogue. 
Donc , au moins 
au début de la vie 
de presque tous 
les végétaux (As- 
perge, etc. ), la 
croissance dans 
une direction est le 
typeprédominant. 
L'une des moitiés 
s'accroît vers le 
haut, l'autre vers 
le bas; l'une de- 
vient la tige, l'au- 
tre la racine. 

Il est vrai que 
cette forme sim- 
ple, primordiale, 
est en général de 
bien courte durée, 
car la ramifica- 
tion se manifeste. 
Mais le rameau a 
le même aspect 

que la tige mère et la ramification, à vrai dire, n'est qu'une mani- 
festation de la même loi. Au point de vue du résultat et de I as- 
pect, tout est changé, mais la loi de croissance reste au fond la 
même. La direction, la grosseur et le nombre des rameaux ont 
également une grande importance pour changer l'aspect. 

Un autre phénomène, d'ailleurs purement accidentel celui-là, 
peut également contribuer à donner au végétal un aspect très 
bizarre; nous voulons parler des sou dures qui se produisent assez 
fréquemment entre organes aériens rapprochés les uns des autres. 
Quand deux branches de Hêtre se rencontrent, elles se soudent; 
parfois ce sont deux arbres voisins qui fusionnent ainsi, et lorsqu il 
s'agit de deux plantes d'essence différente, comme un Chêne et 
un Charme {Chêne charmé de la forêt de Fontainebleau), on peut 
admettre qu'une telle observation faite par des êtres primitifs ait 
pu paraître bien étrange. Si les soudures se multiplient comme 
dans le Figuier de Rumph, aux Indes, ou dans les racines du 
Figuier de Palmer, on a un aspect tout à fait singulier. 

Dans tous les exemples que nous venons de citer, le développe- 
ment a lieu dans un sens, mais il n'en est pas toujours ainsi : il y a 
des plantes ou des parties de plantes pour lesquelles la croissance a 
lieu dans deux directions : le corps prend alors une forme aplatie; 



Phyllocactus fleuri. 




Cl. de M. Diguet, 
Soudures du Figuier de Palmer (Californie). 



Cl. de M. Pruvot. 
Laminaires, Himanthalia et Fucus, à Roscoff. 



LA VIE VÉGÉTALE 



13 



c est ce qui se mani- 
feste dans les Lami- 
naires, les Himantha- 
lia, parmi les Algues, 
et chez les Epiphyl- 
lum, les Phyllocac- 
tus, parmi les plantes 
à fleurs. C'est ce 
qu'on voit pour les 
feuillesquis attachent 
sur la tige de la plu- 
part des plantes su- 
périeures. 

A ces deux types 
de croissance , nous 
devons en ajouter un 




Fig. 2. 

Pleurocoques 

très grossis. 




Buisson d'Échinocactus, au Mexique 



troisième, qui peut être le plus simple et le plus primitif, et qui 
se rencontre chez les êtres les plus inférieurs ; nous voulons parler 
de la croissance uniforme dans toutes les directions. L'être prend 
alors une forme sphérique . C'est ce que l'on observe par exemple 
sur cette poussière verte développée sur l'écorce des arbres du côté 
du nord, que l'on appelle Pleurocoque vert (fig. 2), ou encore 
sur la neige rouge, Algue microscopique (Sphérelle de la neige) 
qui tache d'une teinte sanglante d'immenses étendues sur les névés; 
c est ce qu'on voit aussi chez les Mamillaires, les Échinocactus. 

On peut se demander si les trois formes primitives du corps que 
nous venons d'indiquer sont subordonnées à des conditions parti- 
culières d'existence. C'est là évidemment une question beaucoup 
trop complexe pour pouvoir être résolue d'une manière générale. 
Cependant, dans un cas particulier, il semble que nous soyons 
renseignés sur l'origine des formes primitives d'un être. Il s'agit 
d'une série d'expériences qui ont été tentées sur un Champignon 
(Stérigmatocyste) par M. Ray. Il a fait pousser cette plante de 
trois manières : 1° dans les conditions normales, il dépose les 
semences sur un liquide placé dans un cristallisoir et la moisissure 
forme une croûte à la surface du liquide, le Champignon affecte 
une forme plane; 2° si, au contraire, il fait la culture dans un 
tube soumis à un mouvement de trépidation, grâce à 1 interven- 
tion d'un électro-aimant dans lequel passent des courants alternati- 
vement contraires, il peut faire 
osciller régulièrement le liquide 
et le Stérigmatocyste prend 
l'aspect de petites boules ré- 
gulièrement sphériques; 3° en- 
fin, s'il ajoute un morceau de 
bois à l'intérieur du tube de 
culture précédent agité de la 
même manière, les germes s'at- 
tachent au substratum et le 
corps de la plante cryptogame 
devient filamenteux et ramifié. 

Ainsi donc cette recherche 
curieuse nous laisse entrevoir 
comment naissent trois formes 



très dissemblables : 
la forme plane, la 
forme sphérique et 
la forme filamenteuse 
ou cylindrique. Les 
derniers essais nous 
montrent notamment 
un changement très 
notable, accompagné 
de la fixation d'une 
plante qui, de sphé- 
rique, devient cylin- 
drique arborescente. 
Ce résultat éclaire très 
vivement les causes 
profondes de la mor- 
phologie des animaux 
fixés ou libres et mo- 
biles. C'est une re- 
marque très intéres- 
sante à faire que les 
animaux attachés au 
sol affectent très 
communément l'as- 
pect de petits arbres ; 
c'est ce que l'on voit 
notamment dans le 
corail et beaucoup 
d'autres zoophytes (animaux-plantes) constituant, dans la classifica- 
tion de Cuvier, le grand groupe d'animaux inférieurs qui ressem- 
blaient, selon lui, d'une façon frappante à des plantes, et cette res- 
semblance tient bien certainement à la fixation de l'animal. 

Ce qui précède éclaire tout de suite notre route d'une manière 
éclatante et nous fait entrevoir une conséquence d une portée 
considérable pour l'étude du règne végétal : c'est que la fixation au 
sol est un des facteurs primordiaux de la forme arborescente des 
plantes. Il y a plus : les lois qui règlent la position des branches 
d'un arbre sont analogues à celles qui président à la ramification 
des coraux. Pour ne citer qu'un exemple, nous mentionnerons les 
Flustres, animaux fixés dont toutes les branches se manifestent 
dans un même plan, et comme les ramifications sont répétées, très 
nombreuses, tous les rameaux finissent par se rencontrer, se souder 
ensemble en un réseau, par suite de l'existence ici dans un plan 
d'une propriété qui existe pour certains Figuiers exotiques (Fi- 
guier de Rumph) pour toutes les branches réparties dans tout 
1 espace. 

Organisation. — Une autre propriété essentielle de la vie 
qu'il nous faut maintenant mentionner est celle qui résulte de 
l'organisation interne. Si l'on coupe un fragment d'un être vivant 
quelconque et si on l'examine au microscope, on voit qu'il est 



Cl. de M. Diguet. 





Cl. (le M. Ray. 



Fig. 3. — Cellule végétale. 

LES PLANTES. 



Appareil ayant servi aux expériences de M. Ray. 



14 



LES PLANTES 











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B 








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H 




Fig. 4. — Division cellulaire. 

A, noyau ; B, début de la division : C et D, division des chromosomes et disparition de la membrane nucléaire 

E, phase du fuseau et plaque équatoriale ; 

F et G, attraction des chromosomes vers les pôles ; H,' formation des noyaux-filles. 



formé de petites loges contenant un corps semi-fluide, granuleux, 
que l'on appelle le protoplasma, et le petit compartiment est désigné, 
depuis Hooke, Grew et Malpighi, sous le nom de cellule (fig. 3). 
Chez les végétaux, la carapace de la loge est rigide et formée sur- 
tout d'une substance que l'on appelle la cellulose, qui a la même 
composition chimique que le linge et le papier. La rigidité de l'en- 
veloppe cellulaire a une grande importance au point de vue du 
végétal; c'est elle, en effet, qui l'immobilise et qui lui impose une 
propriété caractéristique qui le distingue tout de suite de l'animal, 
dont le mouvement est une des propriétés primordiales. En fait, 
le mouvement existe chez la plante, mais il est caché, silencieux; 
il se passe à l'intérieur de chacune des petites loges : c'est le mou- 
vement du protoplasma. Pour le déceler, il faut des observations 
patientes faites au microscope. Si l'on place l'œil sur l'oculaire de 
cet instrument, quand on a mis devant l'objectif une préparation 
d'un poil d'Ortie faite dans une goutte d'eau posée sur une lame 
de verre, le tout recouvert d'une lamelle ou couvre-objet, on peut 
assister aux mouvements du protoplasma, qui ne sont autres que les 
frémissements de la vie végétale. Ces mouvements, on peut les 
abolir en tuant cette substance à l'aide d'un courant électrique; on 
peut enfin les suspendre à l'aide d'un anesthésique. Le proto- 
plasma est donc la matière vivante, et cela est si vrai qu'on 
retrouve cette même substance, avec des propriétés identiques, chez 
tous les êtres doués de vie. 

Au milieu de la cellule est un globule beaucoup plus gros que 
les granules protoplasmiques, qui a été découvert d'assez bonne 
heure et observé pour la première fois chez les plantes par Robert 
Brown. On est parvenu à déceler la structure complexe de ce noyau 
à l'aide de méthodes très délicates qui ont permis de le tuer en le 
coagulant et de le colorer, de manière à pouvoir en distinguer 
nettement toutes les parties constituantes. On voit qu'il présente 




Tige de Clématite et tige de Jonc (Coupes grossies). 



un filament pelotonné sur lui-même, capable 
d'être le lieu d'élection de la matière colo- 
rante, un nucléole, du suc nucléaire et une 
membrane. 

Les propriétés vitales de l'activité de ce 
noyau ont pu se révéler notamment par les 
phénomènes de division qui se manifestent 
dans toutes les cellules végétales et même, 
pouvons-nous ajouter, dans toutes les cellules 
animales, par le même processus compliqué 
et étrange (fig. 4). Le filament nucléaire se 
contracte, se divise en un nombre déterminé 
de morceaux qui ne tardent pas à s'orienter 
suivant une plaque disposée à l'équateur du 
noyau dont la membrane s'évanouit ; on voit 
alors deux figures coniques formées par des 
granules, disposés en files qui partent des 
deux pôles qui se sont constitués en deux 
points opposés de la surface de l'ancien 
noyau ; ces deux cônes sont opposés par leur 
base commune qui est la plaque équatoriale. 
Bientôt chacune des anses chromatiques de 
cette plaque se divise en deux, longitudina- 
lement, et les deux moitiés glissent, pour ainsi 
dire, le long des génératrices des deux cônes, 
de manière à se rapprocher des deux sommets 
ou pôles. Quand elles sont groupées en ce point et rapprochées 
alors les unes des autres, elles se ressoudent à nouveau en deux pe- 
lotons qui s'entourent d'une membrane nucléaire nouvelle, et deux 
jeunes noyaux sont ainsi constitués, identiques au noyau mère pri- 
mitif. Ces deux noyaux restent pendant quelque temps unis entre 
eux par des files de granules qui sont bombées de manière à figurer, 
par leur ensemble, l'aspect d'une sorte de petit tonneau ou tonnelet. 
On remarque bientôt sur la région équatoriale du tonnelet, à l'en- 
droit où était précédemment la plaque des anses, une accumulation 
de granules qui se rapprochent les uns des autres et se multiplient 
d'une manière notable. D'abord de constitution protoplasmique, ils 
ne tardent pas à s'imprégner de cellulose et la membrane apparaît 
alors tout à coup, parce que tous ces éléments se sont fusionnés 
simultanément en une lame. La cellule est divisée en deux : une 
cellule primitive a donné naissance à deux cellules filles qui lui 
ressemblent. Ces phénomènes de la division du noyau, très com- 
plexes, qui ont été retrouvés avec les mêmes caractères dans les 
deux règnes, végétal et animal, sont évidemment une des mani- 
festations les plus singulières de la vie. Schwann a pu énoncer 
cette loi qui porte son nom : que tous les êtres vivants sont formés 
de cellules ; loi qui peut être complétée par la suivante, grâce aux 
grands et beaux travaux de Strasburger, Flemming, Guignard, etc.: 
que les noyaux sont constitués et se divisent de la même façon. 
L'organisme végétal est une sorte de fédération dans laquelle 
les cellules s'associent pour concourir à la tâche commune. La 
tâche étant souvent très complexe, chaque cellule ne peut travailler 
pour son compte, faisant successivement toutes les besognes. La di- 
vision du travail a été la condition de perfectionnement des êtres 
vivants, comme elle a été la raison des progrès de l'industrie humaine ; 
à chaque cellule est dévolu un rôle déterminé et uniquement celui-là. 
On cite souvent l'exemple de la fabrication d'une épingle qui doit, 
pour arriver à son état final, passer dans 
soixante mains : chaque ouvrier, qui ne fait 
constamment qu'une opération très restreinte 
et très déterminée, arrive à la faire avec un 
haut degré de perfection et de rapidité. La 
nature a opéré de même, mais comme bien 
souvent la besogne à accomplir exige de 
grands efforts, ce n'est pas une cellule isolée 
qui accomplit un acte précis, mais un grand 
nombre d'unités identiques entre elles. Or, 
de même que tous les travailleurs qui font le 
même geste, qui vivent dans le même milieu, 
qui ont le même costume, finissent par se 
ressembler, de même les cellules qui ont la 
même fonction finissent par être semblables, 
et c'est leur ensemble qui constitue ce que 
l'on appelle les tissus. 

Là, les travailleurs de la grande fédération 
végétale se contentent d'un costume mince et 
souple ; chacun d'eux reste dans une petite 
loge dont la paroi est transparente, de façon à 



Cl. E. Deyrolle 



LA VIE VEGETALE 



15 



L* 



laisser pénétrer la lumière, ce 
rayon de soleil qui est le grand 
bienfaiteur du végétal, sans lequel 
il ne pourrait vivre, et la petite 
cellule fabrique à l'intérieur des 
petits globules verts appelés grains 
de chlorophylle, à l'aide desquels 
elle utilise l'énergie solaire pour 
décomposer l'acide carbonique de 
l'air qui circule entre toutes les 
cellules. Ailleurs, les lilliputiens 
épaississent leur manteau considé- 
rablement, le durcissent de façon 
à former un squelette résistant qui soutient la plante. Le 
corps protoplasmique se fait petit au fond de la cavité, 
qui se réduit de plus en plus pour augmenter l'épaisseur de 
la paroi ; il finit par se réduire presque à rien et même par 
mourir et, lorsqu'il a disparu, c'est la charpente qui reste 
pour soutenir l'édifice. 



Fig. 5. 

Parenchyme de la 

moelle de la tige. 




Nutrition. — Tous les êtres vivants se nourrissent, 
c'est-à-dire qu'ils empruntent au milieu extérieur un cer- 
tain nombre d'éléments chimiques simples ou composés 
qu ils incorporent dans leur substance. On a objecté, il 
est vrai, que la nutrition n'est pas l'apanage seulement des 
êtres vivants, car on peut nourrir un cristal d'alun en le 
plongeant dans une dissolution sursaturée. Il est bien cer- 
tain que beaucoup de phénomènes vitaux ont leurs ana- 
logues dans l'histoire des corps bruts, mais ce qui n'arrive 
jamais pour ces derniers, c'est qu'ils aient à la fois tous 
les caractères que nous venons d'énumérer. Jetonsquelques 
menus cristaux de sulfate de fer dans une solution étendue 
de silicate de soude : il se produit, par la réaction des 
deux sels, un précipité tubulaire de silicate de fer, qui 
s allonge, s'élève jusqu'au sommet du vase, sous forme 
de filaments verts qui ont une vague ressemblance avec 
des Algues. C'est ce qu'on a pompeusement appelé des 
pseudo-plantes. Il n'y a là, on le conçoit, rien de com- 
parable aux phénomènes de la vie chez les végétaux. 

C'est peut-être l'assimilation des matières extérieures 
au corps animé qui constitue l'acte le plus important et le 
plus caractéristique de la vie, selon Le Dantec. Déposons 
un globule de levure dans un moût de bière et regar- 
dons ce qui se produit ; au bout d'un certain temps, 
nous avons 100 globules, de sorte qu'on peut écrire l'équation: 

Un globule + moût de bière = 100 globules + excréta. 

A l'aide du moût de bière qui est l'aliment, le globule en a 
fabriqué 100 autres identiques à lui-même : il a disloqué pour cela 
les molécules du moût, et ce qui reste non 
utilisé ce sont les excréta. Cette formule si 
simple est, on peut dire, l'équation de la vie. 
Elle nous fait saisir ce qu'est la nutrition. 

Reproduction. — Une des plus frap- 
pantes propriétés des êtres vivants est d'émettre 
des cellules qui, en grandissant et en se divi- 
sant d'une manière répétée en cellules nou- 
velles, redonnent une autre plante. Tantôt 
c'est une cellule nommée spore qui, sans se- 
cours étranger, possède cette propriété (repro- 
duction asexuée), tantôt au contraire (cas de 
la fécondation) elle ne la possède qu'après 
fusion avec une autre cellule, et le produit 
de cette union constitue Vœuf. C'est de 1844 
à 1855 que la notion de la reproduction s'est 
précisée, et cela, grâce à l'étude des plantes 
inférieures. Decaisne et Thuret ont récolté 
des V ucus ou Varechs sur les bords de la mer ; 
ils ont plongé les extrémités des frondes dans 
un cristallisoir contenant de l'eau de mer; 
comme les sexes sont séparés dans cette plante, 
ils ont pu aisément avoir dans un cristallisoir 
uniquement des petits corpuscules pyriformes, 
agiles, mobiles grâce à deux petits cils insérés 
de côté que l'on appelle anthérozoïdes. 
Abandonnés à eux-mêmes, ces petits corps 
ne tardent pas à se flétrir et à se décompo- 



A B C 

Fig. 6. — Eléments d'une plante vus au microscope. 

A, groupe de fibres du bois ; B, vaisseau jeune ; C, vaisseau parfait ; D. groupe de vaisseaux 
du bois ponctués, annelés, spirales ; E, tube criblé. 



ser. Les autres corpus- 
cules, appelés oosphè- 
res, dont les deux bota- 
nistes ont fait une décoc- 
tion, sont les éléments 
femelles; ils sont beau- 
coup plus gros, arrondis 
et non mobiles; main- 
tenus seuls dans le cris- 
tallisoir, ils pourrissent 
de même et se détrui- 
sent. Il n'en est pas 
ainsi si on mélange les 
deux liquides contenus 
dans les deux cristalli- 
soirs. On peut alors, 
en prélevant une goutte 
de liquide résultant de 
ce mélange, assister à 
un phénomène extra- 
ordinaire : les anthéro- 
zoïdes entourent la boule femelle, s'y attachent, la font tourner, 
puis, brusquement, le mouvement s'arrête, une membrane de cel- 
lulose se montre : l'œuf est formé ; il entre de suite en acti- 
vité et, par ses bipartitions répétées, commence à ébaucher un 
corpuscule qui deviendra bientôt un Fucus nouveau (fig. 7). 




Fig. 7. — Reproduction du Fucus. 

A, oosphères dans leur enveloppe ; B. oosphère libre, en- 
tourée d'anthérozoïdes ; C, poils rameux avec anthéri- 
diesaoa (où se produisent les anthérozoïdes) très grossis . 




Précipité chimique produisant des pseudo-plantes. 



16 



LES PLANTES 




Racines-asperges de Sonneratia, au Siam (ile Koh Chang). Au fond : Palétuviers. 



ri. G. Fischer ( Vegetatûnubilder 



LA RACINE 

« La vie, c'est la nutrition », a dit Aristote. La plante a une vie 
fixée; elle puise sur place les éléments de sa nourriture, tandis que 
l'animal doit se déplacer pour la rencontrer ; la racine est donc 
d'importance primordiale ; elle fixe la plante et la nourrit; suivant 
la forte expression de Sully Prudhomme, « elle dispense la plante 
de penser pour subsister ». 

Absorption de la sève. — La racine est un organe cylin- 
drique qui se développe d'ordinaire dans le sol. Elle croît par son 
extrémité, car c'est sous la partie terminale appelée coiffe qu'exis- 
tent les cellules qui, par leur activité et leurs divisions, édifient 
peu à peu tous les tissus de cet organe. La coiffe qui recouvre 
ces éléments jeunes et délicats en voie de prolifération est donc un 
organe protecteur; c'est elle qui empêche toutes les parties dures 
du sol de nuire à la racine. Un peu au-dessus de la coiffe se 
trouve la région des poils radicaux ou poils absorbants ( fig. 8 ) ; 
ce sont eux qui sont chargés de puiser dans le sol toutes les 





Fig. 8. — Expérience montrant l'absorption. 
A, racine et ses radicelles avec leurs poils absorbants ; B, la plante 
dont les poils absorbants sont dans l'huile se flétrit j C, celle dont les 
poils absorbants sont dans l'eau reste fraîche. 



substances liquides qui doivent pénétrer dans le végétal pour sa 
nutrition. On met en évidence cette fonction des poils par des 
expériences très simples : on fait plonger une racine d'une jeune 
plante dans un récipient contenant de l'eau surmontée d'une couche 
d'huile ( fig. 8) ; si l'on s'arrange de façon à ne laisser plonger dans 
l'eau que la coiffe, la plante se fane; si l'on fait plonger la région 
des poils seulement, la plante reste fraîche et non fanée. L'absorp- 
tion ne se produit pas au-dessus des poils radicaux. 

Ce phénomène de l'absorption s'opère d'après les lois de 
Yosmose qui se manifestent par l'expérience de la vessie de porc. 
On prend un cristallisoir dans lequel on met de l'eau pure et l'on 
y plonge un tube fermé à sa base par une vessie et rempli d'eau 
sucrée, légèrement teintée par une matière colorante (fig. 9) ; 
l'eau pure traverse très rapidement la membrane, plus rapidement 
que l'eau sucrée en sens inverse, et l'on voit le liquide monter 
dans le petit tube. Les liquides traversent donc les membranes et 
avec des vitesses inégales : l'eau pure traverse plus vite que l'eau 
sucrée. Toutes les solutions salines ont des vitesses variables. 
Cette expérience explique le mode de pénétration des liquides 
dans la plante. La membrane des différents poils radicaux fonc- 
tionne comme la vessie précédente et se laisse traverser par les 




Assise 
subéreuse 



Rayon 
médullaire 




Poil absorbant 

' / y Assise pililère 
Ecorce 
H;/.—— Endoderme 
=Moelle 

faisceau du bois 

Faisceau du liber 



Péricycl 



Fig. 9. — Osmométre. 



Fig. 10. — Section d'une jeune raciue. 



LA VIE VÉGÉTALE 



17 




Fig. 11. 

Racine 

pivotante 

de 
Salsifis. 



Fig. 12. 

Racine fasciculée 

du Blé. 



Racines-ceintures d'un Ficus. 



substances salines dissoutes par 
l'eau de pluie dans le sol. C'est 
là le point de départ du grand 
et rapide mouvement ascen- 
sionnel de la sève. 

Le poil radical est une cel- 
lule qui contient du proto- 
plasma, c'est-à-dire une matière 
albuminoïde tout à fait com- 
parable au blanc d'ceuf. Or, 

si, dans l'expérience précédente, on avait mis de l'albumine d un 
oeuf dans le petit tube, ce blanc y serait resté intégralement sans 
traverser la membrane. Il était absolument indispensable de faire 
cette remarque, parce que l'on ne s'expliquerait pas pourquoi la 
matière vivante ne sortirait pas de la plante en même temps 
que les liquides extérieurs y pénètrent. 

Structure interne. — Quelques mots suffiront à indiquer 
quelle est la structure interne de l'organe radical. Si 1 on coupe en 
long et au milieu une racine de Fève, par exemple, on distingue 
vers la pointe trois cellules qui engendrent par leur division succes- 
sivement tous les tissus ; ils se groupent en deux régions : 1 écorce et 
le cylindre central (fig. 10), ce dernier contenant des faisceaux du 
bois, formés de vaisseaux spirales et annelés, ponctués, qui alternent 
avec les faisceaux du liber. Quand la racine vieillit, il apparaît 
en dedans du liber, en dehors du bois, une assise génératrice 
qui, par ses divisions répétées, engendre le bois secondaire et le 
liber secondaire de la racine et tous les tissus 
qui contribuent à la croissance en épaisseur. 



Ramification. — Nous avons supposé, 
dans ce qui précède, que nous avions affaire 
à un organe jeune, non encore divisé. En 
vieillissant, la racine se ramifie; la racine 
principale est le pioot. Il apparaît à sa sur- 
face, suivant des génératrices déterminées, 
des sortes de petits boutons qui ne tardent pas 
à crever et, par l'orifice, sortent des petites 
racines secondaires ou radicelles, sur les- 
quelles nous retrouvons tous les caractères de 
la racine principale {fig. 8, A). 

Une racine est dite picotante quand la 
racine principale est beaucoup plus grosse 
que les autres (fig. Il) ; si la racine princi- 
pale s'arrête de bonne heure dans son dévelop- 
pement, les racines secondaires prédominent : 
on dit alors que les racines sont jasciculées 
(fig. 12); ce sont celles qui sont superficielles 
et qui épuisent le sol en surface, tandis que les 
premières l'épuisent en profondeur. 

Quand on déterre une plante qui est dans 
un terrain meuble, on extrait le chevelu, 
c'est-à-dire l'ensemble de toutes les fines 
racines et radicelles, mais les poils absorbants 
attachés aux particules du sol sont déchirés 
et non visibles; pour voir ces poils radicaux, 
il faut faire germer les graines sur de la 




Cl. de M. Atget. 
Racines dénudées d'un Erable. 



mousse humide. Sur un terrain meuble en pente, l'érosion montre 
fréquemment combien est puissant le système radiculaire des plantes. 

Croissance en longueur. — La croissance en longueur 
des racines est continue et souvent remarquable. Les racines de 
Vigne peuvent s'enfoncer jusqu'à 10 ou 15 mètres de profondeur. 
Les racines adventives de certains Figuiers des pays chauds, comme 
le Figuier tueur d'arbres, peuvent s'insinuer entre les pierres des 
habitations voisines et exercer des pressions capables d'en amener 
la destruction. 

L'accroissement en longueur de la racine ne se fait que dans 
une courte région située dans le voisinage de sa pointe ; coupe-t-on 
cette dernière, la croissance en longueur cesse presque aussitôt. 
Toutes les génératrices du cylindre radical deviennent, à tour 
de rôle, le siège d'un plus fort allongement ; la pointe de la 
racine pénètre donc dans la terre, non comme un clou qu'on 
enfonce, mais par un mouvement de vis, beaucoup plus puissant. 




Racines-palettes d'un Figuier à caoutchouc. 



LES PLANTES. 



18 



LES PLANTES 



Adaptations 
fixatrices. — La 

racine sert à fixer la 
plante à l'aide des 
radicelles. La racine 
principale et la tige 
qui la surmonte 
peuvent être compa- 
rées à un mât tendu 
par des cordes obli- 
ques enfoncées dans 
le sol qui sont les 
racines secondaires; 
par suite de l'adhé- 
sion très intime des 
poils radicaux avec 
les particules solides 
du sol, par suite de 
contractions qui se 
produisent dans les 
tissus internes de 
toutes les racines, les 
cordelettes précé- 
dentes tirent forte- 
ment sur le mât tout 
autour et le conso- 
lident. 

Une autre pro- 
priété des racines est très importante à considérer. Fait-on germer 
une graine sur de la mousse, on voit que la pointe se courbe pour 
s'enfoncer verticalement dans le sol. Au bout de quelques jours, si 
on sort la plantule de la mousse et si l'on place la racine horizon- 
talement, la pointe s'infléchit à nouveau et reprend la direction 
verticale. C'est la pesanteur qui produit ces flexions, et l'on désigne 
sous le nom de géotropisme cette singulière propriété. On a pu le 
démontrer en faisant germer une graine sur une roue, soit verticale, 
soit horizontale ; en imprimant à la première roue un mouvement 
rapide, on provoque le développement d'une force suivant le rayon, 
qui est la force centrifuge : c'est cette direction, s'éloignant du 
centre de la roue, que prend alors la racine. 

L'obliquité des racines secondaires, si importante pour la conso- 
lidation de la tige, est aussi sous la dépendance de l'action de la 
pesanteur, qui est alors moins forte que pour la racine principale. 
Le géotropisme disparaît dans les radicelles d'ordre plus élevé, qui 
croissent à l'aventure. La direction verticale conduit plus rapide- 
ment que toute autre la racine principale aux couches profondes 




Racines-échasses d'un Palétuvier. 




Racines-câbles d'un Pandanus. 



du sol ; au contraire, 
la direction oblique 
des radicelles est fa- 
vorable à la fixation 
de la plante et à sa 
nutrition. 

La fixation est 
d'une importance 
capitale dans les ré- 
gions chaudes où les 
cyclones sont fré- 
quents. On voit alors 
apparaître ce que 
l'on appelle des ra- 
cines-palettes, es- 
pèces de contreforts 
ou larges plaques 
triangulaires qui par- 
tent de la base de la 
tige en rayonnant 
tout autour du pied. 
Ce sont des racines 
qui, en s'épaississant, 
se sont aplaties, par 
suite des tensions 
qu'elles ont suppor- 
tées. Chez les Va- 
quois ou Pandanus, 
qui sont des Monocotylédones, il n'y a pas d'épaississement secon- 
daire ; les racines adventives restent cylindriques. 

Les actions mécaniques auxquelles sont soumises les racines 
peuvent être moins intenses que celles qui résultent de l'action des 
tornades, mais plus fréquemment répétées. C'est ce qui arrive au 
bord de la mer, dans les régions tropicales, pour les Palétuviers. La 
partie ordinairement souterraine des plantes est ici presque com- 
plètement sortie de la vase, et les racines, en longs arceaux, sont 
alternativement dans l'air et dans l'eau de mer, suivant que le flux 
ou le reflux ramène ou éloigne le flot. Il faut évidemment à la 
racine, dans ce cas, à la fois de la ténacité, de la flexibilité et de 
l'élasticité, car les paquets de mer qui frappent contre elle exer- 
cent leur action dans tous les sens. L'ensemble de la tige atrophiée 
dans le bas et des racines adventives rappelle une sorte d'araignée 
gigantesque aux pattes multiples {racines-échasses). 

La sortie de la racine de son milieu normalement souterrain a 
eu ici des conséquences très manifestes. Il en sera de même lorsque 
cet organe se développera d'une manière analogue dans une am- 
biance nouvelle. Le Lierre 
développe dans l'air sur 
ses tiges des racines rap- 
prochées les unes des autres, 
restant courtes, qui s'insi- 
nuent dans les anfractuo- 
sités du support et y adhè- 
rent fortement par leur 
gangue ou leurs poils (ra- 
cines-crampons). 

Adaptations nutri - 
tives. — Les racines ont 
aussi un rôle nourricier des 
plus importants. Elles peu- 
vent non seulement s'agrip- 
per après les objets, mais 
s'incruster en eux ; elles y 
parviennent en les corro- 
dant. On s'en rend compte 
en faisant germer une graine 
sur une plaque de marbre. 
Au bout d'un certain temps, 
la racine, les radicelles, les 
poils radicaux y ont dessiné 
leurs contours, car la plaque 
a été attaquée par un acide 
produit par les racines. 

Cette corrosion se pro- 
duit évidemment dans les 
parasites comme le Gui, 
Tronc d'un Ficus africain, avec racines aériennes. qui vit sur les Pommiers, 




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LA VIE VEGETALE 



19 





Racines-crampons de Lierre. 



Racines à voile des Orchidées. 



Cl. de M. F. Faideau. 
Racines en balai de Fougères. 



les Peupliers ; la racine rencontre une résistance souvent très grande 
à sa pénétration ; aussi se déforme-t-elle, et elle produit ce que 
l'on appelle un suçoir. La nutrition de la racine s'opère dans le cas 
des parasites à l'aide de la sève de la plante hospitalière. 

L'humidité favorise l'apparition des racines; il suffit d'enterrer 
une branche en son milieu dans le sol maintenu humide, pour en 
voir naître. Les traumatismes ont aussi un rôle favorable : le bou- 
turage consiste, en effet, à plonger par sa base un fragment de tige 
coupée dans le sol, et il se forme en ce point des racines nouvelles, 
dites adventices. Dans les régions tropicales, la chaleur et l'humi- 
dité réunies font naître par milliers des racines adventives aériennes, 
qui pendent partout des branches, absorbent l'humidité de l'air et 
contribuent à la nutrition et souvent aussi à la fixation, comme chez 
les Orchidées et les Aroïdées épiphytes. Le voile des Orchidées 
épiphytes est un tissu blanc plein d'air, qui entoure l'extrémité de 
leurs racines et absorbe l'eau aussi facilement que du papier bu- 
vard. Le tronc des Fougères arborescentes est souvent couvert 
d'une multitude de petites racines noires qui lui donnent à la base 
l'aspect d'un balai dont le tronc serait le manche. Chez le Figuier 
banian de l'Inde, les branches émettent des racines adventives 
{racines-supports) qui s'allongent, se fixent au sol et forment un 
pilier qui soutient les grosses branches et contribue à les nourrir. 
Quelques autres espèces de Figuiers tropicaux produisent des 
racines aériennes. 

L'humidité attire d'ailleurs les racines, dont Vhydrotropisme est 
si puissant qu'il triomphe du géotropisme. Cette attirance pour l'eau 
cause l'envahissement des tuyaux de drainage par les racines des 
plantes qui y forment d'énormes tampons ou queues de renard. 



Respiration. — En plongeant une racine dans une atmosphère 
limitée renfermant de l'oxygène, on peut voir, en faisant l'analyse 
des gaz au début et à la fin de l'expérience, qu'il y a eu absorption 
d'oxygène et dégagement d'anhydride carbonique. C'est là un 
phénomène capital connu sous le nom de respiration ; il est com- 
mun à tous les êtres animés : c'est une des caractéristiques de la vie; 
Pour tous les organes du végétal qui plongent dans l'air, la respi- 
ration se fait évidemment sans difficulté ; il n'en est pas de même 
pour les organes souterrains. Les arbres des villes, malgré le grillage 
entourant leur pied, souffrent beaucoup de la présence de l'asphalte; 
souvent l'asphyxie se produit pour leurs racines, qui ne tardent pas 
à fermenter et à périr. 

Quand le sol devient compact, l'air n'y pénètre plus, et le danger 
d'asphyxie devient redoutable ; c'est ce qui arrive pour les plantes 
qui vivent dans la vase, et notamment pour celles de la région 
côtière des pays chauds. Les racines d'Acicennia, de Sonneratia 
pointent verticalement hors du sol pour aller chercher l'air; aussi 
les appelle-t-on racines-asperges. 

Racines tuberculeuses. — Les racines peuvent se souder : 
on a des racines fasciées; cela est normal chez nos Orchidées indi- 
gènes, comme les Orchis ; la fasciation peut même y être complète 
et l'ensemble forme un tubercule arrondi. D'autres fois, au con- 
traire, le tubercule est palmé et la paume de cette sorte de main 
est la partie fasciée, tandis que les doigts sont les racines distinctes. 

Il y a d'autres types de racines tuberculeuses (tuméfiées) : c'est 
ce qui arrive pour les Carottes, les Dahlias, etc. C'est dans les 
parties âgées que les matériaux nutritifs s'accumulent le plus sou- 
vent et sont utilisés par la plante pour le développement ultérieur. 




A B C D Cl. de M. F. Faideau. 

A Suçoirs du Gui; B, Racines arrondies de Loroglosse; C, Racines digitées d'Orchis moucheron; D, Racines tuberculeuses de Dahlia. 



20 



LES PLANTES 




Vieux Chênes de la forêt de Fontainebleau. 



LA TIGE 

La tige est l'organe de la plante destiné à la soutenir dans l'air: 
c est elle qui se dresse et se ramifie quelquefois d'une manière 
puissante pour permettre aux feuilles et aux fleurs de s'épanouir à 
la lumière. Son rôle fondamental est donc de produire et de porter 
ces deux derniers organes, de les soutenir et de les nourrir en leur 
conduisant la sève, aliment dont elles ne sauraient se passer. 

Bourgeons. — A l'extrémité de la jeune tige encore simple 
se trouve le bourgeon terminal, formé par une série d'écaillés 
imbriquées et emboîtées les unes sur les autres, qui 
recouvrent à l'intérieur des ébauches de feuilles de plus en 
plus jeunes. Ce bourgeon éclate et s'épanouit (fig. 1 3) ; les 
écailles externes, qui sont souvent imprégnées de matière 
cireuse ou gommeuse, s'étalent, tombent, et les petites 
feuilles internes suivent le mouvement d'épanouissement 
et grandissent. Les espaces entre les petites feuilles 
s accroissent et on distingue ainsi dans la tige les nœuds 
et les entre-nœuds : les premiers correspondent aux 
plans perpendiculaires à l'axe de la tige suivant lesquels 
se fait l'attache des feuilles ; les entre-nœuds correspon- 
dent aux régions beaucoup plus grandes de la tige entre 
les premiers. Si l'on mesure sur une tige adulte la lon- 
gueur des entre-nœuds successifs, on voit, en partant du 
haut, qu ils sont de plus en plus grands jusqu'à une région 
moyenne de la tige, puis que leur longueur diminue dans 
la partie inférieure de l'organe aérien. Cette remarque 
renseigne donc sur le mode de croissance des tiges qui 
n est pas subterminal comme dans la racine, mais s'opère 
sur toute la longueur et est intercalaire. 

Rarement la tige reste simple : c'est le cas cependant 
des Fougères arborescentes et des Palmiers. Exception- 
nellement ces derniers se ramifient, et le Doum ou Hy- 
phœne thebaica est un exemple que l'on cite à cause 
de sa rareté. Les avantages et les inconvénients qui dé- 
coulent de la simplicité de ces tiges se comprennent 
aisément. Un fût de colonne parfaitement cylindrique 



permet à l'arbre de consacrer toute sa vigueur à la recherche de la 
partie supérieure la plus éclairée des forêts. Dans les forêts vierges 
tropicales, extrêmement denses, où croissent surtout ces deux caté- 
gories de végétaux, cette propriété est de grande importance, car 
la lutte pour la lumière y est une des manifestations les plus intenses 
de la lutte pour la vie. 

Ramification et port. — D'ordinaire, la tige est ramifiée, 
et c'est en général à 1 aisselle d'une feuille et au-dessus d'elle 
qu'un bourgeon latéral apparaît, formé dans la partie extérieure 
de l'écorce et constitué exactement comme le bourgeon terminal ; 

par son développement, il 
engendre une branche qui 
est absolument identique à 
la tige primitive. Les branches 
sont, le plus souvent, d'au- 




Bourgeons et inflorescences du Pin. 



/, feuille; b a, bourgeon axillairci 

b i, bourgeon terminal ; n, nœud , 

e n, entre-nœud. 



LA VIE VÉGÉTALE 



21 





Araucaria imbricata. 



Peuplier pyramidal ou d'Italie. 



Tilleul centenaire de Laeken. 



tant plus jeunes qu'elles sont plus près du haut de la tige; il en 
résulte que leur taille va en grandissant du sommet à la base, et 
que l'ensemble de l'arbre ramifié a l'aspect d'un cône, ce que 
l'on voit très bien dans les Sapins, dans les Séquoia, les Arau- 
caria. Ce cône peut devenir très aigu dans les Thuya, par suite 
de la faible croissance des branches inférieures, et ce cas sert de 
transition vers celui du Peuplier pyramidal, dans lequel le tronc 
principal est seul bien apparent, toutes les branches restant grêles 
et courtes et cela sur toute la longueur de la tige, qui est dite 
fastigiée. Parfois les branches retombent vers le bas : on a les arbres 
pleureurs, dont le Saule de Babylone, dit Saule pleureur, est 
l'exemple le plus connu. Si, au contraire, l'activité de la crois- 
sance varie pendant l'allongement de l'arbre, modérée au début et 
maximum au milieu de la vie, il en résulte qu'il prend régulièrement 
une forme en boule, comme on peut le voir dans les Pommiers. 

Tiges herbacées et tiges ligneuses. — Cette tige 
change de consistance et de nature avec l'âge. Si elle est restée 
petite et molle, aqueuse, on dit que la plante est herbacée, parce 
que cette particularité s'observe pour les herbes de nos prairies ; 
ailleurs, la tige s'allonge notablement et les tissus se durcissent : on 
dit que la plante est ligneuse, et l'on 
a affaire, dans ce cas, à ce qu on dé- 
signe couramment sous le nom d'arbre 
ou d'arbuste. Ces différences si fonda- 
mentales d'aspect et de taille en en- 
traînent une autre relativement à la 
durée du végétal. Les plantes herba- 
cées sont, en général, éphémères; elles 
ne vivent souvent qu'une année ; rare- 
ment elles survivent à l'hiver; moins 
fréquemment encore elles persistent 
plusieurs saisons de suite sans péricliter, 
grâce à leurs parties souterraines : de 
là découle la distinction des plantes 
annuelles, bisannuelles et Vivaces. 
Les plantes ligneuses sont beaucoup 
mieux armées pour résister aux frimas 
de nos hivers, et les arbres peuvent 
vivre pendant des siècles. La durée de 
l'existence de quelques-unes de ces 
espèces est parfois prodigieuse; il n'est 
pas impossiblede rencontrer desChênes 
de plus de 500 ans : le Jupiter de 
la forêt de Fontainebleau a plus de 
700 ans ; en 1812, on abattit à Bordza, 
dans les provinces baltiques de la 
Russie, un Chêne qui avait près de 
I 000 ans ; c'est 1 âge vénérable du 
Châtaignier de Sancerre. On a signalé 




Port du Saule pleureur. 



des Baobabs de près de 6000 ans, et le Dragonnier d Orotava 
deTénériffe, qui a été abattu par un orage, il y a quelques années, 
ne paraissait pas avoir sensiblement grossi depuis 1402, époque où 
les Européens, en arrivant dans l'île, ont commencé à l'observer et 
à le mesurer, et son âge pouvait être aussi extraordinaire. On voit, 
d'après cela, que l'édification d'un arbre et d'une forêt d'essences 
ligneuses peut prendre la valeur d'un phénomène presque com- 
parable, pour la durée, aux périodes géologiques. 

On admettra aisément qu'une plante, qui a devant elle des 
siècles pour s'accroître, pourra atteindre en hauteur des dimensions 
très remarquables. Les espèces que nous venons de mentionner 
ne sont pas, cependant, parmi celles de plus haute taille. Les arbres 
géants de 50 à 60 mètres ne sont pas rares dans la forêt équato- 
riale (Altingia), mais c'est en Australie et en Californie que l'on 
observe actuellement les arbres les plus hauts. Les Séquoia, de cette 
dernière contrée, atteignent plus de 100 mètres (115 mètres); les 
Eucalyptus, de la première région, vont jusqu'à 165 mètres de haut. 

Croissance en épaisseur. — L'accroissement en longueur 
des arbres n est pas le seul point intéressant à signaler dans leur his- 
toire; l'accroissement en diamètre mérite également d'attirer notre 
attention. Quand on scie un billot 
transversalement, obtenu d'un tronc 
d'arbre, on remarque aisément une série 
de zones concentriques dans la région 
centrale, formant ce que Ion appelle 
vulgairement bois. L'expérience ap- 
prend que ces zones sont annuelles, et 
que leur nombre permet de déterminer 
l'âge d'un arbre (fig. 18). Lorsqu'on 
examine à la loupe la constitution de 
ces zones, on voit qu'elles sont caracté- 
risées par un changement brusque du 
calibre des vaisseaux, éléments consti- 
tutifs du bois dans lesquels circule la 
sève : les vaisseaux formés pendant le 
printemps et l'été sont très larges, à 
membrane relativement mince; ceux qui 
se produisent pendant l'automne sont, 
au contraire, à cavité étroite et à mem- 
brane épaisse. Cet épaississement con- 
tinu des tiges est produit par le jeu d'une 
assise qui existe d'une manière perma- 
nente à la périphérie du bois (fig. 1 6) ; 
elle engendre, d'une façon presque 
continue, ralentie cependant pendant 
les grands froids, vers l'intérieur .de la 
tige, les éléments du bois et, vers l'ex- 
térieur, les éléments libériens qui s'a- 
platissent les uns sur les autres, car ils 



Boycr. 



22 



LES PLANTES 




sont mous, de ma- 
nière à avoir été 
comparés aux feuil- 
lets d'un livre (liber). 
La considération des 
couches ligneuses et 
de leur constitution 
est une question de 
la plus grande im- 
portance pratique, à 
cause de l'utilisation 
des bois en menuise- 
rie et en ébénisterie. 

Transforma- 
tions du bois. — 

Lorsque le bois vieil- 
lit, il subit des mo- 
difications notables 
dans sa dureté, sa 
consistance et sa cou- 
leur, qui sont d'im- 
portance pour l'in- 
dustrie. La partie 
centrale d'une tige 
devient d'une cou- 
leur en général plus 
foncée, d'une du- 
reté et d'une densité plus grandes. Cette transformation est le 
début d'une série de modifications successives dont le terme ultime 
est la destruction dubois ; elle se produit progressivement de l'intérieur 
vers l'extérieur, mais elle progresse sans lien régulier avec la marche 
des saisons. La couleur est foncée dans cette partie centrale; elle 
constitue le cœur du bois. Les régions ligneuses périphériques, 
dans lesquelles ces métamorphoses ne sont pas opérées, consti- 
tuent V aubier. Il peut arriver que le bois conserve une coloration 
peu intense et une faible densité dans toute l'épaisseur du tronc ; 
on a affaire alors aux bois blancs, peu durables, donnant peu 
de chaleur comme combustibles. Les bois qui se colorent sont 
les bois durs et la partie ainsi transformée forme dans un arbre le 
bois parfait qu'utilise l'ébéniste. La couleur du cœur est variable 
avec les espèces : le Noyer est brun, le Plaqueminier ébénier est 
noir et donne le bois d'ébène, le bois des Hematoxylon est rouge 
violacé et fournit le bois de Campêche employé comme colorant. 
La constitution du bois parfait d'un arbre est d'ailleurs sous la 
dépendance des conditions de végétation. Dans un sol maigre, le 
cœur se forme mal; dans un terrain fertile, au contraire, les cou- 
ches annuelles sont plus épaisses, et il y a beaucoup de bois par- 
fait. L'âge intervient également dans la différenciation du bois et 
les progrès du cœur : la proportion de cœur augmente avec les années. 
Dans un Chêne de 20 centimètres de diamètre, l'épaisseur du cœur 
est I, et 1 celle de l'aubier; pour des épaisseurs croissantes du dia- 
mètre, l'épaisseur de l'aubier reste à peu près la même et est représen- 



Baobab géant, dans le Centre africain. 



tée par l'unité, tandis 
que le cœur varie : 
diamètre 30 centi- 
mètres, le cœur 
vaut 3 ; diamètre 
60 centimètres, le 
cœur vaut 4. 

L'élasticité d'un 
bois est une propriété 
souvent importante, 
qui a un rôle notable 
dans diverses cir- 
constances, en par- 
ticulier pour la cons- 
titution de la mâture 
des navires. Comme 
l'élasticité est en rai- 
son inverse de 1 é- 
paisseur des couches 
annuelles, les Pins, 
qui sont, comme on 
le sait, des arbres 
à croissance lente, 
conviennent bien 
pour le but précé- 
dent. Mais la lati- 
tude aune influence 
sur cette croissance 
et, dans les recherches de Bravais et Martins, il a été établi que 
c'était vers 64° de latitude, dans la presqu'île Scandinave, que 
se rencontraient les conditions les plus favorables pour le déve- 
loppement des tiges destinées à faire des mâts. 

Le bois parfait peut parfois se différencier prématurément sous 
l'influence de blessures produites d'une manière régulière en 
des points déterminés suivant certaines génératrices, et alors le bois 
se montre en section transversale, comme orné d'une sorte de croix 
de Malte qui dérive des traumatismes. C'est là un fait singulier 
qui résulte notamment du traitement auquel sont soumises les tiges 
de certains arbres et arbustes à Maule, en vue de la fabrication 
des cannes et des manches de parapluies. 

Structure des jeunes tiges. — Nous venons d'envisager la 
structure des arbres ; celle des herbes est beaucoup plus simple, et 
celles-ci présentent, à l'état persistant, la structure des arbres au dé- 
but. On y trouve constamment, comme dans la racine, un épiderme 
qui est pourvu de petits orifices appelés stomates, par lesquels s'o- 
pèrent les échanges gazeux entre la plante et l'atmosphère; on y 
distingue une écorce et un cylindre central (fig. 15), dans lequel 
on remarque des faisceaux qui sont à la fois libériens et ligneux : 
libériens à l'extérieur, ligneux à l'intérieur (fig. 14). Par la juxta- 
position de ces faisceaux, la tige se distingue donc nettement de 
la racine dans laquelle ces éléments sont séparés. La pointe des 
faisceaux du bois est vers l'intérieur et les éléments qui existent en 





Dragonnier, à Ténériffe (Canaries). 



Séquoia giganlea, en Californie. 



LA VIE VEGETALE 



23 




Zones annuelles d'un tronc de Pin. 



Tige de Smilax et tige de Grenadier (coupes grossies). 



Cl. E. Dejrollc. 




Endoderme 
Péricycle 
Liber 
Bois 



Moelle 



Détail d'un faisceau 
libéro-ligneux. 



Épiderme 




Stomate 
Tissu cortical 
Liber 
Bois 

Péricycle 
Endoderme 
Moelle 



Rayon médullaire 



Fig. 15. — Coupe de Dicotylédone 
montrant la structure primaire. 



Ecorce 

v Couche génératrice 
\ du liège 
ÀBois primaire 

I 1 Liber 
r—f- primaire 

. / Couche 
7" génératrice 
libéra ligneuse 

Cylindre central 

Fig. 16. — Formations secondaires 

de Dicotylédones : 

couches génératrices. 




Stomate 



Lenticelle 
Cuticule 
Epiderme 
^-Liépe 




Couche génératrice 
du liège 



Fig. 17. — Fonctionnement 
de la couche génératrice du liège. 



ce point sont constitués par des vaisseaux 
spirales et annelés, tandis que, vers la péri- 
phérie de la partie ligneuse, les vaisseaux 
sont surtout ponctués. Il y a, d'ailleurs, 
des fibres et du tissu ligneux mélangés à 
ces divers éléments vasculaires. Dans le 
liber, c'est le tube criblé (fig. 6, E) qui est 
vraiment caractéristique, et qui doit ce 
nom aux plages criblées des parois trans- 
versales. La moelle est beaucoup plus dé- 
veloppée que dans la racine, et elle est 
souvent réduite à une large cavité occupant le centre de la tige. 




i Moèlla 
Bois primaire 



Bois secondaire des 1?2* 3* et tannées 
Couche génératrice iibero-ligneuse 
liber secondaire des 4^ 3? 2' et !• années 

Fig. 18. — Coupe d'une tige âgée de 4 ans. 



Les écorces. — En même temps que la partie interne des 
tiges se constitue et se différencie suivant les modes variés qui 
viennent d être mentionnés, les parties périphériques subissent 
également des changements notables dans les tissus corticaux. Tandis 
que l'assise génératrice interne produit, par ses divisions répétées sur 
ses deux faces, le bois et le liber, une assise analogue, mais externe, 
se constitue à des profondeurs variées dans les tissus corticaux, qui 
engendre par ses cloisonnements, vers l'extérieur, le liège et, vers 
l'intérieur, l'écorce secondaire (fig. 17). 
Le' liège est formé de cellules apla- 
ties parallélépipédiques, très intime- 
ment soudées les unes avec les autres, à 
membrane imprégnée de subérine. Les 
cellules subéreuses périssent rapidement, 
perdent leur noyau et leur protoplasma, 
se remplissent d'air, forment une sorte 
de matelas mauvais conducteur de la 
chaleur à la périphérie des tiges et cons- 
tituent un organe de protection, d'au- 
tant plus appréciable que les cellules 
imprégnées de subérine résistent à l'at- 
taque des bactéries, qui détruisent les 
membranes purement cellulosiques. 
Grâce au jeu de l'assise subéreuse, tous 
les tissus qui lui sont extérieurs ne tardent 
pas à être mortifiés et s'exfolient en 
forme d'écaillés, de plaques variées. La 
tige continuant à s'épaissir, des fentes 
tendent à se produire dans l'écorce, et 




Croix de Malte naturelles 
sur sections de bois pour cannes. 



de nouvelles assises de liège naissent dans 
ses régions plus profondes. Il se forme 
ainsi à la surface des vieux troncs ce qu'on 
appelle l'écorce crevassée ou rhytidome, 
qui varie beaucoup dans son aspect sui- 
vant les tiges et fournit des caractères 
utiles pour reconnaître les arbres. 

Tandis que l'écorce du Hêtre reste 
lisse, celle du Peuplier noir présente de 
longues crevasses; celles du Châtaignier 
sont plus longues encore; les crevasses 
du Chêne sont plus courtes. Le Cerisier se fend surtout horizon- 
talement et son écorce s'enlève en plaques transversales minces, 
qui servent à faire ces boîtes à tabac que l'on connaît vulgairement 
sous le nom de queues de rat. Le Platane se dépouille par larges 
plaques qui tombent dAin coup et qui mettent à nu une partie 
jeune lisse et d'une teille plus claire, de sorte que le tronc de cet 
arbre est maculé d'une manière curieuse par le rapprochement des 
parties vieilles et des parties jeunes de l'écorce. 

Tiges souterraines. — La tige est susceptible, comme la 
racine, de variations notables qui sont en 
relation avec les fonctions diverses aux- 
quelles cet organe doit s'adapter. 

Les tiges vivant dans le sol constituent 
ce quel'on appelle les rhizomes ; elles sont 
décolorées, blanches, dépourvues de feuil- 
les vertes, garnies seulement d'écaillés 
(fig. 19). Dans un Sceau-de-Salomon, 
par exemple, il y a un rhizome sur le- 
quel on observe une série de cicatrices 
correspondant aux traces laissées par les 
tiges aériennes dressées, après leurschutes 
successives : on peut, d'après le nombre 
de ces cicatrices, déterminer depuis com- 
bien d'années la tige chemine silencieu- 
sement dans le sol; en réalité, elle relève 
chaque année son extrémité vers le haut, 
de façon à sortir de terre, et ne continue 
sa croissance souterraine que par un 
bourgeon de remplacement qui se forme 
à la base et qui se trouve en prolon- 



24 



LES PLANTES 






Écorce du Peuplier noir. 



Ecorce du Hêtre. 



CI. de M. P. I'.-iideau. 
Écorce du Cerisier. 




Fig. 19. — Rhizomes. 

A, du Carex : B, de l'Iris ; 
tige aérienne : rh, rhizome ; 
r, racines advcntives. 



^fe 









J& 




Fig. 22. — Coulants du Fraisier. 



Fig. 20. 

Tubercules 

de la Pomme de terre 



Fig. 21. 
Coupe d'un bulbe. 



a , tige aérienne ; b, rhi- 
zome portant des tubercu- 
les ; c, racines adventives. 



a, tige aérienne ; 

b, écailles ; c, plateau 

ou rhizome ; d, racines 

adventives. 



en réalité, formé 
c est ce que l'on 



gement du rhizome. Ce dernier est donc, 
d'une série de branches d'ordres différents : 
appelle un sympode. Les tissus de ces tiges souterraines sont gor- 
gés d'eau, remplis de matière féculente ou de diverses autres sub- 
stances de réserve. Quelquefois le gonflement et la tuméfaction 
des tissus s accusent plus encore et l'on voit de véritables tuber- 
cules se former, qui peuvent être constitués d'articles successifs 
renflés en chapelet comme dans les Crosnes du Japon (Stachys 
affinis). Ailleurs, comme dans la Pomme de terre (Solarium tube- 
rosum [fig. 20]), la tubérisation n'a lieu que sur une faible lon- 
gueur des cordons incolores souterrains ; sur le tubercule, on 
observe des yeux qui naissent à l'aisselle d'écaillés, indiquant que 




Rhizome du Sceau-de-Salomon avec cicatrices. 



le tubercule est formé de plu- 
sieurs entre-nœuds. 

Si les cordons souterrains qui 
constituent le rhizome sortent 
accidentellement du sol et con- 
tinuent à se développer à sa sur- 
face, on a ce que l'on appelle 
des stolons ou drageons, ou des tiges rampantes que l'on observe 
aisément dans le Lierre terrestre (Glechoma hederacea), et sur- 
tout dans les Fraisiers (fig. 22), où ils forment ces coulants qui, 
après avoir rampé sur une assez grande longueur à la surface du 
sol, y produisent, près de l'extrémité, des racines qui s'enfoncent dans 
le sol et provoquent l'apparition de nouvelles feuilles et bientôt d'un 
nouveau plant de Fraisier ; ce dernier se comporte comme le pied 
mère et la plante s'étend sur toute la surface du champ de culture. 
Les bulbes ou oignons (fig. 21) sont des bourgeons souterrains 
comprenant un court rhizome ou plateau qui porte à sa face infé- 
rieure des racines adventives et, sur ses flancs, des écailles blanchâ- 
tres. A l'aisselle de chaque écaille est un bourgeon latéral. Dans 
certains bulbes, comme l'Oignon ordinaire, les écailles, très déve- 
loppées, se recouvrent complètement (bulbes tuniques); dans le 
Lis, elles sont moins développées (bulbe ccailleux) ; dans le 
Safran, elles sont très réduites : le plateau forme presque à lui seul 
le bulbe, qui est dit plein. 

Tiges grimpantes. — Les tiges qui courent ainsi sur le sol 
appartiennent à la catégorie des plantes rampantes. Chez certaines 
espèces, comme le Liseron, cette propriété est très accusée quand 
il végète dans les endroits découverts, dans une prairie, par 
exemple. Mais si cette même plante croît au milieu des Blés, 
dans un endroit où la lumière est atténuée, et où elle rencontre 
partout des tiges dressées qui peuvent lui servir de support, elle se 
comporte d'une façon tout à fait différente : elle s'enroule autour 
des chaumes et devient une plante grimpante volubile. 

Les tiges grimpantes ne sont pas toujours organisées sur ce der- 
nier type. Nous avons vu, en effet, que la tige du Lierre grimpe 
le long des murs à l'aide de milliers de racines-crampons, et nous 
verrons ultérieurement que beaucoup se fixent aux tuteurs à l'aide 
d'organes enroulables nommés vrilles. 



LA VIE VÉGÉTALE 



25 



Les tiges en pays désertiques. 

— ■ En opposition à ces végétaux, nous 
pouvons citer ceux qui croissent dans 
les régions très sèches et désertiques, où 
les plantes sont peu nombreuses et la 
lumière intense. Les tiges s'y modifient 
dans une direction très différente. Les 
Cierges (Cereus) peuvent nous per- 
mettre d'apprécier l'amplitude de la 
variation des organes caulinaires. La 
tige reste d'ordinaire simple, elle ne se 
ramifie pas; elle est réduite à une co- 
lonne dépourvue de tous appendices, de 
feuilles et de branches; on remarque 
que sa surface est ailée et épineuse, que 
sa structure est charnue et aqueuse. 
Toutes ces particularités sont en rap- 
port avec l'adaptation à un climat sec, 
qui permet au végétal de réduire au 
minimum le danger résultant pour lui 
de la transpiration. Les moyens que 
les plantes désertiques ont employés 
dans le cours des siècles pour arriver à 
ce résultat ont été les mêmes dans les 
pays les plus divers, mais ayant des 
conditions climatériquesanalogues. Cela 
est si vrai que des plantes très diffé- 
rentes les unes des autres, comme des 
Cactées, des Euphorbes grasses, des 
Asclépiadacées charnues ont subi des 
transformations si manifestement dans 
une même direction qu'elles sont arri- 
vées, à l'heure actuelle, à se ressembler 
d'une étrange manière. Dans ces trois 
groupes, on a des tiges grasses et sim- 
ples, couvertes de piquants, des tiges 
en boule ou des raquettes aplaties. Ce 
sont là les trois stades d'une même évo- 
lution qui s'est opérée dans le même 
sens pour trois groupes différents. 

Fonctions de la tige. — La phy- 
siologie de la tige résulte, pour ainsi 
dire, de sa position dans l'ensemble du 
corps de la plante. C'est un organe qui 

sert de squelette, et qui a un double rôle de support et de conduc- 
tion. C est la tige, en effet, qui porte les feuilles, les fleurs et les 
fruits ; ces diverses parties du végétal sont parfois extrêmement 
nombreuses, comme cela arrive dans un arbre élevé; il faut, pour 
porter cette riche frondaison et floraison, un système richement 
ramifié, solide, qui se dresse dans l'air où ses ramifications mul- 
tiples permettent aux feuilles et aux fleurs de ne pas s'étouffer les 
unes au-dessus des autres. Le squelette est surtout formé dans la 
tige par le tissu ligneux ; déjà les vaisseaux ont leur membrane un 
peu épaissie et incrustée d une matière dure appelée lignine, mais 
cette constitution intime se retrouve dans les fibres et le parenchyme 
ligneux. Ce sont d'ailleurs les fibres ligneuses qui constituent la 
partie essentielle et caractéristique du système squelettique. A ces 
fibres du bois s'ajoutent fré- 
quemment les fibres libé- 
riennes qui forment des 
paquets plus ou moins dé- 
veloppés, disséminés dans 
le liber ou agglomérés au 
dos des faisceaux. L'im- 
portance de ces fibres est 
très grande, car c'est grâce 
à elles que beaucoup de 
plantes sont employées 
comme textiles. Parle rouis- 
sage, les éléments paren- 
chymateux sont séparés, 
détruits, et les fibres peu- 
vent être isolées pour con- 
stituer l'étoupe qui servira 
au tisseur. 

Le Chanvre, le Lin, le 
Jute, la Ramie sont parmi 

LES PLANTES 




Cl. de M. Dijjupt. 

Cierge dans les régions désertiques du Mexique. 



les plantes les plus utiles à ce point 
de vue. 

La seconde fonction fondamentale 
des tiges est de conduire la sève. C est 
à travers son énorme système ligneux 
et vasculaire que circule la sève ascen- 
dante qui vient des racines et qui con- 
tinue sa marche ascensionnelle vers les 
feuilles. Ce torrent vertical se manifeste 
quelquefois au dehors quand, par suite 
de blessures, la sève s'écoule : on ob- 
serve alors des pleurs. On peut encore 
trancher la partie supérieure d'une plante 
et le suc qui s'écoule en abondance 
est utilisé dans certaines contrées ; sou- 
mis à la fermentation et à la distillation, 
il peut donner soit un vin (vin de Palme), 
soit un alcool, par exemple le mescal 
de Y Agave Salmiana. 

Il n'y a d'ailleurs pas que la sève 
ascensionnelle qui circule dans la tige ; 
il y a aussi la sève élaborée qui revient 
des feuilles et qui est d'ordinaire des- 
cendante. Seulement, au lieu de passer 
par les vaisseaux du bois, elle descend 
par les tubes criblés du liber. 

Évidemment, pour que la tige rem- 
plisse ces deux rôles essentiels, il faut 
qu'elle se dresse dans l'air et qu'elle 
soit orientée vers le haut. C'est ce qui 
arrive pour les tiges de la plupart des 
plantes, et c'est la pesanteur qui contri- 
bue à cette orientation, grâce à cette 
propriété qui a été désignée sous le 
nom de géotropisme négatif. Pour la 
tige principale, le géotropisme est ab- 
solu ; pour les branches obliques, le géo- 
tropisme est limité. Il est une catégorie 
de plantes pour lesquelles cette pro- 
priété disparaît : ce sont celles dont la 
tige est rampante ou celles dont la tige 
est souterraine. On dit alors qu'il y a 
plagiotropisme. Les espèces dont la 
tige présente cette propriété anormale 
sont vouées à rester dans le sol ou à 
son voisinage. Si elles s'introduisent dans la terre, il en résulte 
que leur transpiration est modifiée, rendue plus difficile; elles se 
tuméfient, leur écorce augmente d'épaisseur, leur cylindre central, 
au contraire, se réduit. L'absence de lumière fait, en outre, dis- 
paraître la matière verte et l'on a ces tiges souterraines, qui parfois 
se renflent en tubercules et il s'y accumule des matières alimen- 
taires de réserve comme dans un grenier. Il en résulte que la 
plante peut séparer ces tubercules; grâce aux matériaux qu'ils 
contiennent, ils peuvent germer comme une graine. Ces tuber- 
cules dégagent de la chaleur, et si l'on enfonce en eux le 
réservoir d'un thermomètre très sensible, on voit qu'il marque 
une température supérieure à celle du sol. Ce dégagement ca- 
lorique, d'abord faible, passe par un maximum, puis décroît. 






Euphorhia splendens (Euphorbiacée). 



S/apelia (Asclépiadée grasse). 
3 



26 



LES PLANTES 




Une plantation d'Agaves, au Mexique. 



LA FEUILLE 

La feuille est le troisième organe de la plante qui se distingue des 
deux précédents par sa forme aplatie : la racine et la tige sont cylin- 
driques et symétriques par rapporta un axe, tandis que la feuille est 
bilatérale ou symétrique par rapport à un plan. Une seconde diffé- 
rence saute aux yeux : la feuille est en général un organe petit, dont 
la croissance est restreinte, tandisque la tige et la racine sont des or- 
ganesqui croissent presque indéfiniment. Certaines feuilles atteignent 
cependant des dimensions considérables, comme celles des Dracun- 
tium, du RaVenala, de divers Palmiers. Les feuilles du Manicaria 
saccifère, de la forêt amazonienne, ont plus de 10 mètres de long. 

La feuille {fig. 23) est formée, en général, de trois parties 
qui peuvent d'ailleurs l'une ou l'autre faire défaut : le limbe, la 
partie élargie, aplatie; le pé- 
tiole, ou queue de la feuille; 
la gaine, région un peu élargie 
entourant la tige à la base du 
pétiole. Les feuilles d'Arum, 
d'Ombellifères, nous montrent 
nettement les trois régions que 
nous venons d'indiquer, mais 
dans les feuilles de Hêtre, de 
Chêne, la gaine manque ; au 
contraire, les feuilles de Gra- 
minées n'ont pas de pétiole, 
leur gaine fendue est trèsgrande 
et le limbe étroit et allongé est 
très développé. Dans quelques 
plantes, aux parties dépendant 
de la feuille, s'ajoutent les sti- 
pules (fig. 24), constituées par 
deux petites lames placées de 
part et d'autre du pétiole à 
sa base; on voit des stipules 
d'assez notables dimensions 
dans le Sarrasin et les Pensées. 
Parfois ( dans le Hêtre par 
exemple), les stipules sont ca- 
duques et tombent au moment ci. de m. Bnw de snint.Poi r.ias. 
où se développe le bourgeon Un Caladiiim, à Sumatra. 




qu'elles servaient à protéger. Bien que d'ordinaire indépendantes 
du pétiole, les stipules peuvent quelquefois se souder à lui ; c'est 
ce qui arrive pour les Trèfles : les pointes qui font saillie au sommet 
de ces petits organes et leur position ne permettent pas de les 
confondre avec des gaines. 

Nervation. — Le limbe est la partie la plus importante de la 
feuille; c'est celle qui joue le rôle prépondérant au point de vue 
de la nutrition de la plante par l'air qui l'environne. On y distin- 
gue le parenchyme et les nervures, ces dernières formant une 
dentelle, souvent bien délicate, que l'on peut apercevoir lorsque les 
feuilles (de Peuplier, par exemple) ont séjourné pendant un 
certain temps dans l'eau. En plus de la nervure principale et des 
nervures secondaires, on distingue un réseau véritablement remar- 
quable de nervures tertiaires en fine dentelle, qui per- 
mettent de saisir comment se fait la répartition des 
aliments dans toutes les parties de la feuille. Le mode 
de distribution des nervures est tout à fait caractéris- 
tique et mérite d'être connu (fig. 25). Rarement les 
feuilles ont une seule nervure : c'est cependant le cas 
des Pins, des Bruyères, du Tamarix, dont les feuilles 
sont en aiguilles ou aciculaires. Dans les Graminées 
et, d'une manière presque générale, dans les Monoco- 
tylédones, les nervures sont à peu près parallèles. Dans 
les plantes supérieures Dicotylédones, les nervures se- 
condaires s'insèrent sur la nervure principale, en faisant 
avec elle un angle variable; si elles partent de diverses 
hauteurs sur elle, la nervation est dite pennée (comme 
dans les plumes) ; si elles partent toutes de la base, 
s'irradiant de ce point comme 
les doigts d'un canard, on dit 




Fig. 23. 
Parties de la feuille. 



Fig. 24. — Stipules (s). 
A, de Pensée ; B, de Sarrasin. 



LA VIE VÉGÉTALE 



27 





Feuille de Peuplier réduite à ses nervures. 



Feuilles flabellées de Ginkgo biloba. •' 



Fig. 25. — Nervation des feuilles. 
A, de Noisetier ; B, de Vigne ; C, de Blé. 

Vigne, etc., ou pennidentées, pennilobées, 
penniséquées, etc. 

Les entailles peuvent être plus profondes 
encore que celles que nous venons de dé- 
crire ; des folioles tout à fait semblables à de 
petites feuilles apparaissent, chacune pourvue 
d'un petit limbe et d'un pétiolule; on dit 
alors que les feuilles sont composées. Elles 
peuvent être composées- pennées comme 
dans le Robinier faux-Acacia ou composées- 
palmées comme dans le Marronnier d'Inde. 



que la nervation est palmée. La nervation est dite flabellée, ou 
en éventail, dans le Ginkgo; les nervures se divisent successive- 
ment en fourche, en suivant l'élargissement progressif de la feuille. 
En général, le pétiole s'insère à la base du limbe; cependant, dans 
une feuille de Capucine, il n'en est pas ainsi : il s'attache au-dessous 
du limbe et excentriquement; de ce point partent alors les nervures 
dans toutes les directions : on a ce que l'on appelle une nervation 
peltée (en bouclier). 

Feuilles simples et feuilles composées. — Le paren- 
chyme, ensemble des tissus qui s'étendent entre les nervures, peut 
également présenter des variations frappantes qui contribuent à 
changer complètement l'aspect des feuilles. Le bord du limbe 
peut être sans découpures, la feuille est alors entière ; parfois il 
est découpé en un grand nombre de petites denticulations, la feuille 
est dentée ; si les échancrures sont en festons arrondis, la feuille 
est crénelée, et quand ces festons deviennent un peu profonds et 
les divisions moins nombreuses et plus grandes, la feuille est dite 
lobée ; la feuille est dite pariite quand les entailles vont jusqu'à 
la nervure principale sans y atteindre ; elle est au contraire séquée 
quand la division du limbe la met à nu, comme, par exemple, 
chez le Fenouil. Comme de juste, les entailles plus ou moins 
profondes du parenchyme que nous venons de décrire peuvent 
accompagner des nervations de différents types et on a, suivant 
les cas, des feuilles palmidentées, palmilobées comme dans la 



Disposition des feuilles sur les 
tiges. — Le mode d'insertion des feuilles sur les tiges se fait sui- 
vant des règles qui sont très remarquables par leur caractère ma- 
thématique (fig. 26 et 27), car ce n'est pas seulement dans le 
domaine céleste que tout est réglé par des nombres. 

Il y a deux cas à distinguer, suivant que les feuilles sont isolées, 
insérées solitairement chacune sur un nœud (feuilles alternes) ou 
qu'elles sont au contraire groupées par deux (feuilles opposées) 
ou plusieurs (feuilles verticillées). Occupons-nous d'abord du cas 
des feuilles alternes. 

Si l'on s'élève sur la tige en suivant la ligne, en forme d'hélice, 
qui passe par les points successifs d'insertion des feuilles, on 
remarque que les divergences sont constantes pour passer d'un de 
ces points au point suivant. 

On désigne sous le nom de divergence l'angle dièdre formé 
par deux plans passant par l'axe de la tige et par les deux points 
d'insertion de deux feuilles successives et voisines. Cet angle est 
mesuré de la façon suivante : on mène la circonférence passant par 
le point inférieur (A) qui correspond à un plan perpendiculaire à 
l'axe de l'organe ; par le point d'insertion de la feuille supérieure, 
on mène une génératrice qui rencontre la circonférence précé- 
dente (en B) : l'arc AB mesure la divergence. 

Non seulement la divergence est constante, comme nous venons 
de le dire plus haut, mais elle est représentée par une fraction sim- 
ple de la circonférence 1/2, 1/3, 2/5, etc. D'une façon générale, 
les fractions que l'on observe le plus couramment sont celles de la 




Feuilles séquées du Fenouil. Feuilles palmées-composées de la Vigne vierge. Feuilles bipennées du Calliandra. 



28 



LES PLANTES 




Fig. 26. - Feuilles. Fig 27 _ D i spos i tion 

A, lobée de Kicin. B, d'Érable, C, d'Aconit ; D, composée-palmée du Marronnier ; E, opposées de Menthe ; F, verticillées de Laurier-rose. des feuilles alternes. 





Bourgeons. 



A, de Marronnier ; B, de Poirier ; 
b o, bourgeons ordinaires; bf, bour- 
geons à fleurs ; c, cicatrice. 



^fl¥ 



Fig. 28. — Coupe 
d'un bourgeon. 



série que l'on ob- 
tient en addition- 
nant les numéra- 
teurs et les déno- 
minateurs entre 
eux des deux der- 
nières fractions de 
la série précé- 
dente, et en procédant toujours ainsi pour obtenir 
de nouveaux termes. Dans le Ravenala, le Arbre du 
voyageur », de Madagascar, la divergence est de 1/2, 
les feuilles sont distiques et on voit bien sur la photo- 
graphie qu'elles sont insérées dans un même plan. 

Lorsqu'il s'agit de feuilles opposées ou verticillées, 
la loi la plus simple, et qui s'observe le plus communément, est la 
suivante : la ligne médiane d'une feuille d'un verticille supérieur 
se projette exactement suivant la bissectrice de l'angle compris 
entre deux feuilles du verticille inférieur. 

Telles sont les règles les plus simples et les plus générales qui 
président d'ordinaire à la phyllotaxie, c'est-à-dire à l'insertion des 
organes foliaires. Il est très remarquable de constater là des règles 
mathématiques très simples qui indiquent évidemment que l'édifi- 
cation des plantes s'est faite suivant des lois logiques et naturelles 
qui se trahissent ainsi. 

Bourgeons et préfoliation. — L'étude des bourgeons et de 
leur mode d'épanouissement révèle également des particularités assez 
curieuses (fig. 28 et 29). Les petites feuilles y sont disposées de 




Le Ravenala ou Arbre du voyageur, à Madagascar. 

manière à occuper le moins de place possible et à s'intercaler les 
unes entre les autres. Parfois, ce qui est rare, les feuilles sont planes : 
c'est ce qui arrive chez les Lilas. Fréquemment elles sont pliées en 
deux suivant la nervure médiane : c'est ce qui arrive dans les Chênes 
(condupliquées). Dans les bourgeons de Fougères, elles sont 
roulées en crosse (circinées), et ceci se manifeste non seulement 
pour le pétiole principal, mais aussi pour les pétioles secondaires 
et les folioles, qui se développent d'ailleurs peu à peu au fur et 
à mesure de l'épanouissement. Chez les Bouleaux, les feuilles sont 
plissées en éventail ; dans les Peupliers, les bords sont enroulés en 
dedans ; enfin, dans les Pruniers, l'enroulement est en cornet ou 
convoluté. C'est ce qui a lieu également pour le Muguet, et le 
déroulement se produit peu à peu. 

Lorsque les feuilles sont pliées, la feuille extérieure peut 






Bourgeons du Hêtre. 



Crosses d'une Fougère. 



Cl. F. Kaideau. 

Développement du Muguet. 




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LA VIE VÉGÉTALE 



29 



recouvrir complètement et emboîter la feuille plus interne 
et plus jeune, les plis étant opposés et se regardant : on a 
affaire au type équitant, que l'on remarque dans l'Iris. Si, 
au contraire, c'est seulement la moitié d'une feuille qui est 
recouverte, on a un type semi-équiiant : tel est le cas de 
l'Œillet. Enfin, lorsque les bords se rapprochent sans se 
recouvrir, on dit qu'il y a préfoliation calvaire. Le limbe, 
entier au début, peut se perforer dans le cours du dévelop- 
pement; c'est ce qui a lieu pour les Monstera délicieux : 
les perforations s'élargissent, gagnent les bords, et la feuille 
devient lobée ; en même temps d'autres perforations appa- 
raissent, ce qui rend l'aspect de la feuille très singulier. 

Durée. — La feuille, avons-nous dit plus haut, est un 
organe à faible croissance : cette propriété est liée à sa 
faible durée. Tandis que la tige et la racine subsistent pour 
ainsi dire indéfiniment, la feuille est destinée à une chute 
plus ou moins rapide. Les herbes perdent en général leurs 
organes aériens par le froid ; quand les feuilles persistent 
pendant l'hiver, elles ne tardent pas au bout d'un certain 
temps à se détruire. Mais c'est surtout pour les arbres que 
la caducité des feuilles se manifeste d'une manière nette 
quand, à la fin de l'automne, les forêts se dépouillent. On 
remarque alors deux sortes d'essences, celles que l'on ap- 
pelle à feuilles persistantes et celles à feuilles caduques. 
En fait, dans les arbres toujours verts, comme les Pins, 
les Sapins, les feuilles durent un certain nombre d'années, 
parfois sept à huit, et finissent par tomber. Dans les Chênes, au 
contraire, la caducité du feuillage est liée à l'apparition de l'hiver. 
Ce lien est si manifeste que l'on peut, quand on se transporte 
dans un climat moins rude, où l'hiver est plus court, voir l'époque 
de la chute des feuilles retarder de plus en plus. Dans le midi 
de l'Europe, on peut assister à ce phénomène et M. Flammarion a 
cultivé dans le jardin d'hiver, ou grande serre, du Muséum de Paris, 
un Chêne rouvre de notre pays qui s'y était transformé en un 
arbre gardant ses feuilles toute l'année. On ne doit pas s'étonner, 
d'après cela, que dans les régions chaudes où l'hiver n'existe 
plus, avec son froid intense, toutes les espèces de Chênes soient 
à feuilles persistantes. Dans les continents comme l'Amérique du 
Sud, où l'on peut passer sans interruption de mer de la pointe 
extrême de la Patagonie jusqu'à des régions tout à fait tropicales, 
on rencontre des variations de même nature. Le cas des forêts 
de Hêtres (Nothofagus) de ces régions est tout à fait intéressant ; 
tandis que dans les régions froides on a des types à feuilles 
caduques, quand on s'élève vers le Chili les feuilles peuvent de- 
venir persistantes. Mais l'hérédité vient compliquer le problème 
et, dans les climats intermédiaires, on peut avoir les types les plus 

complexes. C'est 
ainsi que le Pso- 
ralea glandu- 
leux, dans un 
pays où l'hiver 
existe, perd une 
grande partie de 
ses feuilles quand 




Fig. 30. 

Feuillage 

pendant 

d'Amherstia 

nobilis. 



Cl. F. Faideau. 

Feuilles perforées du Monstera délicieux. 







arrive le froid, mais il se dépouille plus ou moins de feuilles, sui- 
vant les localités. Ces exemples divers nous servent évidemment à 
expliquer le cas des arbres des régions tropicales pour lesquelles la 
forêt reste toujours verte; les feuilles tombent peu à peu, mais sans 
rythme saisonnier. 

Si les feuilles s'altèrent et tombent successivement, il n'en 
résulte pas que leur apparition ne soit pas liée à la recrudescence 
de l'humidité qui, au début de la saison des pluies, redonne une 
activité nouvelle à la végétation. C'est à cette époque de l'année 
que la forêt tropicale s'orne d'une merveilleuse parure grâce aux 
nuances variées et tendres, jaunes, roses, pourpres, des jeunes 
feuillages. Les bourgeons ne se développent pas comme dans les 
pays froids, où la plante paraît comme craintive et hésite à émettre 
au dehors ses jeunes pousses qu'un retour offensif du froid peut 
geler et détruire. Il n'y a pas tous ces moyens de défense et de 
protection que nous connaissons dans les arbres de nos pays : cette 
viscosité des écailles du bourgeon qui en retarde l'éclosion, ces 
zones cotonneuses qui enveloppent frileusement toutes les jeunes 
feuilles. Dans les pays chauds, les bourgeons ne s'ouvrent pas, ils 
se déversent : c'est l'expression consacrée; ils se développent avec 
une promptitude qui tient presque du prodige. Il se forme alors ce 
que l'on appelle les feuillages pendants (fig. 30), qui ne sont autres 
que des jeunes pousses avec ces feuillages déversés, et qui atteignent 
en un espace très court de temps une longueur très notable (parfois 
plus d'un mètre). Ce sont ces parties qui se teintent de jaune, de 
vert pâle, de rose, qui égaient d'une manière si heureuse ces forêts 
denses dont le feuillage a d'ordinaire des teintes d'un vert sombre. 
L'orientation pendante et les pigments qui se trouvent dans les 







*t* >" ■ :• .■"'"■a 



Fig. 31. — Sagittaire avec ses feuilles. 
A, submergées ; B, flottantes \ C, aériennes. 

LES PUANTES 




Renoncule aquatique. 



Myriophylle verticillé. 



3. 



30 



LES PLANTES 









1» 








Joubarbe des toits. 



Feuilles épaisses dû Cotylédon «ibbiflora 



feuilles servent à protéger les tissus jeunes et tendres contre l'ar- 
deur des rayons du soleil. Quand les tissus ont pris de la consis- 
tance, le feuillage se redresse peu à peu et la teinte change. 

Adaptations diverses des feuilles. — L'étude précé- 
dente nous a révélé d'une manière manifeste une accommodation 
évidente de la feuille au climat. Une pareille harmonisation de 
l'organe foliaire et du milieu extérieur s'observe partout dans la 
nature. La durée de la feuille étant très courte, il faut que cet 
organe soit, pour ainsi dire, adapté dès la première minute de son 
développement : c'est pourquoi la feuille est l'organe par excellence 
à étudier pour la connaissance de l'action des facteurs extérieurs. 

Les plantes d'eau nous montrent des variations très remarquables 
et d'observation facile. Il suffit de se promener le long d'un cours 
d'eau pour remarquer les changements curieux de la Sagittaire ou 
Fléchière (fig. 31) : les feuilles qui pointent hors de l'eau ont la 
forme de flèche (C) supportée par un pétiole bien caractérisé, tandis 
que celles qui sont dans l'eau (A) ont la forme de longs et étroits 
rubans de très mince épaisseur, ondulant dans le milieu liquide. Entre 
ces deux feuilles, l'une aérienne, l'autre aquatique, il y a des feuilles 
amphibies ou nageantes (B), pourvues d'un pétiole, mais dont 
le limbe a une forme de cœur. C'est bien le milieu qui provoque 
ainsi la modification des feuilles, et lorsqu'une crue survient et sub- 
merge une feuille aérienne, ou bien elle meurt, si elle est trop âgée, 
ou bien elle s'allonge démesurément et prend une forme rubanée, 
ne gardant de sa structure en flèche que deux petites cornes qui se 
retrouvent à la base de son limbe, lequel se confond presque avec 
le pétiole. 

On voit encore un autre exemple de transformations semblables 
en étudiant la Renoncule d'eau, qui a des feuilles aériennes pour- 
vues d'un limbe plus ou moins profondément découpé, tandis 
que les feuilles submergées sont, au contraire, tout à fait divi- 
sées et réduites pour ainsi dire à leurs nervures. Il n'est pas rare 
d'observer des feuilles à limbe plongeant partiellement dans le 
liquide et se réduisant, par exemple, sur un bord, à leurs ner- 
vures comme dans une feuille laciniée. 

Un pareil exemple est tout à fait frappant et montre bien l'action 

toujours manifeste des facteurs 
extérieurs qui altèrent pro- 
JûlJp^' fondement la forme des êtres. 

Epidémie 

ic Epidémie super' 
Tissu en palissade 




Dans les Myriophylles, qui sont exclu- 
sivement submergées, il n'y a que des 
feuilles découpées et réduites à leurs ner- 
vures. Il arrive cependant que la partie 
supérieure des pousses sorte de l'eau ; les 
feuilles sont alors plus épaisses, raccour- 
cies, mais gardent toujours leur cachet 
aquatique. 

Une autre adaptation remarquable est 
celle que l'on observe dans les plantes 
grimpantes, où l'extrémité des feuilles 
peut se transformer en filaments délicats 
ou vrilles qui sont susceptibles de s'en- 
rouler autour des objets. On voit une 
pareille organisation chez les Cucurbita- 
cées, les Vesces, les Pois, etc. 

L'exposition d'une plante dans une 
station sèche, sur un rocher dénudé, sur 
les tuiles d'un toit, place un végétal dans 
des conditions difficiles d'existence donl 
il ne peut se tirer qu en usant d'artifices 
variés et assez curieux. Si nous exami- 
nons une Joubarbe des toits (Sempervioum 
tectorum), nous voyons que la plante 
forme une grosse rosette de feuilles qui 
sont serrées les unes contre les autres et 
toutes épaisses, charnues, aqueuses. Grâce 
à cette circonstance, grâce à cette disposition en gros bourgeons à 
demi épanouis, la plante atténue les dangers résultant de sa station 
sèche sur un toit exposé au soleil ardent et sur un milieu dépourvu 
de terre où les racines ne peuvent pas plonger profondément pour 
aller puiser l'humidité qui leur manque. Les feuilles se recouvrant 
les unes les autres, la transpiration se trouve par cela même dimi- 
nuée ; la plante peut donc traverser les semaines et les mois de 
sécheresse en perdant le minimum d'humidité; par contre, pendant 
la saison pluvieuse, les cellules charnues se gonflent d eau et consti- 
tuent une réserve de liquide importante, permettant aux feuilles de 
résister pendant la période suivante à une dessiccation prolongée. 
Il est évident d'après cela que la carnosité des feuilles constitue 
un caractère d'une extrême importance pour les végétaux des pays 
très secs. On voit sur une des photographies l'aspect particulier 
que présentent certaines feuilles de plantes grasses. 

Les Agaves, de même, sont des plantes mexicaines d'un très 
grand intérêt et d'un aspect tout à fait caractéristique qui ne réus- 
sissent, dans des régions tout à fait dépourvues d'eau, que grâce à 
leur rosette de grosses feuilles, extrêmement épaisses, dentées et 
pointues au bout. Ces dents leur sont utiles pour résister aux 
Ruminants et aux autres herbivores qui se jettent sur toutes les 
feuilles qu'ils rencontrent, comme la misère sur le monde, dans un 
pays où la végétation est très rare et l'alimentation difficile. 

Évidemment cette question de la lutte contre les animaux 
acquiert dans les régions désertiques une importance capitale ; aussi 
les plantes à piquants s'y multiplient-elles d'une manière tout à 
fait extraordinaire. Ce caractère devient frap- 
pant dans les Cactées, dans les Cierges qui 
sont les plantes de désert par excellence. 
Ces végétaux sont si bien adaptés à ces sta- 
tions désolées qu'ils ont supprimé complè- 
tement le limbe foliaire, organe dangereux 
pour des plantes qui redoutent surtout de 
transpirer, et la feuille n'est plus représentée 
que par des épines qui sont des armes puis- 
santes contre l'attaque des ennemis. 



Structure. — L'organisation intime des 
plantes est susceptible de révéler les mêmes 
adaptations que leur forme extérieure. Si 




Fig. 34. — Expérience 

démontrant la fonction 

chlorophyllienne. 



•^ft Tissu lacuneux 



'£>{%£. Epidémie inférieur 
Stomate 



^Nervure 
Fig. 32. — Coupe du limbe d'une feuille. 





Fig. 33. — Stomates. A, vus de face ; B, coupe. 



Fig. 35. — Corps chlorophylliens. 
(Très grossis.) 



LA VIE VÉGÉTALE 



31 



nous examinons l'épidémie d'une 
feuille aérienne, nous verrons que 
les cellules sont incolores, intime- 
ment liées entre elles, recouvertes 
par une cuticule épaisse (fig. 32 
et 33) ; il y a cependant des ori- 
fices, appelés stomates, qui per- 
mettent les échanges gazeux entre 
la feuille et l'atmosphère ; ce sont 
deux petites cellules vertes en forme 
de rein laissant entre elles un espace 
pour la sortie des gaz et de la va- 
peur d eau . Dans les feuilles aérien- 
nes, les stomates sont à la partie 
inférieure ; dans les feuilles sub- 
mergées où la transpiration est abo- 
lie, ils disparaissent ; dans lesfeuil- 
les nageantes, ils n'existent qu'à la 
face supérieure 

Au-dessus de l'épidémie supé- 
rieur, il y a un tissu appelé palis- 
sadique, parce que les cellules sont 
allongées comme des palissades; 
elles sont bourrées de matière verte; 
au-dessous se trouvent des cellules 
laissant entre elles de grands es- 
paces d'air qui sont en relation avec 
les stomates : c'est ce que l'on ap- 
pelle le tissu lacuneux. 

Certaines feuilles de Fougères 
et de Caladium sont translucides, 
à cause de la réduction du paren- 
chyme à une faible épaisseur de cellules; elles ont un intérêt parti- 
culier pour l'horticulteur. Chez d'autres feuilles, la couleur verte 
manque complètement en plusieurs points; elles sont alors mar- 
brées, panachées, rayées de blanc ; quelquefois même il se forme, 
à côté des grains de chlorophylle, d'autres matières colorantes et la 
feuille peut prendre des teintes aussi vives qu'une fleur. C'est ce 
qu'on peut observer chez divers Bégonia, Crotons, Caladium, etc., 
à feuillage ornemental. 

Dans ces tissus sont plongées les nervures qui présentent des 
faisceaux libéroligneux ; les faisceaux ligneux apportent la sève 
venant des racines et de la tige, et les faisceaux libériens rempor- 
tent la sève élaborée par les feuilles. 

C'est, en effet, dans les feuilles que se passent les fonctions 
essentielles de la nutrition de la plante : fonction chlorophyllienne, 
transpiration, et aussi respiration; cette dernière existe partout. 

Physiologie de la feuille. — La physiologie principale 
de la feuille résulte de sa couleur, qui est verte et liée à la pré- 
sence du pigment que l'on appelle la chlorophylle (fia, 35). Si 
l'on cherche à dissoudre dans l'alcool 
cette matière colorante, en desséchant des 
feuilles à l'étuve, on voit que le dissolvant 
se colore en vert intense et, en ajoutant 
de la benzine au liquide, on voit se sé- 
parer deux liquides : l'un jaune à la partie 
inférieure, l'autre vert intense à la partie 
supérieure; le premier contient la xan- 
thophylle, le second la chlorophylle. La 
xanthophylle est la matière jaune qui 
colore les feuilles des plantes poussées à 
1 obscurité ; en exposant ces plantes à la 
lumière, on voit rapidement, même à un 
éclairement faible, la teinte se modifier 
et la nuance verte apparaître. Ainsi le 
verdissement est, en général, le résultat 
de l'action de la lumière. 11 y a cepen- 
dant quelques plantes, en petit nombre, 
qui peuvent verdir à l'obscurité, comme 
les Fougères, etc. La chlorophylle une 
fois constituée dans la plante, la lumière 
a une action merveilleuse. 

C'est grâce à la radiation solaire, en 
effet, que l'anhydride carbonique qui se 
trouve en petite quantité dans l'air est 
décomposé, l'oxygène mis en liberté et 
le carbone fixé. Si l'on met donc une 




Opuntia pilifera à l'altitude de 1700 mètres (Mexique). 



plante sous une éprouvette (fig. 34) contenant de l'eau de Seltz 
(saturée de gaz carbonique), on voit des bulles gazeuses se rassem- 
bler peu à peu à la partie supérieure de l'éprouvette, quand la plante 
est exposée au soleil, et l'on constate que le gaz est de l'oxygène 
pur. Le célèbre physiologiste Priestley a donné à cette expérience 
une forme saisissante. Il introduisait sous une cloche un animal, 
une souris ; au bout de peu d'heures, par suite de la respiration de 
l'animal, l'air est vicié et si on y introduit une bougie enflammée 
elle s'y éteint. Vient-on à mettre sous la cloche une souris et une 
plante, on constate que l'air ne s'altère pas et la bougie, introduite 
au bout d'un certain temps, y brûle avec le plus vif éclat. L'air 
vicié par l'animal a été purifié par les feuilles et régénéré par elles. 
La fonction chlorophyllienne est donc la fonction capitale des 
feuilles. Elle est d'ailleurs liée à une série d'autres actes essen- 
tiels de la nutrition du végétal dont il nous faut maintenant parler; 
mais remarquons avant le caractère mystérieux et merveilleux de la 
chlorophylle qui capte l'énergie solaire. Quand on étudie le spectre 
de cette substance, on y voit des bandes d'absorption; or ce sont 
justement ces rayons absorbés qui disloquent le gaz carbonique. 




Feuille translucide d'un Caladium, 



Feuilles bariolées de Bégonia. 



32 



LES PLANTES 



NUTRITION DU VEGETAL 

Transpiration. Respiration. — La feuille a une autre fonc- 
tion capitale, qui est la transpiration. Un Maïs étiolé, placé à la lu- 
mière, transpire deux fois plus qu'à l'obscurité, tandis que, si la 
chlorophylle a fait son apparition dans les feuilles, la transpiration 
à la lumière peut être cent fois plus grande qu'à l'obscurité. 

Stomate 

Ç"Y~^V"" Epiderme 

Tissu 
spongieux 

Parenchyme 

rv 

£, Vaisseaux 

du bois' 

Fig. 37. 
Coupe d'un stomate aquifère. 

Fig. 36. — Transpiration. 





A, cloche avec plante :gg. gouttes 
d'eau ; B, mesure de la transpira- 
tion : l'eau, en a au début, n'arrive 
plus qu'en ô au bout d'un moment. 



D'après les recherches récentes de 
Leclerc du Sablon et de Lepes- 
chkin, ces différences s'explique- 
raient par la variabilité de la 
perméabilité des membranes des 
cellules. A la lumière, les parois laissent passer une plus grande 
quantité de vapeur d'eau. Les différences qui existent entre le 
Maïs vert et le Maïs étiolé ne tiennent pas à la chlorophylle. En 
opérant sur des feuilles panachées ou décolorées en pleine lumière, 
on voit qu'elles transpirent exactement comme des feuilles vertes, 
parce que leurs membranes ont la même sensibilité vis-à-vis de la 
lumière et de la température. Les membranes d une feuille étiolée 
ont une perméabilité beaucoup moindre. 

L'intensité de la transpiration croît avec la chaleur, la séche- 
resse de l'air et son agitation (fig. 36). Elle a lieu surtout par les 
stomates, c'est-à-dire qu'elle est beaucoup plus abondante par la 
face inférieure des feuilles que par la face supérieure. Pendant 
la nuit, l'eau en excès peut s'échapper de la plante sous forme de 
gouttelettes prises, à tort, pour de la rosée. Cette sortie de l'eau 
se produit alors, non par les stomates ordinaires, mais par des 
orifices spéciaux, les stomates aquifères (fig. 37). 

Le grand rôle de la feuille se manifeste autrement et a un reten- 
tissement lointain sur tous les autres organes. Cette transpiration 
intense qui a lieu dans les feuilles entraîne un certain nombre de 
conséquences. 

La quantité d'eau rejetée par les feuilles dans l'air est considéra- 
ble : on a calculé qu'un Chêne, en une période végétative, déver- 
sait dans l'atmosphère plus de 100000 kilogrammes d'eau. C'est 
donc un phénomène d'une extrême intensité. Il faut que l'eau, à 
mesure qu'elle est volatilisée au dehors, soit fournie à nouveau à la 
feuille pour une vaporisation ultérieure : la transpiration détermine 
donc un appel intense de liquide et c'est une cause de l'ascension de 
la sève dans les tiges. Par suite des lois de l'osmose, nous avons vu 
précédemment que la sève montait dans les racines et commençait 



Transp 




Fig. 38. 
Circulation 
de la sève. 

p, poilsradi-. 
eaux ; b, bois : 
l, liber ; R, ra- 
cine ; T, tige ; 
F, feuille. 



Fig. 39 

recouverte d'une feuille d'étain 
traitée par l'iode. 



Feuille de Betterave. 

B, la même, 



à s'élever dans la tige, mais jamais cette poussée osmotique ne 
serait suffisante pour élever le liquide jusqu'en haut d'un grand 
arbre; c'est alors qu'intervient cet appel puissant, résultant de la 
transpiration des feuilles, qui achève cette ascension. 
Une autre fonction non moins importante de la 
feuille est la respiration ; elle respire activement 
comme la racine et la tige. Chez les plantes vertes, 
la respiration, qui consiste en une absorption d'oxy- 
gène et un dégagement de gaz carbonique, est mas- 
quée le jour par la fonction chlorophyllienne, beau- 
coup plus intense, qui dégage de l'oxygène et 
absorbe l'anhydride carbonique. Pendant la nuit, 
au contraire, la respiration existe seule et, en espace 
clos, les plantes, comme les animaux, vicient l'air. 




Fig. 40. 

Bourrelet 

formé 

par l'arrêt de 

la sçve 

élaborée. 




Bois de cannes dont l'ornementation est due à des cicatrices. 



Formation de la sève élaborée. — Dans 
les feuilles, la sève, essentiellement aqueuse, se trouve 
profondément modifiée grâce à la fonction chloro- 
phyllienne (fig. 38). Nous avons dit que l'anhydride carbonique 
était décomposé et que tout se passait comme si le carbone était 
fixé et l'oxygène mis en liberté. En réalité, les choses ne se passent 
pas ainsi ; le carbone n'est pas mis en liberté, mais il rencontre la 
sève qui est très aqueuse et il se combine à 1 eau de façon à faire 
des hydrates de carbone : glucose, sucre, amidon, cellulose. 

On peut mettre en évidence ce résultat d'une manière saisis- 
sante. On recouvre une feuille d'une lame d'étain qui a été entaillée 
de façon à découper les lettres du mot « lumière » (fig. 39). On 
expose alors cette feuille sortant de l'obscurité au soleil ; au bout 
d'un certain temps, on enlève la lame d'étain, on traite par 
l'alcool pour dissoudre la matière verte, puis on fait agir l'iode; 
on voit alors apparaître sur le fond décoloré de la feuille les lettres 
du mot « lumière » qui sont teintées en bleu intense. C'est que 
partout où la lumière a agi, il s'est formé de l'amidon dans les grains 

de chlorophylle et cet amidon a été teinte 

en bleu par l'iode. 

Les traumatismes et la nutrition. 

— La sève élaborée circule dans les tubes cri- 
blés du liber. Si on enlève sur une branche 
d'arbre un anneau d'écorce jusqu'au cam- 
bium, on voit, après la cicatrisation, se former 
un bourrelet au-dessus de l'anneau (fig. 40); 
le sectionnement des tubes criblés a donc ar- 
rêté le passage de la sève élaborée. Lorsqu une 
liane de Chèvrefeuille s'enroule autour d'une 
jeune branche, elle agit de même et il se 
forme sur la branche, véritablement étranglée, 
un bourrelet hélicoïdal. 

Cette propriété a été utilisée dans la 
curieuse culture des arbres et arbustes pour 
cannes, à Maule (Seine-et-Oise). L'orne- 
mentation que portera la future canne est 
faite sur la jeune tige en végétation, à l'aide 
de fers spéciaux, de molettes, que l'on fait 
glisser sur toute la longueur de l'écorce. Il 
y a arrêt de la sève élaborée et prolilération 
des tissus aux points blessés ; il se forme un 






LA VIE VÉGÉTALE 



33 




Vieil Orme taillé en têtard. 




Tilleuls taillés en berceau. 



CL F. FaMcan. 
Frêne réduit à un lambeau d'écorce. 



bourrelet inflammatoire qui grave de façon indélébile l'ornemen- 
tation choisie. 

Beaucoup d'arbres sont exploités pour la production en bois de 
chauffage. On coupe toutes les branches par périodes régulières, 
sans toucher au tronc. C'est ce qu'on appelle exploiter en têtard, 
parce que la sève, montant toujours au même point du tronc, amène 
la formation d'une sorte de tête. La taille régulière des arbres 
d'une allée en vue de la formation d'un berceau conduit à des 
résultats analogues. Ces blessures périodiques produisent des tu- 
meurs, le bois se pourrit et le tronc peut arriver à se réduire à une 
écorce, ainsi qu'on peut le voir sur l'une de nos gravures. Cette 
décrépitudedu tronc n'empêche pas l'arbre de se couvrir de feuilles, 
car la sève circule dans une région voisine de l'écorce. 

Les broussins, énormes tumeurs que l'on voit sur certains arbres, 
sont dus aussi à un arrêt provoqué par une série d'irritations, de 
blessures, un élagage trop sévère des bourgeons de base, ouvrant 
la porte à l'invasion des tissus ligneux par des Champignons infé- 
rieurs ou par des microbes. 



MULTIPLICATION VEGETATIVE 

La feuille a des fonctions essentielles pour la plante, au point 
de vue de la reproduction, car les fleurs ne sont autre chose que 
des feuilles transformées. Mais avant d'aborder l'étude de ces 
organes fondamentaux, nous pouvons examiner le cas, plus simple, 
où la feuille s'essaye, pour ainsi dire, dans ce rôle nouveau qui 
lui incombe et parvient à multiplier le végétal. Si l'on examine: 
les feuilles de certaines Fougères, par exemple celle de la curieuse 
Asplénie bulbifère, on voit d'abord une sorte de bouton y appa- 
raître, qui donne naissance à un bourgeon d'où l'on voit sortir 
quelques jeunes feuilles et des racines, de sorte qu'une plantule 
naît sur la plante mère. Quand le développement est arrivé à cet 
état, on peut enlever cette jeune Fougère et la planter ; au bout de 
peu de temps, on la voit prospérer et donner naissance à une Fou- 
gère nouvelle. Une autre espèce, l'Aspidium" cicutaire, variété 
gemmifère, forme sur sa nervure principale des bulbilles capables 
de multiplier la plante. Dans l'inflorescence de l'Ail des vignes, 
les fleurs sont souvent remplacées par des bulbilles qui, lorsque 
1 année est humide, se développent sur la plante même, donnent 
une tige très apparente et s'enracinent rapidement, lorsqu'elles 
tombent sur le sol. 

Bouturage. — Cette remarque conduit à la découverte du 
bouturage. Une bouture est un fragment de tige que l'on coupe, 
en ayant soin qu'il possède au moins un bourgeon ; en plantant en 
terre ce tronçon du végétal, des racines adventives ne tardent pas 
à naître au voisinage du point où la section a été opérée, et lorsque 
la nutrition est établie grâce à elles, le bourgeon s'accroît, étale ses 
feuilles, la tige grandit, se ramifie, donne de nouveaux bourgeons, 



puis bientôt des fleurs. C'est ainsi que l'on bouture les Pélargo- 
nium, qui jouent un rôle si important dans la confection des cor- 
beilles dans tous les jardins. Tous les « Pelargo » ou Géranium 
des jardiniers sont dérivés de deux plantes du Cap, le Pelargo- 
nium inquinans et le Pelargonium zonale; on a obtenu par croi- 
sements des variétés extrêmement riches de formes, se distinguant 
par le feuillage, par le coloris des fleurs, par la rusticité, par le 
port, etc. Une fois ces variétés produites, on est certain de les 
maintenir, grâce à la propriété qu'elles ont de se bouturer. La bou- 
ture, en effet, donne une plante absolument identique à celle sur 




iWL«B>>*'> 



Orme portant un énorme broussin. 



LES PLANTES 




Asplénie bulbifère, avec bulbilles. 

laquelle on vient de la couper, de sorte que, grâce à 
cette méthode simple, on conserve indéfiniment, avec 
une constance parfaite, une variation souvent très 
faible, très délicate : un léger changement de nuance, 
une faible modification du feuillage. C'est sur cette 
propriété qu'est fondée presque toute l'horticulture. 

On conçoit que pour la propagation des espèces . 
aussi, cette particularité du bouturage soit également capitale. On 
découvre, dans un pays lointain, une espèce dont les propriétés 
intéressent l'agriculteur ou le commerçant, ou l'industriel. Si elle se 
bouture, on la coupe en tronçons et on la propage avec une extrême 
rapidité, sans attendre qu'elle donne des graines. 11 y a, d'ailleurs, 
un autre cas où cette propriété est essentielle : c'est celui , par exemple, 
de la culture en serre. Supposons qu'on y cultive une espèce venant 
de terres exotiques, où des voyageurs intrépides ont été la chercher 
au péril de leur vie. La germination de ces graines a réussi et des 
plantes ont été obtenues. Mais la culture dans nos serres ne réalise 
pas toujours les conditions de la patrie d'origine des plantes, et 
la floraison, bien souvent, ne s'y produit pas ou ne s'y produit que 
très tardivement au bout d'un nombre parfois considérable d'an- 
nées ; d'ailleurs, même quand la floraison a lieu, les graines ne se 
forment pas toujours, de sorte que la propagation ne peut se faire 
que par bouturage. On connaît un certain nombre de plantes pour 
lesquelles le bouturage entraîne des variations de bourgeons. 

Il y a un autre procédé de multiplication, Véclatage, qui n'est, 
en fait, qu'une modification de celui-là, s'appliquant surtout aux 
espèces herbacées qui sont pourvues d'une tige souterraine ou 
d'un rhizome : on sectionne la plante avant le départ de la végé- 
tation et, au lieu d'un pied, on peut en obtenir plusieurs. 




Aspidium cicutaire, 
variété gemmifère, avec bulbilles. 



Ail des vignes, avec 
bulbilles. 




Jardinier soignant des boutures de variétés nouvelles non encore graiuées. 



Marcottage. — Parfois le bouturage ne réussit pas pour cer- 
taines espèces, et il faut employer d'autres artifices. La nature 
nous apprend qu'il y a d'autres méthodes de propagation des 
plantes, notamment le marcottage. Le Fraisier nous offre un 
exemple de marcottage naturel. La plante émet à la surface du 
sol des drageons ou coulants qui sont de minces tiges rampantes 
aériennes et dépourvues de feuilles à l'extrémité ; elles s'enra- 
cinent à leur pointe, et, lorsque les racines adventives sont pro- 
duites, le bourgeon se développe et donne une rosette de feuilles, 
puis bientôt des tiges dressées avec fleurs ; c'est-à-dire qu'un nou- 
veau plant de Fraisier est constitué ; il émettra de nouveaux cou- 
lants et propagera ainsi le Fraisier à la surface du champ de cul- 
ture. Chacun de ces plants pourra s'isoler et se comporter comme 
un être distinct : en réalité, toute la surface envahie par la plante 
est couverte par un seul individu. Il est des cas où la notion d'in- 
dividualité semble encore plus bizarre à comprendre : tous les Peu- 
pliers d'Italiecultivéssur d'immenses territoires, sur toute la France, 
par exemple, appartiennent à un seul et même individu, car on 
ne connaît qu'un sexe pour cette plante et jamais il ne s'y forme de 
graines, le bouturage étant le seul moyen de multiplication de cette 
espèce, au moins dans notre pays. 

L'exemple du Fraisier a conduit le cultivateur à une méthode 
artificielle de multiplication, celle du 
marcottage (fig. 41 et 42). Quand le 
bouturage est difficile ou impossible, 
le jardinier entoure une branche de 
mousse, puis d'un pot contenant un 
peu de terre, de manière à provoquer 
la sortie de racines. Parfois encore, il 
infléchit la branche, de manière à l'o- 
bliger à s'enraciner, comme dans le 
cas de la Ronce. Si cet enracinement 
a eu lieu et s'il voit la partie terminale 
du rameau pousser avec vigueur, il peut 
sevrer peu à peu la branche de sa sève 
primitive en entaillant progressivement 
la tige au-dessous du point où la mar- 
cotte a réussi. Lorsque la section est 
complète, on a une pousse qui semble 
être un individu nouveau, bien qu en 
réalité ce soit la même plante qui con- 
tinue à s accroître. 



Greffage. — Il existe un autre 
procédé qui permet la conservation des 
variétés et des boutures quand l'enra- 
cinement direct ne donne pas de ré- 
sultat : c'est celui du greffage (fig. 43 
et 44). On coupe une bouture d'une 
variété très intéressante à conserver et 
on entaille la partie inférieure de la tige 
en biseau, de manière à pouvoir l'en- 



Loyer. 



LA VIE VÉGÉTALE 



35 





Fig. 42. 
Marcotte en l'air. 



Greffe en écusson. ' . 
sujet préparé ; b, écusson ; Fit 44 

c, greffe terminée. Greffe en 

fente, 
foncer dans une tige d une a, greffon 
plante de même espèce, mais préparé, 
appartenant à une variété 
moins précieuse et de culture plus facile. 
Le tronc, dans ce dernier cas, a été sec- 
tionné transversalement, puis entaillé en 
long, de manière à ce qu'une fente s'y 
observe, dans laquelle on enfoncera le bi- 
seau précédent de la bouture. Une fois 
que les bois des deux plantes sont en 
contact, que les assises génératrices sont 
en face l'une de l'autre, on ligature soigneusement l'ensemble des 
deux tiges et on recouvre les blessures d'un produit goudronneux, 
de manière à les empêcher de s'altérer. Au bout de peu de temps, 
la soudure s'établit entre les deux plantes, et la bouture supérieure 
ou greffon ne tarde pas à être complètement nourrie par le courant 
de sève qui vient du sujet ou tige inférieure. 

On a pu réaliser différents types de greffe. La greffe par 
approche consiste à rapprocher deux plantes enracinées l'une de 
l'autre, après avoir fait des entailles dans leurs tiges en les liant 
ensemble. Lorsque la soudure entre les tissus est opérée, on coupe 
peu à peu la partie inférieure de la plante qui doit être le greffon, 
de manière à les priver peu à peu de communication avec le sol. 
Par ce moyen, on obtient à Maule, sur les arbustes cultivés en 
vue de la fabrication des manches d'ombrelles, des articles de fan- 
taisie en forme d'anneau compliqué, de poignée de sabre, etc. La 
greffe par approche se produit souvent naturellement en forêt 
entre branches voisines. Citons encore les modes de greffage en 
fente, en écusson, en couronne, sur racine, etc. 

Procédés divers. — Dans les plantes aquatiques, il est un 
autre moyen de propagation assez spécial qui mérite une mention. 
On l'observe notamment dans les Hydrocharis. Il s'y produit des 
bourgeons qui se sectionnent naturellement à leur base, puis se 

détachent et tombent 
au fond de l'eau. Là, 
ils s'enracinent et ne 
tardent pas à repro- 
duire la plante. On 
désigne sous le nom 
d'hibernacles ces 
bourgeons ainsi indi- 
vidualisés. 

Dans les Cryptoga- 
mes, en particulier 






dans les Muscinées et, princi- 
palement, dans les Hépatiques, 
il se forme ce que l'on appelle 
des propagules, qui apparaissent 
parfois dans des espèces de cor- 
beilles qui se montrent à la sur- 
face du thalle. Ce sont de petits 
massifs cellulaires, arrondis ou 
ovoïdes, parfois pédicellés, qui 
sont souvent rapprochés en grand 
nombre. 

Enfin, dans les Champignons, 
l'appareil végétatif est formé par 
de fins filaments: on le désigne 
sous le nom de mycélium 
(fig. 45). Dans le cas du Cham- 
pignon de couche, ce mycèle se 
propage dans le sol ou dans le 
fumier et, au bout d'un certain 
temps d'incubation, on y voit se 
former des agglomérations de 
filaments plus denses, arrondis, 
qui deviennent des fructifica- 
tions, c'est-à-dire les chapeaux 
que tout le monde connaît et 
qui constituent la partie alimentaire. Si l'on vient à enlever le 
mycélium un peu avant la formation des fructifications, on a ce 
que l'on appelle le « blanc de champignon », qui sert à ense- 
mencer les meules sur lesquelles on cultive le Psalliote cham- 
pêtre. C'est par cette méthode qu'on se procure du blanc qualifié 
de vierge (rencontré dans les prairies, dans les tas de boue des 
routes, etc.) parce qu'il n'a pas été encore cultivé dans les carrières 
où sont installées les immenses cultures de cette espèce, aux envi- 
rons immédiats de Paris. En outre de ce blanc vierge, les culti- 
vateurs utilisent le blanc levé sur fumier en cave fraîche et froide, 
ou bien ils se servent plutôt du blanc fabriqué en meule en plein 
air par les maraîchers l'hiver. L'avantage de cette méthode de pro- 
pagation du blanc est d'éviter les maladies de toute nature qui 
pullulent dans le blanc cultivé en carrière. 

Ce blanc est malheureusement rare, et les fraudeurs trompent sou- 
vent le champignonniste avec ce produit. On sait fabriquer du blanc 
vierge stérilisé très fécond, obtenu par les méthodes pastoriennes. 



Bois de canne avec noeuds 
qui ont été soudés sur le vif. 



Greffe en fente du Pommier. 



Fig. 45. 

A. Champignon de 

couche ; B. Mycélium ou 

blanc de champignon. 




Cl, F. Faideau. 

Greffe naturelle par approche entre deux branches de Hêtre. 



36 



LES PLANTES 




Nymphœa alba ou Nénuphar blanc des étangs. 




Cl. F. Faideau. 



Epanouissement de l'inflorescence de l'Erable plane. 

LA FLEUR 

La formation des organes nommés fleurs vers l'extrémité des 
tiges est un phénomène de la plus haute importance, qui exige de 
la plante une dépense d'énergie vitale considérable ; pour arriver 
à ce but, la plante utilise les matériaux qui préexistent en elle; 
elle transforme ou, pour mieux dire, elle métamorphose ses tiges et 
ses feuilles. La métamorphose des feuilles en organes floraux est 
une théorie des plus belles et des plus fécondes imaginée par le 
poète allemand Goethe. Elle se relie d'ailleurs à la théorie plus 
vaste et plus générale de l'évolution, dont ce grand écrivain est 
un des précurseurs. En même temps que les feuilles se modifient, 
les tiges subissent des changements dans leurs groupements, dans 
leurs ramifications : ce sont ces agencements particuliers des tiges 
au voisinage des fleurs qui constituent les inflorescences. 

Inflorescences. — Le principe assez général qui domine 
l'histoire des groupements floraux est le suivant : une tige qui a 
produit une fleur à son extrémité a d'ordinaire épuisé sa réserve 
de forces vitales pour l'édification de la fleur et ne peut plus 
s'accroître. De cette remarque, il résulte deux sortes d'inflores- 
cences (fig. 46) : les inflorescences définies ou cernes et les inflo- 
rescences indéfinies ou grappes. Les premières ont leur tige termi- 
née par une fleur et la croissance est arrêtée par cela même sur 
le rameau principal ; elle ne peut reprendre que sur les rameaux 
secondaires ; mais sur ceux-ci le même arrêt se produit s'il y a 
une fleur à l'extrémité, et le développement ne renaît que sur des 
rameaux tertiaires, etc. On peut avoir ainsi des cymes unipares, 
bipares, tripares, suivant qu'il y a chaque fois une, deux, trois 
branches secondaires nouvelles de remplacement. Les cymes uni- 
pares peuvent avoir leurs ramifications toutes du même côté ; 
l'enroulement alors se produit en spirale à l'extrémité et l'on dit 
qu on a une cyme en queue de scorpion ou cyme scorpio'ide. 



Les inflorescences indéfinies ou grappes sont également très 
répandues. Comme il n'y a pas de fleur à l'extrémité du pédon- 
cule principal, il continue à croître pendant toute la période flo- 
rale ; il se produit sur sa longueur des branches ou pédicelles qui 
étant, au contraire, terminées par des fleurs, s'arrêtent rapide- 
ment dans leur allongement. C'est là le type de la grappe propre- 
ment dite (Lis à grande fleur. Groseillier). Mais cette inflo- 
rescence est susceptible de nombreuses variations. Les pédicelles 
latéraux secondaires peuvent s'allonger inégalement, ceux du bas 




Fig. 46. — Inflorescences. 

A. Uniflore (Violette) ; B. Pluriflore (Primevère) ; C. Terminale (Sedum) : D. Axil- 
laire (Lupuline) ; E. Grappe simple (Groseillier); F. Grappe composée (Vigne); 
G. Corymbe (Cerisier mahaleb) ; H. Épi (Verveine) ; I. Chaton ou épi unisexué 
(Saule) ; J. Ombelle simple (Lierre) ; K. Ombelle composée (Chœrophylle) ; L. Capi- 
tule (Grande Marguerite) ; M. Cyme bipare ou dichotome (Céraiste) ; N. Cyme 
unipare ou scorpio'ide (Myosotis). 



LA VIE VÉGÉTALE 



37 




Inflorescence d'Anthurium. 



devenant beaucoup plus longs, 
il arrive alors que toutes les 
fleurs s'épanouissent à peu près 
dans un même plan et on a af- 
faire à un corymbe (Poirier). 
Ailleurs, au contraire, tous les 
pédicelles secondaires restent 
courts, les fleurs sont comme 
insérées directement sur l'axe 
principal: on a Y épi, comme 
dans le Plantain ; parfois il y a 
autour de l'inflorescence une 
grande bractée appelée spathe 
(Anthurium et autres Aroïdées) 
et l'axe floral s'appelle spadice. 
Un troisième cas est celui de 
Yombelle, dans lequel les rami- 
fications partent à peu près du 
même point, de sorte que tous les 
pédicelles rappellent les rayons 
d'un parapluie, ainsi qu'on l'observe chez le Poireau. Le capitule, 
enfin, est une modification du cas précédent dans laquelle les 
pédicelles secondaires sont réduits à rien, et les fleurs s'insèrent 
alors toutes au sommet de la tige : tels sont la Pâquerette, le 
Chrysanthème, etc. 

Les divers types primitifs d inflorescences que nous venons 
d'énumérer peuvent se compliquer, et se combiner ensemble. 
On peut avoir des ombelles composées (Berce sphondyle), des 
épis de petits épis (Blé), des grappes de grappes (Vigne), des 
grappes d'ombelles (Lierre), des grappes composées ou panicules 
d'épillets (Avoine), des grappes dégénérant en cymes, etc. 

La théorie de la métamorphose, à laquelle nous venons de faire 
allusion plus haut, se trahit surtout par l'étude des transformations 
des feuilles au voisinage des fleurs. On assiste, dans certains cas» 
aux modifications progressives qui permettent de passer, pour ainsi 
dire sans interruption, d'une feuille ordinaire à une bractée ou 
feuille florale, d'une bractée à un sépale ou pièce verte d'une fleur, 
d'un sépale à un pétale (pièce colorée), et même d'un pétale à 
une étamine (organe mâle) ou à un pistil (organe femelle). Le pas- 
sage des feuilles aux bractées et aux sépales est très net dans 
l'Ellébore fétide. 

Les étapes successives de la métamorphose florale sont donc au 
nombre de quatre : calice, corolle, androcée, gynécée. 

Enveloppes florales. — Les enveloppes sont formées : 
1° par une partie externe, en général verte, appelée calice, qui 
est l'ensemble des sépales ; 2° par une partie interne colorée, 
appelée corolle, qui est l'ensemble des pétales (jig. 47 et 48). 
Parfois, l'une de ces parties manque, et celle qui subsiste peut 
changer de caractère : dans les Anémones, par exemple, il n'y a 
qu'une seule enveloppe florale et elle est colorée; on pourrait être 
tenté de la regarder comme une corolle, d'autant plus qu'il y a 




Lis tigré. 

des bractées dont l'ensemble forme ce que l'on appelle un irwo- 
lucre, qui semble simuler un calice; en réalité, il s'agit ici simple- 
ment d'un calice coloré. Ce cas se retrouve dans le Lis et dans 
beaucoup de plantes bulbeuses : calice et corolle sont colorés et se 
ressemblent. Parfois, comme chez le Pavot, la fleur ne paraît pas 
avoir de calice, parce que cet organe tombe de bonne heure : il 
est caduc. La corolle peut présenter la même propriété : dans la 
Vigne (fig. 48, c), où les pétales restent rapprochés bords à bords 
en couvercle, cet organe se fend par le bas et tombe comme un 
chapeau soulevé par l'épanouissement des étamines. En général, 
quand le fruit se noue, les enveloppes se fanent. La corolle avec 
ses riches couleurs servirait, croyait-on, de porte-drapeau qui attire 
les insectes, grâce auxquels la fécondation croisée s'opère; nous 
verrons ce que l'expérimentation apprend sur ce point. 

Les parties constituantes du calice et de la corolle peuvent être 
indépendantes ou soudées entre elles. Dans le premier cas, il y a 
calice dialysépale ou corolle dialypétale (Pois, fig. 48, e) ; dans le 
second cas, il y a calice gamosépale ou corolle gamopétale (Gloxi- 
nia). Une autre source de changements importants résulte de la 
croissance prépondérante de certaines pièces : le calice ou la corolle 
deviennent alors irréguliers ; c'est surtout pour la corolle que ce 
fait acquiert de l'importance, car il contribue à donner à la fleur un 
aspect tout particulier. C'est ce que l'on voit, par exemple, dans 
un Pois ou un Lotier, où les cinq pétales portent des noms spé- 
ciaux : étendard, ailes et carène. L'irrégularité se trahit encore 
par l'existence de deux lèvres, comme chez la Sauge, ou par la 
présence d'éperons, comme dans les Angrœcum, les Linaires, etc. 




Cl. Ui- ». V. Pi 
Ombelles du Poireau. 





Capitule de la Carline. 



Épis des Graminées. 



LES PLANTES 



38 



LES PLANTES 



Étamines. — L'étamine est formée 
d'un filament, en général grêle, le filet, sur- 
monté d'une tête élargie, \'anthère(fig. 49), 
présentant d'ordinaire quatre bosses, qui 
correspondent à quatre cavités, d'abord 
complètement pleines et closes, renfermant 
des grains de pollen qui ne tardent pas à 
être mis en liberté quand l'étamine arrive 
à maturité. Ces grains se forment quatre 
par quatre dans des cellules mères et. chez 
un certain nombre de plantes comme la 
Bruyère, cette union par quatre, en té- 
trades, subsiste indéfiniment. Un autre cas 
plus rare, qui s'observe dans les Orchidées 
et les Asclépiadées, est celui où tout le 
contenu pollinique d'un sac, ou même de 
deux sacs voisins, se réunit en une masse 
unique : on dit alors qu'il y a des pollinies 
{fig. 5 1 , B). En général, le pollen tombe en 
poussière : il est dit pulvérulent. Il est alors 
constitué d'une poudre microscopique, assez 
fréquemment jaune, qui est emportée au 
loin par le vent ou les insectes pour opérer 
la pollinisation des organes femelles. Ces 
grains sont remplis d'un protoplasma avec 
deux noyaux, l'un reproducteur, entouré 
de protoplasma différencié lenticulaire, et 




Ellébore fétide ; 
passage de la feuille au sépale. 



certains cas, relativement rares, l'ouverture 
de l'anthère se produit par des pores : ainsi 
chez la Pomme de terre, ou par des cla- 
pets: par exemple chez le Laurier etl'Èpine- 
vinette (fig. 57). 

Le nombre des étamines peut présenter 
des variations très importantes (fig. 53). 
Parmi les nombres les plus répandus dans 
les Dicotylédones, on peut citer cinq (Bour- 
daine, Pomme de terre), ou un multiple 
de cinq, notamment dix (Géranium). Par 
suite de la multiplication des étamines, on 
peut avoir des étamines nombreuses, chez 
le Poirier et le Rosier, par exemple ; enfin, 
les étamines, au lieu d'être disposées en 
cercles ou en verticilles, peuvent être très 
nombreuses et disposées en spirale, comme 
on l'observe chez les Renoncules, la Clé- 
matite à grande fleur, où les étamines sont 
extrorses, c'est-à-dire s'ouvrant à l'extérieur 
au lieu de s'ouvrir à l'intérieur comme d'or- 
dinaire (Nénuphar blanc). Dans les Mo- 
nocotylédones, c'est le type trois, ou plu- 
tôt six, qui prédomine, par deux verticilles 
de trois : ainsi chez le Lis à grande fleur, 
le Poireau. Le type quatre est rare, par 
exemple dans la Bruyère, où il y a huit 




pédoncule^ 

bourgeon 
à fleur 



bractéi 



^.pistil 

étamine 
^tf pétale 

COUPE DE LA FLEUR 




feuille 

'bourgeon ordinaire 
Fig. 47. — Origine de la fleur. 





Fig. 48. — Corolle. 

a, de Renoncule ; b, de Bourrache ; 
c, de Vigne ; d, de Lamier ; e, de Pois. 



Épidémie. ^Jin^ceaulibero-ligneiiy 

VSar. pollinique 

Cellule mère des 

grains Je pollen 

'conjonctif 

Fig. 49. 
Coupe d'une anthère mûre. 



Sac 

pollinique 



Fig. 50. 
Déhiscence de l'anthère. 




l'autre arrondi, qui est le noyau 
végétatif ; la surface de ces grains 
est parfois recouverte de petites 
pointes, ou présente des parties 
visqueuses qui permettent l'adhé- 
rence aux corps étrangers, notam- 
ment aux insectes, ce qui assure 
leur transport (fig. 51 et 52). Ils 
sont destinés à germer et ils ont, 
pour faciliter ce phénomène, des 
points où la membrane est plus 
mince, par où sortent les boyaux 
polliniques : c'est ce que l'on ap- 
pelle les pores ou plis germinatifs. 
Le pollen, étant destiné à réa- 
liser la mystérieuse opération de 
la fécondation, doit donc d'abord 
être mis en liberté, dès qu'il est 
arrivé à un état de maturité con- 
venable. Le mécanisme de la 
déhiscence de l'étamine est des 
plus curieux. 11 s'opère, en géné- 
ral, deux fentes en long sur les 
côtés entre les deux sacs pollini- 
ques voisins de l'anthère (fig. 50), 
qui se fusionnent en une seule 
bge. Il y a, par suite, deux fentes 
qui correspondent aux deux loges. 
Les bords de ces loges, par le 
jeu de la dessiccation des parois, 
se contractent et se rabattent soit 
en dehors, soit en dedans. Dans 




Fig. 53. — Androcées. 

A, à une étamine (Centranthe rouge) : B, à deux étamines (Saule) ; C, à 
trois étamines (Valériane) ; D, à quatre étamines (Germandrée) ; E, à 
cinq étamines (Vigne) ; F, à étamines soudées par leurs filets en deux 
groupes (Pois) : G, à nombreuses étamines (Millepertuis) ; H, à étamines 
soudées en un seul groupe (Oxalis) ; I, soudées par leurs filets en plu- 
sieurs groupes (Oranger) ; J, soudées par leurs anthères (Chardon) ; 
K, androcée inséré sur la corolle (Primevère) ; L, inséré sur le réceptacle 
(Renoncule); M, inséré sur le calice (Abricotier); N, inséré sur l'ovaire 
(Garance). 



*»» -'.'< ■£»;- 




Fig. 51. — Pollen. 

A, grain de pollen de Guimauve ; B, Or- 
chidée ; C, de Cobea ; D, de Lis ; E, de Clarkie ; 
F, de Leschenaultie ; G, de Bourrache ; H et I, de 
Pelargonium ; J, de Fumeterre ; K, de Cerisier ; 
L, de Chicorée (grossissement : 100 fois). 




Fig. 52. — Grain de pollen 
vu au microscope. 

étamines, ainsi que dans les Onagres 
et les Fuchsia. 

Les dimensions des étamines sont 
aussi susceptibles de variations méritant 
d'être signalées; il y en a parfois quatre, 
dont deux longues et deux plus courtes, 
comme chez les Labiées, ou quatre 
grandes et deux petites, comme chez 
les Crucifères. 

Les étamines peuvent, en outre, 
garder leur individualité ou se souder 
ensemble, et cette coalescence s'étend 
parfois aux anthères : ce sont les Synan- 
thérées ou Composées, comme les 
Chrysanthèmes. Si elle s'étend aux 




Fig. 54. — Fleurs incomplètes. 

Fleur apétale : A, de Châtaignier. 

Fleurs nues : B, à étamines du Saule ; 

C, à pistil du Saule ; D, du Frêne. 



carpelle;; 




'ovule 



^-carpelle 
/ -ovule 




LA VIE VÉGÉTALE 

T 
■b 



39 



Fig. 55. — Feuille carpellaire. 

A, d'une Angiosperme ; 

B, d'une Gymnosp3rme. 



Papilles 
stigmatiques 



Fig. 56. 
Noisetier. 

«, fleurs mâles ; 
b, fleurs à pistil. 



Fig. 57. 
Déhiscence. 
A, longitudi- 
nale du Lis; 

B, poricide de la 
Pomme de terre; 

C, valvaire de 
l'Épine-vinette. 



Fig. 58. 
Pistil du 
Lis. 
a, stigmate ; 
b, style ; 
c, ovaire. 





Style 

Fig. 59. 
Coupe d'un stigmate. 

Micropvle 
Primine 
Secondine 
Oosphère 

Sac 

embryonnaire 

Nucelle 



Fig. 61. — Coupe d'un ovule. 




Fig. 60. — Sections transversales de pistils. 

A, du Pois, à un seul carpelle ; B, de l'Ancolie, à cinq 

carpelles séparés ; C, du Lis, à trois carpelles soudés en un 

ovaire à trois loges; D, du Pavot, à plusieurs carpelles 

soudés en un ovaire à une loge. 




Fleurs du Poirier. 




Fig. 62. — Ovules. 

A, détail du sac embryonnaire se ; B. ovule droit ; 

C, ovule inverse. 



filets, les étamines forment soit un seul faisceau (Genêt), soit deux 
(Lotier), ou plusieurs, comme chez le Millepertuis (fig. 53, G). 
On dit qu'il y a gynostème, quand il y a soudure des étamines et 
du pistil, comme dans le cas des Orchidées. 

Les étamines sont d'ordinaire rapprochées du pistil, mais non 
soudées à lui, sur une même fleur qui est dite hermaphrodite : 
c'est ce qui arrive en particulier dans le cas de la fleur du Frêne 
(fig. 54, D) où il y a simplement un pistil et deux étamines; 
mais il arrive que les sexes soient séparés : on a parfois des fleurs 
mâles et des fleurs femelles sur un même pied, et on dit que la 
plante est monoïque : tel est le cas du Noisetier (fig. 56), ou sur 
deux pieds différents, et la plante est dite dioïque, 
comme le Chanvre, le Dattier, les Saules, etc. b^k 



Pistil. — Le pistil constitue l'organe le plus 
central de la fleur (fig. 58 et 60). Il est formé de 
parties élémentaires que l'on appelle carpelles, et 
qui ne sont autre chose que des feuilles transfor- 
mées (fig. 55). Ces feuilles sont, en général, dé- 
pourvues de pétiole, avec un limbe ventru dont les 
deux bords se rapprochent 1 un de l'autre pour se 
souder, de manière à former une cavité close que 
l'on appelle Y ovaire ; au-dessus de l'ovaire, la feuille 
carpellaire s'amincit et se transforme en une gout- 
tière ouverte ou très souvent fermée, qui constitue 
le style, présentant à l'intérieur un tissu à moitié 
gélifié que l'on appelle tissu conducteur ; enfin, 
tout à fait à l'extrémité du style, s'observe un épa- 
tement couvert de cellules papilleuses et visqueuses; 
cette région est la continuation du tissu conducteur 
interne : c'est sur cette partie appelée stigmate 
(fig. 59) que le grain de pollen est retenu et fixé, 
et c'est là qu'il germe. 

La description que nous venons de donner d un 
carpelle ne s'applique, en réalité, qu'aux carpelles 
clos et isolés. Il arrive très communément ou bien 
qu'ils s'ouvrent, ou bien qu'ils se soudent entre eux. 
Un exemple de carpelles ouverts est fourni par les Co- 
nifères, où la feuille carpellaire est étalée (fig. 55, B); 



on voit alors qu'elle présente à sa base deux petits corps 
ovoïdes que l'on appelle ovules (fig. 61 et 62) ; ces petits 
corpuscules se retrouvent aussi à l'intérieur de la cavité 
ovarienne du carpelle clos isolé que nous venons de dé- 
crire plus haut. Ces ovules sont les parties essentielles 
de l'organe femelle ; ils méritent d'être considérés comme 
des lobes de feuilles dont la partie limbaire se serait 
creusée en forme d'une urne presque complètement 
close, ne laissant qu'un petit orifice terminal ; cette partie 
réceptaculaire n'est, en réalité, que l'enveloppe de l'ovule, et on 
la désigne sous le nom de tégument. La partie la plus essentielle 
est à l'intérieur ; c'est une sorte de mamelon ovoïde pluricellulaire 
né à la surface du lobe foliaire et complètement entouré par lui ; 
cette partie porte le nom de nucelle, et c'est dans sa région interne 
et apicale que se trouve une grosse cellule, allongée suivant l'axe 
de l'ovule, qui est désignée sous le nom de sac embryonnaire 
(fig. 62 se et 63). C'est ce sac qui contient, à son pôle antérieur, la 
cellule femelle ou oosphère (o), dépourvue de membrane, située 
dans le plan médian et encadrée de chaque côté par une cellule 
semblable ou synergide, mais qui n'est pas destinée à l'imprégna- 




M. F. Kaideau. 



Fleurs de Fuchsia. 



40 



LES PLANTES 



Synergides 




"Antipodes 
Tube Ipollinique 

Synergide 



Oosphère 

j Noyau 
Secondaire 




0osphèr£ 
Ovule 



*v f 
Fig. 64. — Péné- 
tration du tube 
pollinique 
dans l'ovaire. 



Antipodes 



Fig. 63. — Aspect du sac 

embryonnaire 

au moment de la fécondation. 




Noyau 
végétatif- 

Fig. 65. — Grain 

de pollen, 

avec son long tube 

pollinique. 




Pavot de jardin; ovaire libre. 



tion de la substance mâle ; à la base du sac sont les antipodes (An/), 
également stériles; au milieu du sac il y a le noyau secondaire (n) 
résultant de la fusion des deux noyaux. 

Les carpelles présentent des variations. Dans le Pin, ils sont 
ouverts et libres (fig. 55, B). Dans la Violette, il y a trois carpelles 
ouverts, mais soudés bords à bords. Il en résulte une cavité ova- 
rienne unique avec trois lignes de suture ou placentas, sur les- 
quelles sont insérés les ovules par des cordons : on dit que la 
placentation est pariétale. 

Il y a d'autres types de placentations. Dans le Lis, notamment 
(fig. 60, C), la placentation est dite axile : trois carpelles clos 
dont la section transversale est en forme de coin sont rapprochés 
et soudés de manière à former un ovaire à trois loges séparées, qui 
porte des ovules nombreux insérés sur la partie axiale. Dans la 
Primevère (fig. 53, K), la placentation est centrale, il y a une seule 
cavité et les ovules 
sont insérés sur un 
mamelon central. 

L'ovaire est dit li- 
bre ou supère, com- 
me dans le Tilleul, 
l'Abricotier (fig. 53, 
M) quand il est isolé 
au milieu de la fleur et 
qu'en écartant la co- 
rolle on l'aperçoit en 
entier. Il est adhérent 
ou infère quand, au 
contraire, il est soudé 
plus ou moins à la 
base des autres pièces 
florales et situé en 
apparence au - des - 
sous de la fleur. Dans 
ce cas, qui est celui 
de l'Opuntia et de la 
Garance (fig. 53, N), 
la paroi de l'ovaire 
n'est pas formée seu- 
lement parle carpelle, 
mais encore par la 
base des étamines, 
des pétales et des sépa- 
les soudés ensemble. 



Fécondation. — Nous ve- 
nons de décrire la machine ; voyons 
maintenant à quoi elle sert et com- 
ment elle fonctionne. Supposons 
le grain de pollen transporté sur le 
stigmate, soit directement, soit par 
le vent, les insectes, ou même par 
1 homme dans certaines cultures ; 
nous reviendrons ultérieurement 
sur ces points en parlant des rap- 
ports des plantes et des animaux. 
Grâce aux petits aiguillons qui 
existent parfois à la surface du grain 
de pollen (fig. 51, A), grâce aux 
matières visqueuses des papilles 
stigmatiques, une adhérence intime 
s'établit entre cel organe femelle 
et le grain ; ce dernier ne tarde pas 
à bénéficier de tous les afflux de 
matières nutritives qui viennent au 
pistil ou qui s'élaborent dans sa 
partie supérieure. Le grain germe 
et le tube ou boyau pollinique 
(fig. 64 et 65) s'allonge, de ma- 
nière à rechercher en s'avançant 
les matières nutritives dont il a be- 
soin ; il suit ainsi le tissu conduc- 
teur qui est dans l'intérieur du 
style, et il arrive progressivement 
à la cavité ovarienne, qui offre à 
sa surface des arcs ou des méri- 
diens de tissu conducteur analogue, 
de sorte que le tube pollinique est 
conduit ainsi jusqu'à l'ovule; le 
sommet du boyau pénètre tout naturellement par son orifice, ou 
micropyle, et s'avance, en digérant devant lui les membranes, jus- 
qu'au sac embryonnaire. Pendant la marche, cachée aux yeux, du 
tube du pollen à travers l'organe femelle, les noyaux qu'il contient 
cheminent également (fig. 65 ) : le noyau végétatif en avant, le noyau 
reproducteur en arrière, ce dernier entouré d'une petite masse de 
protoplasma nu, de manière à constituer une cellule mâle, qui ne 
tarde pas à se diviser en deux cellules ; pendant quecescindement 
s'opère, le noyau végétatif s'altère et se résorbe peu à peu. Les 
deux cellules reproductrices mâles sont alors au plus complet voi- 
sinage de la cellule femelle ou oosphère. Tout est prêt pour l'acte 
fondamental de la fécondation, qui consiste dans la fusion intime 
de la cellule mâle et de la cellule femelle et dans la coalescence 
des deux protoplasmas. La première cellule passe dans l'oosphère 
et forme l'œuf, et le caractère de cellule mobile s'accuse par l'al- 
longement du noyau 
en forme de virgule; 
la deuxième cellule 
mâle, à noyau égale- 
ment allongé et effilé, 
se rapproche du 
noyau secondaire du 
sac embryonnaire et 
se fusionne plus ou 
moins intimement 
avec lui. Ces deux 
fécondations simulta- 
nées donnent nais- 
sance à deux corps 
qui doivent avoir des 
destinées très diffé- 
rentes : le premier de- 
vient \embryon et, 
par les divisions ré- 
pétées de ses cellules, 
se forme peu à peu 
la petite plantule nou- 
velle ; le deuxième 
forme un tissu appelé 
V albumen qui servira 
à la nutrition de la 
plantule dans son 
développement ulté- 
Opuntia en fleurs; ovaire infère ou adhérent, rieur. 




LA VIE VÉGÉTALE 



41 




Champ de Courges, eu Afrique du Sud. 



LE FRUIT 

Lorsque la fécondation a eu lieu, on voit commencer la matu- 
ration du fruit, et le développement de la graine se produire peu 
à peu. Le fruit résulte de la transformation de l'ovaire; la graine 
résulte du changement de l'ovule. En fait, le fruit comprend l'en- 
veloppe ; quand on mange un fruit, souvent on avale aussi sans y 
faire attention la graine qu'il contient. 

Les fruits sont de deux natures tout à 
fait différentes: les fruits charnus et les 
fruits secs. Les premiers sont surtout in- 
téressants pour l'homme et un grand 
nombre de cultures sont entreprises pour 
les obtenir. 

Fruits charnus. — Le premier type 
de fruits charnus est la baie (fig. 66): 
le grain de raisin ou de groseille, 1 orange 
(fig. 67) nous en donnent tout de suite 
une idée; on y distingue la peau, qui a 
une certaine consistance, et la pulpe, qui 
est un tissu à moitié aqueux au milieu 
duquel se trouvent plongés les pépins, 
qui ne sont autre chose que les graines. 
Ce sont évidemment les fruits les plus 
parfaits, puisque, pour ainsi dire, toute 
leur substance est mangeable. Certaines 
baies atteignent de grandes dimensions. 




Fig. 66. — Baies. 

a, tic Groseillier à maquereau ; h, d'Asperge; 
c, de Belladone. 




On peut citer la papaye, par exemple, qui est le fruit du Papayer, 
ou encore les fruits des Cucurbitacées, appelés parfois péports : 
Courges, Potirons, Citrouilles, dont la couche externe est parfois 
très dure et pour lesquels la consistance du tissu interne va en dimi- 
nuant de l'extérieur vers l'intérieur. La datte est une baie dont la 
graine, extrêmement dure, est souvent prise à tort pour un noyau. 
Un second type de fruits nous est fourni parla drupe (fig. 68); 
ce sont les fruits à noyau : la cerise, la 
pêche, la prune, l'abricot, l'olive, nous 
dispensent de beaucoup insister. Il y a 
encore la peau du fruit et la chair comme 
dans les baies, mais la partie la plus in- 
terne est devenue dure comme du bois 
et constitue le noyau ; en le cassant, on 
trouve la graine. 

Les fruits charnus sont connus et ap- 
préciés des animaux aussi bien que des 
hommes. Dans notre pays, les loirs; dans 
les contrées tropicales, les singes, les 
chauves-souris sont des ennemis redou- 
tables des plantes fruitières cultivées. 
Il faut leur faire une chasse très active 
ou protéger les fruits contre leurs dé- 
gâts. Ces mammifères, et surtout les oi- 
seaux, contribuent ainsi inconsciemment 
à propager les espèces sauvages produi- 
sant des fruits charnus. Nous parlerons 
de ce fait intéressant en étudiant les 
rapports des plantes avec les animaux. 





Papayes (Cariai papaya). 



Fig. 67. 

Coupe transversale 

d'une orange. 



Fig. 68. — Drupe 

ou fruit à noyau 

(Pèche). 



LtS PLANTtS. 



42 



LES PLANTES 




Protection des fruits du Jacquier. 



Un Cocotier à Tabasco (Mexique). 



Cl. de M. G. Moreau. 
Néflier avec nèfles. 



Pour la baie comme pour la drupe, la graine n'est mise en 
liberté que par la destruction, la corruption de la pulpe du fruit 
ou par son ingestion par un animal. La nature n'avait donc pas 
intérêt à voir les graines contenues à l'intérieur de ces fruits se 
multiplier ; en général elles sont peu nombreuses et, dans les dru- 
pes, il n'y en a qu'une. _ 

L'amande, fruit de l'Amandier, est aussi rattachée aux drupes, 
bien que la partie charnue ne soit pas comestible. La noix de coco 
est, de même, une grosse drupe coriace, dont l'épais noyau est 
entouré par une substance fibreuse. A l'intérieur est 1 énorme 
graine, dont le volumineux albumen est creusé en son centre, 
avant la complète maturité, d'une cavité remplie d'un liquide lai- 
teux ou lait de coco. 

La noix est un fruit assez voisin de la drupe, dans laquelle a 
chair n'est plus comestible, mais constitue ce que l'on appelle le 
brou, qui est ferme, presque coriace; mais ici l'enveloppe peut, en 
vieillissant, éclater et produire une déhiscence imparfaite. 

Fruits composés, fruits multiples, faux fruits. — La 

pomme, dont la poire {fig. 69) est une légère variation, est d une 
nature un peu différente de celle de la drupe. Elle présente à sa 
partie supérieure une partie creuse ombiliquée, où l'on aperçoit de 
petites feuilles desséchées qui sont les restes du calice, ou couronne, 
ou œil; à l'extrémité opposée se trouve la queue du fruit. Si on 
la coupe en long en deux, on aperçoit vers le milieu, et des deux 
côtés, des traces de loges de nature cornée, à l'intérieur desquelles 
se trouvent des pépins ou graines ; cette constatation amène à pen- 




ser que l'on a affaire à un fruit complexe, formé de plusieurs dru- 
pes qui se seraient soudées par leurs parties internes au voisinage 
des noyaux. En réalité, les choses sont plus complexes encore, car 
non seulement il s'agit de fruits soudés ensemble, mais de drupes 
soudées à une sorte de coupe réceptaculaire qui existe aussi dans 
le Rosier, dont nous parlerons plus loin, et qui se fusionne inti- 
mement avec les parties précédemment mentionnées. La pomme 
est donc un des fruits les plus difficiles à comprendre que l'on 
connaisse (fig. 71) et, avec ses nombreuses variétés, on la considère 
comme un fruit composé. 

La nèfle, fruit du Néflier, est, en somme, un fruit très voisin. 
Il y a une dépression plus accusée à sa partie supérieure, et on y 
voit des traces desséchées de toutes les parties de la fleur : calice, 
étamines et styles ; cela indique bien que l'ovaire était infère et 
le calice très développé. La chair a une consistance particulière : 
elle est molle, et on dit que le fruit est blet ; à l'intérieur de cette 
pulpe se trouvent des noyaux, ou osselets, de consistance ligneuse 

et très dure. 

11 y a des cas où les petites drupes élémentaires se rapprochent 
sans se souder, comme dans le fruit de la Ronce, appelé vulgaire- 
ment mûre (fruit multiple). Il succède à une seule fleuret l'on voit 
à la base le calice persistant ; le réceptacle qui portait les carpelles 
était très saillant, conique ; chaqus carpelle s'est accru en gardant 
son individualité ; il est devenu charnu à l'extérieur ; à l'intérieur, 
autour de chaque graine, il y a une petite coque parcheminée qui 
est l'analogue du noyau de la prune. La framboise (fig. 70) est 
dans le même cas, car le Framboisier est la Ronce du Mont Ida. 

On désigne aussi sous le nom de mûres les fruits du Mûrier, 
qui ne doivent pas être confondus, en aucune façon, avec les fruits 
précédents. Les sexes sont séparés, le calice des fleurs femelles 
s'épaissit, devient 



charnu et forme 
ainsi uneenveloppe 
externe au fruit 





Queue 

Pc^pinou graine 




èpms 



Fig, 69. — Fruit charnu à pépins (poire . 



Buveurs de lait de coco. 



Fig. 70. — Coupe 
d'une framboise. 

s, sépales flétris ; 
e, étamines flétries 
si, style flétri ; r, ré- 
ceptacle ; n, noyau ; 
gr. Éraine. 




Fig. 71. 
Coupe d'une pomme. 



Fi". 72. 
Coupe d'une fraise. 




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LA VIE VÉGÉTALE 



43 



véritable, devenu lui-même également 
pulpeux à l'extérieur ; l'enveloppe s'ap- 
plique d'ailleurs sur le carpelle accru 
sans se souder à lui ; chacun des fruits 
véritables est une petite drupe, et la 
mûre est formée par l'agglomération de 
plusieurs fruits pareils, de couleur blan- 
che, ou rose, ou pourpre noir, suivant 
qu'il s'agit du Mûrier blanc ou du Mû- 
rier noir (fruits composés). 

Nous avons dit que dans la pomme la 
coupe réceptaculaire contenant les car- 
pelles participait à la constitution du fruit. 
C'est quelquefois cette coupe qui con- 
stitue la plus grande partie des tissus co- 
mestibles : dans la figue, par exemple. 
Le réceptacle, en forme de poire renversée 
et ouvert à la partie supérieure (oeil), 
contient au centre une série de pépins 
rougeâtres en très grand nombre : ce sont 
en réalité les fruits qui sont ici de petits 
akènes. L'énorme fruit de l'Arbre à pain 
est composé de fruits secs plongés dans 
la substance même du réceptacle, devenu 
charnu, amylacé. Ici le réceptacle est 
proéminent, sphérique. En somme, dans 

ces derniers cas, ce qui devient charnu ou alimentaire ce sont les 
parties extérieures du fruit véritable. 

Il est un fruit bien connu qui se rattache à ce type, c'est la 
fraise (fig. 72). Ici c'est encore le réceptacle qui s'est gorgé de 
matières saccharines, mais il est en saillie au lieu d'être en forme 
de coupe comme dans la figue; à sa surface se trouvent un très 
grand nombre de petits pépins qui sont les fruits véritables ; ils 
sont en réalité secs : ce sont des amènes, que nous allons définir 
en étudiant cette deuxième catégorie de fruits. Très communé- 
ment, le vulgaire considère comme 
fruit ce réceptacle : c'est là une er- 
reur qu'il ne faut pas commettre. 




Pissenlit ; fleurs et fruits. 



Clématite vigne blanche ; fruits. 





dicelle supportant en haut une aigrette rayonnante qui permet une 

dissémination facile. Les akènes des Clématites (fig. 76) sont 

prolongés de même par les styles accrus et devenus plumeux. 
Il y a des akènes qui ne sont pas 

pourvus de tels appareils de vol et 

qui sont évidemment destinés à 

germer au plus proche voisinage de 

la plante mère. Le fruit du Tilleul 

est un akène ; tel est aussi le cas du 

Chêne'(fig. 75) : en faisant sauter 

et tomber le gland, qui n'est autre 

chose que l'akène, on obtient une 
petite coupe pédicellée 
que l'on appelle la cu- 
pule; elle est pourvue à 
sa surface d'un assez 



Fig. 73. — Akènes à aigrettes. 

A, Valériane ; B, Pissenlit ; 
C, Salsifis ; D, Chardon. 



Fig. 74. — Akènes. 



A, de Châtaignier ; 

B, d'Orme (samare). 



Fig. 75. — Gland du Chêne. 

A, coupe : 
g, graine ; c, cupule. 





Fig. 76. 
Akènes de Clématite. 



Fig. 77. — Capsules. 

A, Iris ; B, Œillet : C, Pavot : 
D, Violette ; E, Lychnis ; F, Muflier ; 
«.Mouron ; b. Pourpier ; c, Jusquiamc. 



Fruits secs. — Les fruits de ce type 
peuvent être séparés en deux groupes, 
suivant qu'ils contiennent une ou plu- 
sieurs graines. S'ils contiennent une seule 
semence, on conçoit que leur dissémina- 
tion puisse se faire sans aucune difficulté 
et que la dispersion au loin de la graine 
puisse être confondue avec le simple 
transport de l'enveloppe : la graine aura 
évidemment à percer, non seulement ses 
téguments, mais aussi la paroi durcie du 
fruit qui la contient. On nomme akène 
tout fruit qui ne s'ouvre pas et qui ne 
contient qu'une graine. Il y en a de plu- 
sieurs variétés (fig. 73 à 76). 

La graine peut être libre à l'intérieur 
de son enveloppe : c'est ce qui arrive par 
exemple pour les akènes des Composées, 
du Pissenlit (fig. 73, B) notamment. Tous 
les enfants se sont amusés à ramasser les 
grosses boules légères formées par ces 
plantes lorsque la fleur est passée; en 
soufflant dessus avec plus ou moins d'é- 
nergie, ils sont arrivés à mettre en liberté 
successivement chacun des petits fruits 
qui sont surmontés ici d'une sorte de pé- 




Tilleul; fruits ou akènes. 



Cl. de M. F. Kaideau. 
Erable sycomore ; akènes ailés ou samares. 



44 



LES PLANTES 




Capsules du Muflier. 



Paliure épineux. 



Plante aux œufs. 



Fruits de Kigelia. 



grand nombre de petites écailles qui sont parfois très apparentes 
sur certaines espèces de Chêne. Cette cupule est formée d'un cer- 
tain nombre de bractées soudées entre elles. On sait que, dans le 
Châtaignier, la cupule se hérisse de piquants, mais elle se fend 
en quatre valves en s'ouvrant, mettant ainsi en liberté les deux 
fruits ou châtaignes qu'elle contient, et qui sont encore des akènes 
(fig. 74, A). La constitution de la faîne du Hêtre est à peu près 
semblable. On voit donc ici que l'on a des fruits en apparence 
déhiscents: en réalité, ce qui s'ouvre ce n'est que l'enveloppe ou 
cupule. C'est donc une variation analogue à celle que nous citons 
plus haut pour la figue ou pour la mûre parmi les fruits charnus. 
Remarquons, en passant, que la ressemblance entre la châtaigne 
et le marron d'Inde n'est qu'apparente : la première est un fruit, 
le second est une graine ; autrement dit, la membrane brune et 
luisante qui entoure la châtaigne est un péricarpe, celle qui entoure 
le marron d'Inde est le tégument de cette graine. 

Il y a un autre moyen de dissémination des fruits qui s'observe 
dans la samare ; l'appareil de vol est ici une aile qui peut exister 
tout autour du fruit, par exemple dans l'Orme (fig. 74, B), et l'on 
peut voir tournoyer dans l'air ces fruits au printemps. Quand deux 
fruits ailés sont rapprochés l'un à côté de 1 autre comme dans 
l'Érable, le développement des ailes ne peut évidemment pas avoir 
lieu tout autour et les deux ailes des deux fruits sont opposées. 

Une autre modification importante de l'akène est le caryopse, 
qui peut être observé dans ce que l'on appelle improprement le 
« grain » de Blé, car en réalité il s'agit d'un fruit. Ces grains sont 
lourds ; leur dissémination se fait à faible distance, comme dans le 
cas des Chênes, et de telles plantes sont évidemment destinées à 
croître sur le sol qui les a vu naître et à constituer des associations 
comme les forêts ou les champs cultivés de Céréales ou les prai- 
ries : la nature nous enseignant, en somme, comment il faut cul- 
tiver ces plantes. Dans le ca- 
ryopse des Graminées, il y a , . ._. 
soudure de la paroi de la graine, 
de sorte qu'à la germination, la 
plante, pour sortir au dehors, 
n'aura qu'un obstacle à vaincre, 
ce qui est une condition favo- 
rable pour la réussite du déve- 
loppement. 

Il y a une autre ca- 
tégorie de fruits secs, 
ce sont ceux qui con- 





Fig. 78. — Fruits secs déhiscents, 

A, gousse du Pois; B. follicules de 
l'Aconit; C, siliquc du Chou. 




Cytise faux-cbenier, en fruits (gousses). 



tiennent plusieurs graines : leur nom générique est celui de cap- 
sule (fig. 77); il faut évidemment alors un mécanisme spécial pour 
ouvrir les enveloppes et permettre la mise en liberté des semences. 
Le plus ordinairement la capsule se fend en long et, s'il s'agit d'un 
fruit à plusieurs loges, il pourra y avoir deux cas, suivant que la 
fente se manifestera au milieu des loges ou sur les cloisons qui les 
séparent entre elles : d'où les noms de capsule de loges ou locu- 
licide et capsule de cloisons (septum) ou septicide. Le Lis, qui 
est loculicide, et le Colchique, qui est septicide, nous offrent des 
exemples de ces deux types. Ailleurs la capsule s'ouvrira par des 
pores au sommet ou sur le côté; tel est le cas des capsules pori- 
cides de Muflier et de Pavot. On connaît des exemples assez 
rares de capsules qui s'ouvrent en travers : c'est ce qui arrive dans 
la Jusquiame, ou encore dans le Mouron rouge ; le fruit porte alors 
le nom de pyxide (fig. 77, a, b, c); c'est le type de la boîte à 
savonnette, dont le couvercle s'enlève comme une calotte. 

Remarquons, en passant, la bizarrerie de l'aspect de quelques 
fruits; celui du Muflier, lorsqu'il est ouvert et qu'on le regarde 
sens dessus dessous, rappelle une tête de mort; l'akène du Paliure 
épineux (Épine du Christ ou Porte-chapeau), entouré de son aile 
membraneuse, figure un chapeau ; les baies de l'Aubergine ovigère 
(ou plante aux œufs) semblent des œufs de poule ; les fruits allongés 
des Kigelia rappellent un saucisson pendu. 

Au type de la capsule se rattachent trois modifications impor- 
tantes dans le cas de déhiscence longitudinale. D'abord le légume 
ou gousse (fig. 78, A), que 1 on observe dans le Haricot et 
d'une façon plus générale dans la plupart des plantes de la famille 
des Légumineuses. On sait qu'il s'ouvre en deux valves qui se sé- 
parent au milieu et suivant la ligne placentaire. 

Dans le follicule (fig. 78, B), qui se rencontre dans la Pivoine, 
l'Aconit, c'est bien encore un seul carpelle isolé qui s'ouvre, mais 

seulement suivant la suture du 
placenta, de sorte qu'au moment 
de la déhiscence, il semble que 
le carpelle se soit étalé et ait re- 
pris la forme plate de la feuille 
qui lui a donné naissance. 

Enfin le fruit des Crucifères 
mérite une mention spéciale ; 
^^ on lui donne le nom de silique 
(fig. 78, C). L'ovaire qui lui 
donne naissance est formé de 
deux loges, bien que la placen- 
tation soit sur la paroi ; la loge 
devrait donc être unique ; si elle 
se trouve divisée, c'est qu'il se 
forme une cloison surajoutée ou 
fausse cloison. La déhiscence a 
lieu suivant quatre lignes rappro- 
chées deux à deux de part et d'au- 
tre de chaque placenta. Le fruit 
._._ ouvert laisse apparaître au milieu 
la fausse cloison et deux valves. 
C'est là le fruit du Chou, etc. 



LA VIE VÉGÉTALE 



45 




Phot. Waite, Mexico. 



Une pépinière de Cocotiers, à Tabasco (Mexique). 




LA GRAINE 

En même temps que l'ovaire grossit 
après la fécondation, de manière à donner 
le fruit, l'ovule se transforme à l'intérieur 
pour produire la graine. C'est elle qui con- 
stitue l'organe ultime et fondamental que la 
plante doit produire avant que la mort ne 
la fasse disparaître. Sa constitution nous im- 
porte donc grandement et nous devons en 
connaître la structure interne et les pro- 
priétés mystérieuses. 

Prenons d'abord une graine de Fève 
(fig. 79) et examinons sa surface : nous y remarquons une enve- 
loppe assez dure que l'on appelle tégument; sur le côté, une 
large cicatrice ovalaire est visible, c'est le hile, par lequel s'atta- 
chait 1 ovule au placenta, et lorsque la graine est devenue libre, c'est 
en ce point que la cicatrisation s'est opérée. A côté de cette tache 
sobserve une petite dépression, à peine visible, qui correspond à 
1 ancien orifice ou micropyle de l'ovule qui s'est fermé. Le tégu- 
ment de la Fève est lisse. Examinons d'autres graines (fig. 80) : 
sur une graine de Coquelicot, nous verrons à la surface du tégu- 
ment un très joli réseau formé de parties saillantes qui se détachent 



Fig. 79. — Fève 
montrant le hile A 
et le micropyle B. 




du fond. La coloration du tégument n'est pas toujours uniforrpe; il 
y a souvent des taches colorées, extrêmement variées, chez le Hari- 
cot, le Ricin ; cette dernière graine est fort curieuse par sa res- 
semblance avec un insecte (fig. 80, E). 

Les téguments de certaines espèces sont pourvus de poils : ceux 
du Cotonnier, par exemple, acquièrent une très grande longueur et 
apparaissent sur toute la surface de la graine (fig. 80 D) ; les an- 
ciens, qui connaissaient ce végétal, disaient de lui que c'est la 
plante « qui porte des toisons ». 

Les filaments nommés kapok., produits par l'Ériodendron an- 
fractueux et utilisés pour le rembourrage, sont fixés à la paroi 
de la capsule et non sur la graine, comme chez le Cotonnier. 
Les poils, au lieu d'être disséminés sur toute la surface, peuvent 
être concentrés à une extrémité de la graine, à sa base près du hile 
chez les Asclépiadacées ou les Saules (fig. 80, F), les Peupliers; 
dans les Tillandsia, qui sont des Broméliacées épiphytes, la graine 
a la forme d'un filet grêle, dont la couche superficielle se 
désagrège en sortes de poils qui, réunis, forment une aigrette. 



A, de Pois, ouverte; c c, cotylédons; g, gemmule ; t, tigelle ; r, radicule: 
B, de Coquelicot (grossie) ; C, de Dauphinelle (grossie) ; D, de Cotonnier ; E, de 
Ricin ; F, de Saule ; G, fruit de Pissenlit ; H, graine de Dattier. 




Cotonnier, fruits et graines. 



Ériodendron, fruits et graines. 



46 



LES PLANTES 




Peuplier noir avec fruits. 



Dissémina - 
tion des se- 
mences. — On 
entrevoit tout de 
suite le rôle im- 
portant que doi- 
vent jouer de pa- 
reils appareils de 
vol pour la dissé- 
mination des se- 
mences ; chacun 
a été gêné au 
printemps par les 
graines aigrettées 
des Peupliers qui 
remplissent les 
jardins et la cam- 
pagne, qui vien- 
nent parfois dans 
les yeux et sont 
très incommo- 
dantes, notam- 
ment pour les en- 
fants très jeunes. 
Au lieu d'une 
aigrette de poils 
qui donne prise 
au vent et qui 
allège singulièrement la graine, il peut y avoir une aile à sa surface 
qui fait tournoyer les semences dans l'air: c'est cequi arrive notam- 
ment chez les Bignoniacées. 

Les exemples que nous venons de citer sont très instructifs au 
point de vue de la dissémination des espèces. Quand le fruit 
contient une seule graine, c'est lui qui porte le parachute destiné à 
transporter au loin la semence féconde ; mais quand le fruit con- 
tient plusieurs graines, c'est très souvent la graine qui est pourvue 
soit d'une aigrette, soit d'une aile. 

La nature, il est vrai, peut employer d'autres ruses pour assurer 
la multiplication au loin d'une espèce : elle peut notamment rendre 
les graines collantes en provoquant la formation d'une sorte de 
matière gélatineuse à leur surface. Tel est le cas des graines de 
Lin, dont les cellules épidermiques du tégument ont la propriété 
de se gonfler et de se gélifier d une manière extraordinaire au con- 
tact de l'eau. Les cataplasmes de farine de Lin sont une applica- 
tion bien connue de cette propriété. Déposées à la surface d'un 
objet quelconque, bouteille, vase, jardinière grotesque en terre po- 
reuse, ces graines germent sur place et couvrent l'objet d'une 
verdure tendre. L'aspect de ces germinations est si curieux, qu'elles 
forment la base d'un petit commerce de la rue. 

Les fruits charnus sont ordinairement parés de couleurs vives, 
attirant le regard de l'oiseau qui avale la pulpe sucrée et dissé- 
mine les semences. La graine, cachée aux regards, n'a pas d'ordi- 
naire évolué dans 
ce sens. Dans 
quelques cas ce- 
pendant, elle 
peut être vive- 
ment colorée et 
charnue extérieu- 
rement et béné- 
ficier du même 
mode de dissé- 
mination que les 
drupes et les 
baies. On cite la 
graine de Grena- 
dier, dont le té- 
gument est de- 
venu charnu , 
rouge, de sorte 
que lorsqu'on 
ouvre le fruit, qui 
est sec et cloi - 
sonné, on trouve 
une série de pe- 
tits corps qui res- 
Ci, i<- m r Faideau. semblent à des 

If (Taxus baccala) et fruits. rubis. Il en est 






Jardinière poreuse avant et après la germination. 

de même chez le Fusain. C'est pour la même raison que les graines 
de Passiflore et de la Figue d'Inde ou Opuntia sont comestibles. 
Si par hasard, ce qui est très exceptionnel, la graine est nue, non 
enveloppée dans un ovaire, elle pourra alors devenir charnue comme 
un fruit. C'est ce qui arrive notamment pour un arbre curieux du 
Japon, que l'on appelle l'arbre aux quarante écus ou Ginkgo, dont 
les graines ressemblent à des drupes : elles sont dures à l'intérieur. 
Il en est de même des graines de l'If, entourées par un sac rouge 
largement ouvert; mais ici ce sac est Varille, sorte de tégument 
supplémentaire. On voit donc que les mêmes fins ont été obte- 
nues par l'emploi des mêmes moyens par d'autres organes. 

Structure interne. — Passons maintenant à l'étude de la 
constitution interne de la graine (fig. 81) et reprenons celle de la 
Fève ou du Haricot. Enlevons les téguments, opération qui se 
réalise assez aisément, et nous trouvons ce que l'on appelle l'em- 
bryon. Il est ici assez gros, et formé principalement par deux grosses 
masses charnues, planes sur les deux surfaces en contact, convexes 
sur les autres : ce sont les cotylédons ou encore les feuilles primor- 
diales de la future plante. Si nous écartons ces cotylédons en les 
étalant et si nous observons le petit corps cylindrique qui se trouve 
entre eux, nous verrons qu'il est formé de trois parties : une partie 
cylindro-coniqueà une extrémité, c'est la petite racine ou radicule; 
au-dessus s observe une partie cylindrique qui est la tigelle ; enfin, 
au sommet, de petites feuilles dont l'ensemble constitue la gem- 
mule. On voit donc, d après l'énumération qui vient d être faite, 
que les divers organes de la future plante sont déjà constitués. 

Dans les deux exemples de Légumineuses que nous avons choi- 
sis, les cotylédons sont épais, charnus, gonflés et remplis de ma- 
tière nutritive qui servira à l'alimentation de la future plante, 
qui a, pour ainsi dire, son grenier à l'intérieur d elle-même. 

Il n'en est pas toujours ainsi et, très communément, les cotylé- 
dons sont minces; la plantule entière est même souvent très petite 
et, tout autour d'elle, se développe un tissu nourricier que l'on 
appellel'a/oumen. Il est constitué par des cel- 
lules bourrées de matières de réserve, comme 
l'amidon dans l'albumen du Blé (fig. 82), 
par exemple, et c'est grâce à l'abondance de 
cette substance que cette plante est devenue 
alimentaire, objet de la convoitise de l'espèce 




Fig. 81. — Coupes 
schématiques 
de graines. ^^ 

A, à albumen ; B, sans d'un 

albumen. grain de Blé. 



Fig. 83. — Différents aspects 
de grains d'aleurone. 



LA VIE VEGETALE 



47 



humaine, qui lui dérobe l'épargne 
qu'elle avait soigneusement amassée 
pour la nourriture de sa progéniture. 
Il y a souvent dans l'albumen d au- 
tres matériaux que l'amidon. Dans la 
graine de Ricin, il y a d'abord de 
l'huile et c'est elle que l'on extrait et 
que l'on emploie en médecine pour 
ses propriétés purgatives: mais il y a 
en outre une réserve d'une autre na- 
ture, surtout formée de matières qua- 
ternaires ou albuminoïdes, qui s'ob- 
serve dans des globules que l'on 
désigne sous le nom de grains d aleu- 
rone (fig. 83) et dont la constitution 
est complexe. On y voit de la matière 
albuminoïde qui se présente sous forme 
d'un faux cristal, car ses angles sont 
variables, puis une petite masse sphé- 




Graines germées. 1, de Seigle; 2, de Trèfle-, 3, de Ray-grass; 4, de Maïs; 5, de Betterave. 




Préparation du sable et visite des graines germées. 

rique qui est de nature calcaire; entre ces corps, il y a de la 
matière albuminoïde amorphe. 

Conditions nécessaires pour la germination. — La 

graine abandonnée à elle-même demeure inerte et incapable de 
tout changement; c'est une sorte d'organe engourdi qui n'attendra 
qu'une occasion favorable pour se réveiller. Parfois cette occasion 
ne se présentera pas et la graine se sera endormie tout à fait : elle 
sera incapable de revivre, elle sera morte. Il y a une série de grai- 
nes, surtout celles qui contiennent des matières oléagineuses, qui 
perdent aussi leur pouvoir germinatif avec la plus grande facilité. 
Cette propriété importante est très fâcheuse 
quand les graines appartiennent à des espèces 
des colonies ou des contrées tropicales : les 
graines ne peuvent se conserver intactes pen- 
dant la traversée et, quand elles arrivent à 
destination, on essaie en vain de leur donner 
un regain de vitalité. Pour obvier à cet incon- 
vénient, on est obligé d'avoir recours à l'ar- 
tifice de la stratification. On place les graines 
isolées les unes des autres dans des boîtes en 
fer-blanc en lits successifs, en intercalant ces 
derniers de couches de sable, de terre pas 
trop humide, de poussière de charbon de 
bois. Il faut que les graines ne soient pas au 
contact des parois de la boîte : le substratum 
ne doit pas être trop humide, pour éviter la 
pourriture ; il ne doit cependant pas être trop 
sec, pour que la dessiccation des graines n'ait 
pas lieu. On arrive, avec un peu de pratique, 
à trouver les conditions favorables ; la germi- 
nation commence souvent en cours de route, 
et, à l'arrivée, en ouvrant la boîte, on constate 
le bon état dans lequel sont les plantes, que 
1 on s'empresse de mettre dans la serre à mul- 
tiplication. On arrive ainsi à expédier au loin 



des espèces précieuses. Parmi les plantes à 
graines perdant rapidement leur pouvoir ger- 
minatif, on peut citer VHeOea, cet arbre à 
caoutchouc qui est l'une des principales ri- 
chesses du Brésil. 

Que faut-il en général pour qu'une graine 
manifeste à l'extérieur sa vitalité? Il n'est pas 
nécessaire de lui donner grand'chose: il lui 
suffit d'un peu d'humidité et d'un peu de 
chaleur; il est cependant indispensable que 
la terre soit aérée, et c'est pour cela qu'avant 
d'y déposer la semence féconde, le laboureur 
doit retourner et ameublir le sol de manière 
que l'air y circule plus aisément. Si la graine 
est bonne, c'est-à-dire si elle n'a pas été 
mangée par les charançons ou rongée par la 
carie, maladie due à un Champignon, elle 
' devra germer. 

Il y a encore une autre catégorie de se- 
mences qui ne germent pas : ce sont les graines 
trop vieilles et, pour les ranimer, les prati- 
ciens emploient différents artifices, comme de les plonger dans 
l'eau chlorée, par exemple. La durée de la vitalité des graines est 
souvent très grande, et notamment les graines à réserve d'amidon, 
comme le Blé, sont susceptibles de résister pendant une longue série 
d'années aux causes d'altération; cependant, à la longue, toutes les 
graines se corrompent et les grains de Blé trouvés dans les tombeaux 
de l'ancienne Egypte étaient morts et incapables de se réveiller. 

Les jardiniers ont d'ailleurs un procédé bien simple pour élimi- 
ner les graines mauvaises ou gâtées : il consiste à les jeter dans 
l'eau ; ils voient ainsi qu'elles surnagent si elles sont mauvaises, 
les bonnes allant au contraire au fond du liquide. Cette méthode 




Étuves Schribanx pour l'étude du pouvoir germinatif des graines. 



48 



LES PLANTES 





Fig. 84. 
Cotylédons 
épigés (c, c) 
du Haricot. 



Fig. 85. 
Cotylédons 
hypogés (c) 

du Pois. 



Cl.de M. F.Faideau. 



Phases successives de germination de l'Érable. 



ne réussit pas avec les graines de Ricin, par exemple, parce qu'elles 
contiennent de l'huile dans l'amande ; or l'huile, chacun le sait, 
est plus légère que l'eau. 

Les grands établissements horticoles français apportent un soin 
méticuleux au choix des semences ; aussi les graines sélectionnées 
coûtent-elles fort cher. Pour les obtenir, les fruits sont cueillis, à 
l'époque de leur maturité, par temps sec, mis au séchoir, puis 
battus et égrenés. Un premier triage élimine les graines insuffi- 
samment mûres ou mal conformées. Dès leur arrivée dans le hall 
de réception de l'horticulteur, les semences subissent un nouveau 
triage, mécanique ou à la main, selon les espèces, et on prélève 
sur chaque sorte un échantillon qui servira de contrôle et per- 
mettra d'apprécier l'identité, la pureté, le pouvoir germinatif et la 
franchise d'espèce. 

Le pouvoir germinatif est essayé dans les étuves Schribaux. Ce 
sont de grandes armoires à porte vitrée, chauffées au gaz et pour- 
vues de régulateurs de température. Dans leur intérieur glissent des 
tablettes sur lesquelles sont les graines, simplement posées sur des 
feuilles de papier filtre maintenues humides. Une horloge, formée 
d'un cylindre faisant un tour complet en vingt-quatre heures, réalise 
automatiquement l'ouverture et la fermeture des robinets qui com- 
mandent les régulateurs ; l'étuve, en effet, doit être réglée à 20° 
pendant dix-huit heures et à 28° pendant les six heures sui- 
vantes, afin d'imiter les variations analogues des températures 
diurne et nocturne ; des thermomètres enregistreurs très sensi- 
bles contrôlent la marche de la température. Au bout d'un certain 
temps, l'état des graines en germination est vérifié et noté. Ces 
essais sont complétés par d'autres en pleine terre ou sous abri. 



Phénomènes externes 
de la germination. — 

Dans les conditions normales, 

par exemple pour les graines 

de Haricot ou de Pois que 

l'on a fait tremper dans l'eau pendant une nuit pour les bien 

imbiber, la germination se manifeste très nettement au bout d'un 

petit nombre d'heures ou de quelques jours. 

Ces phénomènes sont très intéressants à suivre et ils frappent 
très vivement les enfants qui les étudient d'une manière attentive. 
Ce corps inerte qu'était la graine sort de sa torpeur et se réveille 
comme sous l'influence d'un coup de baguette magique, et la plan- 
tule apparaît avec une régularité merveilleuse, la même série de 
manifestations s'observant avec une constance rigoureuse. La paroi 
des téguments, à l'endroit de l'ancien orifice de l'ovule, se gonfle 
et ne tarde pas à crever, puis un petit corps conique apparaît: c est 
la petite racine qui montre sa pointe. Elle sort bientôt plus réso- 
lument et tout de suite elle se courbe, de manière à prendre une 
direction verticale en se dirigeant vers la terre, et s'enfonce très 
rapidement. Dans cette première phase, le Haricot et le Pois se 
comportent de la même manière (fig. 84 et 85), mais, peu de 
temps après, une différence se manifeste entre eux. Dans le pre- 
mier, la graine ne reste pas dans la mousse ou la terre , elle est 
soulevée par le développement de la petite tige qui, maintenant, 
s'allonge dans une direction verticale, mais vers le haut; la tigelle 
est épicotylée. Avec le Pois, les choses se passent autrement : la 
graine reste à la surface du sol ou dans la terre ; c'est que la 
tigelle ne s'allonge pas ; la germination est dite hypogée. 

Au stade suivant du développement du Haricot, les enveloppes 
de la graine tombent et les cotylédons ou deux premières feuilles 
s'écartent et s'étalent, puis bientôt après, entre les deux grosses 
feuilles charnues, la gemmule pousse et donne ce qui deviendra la 
tige définitive pourvue de ses feuilles. Le Hêtre, le Cerisier. 






Germination du Hêtre. 



Plantules du Hêtre. 



Jeunes Marronniers d'Inde. 



LA VIE VEGETALE 



49 



l'Érable et nombre d'autres Dicotylédones, ainsi que la plupart 
des Conifères, ont une germination analogue. 

Le Pois se comporte d'une manière différente, puisque la graine 
reste sur le sol, car la petite tige primitive ne sort pas ; la tige défi- 
nitive (axe épicotylé) apparaît cependant, mais plus tard ; elle part 
de la graine au même point que la racine, mais a une orientation 
inverse. Le Chêne, le Marronnier d'Inde, le Noyer et la plupart 



la plantule entre en activité comme si elle allait accomplir toutes les 
phases de son développement ; mais ce que veut le malteur, c'est 
provoquer l'apparition de la diastase ou substance digestive ; une 
fois qu'elle est formée, il cherche à entraver son action sur les 
matières de réserve amylacées de la graine. Il sait que la germina- 
tion est arrivée au stade qu'il désire, d'après la longueur du sys- 
tème des petites racines formant ce qu'il appelle la plumule. Il porte 





Cl. J. Boyer. 



Caves dans lesquelles se fait la germination de l'orge. 



Cl. F. Faideau. 

Orge germée pour la brasserie. 



des Monocotylédones germent comme le Pois. Chez le Cocotier, 
l'enveloppe ligneuse de la noix présente un orifice arrondi de 
moindre résistance du péricarpe par lequel la radicule sort. 

Il y a d'autres types de germination, dont le Ricin nous offre 
un exemple. Les cotylédons sont ici minces, et l'embryon est 
aplati au milieu de la graine ; les deux premières feuilles cotylé- 
donaires sont appliquées sur la matière blanche de l'albumen. 
Quand la germination s'opère, on s'aperçoit, lorsque la graine 
s'ouvre, que les téguments tombent ; les cotylédons apparaissent, 
ils ont grandi, sont devenus verts. L'albumen qui les enveloppait 
presque complètement a bien suivi, pendant un certain temps, 
leur accroissement, mais il a, pour ainsi dire, mauvais aspect; c'est 
à ses dépens que s'accroissent, en effet, la plantule et en particulier 
les cotylédons; de sorte que bientôt, quand les feuilles cotylédo- 
naires acquerront une taille un peu plus grande, elles se libéreront 
tout à fait de ce tissu nourricier qui ne restera plus à leur base que 
sous forme de lambeaux d'un blanc sale, à moitié décomposés. 

Phénomènes internes de la germination. — Que 

s'est-il passé pendant ce temps dans la graine ? Des phénomènes 
internes très curieux s'y sont manifestés : la plantule a, pour ainsi 
dire, digéré l'albumen comme l'animal digère un morceau de 
viande qui est ingéré dans son estomac, et par un mécanisme 
chimique analogue, car la digestion est un des phénomènes les 
plus généraux qui existent. Pour en avoir une idée, nous étudie- 
rons la germination de l'orge, où le phénomène de la digestion 
des graines a été utilisé par les brasseurs et malteurs, sans qu'ils 
s'en doutent, depuis un temps immémorial, pour la fabrication de 
la bière. L'orge est introduite dans de grands bassins avec quatre 
fois son volume d'eau et agitée constamment, de façon à chasser 
les bulles d'air emprisonnées entre les grains. Les grains sains vont 
au fond du bassin, les vides surnagent et sont enlevés. L'orge se 
gonfle et s'imbibe d'eau. On la retire du liquide, puis on la porte 
sur des planches où elle doit être accumulée en couches de 50 cen- 
timètres d'épaisseur. La germination se manifeste, l'orge s'échauffe 
et, quand le germe commence à apparaître, on réduit successive- 
ment l'épaisseur de la couche de graines jusqu'à 10 centimètres. 
La germination dure dix à douze jours en saison chaude, quinze 
à vingt en saison froide. La saison favorable pour le maltage, 
c'est-à-dire pour l'obtention du malt ou orge germée, est le prin- 
temps (mars-avril), et les meilleures bières sont celles de mars. 
Pendant toute cette opération, on provoque le réveil de la graine: 



alors rapidement au séchoir, qui est une sorte de grenier aéré, puis 
dans une étuve à courant d'air ou touraille, et c'est l'opération du 
touraillage. Les graines, pour être desséchées rapidement, doivent 
être fréquemment retournées à la pelle ; ces pelletages répétés 
amènent la rupture des radicelles devenues cassantes et qui peuvent 
être séparées par tamisage. Comme de juste, cette opération du 
touraillage doit être exécutée à une température suffisamment élevée 
pour qu'elle soit rapide, mais assez basse, toujours inférieure à 55°, 
pour que la diastase ne soit pas atteinte, car c'est une substance 
qui se décompose aisément par la chaleur. Les grains concassés, 
déchirés et complètement secs constituent le malt, que le brasseur 
utilisera à sa convenance. 

L'opération du brassage est très délicate, bien qu'elle consiste 
essentiellement dans le mélange du malt avec de l'eau chaude, mais 
la température ne doit osciller qu'entre les limites extrêmement res- 
treintes de 60° à 70°. Or, comme l'industriel opère sur de grandes 
masses, c'est une opération peu facile, d'autant plus, en fait, que 
de 70" à 68° on a des résultats très différents de ceux que l'on 
obtient de 64° à 68°. Pour fixer les idées, par exemple, dans le 
premier cas, à la suite de l'action de la diastase sur l'amidon, on 
a 1 de maltose et 5 de dextrine ; dans le second cas, 2 de maltose 
et 5 de dextrine. Or, le brasseur a intérêt à obtenir une certaine 
réaction, toujours la même, pour avoir une bière déterminée, exigée 
par le goût du consommateur; c'est pour cela qu'il doit intervenir, 
et ne peut pas laisser la graine digérer comme elle 1 entend. 

Les Japonais utilisent ces phénomènes d'une autre manière : ils 
saupoudrent sur le riz, tué par la cuisson, une moisissure, l'As- 
pergille du riz, et c'est ce Champignon qui est chargé de trans- 
former la réserve, de manière à obtenir le fcojï, en vue de la fabri- 
cation du sak.é, liqueur nationale qui correspond à une production 
annuelle se chiffrant par millions. On mélange une toute petite 
mesure de spores d'Aspergille avec une certaine quantité de riz sec 
et on sème ce mélange sur le reste des graines. On replie les nattes 
et on agite le riz pour assurer la répartition. Le germoir est une 
cave où l'on peut maintenir l'humidité et une certaine constance de 
température. Il y a échauffement par la végétation du champignon. 
Le troisième jour, le riz a un aspect laineux. En été la fabrication 
du koji est interrompue. Le koji contient du glucose et de la dex- 
trine. Le saké s'obtient en mélangeant 21 de koji, 68 de riz. cuit, 
72 d'eau ; l'action a lieu à froid. 

Voilà donc deux grandes industries qui sont fondées sur l'étude 
de la germination. Nous aurons occasion d'en signaler d'autres. 



LES PLANTES 



50 



LES PLANTES 



DU MOUVEMENT 

CHEZ LES PLANTES 

Nous sommes habitués à considérer les plantes comme des êtres 
immobiles et ce caractère est même un de ceux qui nous frappent 
le plus et celui qui s'oppose de suite à la propriété la plus mani- 
feste de l'animal. La fixité est cependant plus apparente que réelle, 
car le moindre souffle de vent fait bruire le feuillage et les bran- 
ches et agite le Chêne aussi bien que le Roseau; en second lieu, 
la plante croît et la croissance est un mouvement d'une extrême 
lenteur. Nous avons dit, d'autre part, que les cellules dont se com- 
pose un végétal sont formées de petits compartiments à carapace 
rigide, à l'intérieur de laquelle s'agite la matière vivante qui est 
toujours en mouvement. Si les mouvements du protoplasma ne se 
trahissent pas au dehors, c'est que la cuirasse de cellulose de cha- 
que cellule met obstacle à leur manifestation. 

Mouvements protoplasmiques. — Cela est si vrai que 
si l'on imagine que l'on puisse extraire le globule protoplasmique 
de sa boîte, il devra être mobile. C'est, en effet, ce qui se réalise 
parfois dans le règne végétal, lorsque les zoospores se produisent 
ou quand les anthérozoïdes sont mis en liberté (fig. 86). On voit, 
par exemple, dans les Œdogones une cellule s'ouvrir comme une 
boîte, de manière à permettre au contenu protoplasmique de 
s'échapper. Ce protoplasma nu est pourvu de petits appendices 
ciliaires, qui sont disposés à la partie antérieure du corps mobile 
en forme de couronne et, grâce à l'agitation continue de ces fila- 
ments extrêmement fins, qui battent l'eau comme des rames, le 
petit globule de matière vivante peut s'agiter dans tous les sens 
dans le liquide ambiant. D'autres fois, les cils des zoospores, au 
lieu d'être disposés en couronne, sont répartis sur toute la surface 
de la masse mobile : c'est le cas des zoospores deVauchérie (fig. 87) ; 
mais le cas le plus ordinaire est celui où les cils se réduisent à 
deux : tous deux en avant, ou l'un en avant, long et flexible, qui 









Fig. 86. 
Anthérozoïdes. 

a, Sphxroplea ; b, Fucus ; c, Polytric : 
d, Pellia. 



Fig. 88. 
Plasmode 

formé 

Fig 87 - Zoospore la fusion 

de Vaucherie. r j 

a, s'échappant j b, libre ; jeunes 

c, fixée et germant. Myxomycètes. 






Cl. F. Faideau 

Sélaginelle (vulgairement, Fougère de la résurrection), ouverte et contractée. 



Cl. l'\ Kiidi-au. 

Geaster hygrométrique ouvert et contracté. 

fonctionne comme une rame; l'autre en arrière, qui sert de gou- 
vernail. Grâce à ces appendices, les mouvements de ce petit orga- 
nisme sont prompts et rapides. 11 peut arriver parfois, comme dans 
les anthérozoïdes des Mousses et des Fougères, que le corps mo- 
bile prenne une forme de tire-bouchon ; il s'avance alors d'un 
mouvement de vis et arrive peu à peu à vaincre ainsi les obstacles 
qui se trouvent sur sa route. 

Les mouvements du protoplasma ne sont d'ailleurs pas nécessai- 
rement liés à la présence de cils vibratiles, car dans les Myxomy- 
cètes (fig. 88) il existe des masses de protoplasma nu, appelées 
myxamibes, qui se déplacent comme les animaux inférieurs connus 
sous le nom d'amibes. C'est une sorte de mouvement de repta- 
tion, avec production, à la surface du protoplasma, de bourgeons 
qui grossissent et où, finalement, toute la masse vivante finit par se 
porter. Ces myxamibes, qui rampent ainsi dans le milieu, se ren- 
contrent, se fusionnent, grossissent considérablement et donnent les 
plasmodes. Ce sont souvent d'énormes masses de protoplasma nu, 
ressemblant à une sorte de gelée qui se déplace sur les supports, 
qui grimpe même sur les arbres. Ces plasmodes s'observent dans 
les forêts; on les rencontre encore dans les tanneries, où ils forment 
des masses jaune d'or connues sous le nom de fleurs de tan. 

On peut donc tirer de ce qui précède cette conclusion qu'il ne 
faut pas considérer comme absolus les caractères de l'animal et de 
la plante, tels que les donnait Linné, qui disait : « L'animal se 
meut, la plante est immobile. » La carapace cellulosique est, en 
général, l'obstacle principal au mouvement ou, du moins, à sa ma- 
nifestation au dehors. Il existe cependant des cas, comme celui des 
Diatomées, où l'enveloppe dure n'empêche pas le mouvement ; la 
cellule se meut tout d'une pièce, comme un guerrier couvert d'une 
forte armure, mais malgré cela très agile et très prompt. 

Les déplacements des Algues mobiles 
sont provoqués et dirigés par les agents 
extérieurs, notamment la lumière, la pe- 
santeur, etc. Pour une intensité lumi- 
neuse déterminée, les zoospores se diri- 
gent vers la source, mais après avoir été 
attirées on les voit fuir, puis revenir en 
avant, revenir en arrière, cela par une 
série d'oscillations. Desroches a établi 
que les zoospores d'une Algue (Chla- 
mydomonas), dans leurs mouvements 
sous l'influence de la lumière, suivent 
la loi de Weber-Fechner, loi trouvée 
par l'étude du système nerveux. 

Ces mouvements alternatifs et oscilla- 
toires, que nous venons de signaler pour 
les organismes libres et simples, se ma- 
nifestent encore pour des organismes plus 
compliqués comme les Oscillaires, qui 
doivent leur nom à la particularité, que 
présente l'extrémité du filament qui les 
compose, d'osciller comme un pendule. 
11 s'agit, dans ce cas, d'Algues bleues 
qui sont constituées par des filaments très 
étroits et très longs. On les rencontre au 
pied des murs exposés au nord où elles 
forment un enduit crustacé d un vert bleu 



LA VIE VÉGÉTALE 



51 





Rose de Jéricho ouverte par l'humidité. 



de Jéricho contractée par la sécheresse. 



CL V Faidea 




Fig. 89. — Déchirure des sporanges 

des Fougères 

par contraction de l'anneau a. 



noirâtre. Les Beggiatoa, qui leur 
ressemblent beaucoup, présentent des 
mouvements analogues, mais qui ne 
se manifestent pas seulement à l'ex- 
trémité ; ce sont des Algues incolores, 
qui se rencontrent dans les eaux sul- 
fureuses; elles ont, en effet, besoin 
d'hydrogène sulfuré, et le soufre ré- 
sultant de la décomposition et de 
l'oxydation de ce gaz se dépose dans 
les cellules de cette Bactériacée sous 
forme de cristaux. 




Fig. 90. 

a, b, de i'Impatiens 
e, /, du Géranium ; g, h, de l'Érodium 



les Fougères de rochers ou 



Mouvements hygroscopi- 
ques. — Par les temps secs, quel- 
ques plantes, comme les Mousses, 

de murailles, semblent mortes; leur tige est rigide et fragile, leurs 
feuilles s'enroulent et se plissent. Que la pluie survienne, tout se 
redresse, s'étale et reverdit ; c'est une véritable reviviscence. Aucune 
plante ne possède cette propriété à un plus haut degré que la Séla- 
ginelle à feuilles écailleuses, vendue chez les horticulteurs sous 
le nom de Fougère de la résurrection. Beaucoup d'autres végétaux 
présentent simplement des mouvements hygrométriques dus à l'hu- 
midité ; nous citerons, parmi les plus connus, la Rose de Jéricho, 
qui est une petite Crucifère des déserts sablonneux d'Orient, et les 
Géasiers, Champignons voisins des Vesses-de-Loup, qui étalent 
ou contractent leurs étoiles suivant l'état hygrométrique. 

Les fruits manifestent aussi, à certaines époques de leur histoire, 
des mouvements analogues ; ils s'ouvrent par des dents au sommet, 



Influence de la sécheresse sur les fruits. 

c, d, du Vicia ; 

i, /', de la Violette: k, l, du Stipa. 




) 



Phototropisme des tiges d'une pomme de terre. 



par des fentes; c'est la dessiccation 
des parois qui amène des contrac- 
tions et des déplacements. C'est la 
même cause qui provoque les déchi- 
rures des sporanges des Fougères, par 
la contraction des cellules à épaissis- 
sement en fer à cheval qui consti- 
tuent l'anneau {fig. 89). La contrac- 
tion hygroscopique des fruits à bec 
de VErodium amène la séparation 
des graines portées au bout de fila- 
ments contractés en spirale, et cette 
propriété est utilisée pour fabriquer 
des hygromètres de prix de revient 
presque nul que l'on emploie dans 
les serres (fig. 90). 

Mouvements de nutation , 

tropismes. — L'action des agents 
extérieurs, comme la lumière, la cha- 
leur, la pesanteur, peut également 
se traduire par des changements dans 
la croissance des organes. Chez la 
racine, la pointe décrit une spirale 
par suite des déplacements de la 
ligne de plus grande croissance: ce sont les mouvements de nuta- 
tion qui favorisent sa pénétration dans la terre résistante; ainsi une 
vis s'enfonce dans du bois ou un tire-bouchon dans du liège. 
D'autres mouvements sont appelés des tropismes et, suivant qu'ils 
sont attribuables 
au soleil ou à la 
lumière, à la 
chaleur, à l'hu- 
midité, à la pe- 
santeur, on les 
nomme héliotro- 
pisme, phototro- 
pisme, thermo- 
tropisme, hydro- 
tropisme, géotro- 
pisme. 

Si l'on place, 
par exemple, des 
Pois chiches en 
train de germer 
devant une fe- 
nêtre, de manière 
que la lumière 
vienne sur le côté 
seulement, les 
plantes, au lieu 
d'être dressées 
verticalement 
comme à l'ordi- 
naire, seront in- 
fléchies, et l'ac- 
tion directrice de , ,. p. njdnn. 
la lumière sera si Jeune tige servant de photomètre. 




52 



LES PLANTES 




Fig. 91. 
Expérience du tamis incliné. 



Fig. 92. 

Plantule 

du Pois 

retournée : 

racine et tige 

reprennent 

leur 

direction 

normale. 



puissante que la tige 
sera horizontale, 
l'extrémité orientée 
vers la fenêtre. D'or- 
dinaire l'action flé- 
chissante de la 
source lumineuse 
n'est pas aussi forte 
et la direction de la 
tige est simplement 
oblique, inclinée 
vers la radiation, 
comme on peut le 
voir sur des tiges de 
Pomme de terre dé- 
veloppées à une cer- 
taine distance d'une 
fenêtre. La sensibi- 
lité des jeunes tiges 
est si grande à l'action de la lumière qu'on peut les utiliser comme 
photomètre entre deux sources lumineuses inégales. 

L'action de la chaleur se manifeste également pour la racine et 
il suffit d'une faible différence de température entre deux régions 
voisines du sol pour que la pointe de l'organe s'infléchisse d'un 
côté et, suivant les cas, le sommet de la racine s'infléchit vers la 
température la plus haute ou la plus basse : cela dépend de la 
courbe de croissance qui est en parabole. Tous ces mouvements 
trahissent, en fait, des inégalités de croissance des deux faces de 
l'axe souterrain exposées à des températures différentes et l'on sait 
que, pour une température appelée optimum, la croissance est la 
plus grande; à des températures 
au-dessous et au-dessus, la crois- 
sance devient moindre. 

Les flexions dues à des diffé- 
rences dans la répartition de 
l'humidité se manifestent clai- 
rement par l'expérience du ta- 
mis incliné (fig. 91) qui forme 
le fond d'une caisse contenant 
de la sciure de bois humide. 
Des graines qui y germent ont 
des racines qui sortent dans l'air, 
puis qui s'infléchissent vers la 
sciure humide, rentrent dans la 
caisse, puis en sortent verticale- 
ment (parce que la pesanteur 
reprend ses droits), et y rentrent 
à nouveau, et cela indéfiniment 
sous l'action successive de l'air 
sec et de la sciure humide. 
Les tropismes dus à la pesan- 






Cl. F. Faideau. 
La Laitue scarole, plante boussole. 



À à \ J> 

fi'Jl *?*" <<& 



»?#a 



Mésembrianthème pluviale en fleurs. 





Cl. F. Faideau. 

Chicorée sauvage ; fleurs ouvertes et contractées. 



leur sont égale- 
ment très remar- 
quables. Il suffit 
de placer une ra- 
cine jeune hori- 
zontalement sur 
de la terre ou de 
la mousse : la ger- 
mination de la 
graine à laquelle 
la racine appar- 
tient continue ; 
on voit la pointe 
s'infléchir brus - 
quement à angle 
droit pour repren- 
dre la direction 
verticale. Ce 
phénomène est 
des plus accusés 
si le changement 
d'orientation est 
plus grand et, si 
la racine a été 
mise le sommet 
en l'air, elle re- 
tourne alors son 
ex trém i té de 

180 degrés, pour s'orienter à nouveau vers le bas (fig. 92). 
Mais c'est surtout pour les feuilles et les fleurs que ces mouve- 
ments à la lumière prennent une 
grande amplitude et un caractère 
particulièrement frappant. Cer- 
taines fleurs ou inflorescences 
suivent le soleil dans sa marche 
au cours d'une belle journée. 
Certaines espèces, comme la 
Laitue scarole, sont si sensibles, 
qu'à midi toutes leurs feuilles 
sont dressées et présentent leur 
tranche à la source lumineuse, 
de manière à recevoir le moins 
possible de ses rayons, alors 
qu'ils atteignent leur maximum 
d'intensité ; l'aspect de ces plan- 
tes est tout à fait caractéristique 
à midi et, comme à cette heure 
précise, le plan de toutes les 
feuilles est celui du méridien 
du lieu, on qualifie ces végétaux 
du nom de plantes boussoles. 
Le grand Soleil est également 
une plante sensible à l'action de l'astre dont il porte le nom, parce 
que ses larges capitules sont infléchis, non pas de manière à suivre 
le soleil, mais simplement à se tourner vers lui. 

Mouvements de veille et de sommeil. — Les fleurs 
sont d'ailleurs particulièrement sensibles à l'action combinée des 
causes externes; aussi a-t-on imaginé une horloge de Flore, à 1 aide 
de diverses espèces qui s'épanouissent à des heures différentes : 

Le Liseron des haies s'ouvre à 3 h. du malin. 

Le Pissenlit à 4 ou 5 h. — 

Les Chicorées à 5 h. — 

Plusieurs Morelles à 6 h. — 

Le Nénuphar blanc à 7 h. — 

Le Mouron rouge à 8 h. — 

Le Souci à 9 h. — 

La Mésembryanthème pluviale de . 9 à 1 h. — 

La Dame de onze heures (Ornithogale à ombelle) à 1 1 h. — 

La plupart des Mésembryanthèmes à midi. 

On observe des mouvements analogues chez les Bégonia. 
D'autres espèces, au contraire, s'ouvrent la nuit comme les Belles- 
de-nuit, les Cierges nycticalis. 

Les mouvements dus à la lumière et à la nuit sont quelquefois 
si apparents, pour le feuillage notamment, qu'ils peuvent contri- 
buer à modifier tout l'aspect d'une plante : pendant le jour, les 
folioles d'un Trèfle ou d'un Oxalis. par exemple, étant étalées, 
épanouies, tandis que la nuit elles sont rabattues sur le pétiole, 
comme s'il s'agissait d'un parapluie fermé après avoir été ouvert 



LA VIE VÉGÉTALE 



53 




Bégonia tubéreux ; fleurs ouvertes et fermées. 



CI. P, Faideau. 
Feuilles de Marronnier en état de sommeil. 



pendant la journée. On conçoit que de tels changements d'aspect 
aient depuis longtemps frappé 1 attention des observateurs et que 
l'on ait comparé la plante à ces deux états à un animal dans une 
période de t>er'//e ou dans une période de sommeil. C'est bien la 
lumière uniquement qui est la cause de ce changement, car il suf- 
fit, au milieu du jour, de transporter brusquement le végétal à l'obs- 
curité pour le voir prendre instantanément son aspect nocturne. 
C'est à des changements brusques de transpiration et de répartition 
d eau que ces phénomènes sont dus. 

Mouvements spontanés et mouvements provoqués. 

— Il est des mouvements d'une autre nature qui se manifestent en 
dehors de l'intervention de cette cause et qui n'en sont pas moins 
curieux; ils sont d'ailleurs plus rares. Ils se manifestent notam- 
ment pour le Sainfoin oscillant (fig. 93) qui a des feuilles à trois 
folioles : une médiane très grande 
et deux basilaires très petites. La 
grande foliole exécute des mou- 
vements de veille et de sommeil; 
les petites décrivent, au contraire, 
des mouvements inverses l'un par 
rapport à l'autre; l'une s'abaisse 
lorsque l'autre s'élève, et le som- 
met des deux décrit une ellipse. Ce 
sont les mouvements périodiques. 
La Sensitive enfin présente des 
mouvements d'une nature plus ex- 
traordinaire encore. Ils se mani- 
festent avec des caractères qui in- 
diquent des propriétés tout à fait 
analogues à la sensibilité des ani- 
maux. Il suffit, avec un objet très 
délicat, de toucher une foliole pour 
la voir se rabattre immédiatement 
sur le pétiole, ainsi que celle qui 
est en face ; ce mouvement d'ébran- 
lement, ainsi limité au début, s'é- 
tend progressivement de hauten bas 




Fig. 93. — Desmodic 

ou 

Sainfoin oscillant. 



et de bas en haut à toutes les folioles voisines insérées sur le même 
pétiole secondaire, puis aux pétioles voisins, et enfin à toute la 
feuille qui, en un temps très court, prend un aspect qui rappelle 
tout à fait celui du sommeil. D'ailleurs cette excitation bizarre ne se 
produit pas uniquement par contact; elle peut être provoquée par 
des substances caustiques, par le bruit du galop d'un cheval qui passe 
dans le voisinage d'un champ de Sensitive. Enfin, pour compléter 
la ressemblance avec les phénomènes de sensibilité, en plaçant une 
Sensitive en pot sous une cloche où l'on a mis une éponge imbibée 
de chloroforme, on peut anesthésier la plante et la rendre insensible 
à toutes ces actions mécaniques, comme l'on anesthésie un animal 
sur lequel on veut pratiquer une opération chirurgicale. 

Un choc ou un ébranlement provoque, dans certaines fleurs, à 
l'époque de la maturité, un mouvement brusque des organes in- 
ternes, surtout des étamines, qui favorise la dissémination du 
pollen. On a observé de semblables mouvements chez les Char- 
dons, les Chicorées, les Mahonia, les Berberis (ou Lpine-vinette) 
• fig. 94 I. Chez cette dernière plante, dès qu'on touche avec la 
pointe d'une épingle l'une des six étamines à sa base, elle quitte 
brusquement le pétale contre lequel elle était appuyée pour venir 
appliquer son anthère contre le stigmate; en même temps l'anthère 
s'ouvre et le pollen en sort. 

Chez le Mahonia, Dop a pu réaliser cette irritabilité avec un 
courant électrique. Dès que le courant est établi, le phénomène 
de contraction de l'étamine se produit; la continuation du cou- 
rant n'agit pas et ne s'oppose pas au re- 
tour de l'étamine à l'état de repos. Si l'on 
a fixé un petit stylet très léger à l'étamine, 
l'autre extrémité pourra enregistrer le 
mouvement sur un cylindre. On constate 
qu'une étamine qui vient d'être excitée 
reste insensible pendant un certain 
temps ; après trois mouvements successifs, 
elle perd toute sensibilité et est fatiguée. 
Les mouvements des plantes dites 
carnivores se rattachent aux précédents ; 
nous les étudierons dans le chapitre des 
Rapports des animaux avec les plantes. 







Fig. 94. 
Fleur d'Épine-vinette ; 
irritabilité des étamines. 




Une Sensitive (Mimosa Spegazziniî) en position de veille et en position de sommeil. 



Cl. !■'. Faideau. 



LES PLANTES 



5. 




FlG. 95. — COMMENT GRIMPENT LES PLANTES. 
A, Bambou grimpant ; B, Desmoncus ; C, Rotang ; D. Houblon (grossi) ; E, Volubilité du Houblon ; F, Volubilité du Liseron ; G, Cramoons du Lierre ; H, Vrille à 
crochet d'Uncaria ; I, Vrille à ressorts de Bauhinia ; J, Vrilles spiralées de Pithecothehium ; K, Vrilles à disques du même; L, Vrille-racine de Vanille; M, Vrille- 
pétiole de Capucine et vrille de fleur ; N, Vrille-limbe de Gloriosa ; O, Vrille de Bryone ; P, Vrille de Gesse odorante. 



//. - RAPPORTS DES PLANTES AVEC LES ORGANISMES 



RAPPORTS 

DES PLANTES ENTRE ELLES 

On peut diviser les plantes en deux groupes : 1 ° les plantes 
autotrophes (du grec autos, soi-même, et trophé, nourriture) qui 
prennent directement leur nourriture dans la matière minérale: ce 
sont les plantes à chlorophylle, et 2° les plantes allotrophes (du 
grec allos, autre) qui se nourrissent par l'intermédiaire d'un autre 
organisme. Certaines plantes autotrophes ont cependant besoin des 
autres végétaux, mais elles se bornent à leur demander un support : 
ce sont les plantes grimpantes et les épiphytes. Quant aux 
plantes allotrophes, on peut les répartir en trois groupes : les 
saprophytes, les mutualistes formant avec une autre plante une 
association à bénéfices réciproques ou symbiose, enfin les parasites. 

Les plantes grimpantes. — Parmi les mouvements, sujet 
étudié au précédent chapitre, nous aurions encore à mentionner 
ceux qui ont pour but de permettre à une espèce de s'enrouler 
autour d'une autre : ce sont les mouvements de circumnutalion, 
qui se manifestent à l'extrémité d'une tige qui, au lieu de s'ac- 
croître verticalement de bas en haut, décrit une spirale dont les 




Jeune arbre 
euserré par une liane de Chèvrefeuille. 



Cl F. l'aideau. 
Érable sycomore 
envahi par un Lierre géant. 



tours sont très surbaissés et apparaissent comme des cercles ou des 
ellipses. Grâce à cette propriété, le sommet de la plante explore 
l'espace et peut s'enrouler autour d'un objet : bâton de bois, 
colonne de fonte ou tige d'une autre plante, qui lui sert de sup- 
port et qui permet à une plante faible de s'élever dans l'air à une 
grande hauteur, tandis que seule elle tomberait à la surface du sol 
en se transformant en une plante rampante. Une fois que l'enrou- 
lement est produit autour de la tige d'une autre espèce, des rap- 
ports intimes, des actions réciproques s'établissent entre les deux 
êtres mis en présence l'un de l'autre. L'arbre qui sert de support 
continue à grossir et la liane enroulée autour de lui ne tarde pas à 
enfoncer ses tours de spire dans son écorce, qui se trouve forte- 
ment entravée dans sa croissance en certaines places ; mais le 
tuteur réagit à son tour et, en continuant à croître, il aplatit la 
plante grimpante qui l'encercle et contribue ainsi à la déformer. 

Dans le cas que nous venons d'envisager, les rapports entre les 
deux végétaux en contact sont aussi intimes que possible, mais ils 
peuvent être rendus presque aussi parfaits par d'autres procédés. 
Dans un Lierre, par exemple, il n'y a pas enroulement autour 
d'un arbre, mais accolement contre lui et adhésion puissante par 
une multitude de petites racines-crampons qui restent courtes et 
qui s'enfoncent dans toutes les anfractuosités de 
l'écorce du support. Comme ces organes d'adhé- 
rence sont extrêmement nombreux, la fixation est 
parfaite et l'arbre ainsi emprisonné à l'intérieur 
des ramifications du Lierre est fortement gêné 
dans sa croissance : il prend un air maladif; la 
rapidité avec laquelle les jeunes pousses du faux 
parasite s'accroissent sur l'écorce et la force de 
leur adhésion sont tout à fait merveilleuses, et 
quand on voit un arbre puissant aux prises avec 
cet ennemi qui l'étouffé, on constate par le ra- 
lentissement de sa croissance, par l'avortement 
de sa ramification, par le petit nombre de ses 
feuilles, qu'il souffre grandement. Ce n'est ce- 
pendant pas un parasite qui l'attaque; l'empri- 
sonnement est superficiel, les crampons ne pé- 
nètrent pas dans les tissus vivants de l'arbre et, 
malgré cela, quand le développement du réseau 
du Lierre est vigoureux, son action est redoutable. 
On peut observer d'autres procédés d'adhé- 
sion chez les plantes grimpantes (fig. 95). Elles 
peuvent avoir des organes réduits à l'état de sim- 
ples filaments délicats, susceptibles de s'enrouler 
en spirale autour des objets à la façon de la 
queue prenante d'un singe. Lorsqu'une espèce, 




( Cl. de M. Alluautl. 



LIANES EN FORÊT, A MADAGASCAR. 



PLANTES. — 5 



LA VIE VÉGÉTALE 



55 






Liseron des haies. 



Gesse aphaca. 



Cl. K. t-'aideau. 
Lianes de Clématite. 



comme une Cucurbitacée par exemple, est armée d'un très grand 
nombre de ces fins organes, que l'on appelle des vrilles, elle de- 
vient très redoutable pour toutes les plantes qui se trouvent dans 
son voisinage, car elle s'accroche à elles de tous les côtés, et entrave 
ainsi leur croissance; la Citrouille ou le Melon s'étendent ainsi 
dans tout leur voisinage avec toutes les manifestations d'une puis- 
sance de végétation incomparable. 

Si l'action des plantes grimpantes sur les végétaux qui les envi- 
ronnent est ainsi bien manifeste, la réaction de ces derniers n'est 
pas moins curieuse. Non seulement les lianes ont été amenées, 
par suite des conditions de la lutte, à varier les modes de grim- 
pement (volubilité, adhésion par des crampons, fixation par des 
vrilles), mais toutes les particularités accidentelles de leur structure, 
qui pouvaient se trouver utilisées pour l'adhérence, trouvaient leur 
emploi et assuraient à celles qui en étaient pourvues une préémi- 
nence pour s'élever sur les arbres : tels sont les aiguillons des 
Rosiers et des Ronces, les courtes branches inclinées vers le bas 
des Bambous grimpants, les lenticelles tuméfiées formant des 
papilles dans le Tinospora crispa, les crochets bien connus des 
Houblons ou du Caille-lait, les poils épineux des Delimopsis, 
lianes de la famille des Dilléniacées. 

En étudiant attentivement tous ces exemples, on acquiert la 
conviction que la nature sait tirer parti de tout ce qui se trouve à 
sa portée : elle sait dévier les organes de leur 
rôle primitif pour les accommoder à un rôle 
nouveau ; comme ce bon ouvrier dont parle 
Franklin, elle sait limer avec une scie et 
scier avec une lime et, peu à peu, elle fa- 
brique et perfectionne les outils dont elle se 
sert pour arriver à ses fins. La distinction de 
deux sortes de branches, qui ne s'observe 
pas chez les plantes grimpantes inférieures, 
se manifeste, au contraire, quand on s'adresse 
à des individus plus perfectionnés. Ces bran- 
ches perdent leurs feuilles, elles s'effilent et 
finissent par devenir les organes délicats qui 
sont les vrilles de la Vigne. Ailleurs, dans les 
Légumineuses, en particulier dans les Vesces, 
c'est la feuille qui se modifie et ce sont les 
extrémités des folioles qui perdent leur limbe 
et se transforment en fins filaments. La trans- 
formation progresse et devient plus complète 
dans la Gesse aphaca, où la feuille tout en- 
tière est métamorphosée en vrilles; il n'y a 
plus que les stipules pour assimiler l'anhy- 
dride carbonique de l'air. Dans les Smilax, 
c'est l'inverse qui a lieu: le limbe est intact 
et ce sont les stipules qui sont effilées en 
vrilles. La métamorphose est plus complète 
dans les Bignoniacées et dans les Cucurbi- 
tacées, où la feuille entière a perdu tout son 
limbe et est réduite à de simples filaments 



délicats, particulièrement aptes à la préhension. Évidemment, 
toutes ces étapes diverses, qui trahissent les perfectionnements pro- 
gressifs de l'adaptation des plantes à la vie grimpante, résultent 
des actions réciproques des lianes et de leurs divers supports. II 
n'est pas rare, d'ailleurs, de voir parfois des retours en arrière dans 
la marche, en général, progressive de l'évolution. C'est ainsi, par 
exemple, que l'on a signalé des vrilles d'un Cucurbita où le limbe 
a fait à nouveau son apparition : la nature foliaire de ces organes 
filamenteux assez énigmatiques était ainsi mise en lumière, et l'on 
voyait alors l'enroulement se produire à la pointe, comme dans une 
Viciée ou comme dans certaines Liliacées, telles que les Uoularia,\es 
Gloriosa, ou dans certaines Flagellariées (FlageUaria); il peut aussi 
se produire à la base, dans le pétiole, comme chez une Clématite. 

Les actions mécaniques, les tractions, les tensions, les pressions 
résultant du mode d'existence des lianes ont pour conséquences de 
profondes déformations de ces tiges. Ces altérations dans leur 
aspect sont certainement ce qu'il y a de plus curieux dans leur 
histoire ; elles se manifestent, non seulement par les formes exté- 
rieures les plus extraordinaires, mais aussi par les structures in- 
ternes les plus étranges et les plus inattendues. C'est surtout dans 
les forêts tropicales qu'abondent les plantes grimpantes; nous y re- 
viendrons en étudiant la flore tropicale. 

Dans ce qui précède, les contacts, quand il s'en établit entre 




Aspect d'une houblonnière sur perches. 



Cl. J. Boyer. 



56 



LES PLANTES 



la liane et le végétal qui sert de tu- 
teur, sont toujours simplement super- 
ficiels; il n'y a jamais pénétration dans 
les tissus du support. C'est là ce qui 
différencie nettement les divers cas de 
la vie grimpante du parasitisme. 

Le parasitisme. — Si nous pre- 
nons comme premier exemple celui de 
la Cuscute, qui semble au premier as- 
pïct se comporter exactement comme 
une liane, nous discernerons tout de 
suite les différences (fîg. 97). Les dé- 
buts de cette plante parasite sont, en 
général, très difficiles; la jeune plan- 
tule issue de la germination de la graine 
est un corps cylindrique grêle, allongé, 
qui est dépourvu de radicule, et est, 
par cela même, incapable de croître 
aux dépens des éléments nourriciers 
du sol ; comme, d'autre part, les feuilles 
font défaut, la nutrition est rendue 
impossible pendant les premières phases 
de l'existence; aussi la jeune plantule 
vit-elle aux dépens de ses réserves et 
elle ne peut s'accroître ainsi que faible- 
ment ; cet allongement lui est cepen- 
dant nécessaire, car elle a seulement 
ainsi, en explorant l'espace par de 
larges mouvements rotatoires, chance 
de rencontrer un objet voisin qui ser- 
vira à la fois de support et de nourrice. 
Dès que cette rencontre a eu lieu, la 
situation change d'une manière com- 
plète ; la tige s'enroule brusquement 
autour de la tige rencontrée par hasard, 
et sur la face interne des tours de spire 
apparaissent des boutons saillants, qui 
ne tardent pas à s'enfoncer dans l'écorce 
de l'hôte, la perforant profondément, 
de manière à aller puiser les sucs nour- 
riciers dans la sève. Pour cela, les som- 
mets de ces suçoirs se dissocient et se 
transforment en poils qui se séparent 
au milieu des tissus de la plante hos- 
pitalière, s'insinuant entre les cellules 
de la partie profonde, autour des élé- 
ments lignifiés qui conduisent la sève. 
Cette sève déviée de son but normal 
est pompée par la Cuscute avec inten- 
sité; aussi, à partir de ce moment, l'ac- 
croissement en longueur se fait avec 




Fig. 96. — Clandestine (Lathrœa Clandestina) 
a, Portion d'inflorescence; b, Suçoir sur une racine. 




Fi*. 97. 

Germination de la Cuscute. 

A et B, premier et second 
stade ; C, enroulement ; D, spi- 
res serrées ou lâches ; E, spire 
avec suçoirs. 



une extrême promptitude : le parasite 
s étend de tous les côtés sur le champ de 
Luzerne, le couvre de ses fins filaments 
qui sont toujours dépourvus de feuilles et 
de chlorophylle. Tous les organes inutiles 
étant supprimés, la Cuscute consacre toute 
son activité à s'allonger et à s'enrouler au- 
tour des tiges, formant indéfiniment de 
nouveaux suçoirs qui épuisent peu à peu 
le champ de Luzerne. Autant les débuts 
du parasite ont été pénibles et difficiles, 
autant ensuite sa végétation est luxuriante ; 
sa nutrition abondante étant assurée aux 
dépens de son hôte et la nécessité d'or- 
ganes de nutrition propre ne se faisant 
plus sentir, feuilles et chlorophylle man- 
quent : toute l'alimentation se fait par la 
sève de l'espèce attaquée. 

Ce n'est, d'ailleurs, pas toujours en sui- 
vant la méthode que nous venons de dé- 
crire que les parasites procèdent à leurs 
attaques. Si nous prenons comme exemple 
1 Orobanche, c'est exclusivement sur les 
organes souterrains de l'hôte que le para- 
site porte ses attaques. La germination de 
ses graines a lieu dans le sol, mais il faut 
que le contact s'établisse avec les racines 
d'une plante voisine, leGaillet, par exem- 
ple. Au point de contact, il ne tarde pas 
à se produire superficiellement une sorte 
de renflement tuberculeux, dont la partie 
inférieure s enfoncera dans la racine nour- 
ricière en s'y dissociant, tandis que la 
partie supérieure donnera naissance à une tige qui se dressera dans 
l'air, mais qui ne formera que de courtes écailles jaune brunâtre, 
insérées sur une tige de même couleur et incapable de se nourrir 
aux dépens de l'anhydride carbonique de l'air. Les Lathrées sont 
des Orobanchacées dont il existe deux espèces : la Squamairc 
(Lathrœa Squamaria) et la Clandestine (L. Clandestina), qui 
vivent sur les racines des arbres forestiers et quelquefois sur celles 
de la Vigne {fig. 96). 

Le cas des Rhinanthées, dans lesquelles se placent les Mélam- 
pyres, les Pédiculaires, les Euphraises, les Rhinanthes, est assez 
analogue, mais il y a un système de racines plus développé et 
ramifié dans le sol, partant d'un pivot ; un certain nombre de ces 
racines rencontrent les organes souterrains d'une plante voisine, une 
Graminée par exemple, et, au contact, un suçoir se produit qui 
s'enfonce dans l'écorce de la racine hospitalière et qui s'y met 
bientôt en communication avec le système ligneux, de sorte que 
le parasite peut alors pomper la sève dans les plantes voisines et 
se nourrir à leurs dépens. Le parasitisme est ici moins complet 
que dans les cas précédents, car les Rhinanthées ont des feuilles 



^4 




•?''"'"'^ 



v« 





Cuscute de la Luzerne. 



Orobanche du Gaillet. 



Cl. F. FaiUi-au. 

Pcdiculaire des marais 



LA VIE VÉGÉTALE 



57 




Fig. 98. — Balanophoracées et Rafflésiacées. 

A, Langsdorffia hypogaîa ; B, Scybalium fungiforme ; C, Apodanthes Klacour- 
tiana ; D, Rhopalocnemis phalloïdes ; E, Lophophytum mirabile ; F, Cytinus hypo- 
cistis ; G, Pilostyles Haussknechtii ; H, Brugmansia Zipellii ; I, Helosis guyanensis. 

vertes bien développées, et elles peuvent se nourrir non seulement 
aux dépens du gaz carbonique de l'atmosphère, mais aussi, par- 
tiellement, à l'aide des liquides du sol, car leurs racines peuvent 
présenter quelques poils radicaux, localisés au voisinage des suçoirs. 

Dans les régions tropicales, les parasites se rattachant aux deux 
cas précédents, c'est-à-dire aux épirhizoides, sont tout à fait 
remarquables et méritent une mention spéciale. Ils constituent les 
groupes des Balanophoracées et des Rafflésiacées (flg. 98). 

Les Balanophoracées sont des plantes étranges qui ressemblent à 
des Champignons : elles manquent, en effet, de matière chloro- 
phyllienne et ne sont formées, au point de vue végétatif, que 
d'une masse charnue irrégulière, sur laquelle se dresse une hampe 
florifère. Ces derniers organes reproducteurs devant, pour appa- 
raître au dehors, percer un étui qui n'est pas sans rappeler la volve 
de certains Agarics des forêts de 
nos pays, on conçoit que cette 
ressemblance avec des masses fun- 
giques ait frappé les premiers ob- 
servateurs; analogie semblant plus 
justifiée encore par les couleurs 
vives des appareils végétatifs in- 
formes et des parties reproduc- 
trices de ces plantes, que les pre- 
miers observateurs avaient cru 
pouvoir rattacher aux Cryptoga- 
mes. Il suffisait cependant d'exa- 
miner d'un peu près les appareils 
reproducteurs pour se convaincre 
que l'on avait affaire à des plantes 
à fleurs, assez élevées, par consé- 
quent, en organisation. Ces fleurs, 
il est vrai, présentent des carac- 
tères assez particuliers : la partie 

femelle possède un pistil qui est Fig. 99. — Prosopanche 

tellement rudimentaire (de 2 mil- (Hyduoracée). 

limètres) qu'il n'est pas sans rap- a, coupe de la fleur : 





Rafflesia Arnoldi et sa fleur, à Sumatra. 



peler les archégones des Mousses; l'ovule ne se différencie pas, 
il est soudé à l'ovaire : c'est ce que Van Tieghem appelle les Ino- 
culées. Mais l'action du parasitisme ne se manifeste pas seule- 
ment sur la fleur avant la fécondation, elle se trahit encore après, 
car l'embryon dans la graine est indifférencié et formé d'un simple 
amas d'un petit nombre de cellules ; il engendre l'appareil végétatif 
informe que nous mentionnions plus haut, et qui doit être percé 
pour laisser passer les hampes florifères. 

La réduction du système végétatif est plus grande encore dans 
les Rafflésiacées, en particulier dans le genre Rafflesia. Ces 
plantes singulières se rencontrent dans les forêts tropicales sous la 
forme d'énormes boutons floraux, qui sortent des racines des arbres 
courant à la surface du sol. Ces boutons acquièrent de très grandes 
dimensions et, quand ils s'épanouissent, ils constituent des fleurs 
qui sont parmi les plus grosses du règne végétal. Si l'appareil 
reproducteur a acquis un développement exagéré, le corps végétatif 
de la plante est, pour ainsi dire, réduit à rien : il n'apparaît au 
dehors ni tige, ni feuilles; il est réduit à de fins filaments qui se 
ramifient à l'intérieur des tissus de la racine de l'hôte, et se 
comportent absolument comme le mycélium d'un Champignon pa- 
rasite, qui ramifie les fins filaments dont il se compose à l'intérieur 
d'une feuille, d'une tige ou d'une racine. Nous avons là un 
exemple extraordinaire des effets de la vie parasitaire sur les para- 
sites : on connaît dans le règne animal, parmi les Crustacés, par 
exemple, des particularités analogues. Un être qui vit aux dépens 
d'un autre n'a 
plus besoin d'or- 
ganes de nutrition, 
puisqu'il puise sa 
nourriture dans le 
corps des êtres voi- 
sins(fe.99etl0p); 
il n'a plus qu'un 
seul souci, se re- 




Fig. 100. — Sarcophytc 
(Balanophoracée). 

6, fruit ouvert. 



Cl. P. Fai.lcau. 
Touffes de Gui sur un Peuplier noir, 



58 



LES PLANTES 



produire, et, comme toute son activité se trouve orientée de ce 
côté, ses appareils de reproduction peuvent acquérir un dévelop- 
pement remarquable. L'action du parasitisme se trahit encore pour 
les Rafflésies, comme pour les Balanophoracées, comme pour les 



sont rares dans les pays septentrionaux, l'air y est trop sec; les 
Lichens sont à peu près les seuls représentants de ce mode 
d'existence; les épiphytes abondent, au contraire, dans les régions 
tropicales. On peut admettre que la vie épiphyte a commencé 




Cl. F. Faideau. 
Lichens sur un jeune Pin. 



Cl. de M. Dlguet. 
Tillandsia sur Bursera, au Mexique. 



Vegetationstiilder 
Un Platycerium dans les Andes. 



•Orobanches et la Cuscute, par une atrophie de l'embryon à l'in- 
térieur de la graine. 

En général, dans un groupe de parasites, le mode d'attaque de 
l'hôte est uniforme : toutes les Balanophoracées, par exemple, vivent 
sur les racines des plantes qui les nourrissent. Dans les Rafflésia- 
céès, il n'en est pas ainsi, car les Pilostyles sont des parasites qui 
vivent sur les écorces ; ils sont d'ailleurs réduits à des boutons qui 
crèvent les parties superficielles des tiges et qui, en s'ouvrant, met- 
tent à nu de petites fleurs ; quant à l'appareil végétatif, il est fila- 
menteux et interne comme celui des Rafftesia. 

Ce cas nous conduit à envisager un dernier type de parasites, 
ceux qui vivent sur les écorces des tiges des arbres; ce sont les 
plus connus dans notre pays, car tout le monde a eu l'occasion 
d'observer les boules vertes que fait le Gui sur les tiges des 
Peupliers. Ici il y a une tige et des feuilles vertes opposées, mais 
cette plante s'enfonce à sa base dans l'écorce de l'arbre et, quand on 
vient à couper cette région, on s'aperçoit qu'il existe un suçoir qui 
est entré profondément jusqu'à la partie ligneuse, où il s épanouit, 
émettant de place en place des suçoirs secondaires qui se mettent 
en relation avec le corps du bois pour en absorber la sève. Évi- 
demment, le Gui n'est pas un parasite aussi redoutable que tous 
ceux que nous venons d'énumérer plus haut et il est même établi 
qu'il n'est pas nuisible, au moins pendant 
l'hiver, au Peuplier, son hôte. Il lui est alors 
plutôt utile : en effet, ses feuilles vertes 
subsistent et il continue à assimiler le gaz 
carbonique de l'atmosphère, tandis que 
l'arbre hospitalier est dépourvu de feuilles. 
Le parasitisme a cependant un retentisse- 
ment sur toute la plante ; il se manifeste 
sur la fleur, dans laquelle l'ovule est indif- 
férencié, de sorte que les Loranthacées, 
auxquelles le Gui appartient, sont des Ino- 
vulées ; la dégradation s'accuse encore sur 
l'embryon, qui ne produit pas de radicule 
caractérisée. 

Nous laissons de côté, pour le moment, 
l'étude des procédés par lesquels les Loran- 
thacées s'installent sur les arbres ; nous y 
reviendrons en étudiant les rapports des 
animaux et des plantes. 

L'épiphytisme. — Le cas du Gui 
nous amène à examiner celui des épi- 
phytes. Il s'agit ici de plantes qui vivent 
sur les arbres, mais sans que leurs racines 
s'enfoncent dans l'écorce. Les épiphytes 




Platycère corne d'élan 



chez certaines plantes grimpantes étroitement liées à l'arbre, 
comme diverses Aroïdées (Monstère délicieux, Philodendre) ou 
Orchidées (Vanille), qui peuvent vivre soit reliées au sol, soit 
complètement séparées de lui, mais il est évident qu'en général 
la vie épiphyte résulte du transport sur les hautes branches de 
fruits charnus par les oiseaux ou de graines légères par le vent. 
La plupart des épiphytes possèdent des semences extrêmement 
légères (Orchidées, Fougères) ou pourvues d'un appareil de vol 
( Broméliacées) ; le vent les emporte facilement et les dépose sur 
les branches des arbres; elles y germent et donnent une végétation 
aérienne, solidement fixée par des racines adventives. Suivant la 
hauteur des rameaux sur lesquels la graine ou la spore est tom- 
bée, les problèmes à résoudre sont différents et il y a lieu de 
distinguer, parmi les plantes présentant ce mode d'existence, 
celles qui élisent domicile dans les parties basses, très humides, 
celles qui croissent dans les régions moyennes des forêts équato- 
riales et enfin celles qui végètent exclusivement à la partie su- 
périeure des arbres. 

Les premières ont les caractères de plantes aquatiques; on y 
constate la présence des Hyménophylles, des Trichomanes, qui 
sont des Fougères à feuillage mince et translucide. 

Dans la partie moyenne croissent les Aroïdées, les Orchidées 
à terreau, les Fougères comme les Platy- 
cères, qui différencient leurs feuilles en 
deux parties : les frondes stériles arrondies 
en forme de cornet, où s'accumulent les 
débris de feuilles, et les frondes fertiles ou 
reproductrices, ramifiées en fourche, qui 
pendent dans l'air. Chez les épiphytes à 
terreau, les inconvénients de la vie sur les 
arbres sont à peu près supprimés, puisqu'un 
sol artificiel formé par l'accumulation des 
débris végétaux et des poussières est à la 
disposition de leurs racines. Le réceptacle 
à terreau est soit un cornet formé par des 
feuilles spécialement adaptées (Polypode 
à feuilles de Chêne, Platycère), soit une 
sorte de nid dû à l'enchevêtrement des 
racines (Orchidées) ou même à des feuilles 
en rosette. Chez la Doradille nid d'oiseau 
{Asplenium nidus), les longues feuilles 
sont groupées en couronne autour d'un 
centre, et bien que ces plantes s'installent 
quelquefois sur des branches très ténues, 
elles peuvent acquérir une grande am- 
plitude, jusqu'à 4 mètres de diamètre, et 
peser jusqu'à 20 kilogrammes avec la 



LA VIE VÉGÉTALE 



59 



motte de terreau qui s'accumule au milieu de la couronne foliaire. 
Ces végétaux à terreau atteignent parfois un puissant développe- 
ment : c'est le cas, en particulier, des Orchidées géantes dont les 
Grammatophylles de Java nous fournissent le type, qui peuvent, 



lié à la présence de Champignons dans les racines, particularité 
qui s'observe dans tous les représentants de cette famille, aussi 
bien chez les plantes épiphytes et fortement colorées en vert que 
chez les Orchidées terrestres qui habitent les prairies bien éclairées 






h«- 




Lycaste aromatique (Orchidée épiphyte). 



Cl. F. FaiJeau. 
Octojuga variable, champignon de souche. 



dans leur ensemble, représenter la charge d'une dizaine d'hommes 
et qui, en fleurissant tout d'un coup, donnent le merveilleux spec- 
tacle de milliers de fleurs (3 000 à 4000) de grandes dimensions 
ouvertes simultanément. 

Pour les espèces qui poussent sur la couronne des arbres, les 
conditions d'existence sont tout à fait différentes, et l'exubérance 
que nous venons de signaler disparaît : l'appareil végétatif est 
rabougri, les tiges courtes, d'ordinaire charnues, fréquemment 
renflées en pseudobulbes ; les feuilles sont épaisses, dures comme 
du cuir ou charnues, ce qui permet à ces espèces, qui pré- 
sentent, en somme, des caractères presque désertiques, de résister 
à une excessive sécheresse. Ces difficultés, que rencontrent ces 
végétaux dans leur croissance, ne se manifestent que dans l'appa- 
reil végétatif, car l'appareil reproducteur est, au contraire, d'ordi- 
naire puissamment développé et les Orchidées doivent en grande 
partie leur réputation justifiée au magnifique développement de 
leurs corolles. Il semble que la vie aérienne, qui a une action 
si complète sur les tiges et les racines, n'a pas de répercus- 
sion sur la fleur et l'on ne trouve pas ici de caractères généraux 
tirés de la graine, comme nous en signalions plus haut pour les 
parasites, du moins si l'on envisage l'ensemble des familles épy- 
phites comme les Aroïdées, Broméliacées, etc. Cette dernière fa- 
mille est caractéristique du Nouveau Monde, où elle est localisée. 

On serait cependant tenté d'attribuer une partie des caractères 
héréditaires des Orchidées à la vie épiphyte, mais nous allons 
voir que c'est la vie symbiotique, ou associée à un 
Champignon, qui est primitive et la cause prédomi- 
nante de l'organisation de ces plantes. 

Le saprophytisme. — La plupart des Orchidées 
tropicales sont épiphytes, mais il y a un certain nombre 
d'entre elles qui végètent dans les parties basses et 
obscures des forêts et que l'on appelle, à cause de cela, 
plantes saprophytes. Elles paraissent vivre, comme les 
Champignons de nos prés et de nos bois, aux dépens 
des matières en décomposition dans le sol : substances 
organiques, feuilles mortes, etc. En réalité, il y a'bien 
un Champignon, mais c'est celui qui est dans leurs 
racines; il joue un rôle capital dans leur histoire phy- 
siologique et biologique, et tout d'abord la germination 
est impossible si le Champignon ne pénètre pas à l'in- 
térieur de la graine dans les premiers stades de son dé- 
veloppement. Ces résultats, étendus plus tard à toutes 
les Orchidées, ont été entrevus à l'origine par Noël 
Bernard pour les espèces comme la Néottie, qui vivent 
dans la partie sombre des forêts. Elles sont décolorées, 
sans chlorophylle, de sorte qu'on a été tenté de les 
confondre avec des plantes parasites. Comme chez ces 
dernières, leur embryon est indifférencié. 

Cette dernière particularité est d'ailleurs un caractère ci. v 

général de toutes les Orchidées, et il est manifestement Néottie nid 




et les terrains humides, de manière que la chlorophylle puisse s'y 
développer. Cette relation indubitable entre l'atrophie de l'em- 
bryon et la présence de mycorhizcs internes dans les organes radi- 
culaires est d'ailleurs confirmée par l'étude de toutes les familles 
analogues, comme les Triuriacées, les Burmanniacées et aussi par 
l'étude de certaines Gentianacées saprophytes, sans chlorophylle, 
comme les Voyria. 

La nécessité de la présence de Champignons dans les organes 
souterrains de ces plantes est constante pendant toute la durée de la 
vie de là Néottie et elle se manifeste dès les premiers débuts de la 
germination. La graine d'une Orchidée tropicale épiphyte, comme 
un Cattleya, est réduite à un petit embryon indifférencié non enve- 
loppé d un albumen, et emprisonné dans un tégument. Il n'y a 
d ailleurs pas trace de Champignon dans ses cellules. Si l'on 
recueille aseptiquement ses graines, comme l'a fait Noël Bernard, 
dans une capsule non encore ouverte, de manière à les introduire 
dans un tube stérilisé, à l'abri de toutes les poussières atmosphé- 
riques et de tous les germes, la graine abandonnée à elle-même 
ne germe pas. Si, d'autre part, on est parvenu à extraire le 
Champignon de la racine d'un Cattleya pour en faire une culture 
pure, et si l'on vient à l'ensemencer dans les tubes où les graines 
de Cattleya sont inertes déjà depuis plusieurs mois, immédiate- 
ment la germination de l'Orchidée se manifeste avec une prompti- 
tude et une régularité surprenantes; et au bout d'un temps assez 
court, on a une plantule que l'on peut repiquer et qui est suscep- 
tible de continuer ensuite à se développer d'une ma- 
nière normale et d'aller jusqu'à la floraison. 

A chaque Orchidée, ou plutôt à chaque groupe ou 
série d'espèces d'Orchidées, correspond un Champi- 
gnon spécial. Par exemple, le Champignon des racines 
du Phalœnopsis n'est pas le même que celui des 
Odontoglossum, mais identique à celui des Vanda. 
Quand on inocule le Champignon d'une espèce d'Or- 
chidée à une autre, d'un Odontoglossum à un Phalœ- 
nopsis par exemple, il peut arriver ou bien que le Cham- 
pignon pénètre et soit digéré ou phagocyté, ou bien, 
au contraire, qu'il mange et détruise la graine d'Orchi- 
dée. A l'association harmonique qui existe dans le cas 
normal, se substitue une association qui peut avorter 
ou qui peut être disharmonique et se traduire par la 
mort de la plantule. 

La symbiose. — On connaît d'autres exemples 
d'associations dans le règne végétal. Les Lichens, par 
exemple, constituent une association nécessaire d'un 
Champignon et d'une Algue. Le Champignon tire 
bénéfice de cette symbiose, parce qu'il utilise les pro- 
duits hydrocarbonés que fabrique l'Algue à l'aide de 
son pigment vert. L'Algue, d'autre part, étant empri- 
i'aiaeau. sonnée dans les filaments du Champignon, s'y trouve 

d'oiseau. abritée contre une dessiccation rapide et les causes de 



60 



LES PLANTES 



Claviceps purpurea, 

A, B, sur des épis de Se 



destruction multiples qui exis- 
tent dans le milieu ambiant. 
Cette association est devenue 
nécessaire pour un certain nom- 
bre de Champignons qui ne se 
rencontrent dans la nature qu'as- 
sociés à des Algues. Les Al- 
gues, au contraire, que l'on 
reconnaît dans le corps des Li- 
chens, peuvent se trouvera l'état 
libre dans la nature. Bornet a 
pu d'ailleurs isoler les Algues 
par analyse, les cultiver pure- 
ment et les faire reproduire. La 
culture des Champignons est 
un peu plus délicate. Moeller y 
est cependant parvenu et a ob- 
tenu des thalles d'un grand dé- 
veloppement. La synthèse d une 
Algue et d'un Champignon a 
été réalisée par Bonnier. 

Un autre exemple très extra- 
ordinaire de symbiose est celui 
des Légumineuses qui présen- 
tent une association d'une sorte 
de Bactérie un peu aberrante 
(fixatrice de l'azote libre de l'air) 
et des racines des plantes de 
cette famille. 



Maladies cryptogami - 
ques. — Les associations de 
deux êtres ne sont pas toujours 
à bénéfice réciproque: très sou- 
vent l'un des deux pâtit du rapprochement; on conçoit aisément 
qu'il y ait toutes les transitions entre la symbiose et le parasitisme. 
Parmi les maladies dues à des Cryptogames, on doit d'abord citer 
les Rouilles des Céréales, affection déjà connue des Romains et 
qui cause des dégâts se chiffrant bon an mal an par des centaines 
de millions pour l'agriculture mondiale ; on donne à ce Champi- 
gnon le nom de Puccinie des Graminées ou Rouille, à cause des 
taches orangées qui se produisent sur les feuilles au printemps. 
L'ergotisme du Seigle a produit des désastres d'une autre nature : 
le grain est transformé sous l'influence du Champignon nuisible, 
le Claviceps purpurea, en un corps noir oblong qui fait saillie 
hors de l'épi. Au cours des famines qui ont sévi en France pendant 
tout le moyen âge jusqu'au milieu du XVIII e siècle, les paysans 
affamés ont à maintes reprises voulu faire moudre ces grains avec le 
seigle intact et il en est résulté des épidémies terribles ; l'une d'elles 
a été signalée par Vé- 
tillard dans la Sologne, 
en 1770; 7 000 à 8000 
personnes y périrent. 

Les ravages produits 
sur les plantes cultivées 
par les Champignons pa- 
rasites sont extrêmement 
importants. En fait, la pa- 
thologie végétale est très 
anciennement connue, 
puisqu'il est fait mention 
dans la Bible de la rouille 
et du charbon. Théo- 
phraste, le grand bota- 
niste grec, qui était l'élève 
d'Aristote, mentionne 
également le charbon. En 
réalité, c'est au XVIII e siè- 
cle que cette science s'est 
constituée par les études 
expérimentales très re- 
marquables deTillet, qui 
enroba les grains de Cé- 
réales dans la poussière 
charbonneuse, prise dans 
les épis malades. En se- 
mant en ligne, il constata Fruits du p rune ii ie r déformés 
que la rangée de grains par un Champignon : Exoascus pruni. 




ergot des Graminées. 

igle ; C, sur un épi d'Orge 




pollués donnait un nombre 
énorme de pieds malades; la 
rangée suivante, qui n'avait pas 
été salie, était formée de plantes 
parfaitement saines. Cette expé- 
rience avait un caractère mys- 
térieux et parut, en 1752, 
presque un résultat de sorcel- 
lerie. 11 y avait heureusement 
alors des philosophes très aptes 
à apprécier la portée très grande 
de pareils résultats; Louis XV, 
qui s intéressait beaucoup aux 
plantes, vint visiter le champ 
d'expérience de Tillet, près de 
Versailles. 11 futtellementétonné 
du résultat qu'il avait sous les 
yeux qu'il jugea utile, pour le 
bien du royaume, de le faire con- 
naître au public. A cette époque, 
il y avait peu de journaux et 
le roi de France donna l'ordre à 
M. Le Roy, son capitaine des 
chasses, de signaler à ses sujets 
l'intérêt considérable de ces re- 
cherches agronomiques. Ce der- 
nier ne trouva pas de meilleur 
moyen que d'écrire une lettre à 
Diderot dans laquelle il relatait 
ce qu'il avait vu et qui l'avait 
intéressé. 

Cette lettre est d'un ton très 
caractéristique de l'époque; c est 
un document historique assez 
curieux : « Nous avons souvent parlé, Monsieur, de la décou- 
verte de M. Tillet sur la Nielle des Blés. J'ai été souvent trompé 
sur ces matières, et sans penser que M. Tillet voulait abuser des 
autres, je croyais qu'il pouvait s'en imposer à lui-même. 11 est 
démontré que la poussière noire et fétide des grains niellés, cariés, 
ou comme vous voudrez les appeler, s'attache aux grains et les 
corrompt. Par là se perpétue cette peste qui ravage nos récoltes. » 
Cette date de 1 752 de l'expérience de Tillet mérite d'être 
retenue, car elle correspond aux premières expériences de patho- 
logie végétale, science qui était ainsi de plus de cent ans en avance 
sur la pathologie animale (1881 avec Pasteur). 

Les maladies cryptogamiques sont extrêmement nombreuses ; 
nous pouvons mentionner parmi elles la maladie de la pochette 
ou de la cloque, due à des Exoasques, qui sévit sur le Pêcher. Une 
déformation analogue se manifeste également sur le Prunellier. 

Ullromyces du Pois 
est un parasite du même 
groupe que celui qui pro- 
duit les Rouilles des Cé- 
réales. La photographie 
ci-jointe représente une 
Euphorbe petit Cyprès 
déformée dans sa partie 
terminale par la présence 
de l'hôte nuisible. On 
s'aperçoit aisément de 
l'existence du mal à l'as- 
pect anormal du dévelop- 
pement : l'inflorescence 
n'apparaît pas, les feuilles 
de l'extrémité de la tige 
sont petites, serrées les 
unes contre les autres dans 
le bourgeon terminal et, 
à leur face inférieure, on 
constate, par un examen 
attentif, la présence de 
petites pustules qui trahis- 
sent l'existence de l'or- 
ganisme étranger. Le 
Champignon, après avoir 
rongé l'Euphorbe, ira 
porter^ ses dégâts sur un 
déformé, à droite, par Uromyces du Pois. deuxième hôte, le lois. 




LA VIE VEGETALE 



61 




i ,-■ V.i-*, 

Galle de l'Orme (Schizoneura). 




1 r 




Galle de l'Eglantier, ou Bédéguar (Rhodites). 



Cl. F. Kaiilrau. 

Galle dite pomme de Chêne (Biorhiza). 



RAPPORTS DES ANIMAUX 

ET DES PLANTES 

Nous venons d envisager les rapports des plantes entre elles; les 
relations qui s'établissent entre les animaux et les plantes ne sont 
pas moins curieuses et variées; s'il est de nombreux cas où les 
animaux nuisent aux plantes, il en existe aussi quelques-uns où 
ils rendent d'importants services à ces dernières, quelquefois d ail- 
leurs à charge de réciprocité. 

Fécondation. — Les animaux, et en particulier l'homme, 
peuvent intervenir dans la fécondation. Celle du Dattier, dans les 
oasis du désert, en Algérie, se fait de la façon suivante : 1 inflo- 
rescence mâle est secouée ou découpée en petits tronçons, qui sont 
placés dans les spathes des individus femelles par les Arabes, qui 
grimpent sur les arbres. Grâce à ce procédé, la spathe femelle étant 
ficelée, la poussière mâle se dissémine sur les stigmates et assure 
la fécondation croisée. Cette opération a, comme de juste, une 
grande importance pour un Palmier tel que le pré- 
cédent, où les sexes sont séparés sur des pieds dis- 
tincts, et dont la fécondation est essentielle pour les 
habitants des oasis des déserts africains, car les 
dattes, qui sont ainsi produites, constituent la partie 
fondamentale de leur alimentation. La conservation 
du pollen doit se faire dans un endroit sec, abrité 
du soleil et du vent, et, dans ces conditions, les 
caractères vitaux des cellules mâles peuvent se con- 
server pendant deux années. On conçoit que la pos- 
session de cette poussière fécondante soit considérée 
par les tribus arabes comme de première importance, 
et dans les guerres entre tribus hostiles, le premier 
effort de l'ennemi qui envahit une oasis est d'y dé- 
truire les pieds mâles, qui sont toujours en petit nom- 
bre : par ce procédé, l'adversaire se trouvera affamé, 
étant privé de sa récolte de dattes. 

On voit, par l'exemple que nous venons de choi- 
sir, qu'il est des plantes pour lesquelles la pollinisa- 
tion ne peut pas être directe, puisque les pieds mâles 
et femelles sont distincts (plante dioïque). Même 
dans le cas où la fleur est hermaphrodite, il peut 
arriver, et ceci est très fréquent, que la pollinisation 
ne puisse pas être directe; c'est, en particulier, ce 
qui survient dans les cas de dichogamie, c'est-à-dire 
quand la maturité des organes mâles et des organes 
femelles n'a pas lieu en même temps. Tantôt les 
étamines devancent les carpelles dans leur déve- 
loppement : on dit que la fleur est protandre; en 
réalité, au début, bien qu'elle soit hermaphrodite, 
la fleur de ces espèces se comporte comme une fleur 
mâle, et c est seulement plus tard que ses parties 
femelles arrivent à point ; mais à ce moment les éta- 
mines sont flétries et la fleur se comporte comme si 



elle était exclusivement femelle. La protandrie est extrêmement 
répandue dans un grand nombre de familles : Labiées, Campa- 
nulacées, Composées, Ombellifères; dans un assez grand nombre 
de genres, comme les Digitales, les Epilobes, etc. 

Une plante qui présente la particularité précédente ne pourra 
évidemment pas se féconder elle-même. Il en sera de même pour 
les fleurs protogynes ; dans ce cas, c'est l'inverse qui a lieu ; ce 
sont les parties femelles qui arrivent les premières à maturité : le 
stigmate d'une fleur devra être pollinisé par la poussière mâle 
d'une fleur plus âgée qu'elle; le pollen, au contraire, devra être 
transporté sur le pistil d'une fleur plus jeune. Ce cas s'observe 
dans les Plantains, dans les Scrofulaires, les Graminées. Dans ces 
divers cas, et aussi dans les plantes monoïques, la nécessité de l'in- 
tervention d'agents étrangers pour le transport du pollen se fait sentir. 

Les agents principaux de la pollinisation croisée sont les insectes 
(fig. 101) : ils viennent, en effet, visiter les fleurs pour y recueillir 
soit le nectar ou liquide sucré dont ils se nourrissent, soit le pollen 
dont ils ont besoin. L'insecte visiteur, en pénétrant dans la corolle 




Fig. 101. — Dispositions des fleurs à insectes. 

A, B, Primevère ; C, D, E, Trimorphisme de la Salicaire ; F, G, Sauge des prés ; H, I, Epipactis lati- 
folia : J, Ses masses polliniques ; K, L, M, Visite d'une de ses fleurs par une guêpe ; N, O, Masse polli- 
nique(pollinaire)sur un crayon ; P, Aristoloche ; O, Fécondation d'un Yucca par le Pronuba yucasella. 



LES PLANTES 



62 



LES PLANTES 



d'une fleur qui est à maturité, par suite de 
ses mouvements vient frotter les étamines, 
et, lorsqu'il s'envole pour aller visiter une 
fleur nouvelle, il emporte des grains de 
pollen en grand nombre qui sont attachés 
à sa trompe, à sa tête, à son dos, à ses 
pattes. Son corps est même souvent pourvu 
d'appendices qui fonctionnent comme de 
véritables brosses et qui retiennent ainsi ai- 
sément la poussière pollinique. Quand l'in- 
secte, chargé ainsi inconsciemment de ces 
éléments fécondants, arrive sur une fleur de 
la même espèce dans laquelle les organes 
femelles sont à maturité, les parties de son 
corps chargées de pollen frottent contre le 
stigmate, qui est visqueux et qui agglutine 
et retient aisément les cellules mâles : 
celles-ci peuvent alors germer et réaliser la 
fécondation. 

Les insectes sont donc les grands agents 
delà fécondation croisée. Or, les expériences 
de Darwin ont établi que le croisement 
était avantageux pour les plantes, et que 
les individus ainsi produits étaient supé- 
rieurs par tous les caractères, à la fois vé- 
gétatifs et reproducteurs (en particulier le 
poids des graines obtenues par fécondation 
croisée), aux individus issus d'autoféconda- 
tion, c est-à-dire dans lesquels le pollen 
d'une fleur avait été employé à la féconda- 
tion du pistil de la même fleur. L'interven- 
tion des insectes paraît donc utile pour le 
perfectionnement progressif des types, c'est- 
à-dire pour la production d'individus qui auront plus de chances de 
se maintenir que les autres, qui sont plus faibles et moins féconds. 

Dispositions florales spéciales. — On peut d'ailleurs 
observer une série de dispositions florales, réalisées dans le cours 
des siècles chez un certain nombre de plantes et qui semblent très 
favorables à l'intervention des insectes dans la pollinisation (fig. 101). 

Nous pouvons citer, en premier lieu, le cas des fleurs hétéro- 




Aristoloche siphon. 




CL F. Faidtei 



Groupe d'Orchidées dans une serre. 



stylées. Il existe plusieurs plantes, notam- 
ment les Primevères, qui présentent sur des 
pieds différents des fleurs au premier aspect 
identiques, mais qui sont dissemblables par 
les points où s'insèrent les étamines et par 
la longueur des styles (fig. 101, A et B). 
Les unes ont les étamines insérées très 
haut et les anthères sont à la gorge de la 
corolle; leur pistil est, par contre, très court 
et le stigmate est situé profondément dans 
le tube de la fleur. Les autres, au contraire, 
ont un style très long et le stigmate appa- 
raît à l'orifice de la fleur; les étamines sont 
insérées très bas dans la corolle. Par suite 
de l'existence de ces deux sortes de fleurs, 
tout insecte qui visitera la première, s'im- 
prégnera de grains de pollen sur certaines 
parties de son corps (par exemple son dos) 
qui viendront justement au contact du stig- 
mate des fleurs de la deuxième catégorie 
quand il les visitera, puisque cet organe se 
trouve à la gorge de la corolle. Inversement, 
l'insecte qui enfoncera profondément sa tête 
dans la seconde fleur et qui visitera ensuite 
une fleur de la première catégorie transpor- 
tera inconsciemment le pollen des étamines 
profondes de la deuxième fleur sur le pistil 
à stigmate profond de la première fleur. Les 
particularités florales des Primevères précé- 
dentes favorisent donc grandement la fécon- 
dation croisée par les insectes. Darwin a 
d'ailleurs prouvé qu'en transportant artifi- 
ciellement le pollen d'une fleur sur le stig- 
mate de la même fleur (fécondation illégitime), on n'avait dans 
les capsules qu'un très petit nombre de graines mal venues, et 
même souvent la fécondation avorte presque. 

On connaît des plantes, comme les Salicaires, qui sont hétérosty- 
lées, mais qui, au lieu d'être simplement dimorphes comme les 
Primevères, sont trimorphes. Elles ont en effet trois sortes de 
fleurs : les premières ont des styles très longs et deux sortes d'éta- 
mines, les unes à filets très courts, les autres à filets moyens ; les 
secondes fleurs ont des styles de longueur moyenne et des étamines 
très longues et très courtes ; les troisièmes fleurs ont des styles très 
courts et des étamines très longues et des étamines moyennes. Les 
stigmates des fleurs de la première catégorie à long style ne peuvent 
être fécondées (avec grande efficacité) qu'avec le pollen des étamines 
à très longs filets des fleurs des deuxième et troisième types; de 
même pour les styles moyens et courts, les stigmates sont pollinisés 
par les étamines de longueur correspondante des autres fleurs. 

Le cas de la Sauge (fig. 101 , F, G) nous permet d'entrevoir une 
disposition favorisant encore l'intervention des insectes par un mé- 
canisme tout dissemblable. Les étamines ont la forme d'un fléau 
de balance à bras inégaux : le bras supérieur allongé, grêle, est 
infléchi sous la lèvre supérieure de la corolle et porte les anthères 
fertiles renfermant le pollen ; les bras inférieurs sont courts et sté- 
riles ; entre ces deux bras s'attache le support très court, qui n'est 
autre que le filet. Quand un bourdon arrive sur la fleur, il fait 
basculer avec sa trompe le bras inférieur de l'étamine, et le bras 
supérieur se rabat alors sur le dos de l'insecte fortement chargé de 
poils qui recueille le pollen, comme si une brosse frottait les anthères 
ouvertes. L'insecte s'envole ensuite chargé de poussière mâle; en 
pénétrant dans une autre fleur, il frottera inévitablement avec son 
dos le stigmate saillant hors de la lèvre supérieure de la corolle et 
opérera la fécondation croisée. 

Dans les Aristoloches, on observe des phénomènes plus frap- 
pants encore. Le périanthe de ces fleurs a la forme d un tube assez 
long, qui s'élargit à sa partie supérieure en entonnoir. Avant la 
fécondation, cet entonnoir est redressé vers le haut et semble par 
son orientation inviter les mouches à entrer dans le tube du 
périanthe. Ces insectes y pénètrent, en effet, et sans difficulté; ils 
rencontrent bien, il est vrai, le long du tube où ils s'enfoncent, 
une série de poils rapprochés les uns des autres, qui sembleraient 
devoir faire obstacle à leur marche en avant, mais comme ces poils 
sont orientés vers le bas, ils ne s'opposent pas à la pénétration. La 
mouche arrive donc sans difficulté à la partie inférieure renflée, où 
elle rencontre à la fois les étamines et le stigmate de la partie femelle. 
Tant que la fécondation n'est pas opérée, l'insecte est enfermé 
dans cette prison, car les poils orientés vers le bas sont croisés 



LA VIE VÉGÉTALE 



63 



les uns sur les autres et forment un obstacle 
insurmontable pour lui. Lorsque la féconda- 
tion a été opérée par les mouvements de l'ani- 
mal, les poils se flétrissent, et il peut sortir, 
mais il est alors barbouillé de pollen et il 
pourra se rendre dans une autre fleur pour l'y 
déposer. Il n'entrera pas dans les fleurs fécon- 
dées, parce que celles-là ont un aspect flétri : 
leurs périanthes sont flasques et rabattus. Burck 
plaide cependant le rôle de l'autofécondation. 

Chez les Orchidées (fe. 101, H à M), il y 
a des dispositions très spéciales qui sont égale- 
ment curieuses. Le pollen de ces plantes est 
aggloméré en masses ou pollinies qui restent 
agrégées entre elles. Si un insecte vient visiter 
une de ces fleurs, il touche, avec sa tête ou 
avec sa trompe, un petit appareil appelé bur- 
sicule, qui s'ouvre et met à nu une masse gé- 
latineuse ; celle-ci est mise en liberté et s'attache 
à l'organe (tête ou trompe) de l'animal; cette 
masse gélatineuse est reliée à la pollinie par 
un pédicelle appelé caudicule. L'insecte s'en- 
vole donc en emportant, attaché après lui, tout 
un appareil complexe désigné sous le nom de 
pollinaire (J) ; pendant le vol, la caudicule se 
contracte, change de direction, de sorte que lorsque l'animal arrive 
pour visiter une nouvelle fleur, la pollinie vient buter juste en face 
du stigmate et la fécondation croisée s'opère naturellement. Darwin 
a pu réaliser, d'ailleurs, les diverses phases de ce curieux méca- 
nisme en introduisant un crayon dans une fleur (N, O) : le polli- 
naire qui s'y attache est transporté, avec contraction, sur la deuxième 
fleur, et il y a pollinisation. 

Dans tous les exemples que nous venons de citer, la pollinisa- 
tion est opérée par l'animal, mais d'une manière inconsciente. Il 
ne semble plus en être de même dans le cas de la fécondation 
des Yucca, par le Pronuba yucasella (fig. 101, Q). La mère 
récolte le pollen et le rassemble pour le déposer sur le stigmate, et 
en même temps, à l'aide de sa tarière, elle enfonce ses œufs dans 
l'ovaire. Comme les larves, en se développant, se nourrissent des 
graines du Yucca, il faut que la fécondation ait eu lieu et la mère 
se charge de cette opération, dont elle a découvert la technique. 

Expériences de Plateau. — Le travail de Darwin était 
destiné à avoir un grand retentissement. De nombreux disciples 
ont adopté immédiatement cette hypothèse que l'adaptation des 
fleurs aux insectes constituait un exemple frappant de la sélection 
naturelle, puis une réaction s'est produite. On a montré des exem- 
ples assez nombreux (sinon très nombreux) de cas d'autofécondation 
chez les Orchidées. Forbes notamment, qui a étudié les Orchidées 
exotiques à Java, en cite un certain nombre qui se fécondent 
elles-mêmes. Un petit nombre d'exemples dans les cultures de 
serre en Europe a confirmé ce résultat. Bonnier a montré d'autre 

part que les nectaires sont 
fréquemment en dehors des 
fleurs dans d'autres fa- 
milles, et que l'éperon des 
Orchidées (Orchis, Ce- 
phalanthera, etc.), très 
souvent, ne contient pas de 
nectar. La même fleur peut 
être visitée de façons dif- 
férentes par un même in- 
secte : ce qui semble in- 
diquer que l'adaptation de 
la forme florale au corps 
de l'insecte n'est pas aussi 
complète qu'on le prétend. 
Mais c'est surtout sur la 
question de l'utilité attrac- 
tivede la couleur des fleurs 
que le combat s'est engagé 
et a été acharné. De très 
nombreuses expériences 
ont été entreprises par un 
grand nombre de savants 
(recherches de Lubbock, 
ci. f. Faidcau. Forel, Bonnier, G. et 

Figuier commun avec fruits. E. Peckam, Wlist, 






Fig. 102. - Caprification. 

A, Caprifigue avec insecte sur les fleurs mâles ; 
B, Insecte allant à la bonne figue C ; D, Blastophaga 
grossi ; insecte sortant de la galle (pistil). 



Fécondation artificielle des Pétunia. 

Dunhoff, Bethe.etc.) 
pour résoudre cette 
question délicate. Les 
uns se sont servis de 
papier ou d'étoffe co- 
lorés chargés de miel 
et ont étudié l'effet 
attractif des couleurs 
sur les guêpes, les 
abeilles. Selon Pla- 
teau, qui reprit toutes 
ces expériences, les ré- 
sultats en sont illu- 
soires et ne sont pas 
applicables aux façons 
de se comporter des 
insectes vis-à-vis des 
fleurs. 

Plateau, dans une 
longue série de recherches, a essayé de se mettre à l'abri de toutes 
les causes d'erreur. Il a d'abord placé au milieu d un Pêcher en 
floraison des fleurs 
artificielles extrê- 
mement bien imi- 
tées; aucune d'en- 
tre elles n'a été 
visitée par les hy- 
ménoptères qui 
arrivaient en grand 
nombre sur les 
fleurs naturelles. 

Une deuxième 
méthode met en 
présence d'une lé- 
gion d'insectes 
deux variétés d'une 
même fleur de co- 
loris différents. Il 
faut que le nombre 
des fleurs soit le 
même à peu près 
dans les deux cas. 
Les insectes n'ont 
fait aucune diffé- 
rence dans leurs vi- 
sites entre ces fleurs 
d'après leur coloris. 

Une troisième 
méthode consistait 
à cacher la partie 
colorée d'une fleur 
avec un écran de 
papier ou un mor- 




Fig. 103. — Caprification au moyen de dokkar. 

A, Dokkar préparés pour la caprification ; B, Œil 
d'une figue avec les ailes d'un Blastophaga ; C, Fleur 
femelle à style long ;D, à style court ; E, Blastophaga 

mâle ; F, Bl. femelle ; G, Mâle rampant sur la galle. 



64 



LES PLANTES 





Galle en schapska du Chêne (Cynips Mayri). 



Galle de la feuille de Tilleul (Phyioptus). 



Galle en cerise du Chêne (Dryophante). 



ceau de limbe foliaire. Les insectes découvraient les fleurs sans 
être attirés par la couleur. 

On peut, par exemple, dans une quatrième méthode, enlever 
la corolle d'une fleur ; cela n'empêche pas les visites des abeilles. 
Il faut cependant prendre la précaution de ne pas arracher les 
pétales avec des mains qui sentent la fumée, car cette odeur éloigne 
les insectes. 

La conclusion de tout cet ensemble considérable de recherches 
longues et patientes est que les insectes ne sont guidés que d'une 
façon très imparfaite par la vue. Les recherches des physiologistes 
concluent d'ailleurs que les yeux à facettes donnent une vision 
assez confuse. Il semble bien plutôt que les insectes doivent être 
attirés par l'odorat, qui est extrêmement développé chez eux. 

En somme, Plateau reconnaît, malgré toutes ces critiques, le 
rôle capital que « jouent les insectes dans la fécondation des fleurs ». 
En ce qui concerne les Orchidées, l'importance de leur interven- 
tion s'affirme par le cas de la Vanille qui, à la Réunion, ne peut 
être fécondée, parce que les insectes fécondateurs du Mexique, 
patrie de cette plante, n'existent pas dans cette colonie. Il a fallu 
alors recourir à la fécondation artificielle, qui se pratique chaque 
année sur des centaines de millions de fleurs. Il en est de même 




Fig. 104. — Culture de Champignons par l'Atta. 

A. Feuille découpée par les Atta discigera ; B. Atta transportant des fragments de feuilles ; C, Une Atta 
grossie ; D, Nid ; meule de Champignons ; E, Rozites gongylophora ; F. Mycélium de Rozites. 



pour bien des plantes d'ornement, comme les Gloxinia, les Pé- 
tunia, qu'on féconde en France dans les jardins ou dans les serres. 

Caprification. — Les phénomènes qui se passent dans la 
caprification sont plus étranges encore que ceux que nous signa- 
lions plus haut à propos de la fécondation du Yucca. Il y a long- 
temps, dans le bassin méditerranéen, que l'on pratique 1 opération 
désignée sous ce nom : elle était connue de Théophraste, bota- 
niste grec, vivant à l'époque d'Alexandre le Grand; elle a été 
décrite par Pline l'Ancien, le célèbre naturaliste latin, et plus 
récemment par Tournefort, qui a eu l'occasion de l'observer dans 
son voyage en Orient, à l'époque de Louis XIV. On suspend, 
au milieu des cultures de Figuier, des caprifigues, c'est-à-dire des 
figues sauvages qui ne sont pas bonnes à manger et qui contiennent 
des moucherons (Blastophaga psenes: hyménoptères); ceux-ci s'en- 
volent sur les Figuiers cultivés, pour y opérer la fécondation (fig. 102). 
Les caprifigues sont des réceptacles qui contiennent deux sortes de 
fleurs : en haut des fleurs à étamines, en bas des fleurs à pistil 
à style court. Or, ces dernières ont été transformées en des galles, 
c'est-à-dire qu'au lieu de contenir des graines, elles renferment 
des œufs de Blastophaga, qui se développent dans l'ovaire et se 
métamorphosent en un insecte. Quand cet 
hyménoptère est sorti de l'ovaire et a rampé 
dans la caprifigue pour arriver à l'orifice, il 
s'est barbouillé de pollen, de sorte que lorsque 
la femelle s'envole hors de sa prison, elle est 
prête pour la pollinisation. Dès qu'elle a été 
fécondée elle-même par le mâle, elle s'envole 
vers les Figuiers comestibles et pénètre par 
l'orifice étroit, où elle laisse d'ordinaire ses 
ailes,; une fois dans le conceptacle, elle cherche 
à l'aide de sa tarière à déposer ses oeufs dans 
les ovaires, mais les fleurs femelles sont serrées 
les unes contre les autres et, comme les styles 
sont plus longs que les tarières, les œufs ne 
peuvent atteindre la cavité ovarienne ; mais 
pendant que l'animal fait tous ces efforts, il 
dépose le pollen sur les stigmates et opère la 
fécondation, ce qui amène la maturation des 
figues et la production d'un fruit délicieux qui 
n'est obtenu, avec toutes ses qualités, que dans 
la région où la caprification est pratiquée. C'est 
une opération connue des Napolitains, et qui 
est pratiquée en Algérie; les « doklcar » ne 
sont autres que les chapelets de caprifigues 
que les Arabes suspendent au milieu de leurs 
plantations de Figuiers (fig. 103), et ils savent 
parfaitement que ces mauvaises figues sont rem- 
plies de moucherons. L'explication de la pré- 
sence de ces insectes résulte de ce fait que 
ces caprifigues ont des fleurs femelles à pistil 
court et, lorsqu'elles sont visitées par la mouche 



LA VIE VÉGÉTALE 



65 



mère, celle-ci peut déposer dans 
l'ovaire ses œufs, car sa tarière 
est assez longue pour cela : ce 
sont ses œufs qui se développent 
ensuite, comme il a été dit plus 
haut. 

Les particularités que nous ve- 
nons de signaler pour le Figuier 
cultivé sont d'ailleurs applicables 
à d autres Figuiers, et on a pu 
les vérifier pour différentes es- 
pèces (Ficus hirta, dioersijolia, 
ribes, canescens), mais, souvent, 
sous l'influence d'autres mouche- 
rons : par exemple, Blastophaga 
quadripes , au lieu de Blasto- 
phaga psenes. Il y a quelques 
années, les Américains ont cher- 
ché à obtenir des cultures de 
Figuier en Californie : ils avaient 
bien les arbres, mais ils ne par- 
venaient pas à obtenir les fruits, parce qu'ils n'avaient ni le Capri- 
figuier, ni le Blastophaga. C'est seulement à partir de 1899 que 
cette introduction ayant été faite, l'on a pu récolter des Figues 
du type de Smyrne ; c'est un grand événement agricole. 

Les galles. — Le cas des galles que nous venons de citer 
nous amène à dire quelques mots des zoocécidies ou galles pro- 
prement dites. Toutes les personnes qui ont un peu herborisé ont 
souvent récolté des feuilles de Chêne, à la surface desquelles il y 
avait des sortes de boutons affectant des formes di- 
versss. Quand on ouvre ces galles, on y trouve une 
larve d'insecte, notamment de Cynips. C'est la mère 
qui a piqué la feuille avec sa tarière en y déposant, 
en même temps que l'œuf, une substance chimique 
qui a provoqué une excitation des tissus et une mul- 
tiplication des cellules produisant une région hypertro- 
phiée qui affecte toujours la même forme, les mêmes 
dimensions et les mêmes couleurs. C'est une particu- 
larité extrêmement curieuse, car ce sont là des phéno- 
mènes en apparence héréditaires. La piqûre d'un 
insecte, en vue de nourrir son petit, amène des défor- 
mations d'une plante apparaissant avec des caractères 
constants, comme s'il s'agissait de caractères hérédi- 
taires normaux. 

La noix de galle ou galle du Levant est la zoocé- 
cidie la plus connue; elle est due à urr hyménoptère 
du groupe desCynips, le Diplolepis gallœ tinctorial, 
qui pond ses œufs sur un Chêne d'Asie Mineure 
(Quercus infectoria) ; elle renferme une forte propor- 
tion de tanin. Le Chêne est le plus attaqué de tous 
les arbres; ses feuilles offrent souvent des galles sphé- 
riques, de la grosseur d'une cerise, dues à la piqûre 
d un Dryophanie, insecte du groupe desCynips; elles 
ne renferment qu'une seule larve. Les pommes de 
Chêne, énormes nodosités irrégulières, bosselées et 
d une belle couleur verte, sont dues à la piqûre d'un 
autre Cynips, le Biorhiza pallida. Chacune de ces 
grosses galles offre en son centre douze à quinze cel- 
lules, dont chacune est le logement d'une larve. Non 
moins curieuses sont les galles « en artichaut », qui 
semblent formées de petites touffes de feuilles écail- 
leuses; elles sont encore l'œuvre d'un Cynipidé, VAn- 
dricus jecondatrix. Il faudrait citer encore les galles 
« en chapeau », sortes de lentilles situées à la face 
inférieure des feuilles, et l'étrange galle « en schapska » , 
qui se développe sur les cupules des glands du Chêne 
pubescent quand la femelle du Cynips Mayri y a 
déposé ses œufs. 

Les bédéguars ou galles chevelues des tiges d'Églan- 
tier naissent en mai, et ont en été la grosseur d'une 
nèfle ; ils sont recouverts de longs poils à nuances vertes et 
rouges entremêlées. Dans cette galle habitent les larves 
d un Cynips, le Rhodites de la rose, petit insecte 
mou et rougeâtre, qui vit exclusivement sur les rosiers. 

Les Cynips ne sont pas les seuls insectes galli- 
coles. Un acarien, le Phytopte du Tilleul, amène, 
par ses piqûres continuelles, la formation de petites 




Termitières en Afrique occidentale. 



galles sur le pétiole de la feuille 
de cet arbre ; d autres acariens 
provoquent sur la feuille même 
des galles minuscules très nom- 
breuses, allongées et d'un rouge 
vif. L érinose de la Vigne est 
une maladie caractérisée par des 
boursouflures dues aussi à un 
Phytopte. C'est une petite mou- 
che qui produit la galle « en 
bourse » du Lierre terrestre. Un 
autre diptère, YUrophore du 
Chardon, est la cause d'une galle 
renflée, si commune sur le Char- 
don des champs, qu'elle lui a valu 
le nom de Chardon hémorroïdal. 
Les grosses galles de l'Orme, 
qui sont aussi très fréquentes, 
sont dues à l'action du puceron 
lanigère, le Schizoneura lanugi- 
nosa, qui s'attaque en troupes 
nombreuses aux jeunes branches. Contrairement à ce qui se passe 
pour les galles précédentes, l'insecte n'en habite pas l'intérieur, 
mais bien la surface externe, dont les anfractuosités le protègent ; 
les excroissances de cette nature sont dites galloides. 

Les plantes à fourmis. — L'animal sait donc préparer, en 
agissant sur une plante, en l'hypertrophiant, la nourriture dont il a 
besoin. Il peut, lorsqu'il s'agit d'un animal très intelligent, quelque 
chose de plus, c'est-à-dire fabriquer de toutes pièces, pour ainsi 




Fig. 105. — Organes hospitaliers aux fourmis. 
Tococa lancifolia; C, Hydnophytum montanum ; D, Myrmecndia echinata ; 



A, B, Tococa lancifolia; C, Hydnophytum montanum ; D, Myrmecndia echinata ; E; Coupe 
du même ; F. G, H, I, Développement d'une graine de Myrmecodia ; J, Sommet d'une jeune tige de 
Cecropia adenopns avec deux dépressions ; K, Coupe d'une jeune tige ; L, Attache de feuille de 
Cecropia, avec corpuscule de Millier; M, Cordia nodosa ; N, Acacia sphœrocephala à stipules 

perforées ; O. Ses folioles, avec corpuscules terminaux de Belt analogues à ceux de Mûller. 



LES PLANTF S 



66 



LES PLANTES 



dire, son aliment végétal par 
la culture : c'est le cas pour 
les fourmis champignonnistes, 
qui fabriquent dans leur nid 
des meules à Champignons. 
Elles procèdent pour cela 
d'une façon singulière : elles 
commencent par saccager les 
plantations ou la végétation 
qu'elles rencontrent; elles y 
parviennent en découpant les 
feuilles avec les pièces cou- 
pantes de leur bouche : elles 
sont si destructrices qu'elles 
ont mérité le nom de cou- 
peuses de feuilles. Ce sont 
des espèces du genre Alla, 
et notamment VAtta histrix 
(fig. 104), qui sont de véri- 
tables fléaux de divers dis- 
tricts, où elles rendent impos- 
sible la culture d'un certain 
nombre de plantes, comme 
l'Oranger, le Grenadier, les 
Rosiers, le Manguier, etc. ■* 

Cependant, ces animaux saccageurs ne se nourrissent pas des feuilles 
des plantes; on s'aperçoit qu'après les avoir fragmentées et broyées, 
ils en forment des boulettes qu'ils accumulent les unes à côté des 
autres, de manière à constituer des sortes de murs; en réalité, ce 
sont des meules à Champignons où ils « lardent » (c'est l'expres- 
sion dont se servent les champignonnistes) le blanc ou mycélium, 
et le Champignon qu'ils cultivent avec une perfection remarquable 
est toujours le Rozites gongylophora. Ces petites bêtes ont 
acquis une telle maîtrise que leurs cultures sont plus parfaites 
que celles de leurs émules, les champignonnistes parisiens, car on 
n'y observe jamais de maladie : le travail s'y fait avec une pro- 
preté, une pureté admirables. Ce résultat se comprend, quand on 
sait que ce Champignon est l'unique aliment de toute la colonie 
de fourmis. On ne peut donc pas voir une association plus intime 




Acacias 
nourrissant desLycénides enfermées 



CI. de M. Alluaud. 

fourmis 
dans des galles ; région de Kilimandjaro. 




Vegetaliombilder. 

Jardin de fourmis (Camponotas femoratus), à Manaos. 



d'une plante et d'un animal, 
car ils ne peuvent pas se pas- 
ser l'un de lautre. Les nids 
de termites, qui atteignent 
de si grandes dimensions, 
sont aussi remplis par le my- 
célium de Champignons qui 
poussent et fructifient sou- 
vent à leur surface. 

L association d'une fourmi 
et d'un végétal peut se pré- 
senter avec d'autres caractè- 
res, qui sont très différents 
des précédents et très singu- 
liers. Dans les pays où pul- 
lulent les fourmis coupeuses 
de feuilles, dont il vient d'être 
question, la persistance de 
certaines espèces attire tout 
de suite l'attention. Parmi 
ces espèces, on a signalé au 
Brésil, par exemple, les Ce- 
cropia, qui sont des arbres 
de la famille des Urticacées. 
Quand on vient à secouer un 
de ces arbres, on comprend immédiatement la raison de l'immu- 
nité qu'il possède vis-à-vis des fourmis saccageuses : aussitôt après, 
les premières secousses, on voit apparaître une armée de fourmis 
à la surface de l'arbre, qui se rassemblent en hâte et sur tous les 
points pour arrêter les attaques de tous les ennemis. Quand 
ces derniers sont formés par une troupe de coupeuses de feuilles, 
ils sont immédiatement repoussés avec perte. C'est à l'intérieur 
de l'arbre, dans les cavités de la moelle, que les fourmis protec- 
trices appartenantau genre Azteca (A. instabilis, par exemple, vi- 
vant dans la moelle du Cecropia adenopus) font leur nid : chacune 
des logettes servant d'habitation est percée d'un orifice (fig. 105, J), 
qui est la porte de la chambre, permettant à la troupe d'Azteca 
d'apparaître au dehors au moindre danger. On voit donc que les 
fourmis rendent à 1 arbre un service signalé, mais l'arbre n'est pas 
ingrat avec ses défenseurs, car il leur donne le vivre et le cou- 
vert. Quand on observe la légion des fourmis dans une période 
de paix, au lieu du branle-bas guerrier que nous signalions plus 
haut, on voit les animaux cheminer le long de l'arbre, en se diri- 
geant vers la partie supérieure, où se trouvent les feuilles ; d'autres 
fourmis reviennent vers leur nid en longues files et sont chargées 
de sortes de corpuscules ovoïdes ressemblant à de gros oeufs qu'elles 
portent vers les logettes. C'est ce qu'on appelle les corpuscules de 
Millier (fig. 105, L), qui ont été enlevés aux feuilles qui les pro- 
duisent en grand nombre à la basé du pétiole, sur une surface de 
quelques centimètres carrés, au milieu de poils effilés. Ces corpus- 
cules, gorgés de matières albuminoïdes et oléagineuses, constituent 
un aliment très riche pour les fourmis qui ne vivent que de cela 
et ne sauraient s'en passer. Ce qu'il y a de plus curieux à constater, 
c'est que les organes de Millier n'existent que sur les espèces de 
Cecropia présentant des fourmis. On retrouve des arbres habités par 
des fourmis dans les régions tropicales, par exemple, les Acacia 
sph<srocephala(fig. 105, N). Les Acacia rencontrés sur la route du 
Kilimandjaro par Alluaud sont curieux; Le Cerf y a vu une che- 
nille de Lyçénide (Lépidoptère) élevée dans les galles avec des 
feuilles d'Acacia par des fourmis du genre Crematogaster. 

11 existe un certain nombre de végétaux appartenant à des fa- 
milles diverses, qui sont susceptibles de donner asile à des four- 
mis (fig. 105) et qui présentent des cavités et des renflements 
dans la tige et dans la feuille, avec des fentes ou des orifices, qui 
mettent en communication ces nids avec le milieu extérieur ; parmi 
eux, on peut citer les Myrmecodia, les Hydnophytum, les Duroia, 
qui sont des Rubiacées, les Tococa (Mélastomacées). 

Parmi ces plantes myrmécophiles, mentionnons les Cordia no- 
dosa (Borraginée) qui, dans l'Amérique du Sud, sont habités par les 
Azteca Ulei et Trailei dans de grands renflements en ampoule, 
à la base des dernières ramifications des branches. Comme les 
nids à l'intérieur de la plante ne suffisent pas, les fourmis en 
construisent au dehors et y parviennent en devenant agriculteurs : 
elles accumulent de la terre sur les arbres et y déposent des graines 
de différentes plantes : Nidulaire myrmécophile, Figuier myrmé- 
cophile, Marckea de fourmis, Ectozoma d'Ule, Codonanthe de 
fourmis, Philodendron myrmécophile, qui y germent et, entre 
leurs racines, les Azteca construisent leur nid. Il est curieux de 



LA VIE VEGETALE 



67 



constater que ce sont toujours les 
mêmes espèces de plantes que 
l'on voit sortir de ces nids, et elles 
constituent ce que 1 on appelle 
les « jardins fleuris » de fourmis 
que l'on retrouve sur des terri- 
toires immenses, avec des carac- 
tères constants et composés d es- 
pèces très distinctes. En outre, 
parmi ces espèces ainsi cultivées 
sur les arbres par les fourmis, 
la plupart sont épiphytes. On 
conçoit que le choix de ces 
animaux se soit porté vers des 
plantes qui devaient réussir dans 
les conditions où ils les pla- 
çaient et qui, de plus, avaient 
un système de racines pas trop 
envahissant pour le nid : on ne 
s'étonnera pas de trouver, comme 
plantes de ces nids, des Aroïdées, 
des Broméliacées, des Pipéra- 
cées, des Moracées. Mais ce qui 
est plus Curieux, c'est qu'il y ait 
aussi des espèces non aériennes 
qui ne vivent sur les arbres 
qu'avec les nids de fourmis : par 
exemple, le Phyllocactus phyl- 
lanthe, et surtout des Solanées 
(Marckea et Ectozoma) qui ne 
sont jamais épiphytes et qui ne 
le sont devenues que par l'in- 
tervention des Azteca; il est bon 
d'ajouter que toutes les plantes 
des jardins fleuris de fourmis sont 
pourvues de baies qui, par leur 
succulence, doivent attirer les 
animaux. Enfin notons que les 

Azieca ne cultivent pas les mêmes espèces de plantes qu'un autre 
type de fourmis, le Camponotus femoratus du Brésil. 

Faune bromélicole. — La température élevée qui règne 
dans les régions tropicales empêche l'existence de grandes mares 
permanentes dans les forêts, et cependant les moustiques y abon- 
dent, le paludisme et la filariose y régnent. D'intéressantes recher- 
ches de C. Picado ont montré le rôle important des Broméliacées 
épiphytes comme milieu biologique. La plupart de ces plantes ont, 
en effet, des feuilles engainantes, réunies à leur base, de manière 
à former de vastes godets dans lesquels s'accumulent les eaux pro- 
venant des pluies et de la condensation des brouillards nocturnes, 
et aussi toutes sortes de débris végétaux et animaux. Ces petites 
mares aériennes, innombrables dans les forêts des régions chaudes, 
constituent par leur en- 
semble un marécage w^mmm ^m 
permanent , suspendu , 
dans lequel viennent 
pondre une foule d'ani- 
maux : insectes, crus- 
tacés, vers, gastéropo- 
des et même batraciens, 
dont les uns sont venus 
en volant, les autres en 
rampant le long des 
branches et des feuilles 
et dont plusieurs ont été 
transportés par le vent. 

L'absence de putré- 
faction dans ces mares, 
dont 1 eau est toujours 
claire et sans odeur, 
serait due à la sécrétion 
par ces végétaux d'une 
gomme exerçant une ac- 
tion diastasique ; ces fer- 
ments seraient capables 
de digérer les débris 
animaux et végétaux du 
fond. Grâce à leurs Caraguate cardinalis (Broméliacée). 




V<</etatloiisl>il<lrr. 
Jardin de fourmis (Azteca Trailei) sur Tococa (Mélastomacée), 




écailles foliaires, les plantes ab- 
sorbent les matières salines, ter- 
naires ou albuminoïdes qui ont 
pris naissance dans ce milieu, 
dont la pureté est ainsi toujours 
maintenue. 

Dissémination des fruits 
et des graines. — L'exemple 
que nous avons cité des plantes 
rendues accidentellement épi- 
phytes par l'intervention de four- 
mis nous amène à dire un mot 
du cas général des épiphytes et 
du rôle que les animaux jouent 
et ont joué dans la dissémination 
des graines de ces plantes. Lors- 
qu'on fait la récapitulation des 
modes de propagation des se- 
mences des végétaux qui vivent 
sur les arbres, on voit qu ils se 
réduisent à deux essentiels : le 
vent et les animaux. Le vent 
explique la dissémination des 
spores impalpables des Fougères, 
des graines extrêmement petites 
des Orchidées. Ce sont au con- 
traire les animaux qui intervien- 
nent pour la dissémination des 
fruits ou des graines charnus; ce 
sont les bêtes de la forêt vierge 
qui les transportent, les oiseaux, 
les singes, etc., et leur attention 
a été surtout fixée par les fruc- 
tifications se distinguant par leur 
succulence. 

Il est remarquable, en effet, 
que les fruits charnus, baies et 
drupes, sont toujours colorés de façon à ressortir au milieu du 
feuillage ; leur épiderme est brillant, rouge ou violet foncé, parfois 
blanc. Leurs vives couleurs n'apparaissent qu au moment de leur 
complète maturité ; elles attirent les oiseaux qui avalent les fruits 
mous, en digèrent la pulpe, tandis que les graines, pierreuses 
chez les baies, ou protégées par un noyau ligneux dans les drupes, 
traversent sans dommage le tube intestinal, sont rejetées loin de 
la plante mère et germent. Ainsi, par un enchaînement admirable 
de circonstances, les oiseaux assurent la perpétuité de 1 espèce qui 
les nourrit. Dans nos pays, la carnosité des fruits des Ronces, du 
Prunellier, du Sureau, du Lierre, de l'Aubépine, du Houx, etc., 
assure la dissémination des graines de ces plantes ; le passage de 
leurs semences à travers l'intestin des oiseaux explique pourquoi 
on les rencontre assez fréquemment au sommet d'un vieux murou 

dans une fourche d'ar- 
bre remplie de terre vé- 
gétale. On trouve dans 
les régions chaudes de 
pareils fruits, destinés à 
traverser le tube digestif 
des animaux, chez les 
Astelia qui sont des Li- 
liacées, chez les Schle- 
gelia parmi les Bigno- 
niacées, chez les 
Fuchsia parmi les 
Onagrariées. 

La propagation des 
plantes qui vivent sur les 
arbres par les oiseaux est 
un fait d'ailleurs trèsan- 
I ciennement connu pour 
le Gui, qui est, il est 
vrai, une plante parasite 
épiphytoïde et non une 
plante épiphyte. 

L'origine des fruits 

charnus se manifeste 

assez nettement dans le 

Fruits de la Bardane. cas des Liliacées à 




68 



LES PLANTES 




Ortie dioïque à poils urticants. 



Panicaut maritime sur une dune. 



Cl. F. Fai<k-au. 
Erable rongé par des chenilles. 



baies : si l'on rencontre des espèces de ce type dans les îles loin- 
taines séparées des continents par d'immenses mers, c'est qu'elles 
ont été propagées par les oiseaux qui les avaient mangées et ont 
contribué à orienter leur évolution dans le sens de la carnosité du 
péricarpe. C'est ainsi que, dans les Yucca, plusieurs espèces à baies 
existent dans les îles lointaines, tandis que la plupart des autres 
formes moins voyageuses ont pour fruit une capsule. 

Les oiseaux jouent d'ailleurs un rôle important dans la dissémi- 
nation des graines des plantes qui peuplent les archipels éloignés. 
Sur vingt-deux oiseaux d'origine continentale trouvés aux Açores, 
îles qui se trouvent à une distance de I 500 kilomètres du conti- 
nent africain, la moitié est formée de mangeurs de fruits qui peu- 
vent très bien contribuer à introduire des plantes nouvelles : les 
autres espèces de haut vol peuvent porter des semences diverses 
attachées à leur pattes, à leurs plumes. Darwin a recueilli des 
fragments de terre attachés à la patte d'un oiseau et il a vu germer 
et fleurir un Jonc bufonius; un autre fragment contenait les graines 
de quatre-vingt-deux plantes. L'étude de la flore des îles est tout à 
fait instructive au point de vue du 
rôle que jouent les oiseaux : surtout 
les grandes espèces de haute mer, 
puissants voiliers comme les frégates, 
les albatros, qui contribuent à modi- 
fier la végétation des îles les plus 
reculées. Nous reviendrons plus loin 
sur ce sujet. 

Les animaux peuvent intervenir 
d'une autre manière dans la dissé- 
mination des plantes : quelques fruits 
sont pourvus de crochets, de dents, 
d aiguillons, à l'aide desquels ils se 
fixent à la toison des mammifères. 
Tout le monde connaît les fruits de 
la Bardane : ce sont les teignes que 
les enfants s'amusent à lancer sur les 
vêtements, auxquels ils s'accrochent; 
lorsque ces fruits sont mûrs, ils se 
détachent au moindre contact et har- 
ponnent au passage les poils du 
chien, la laine du mouton et même 
le vêtement du berger. Les fruits de 
la Benoite, de l'Aigremoine, qui 
sont deux Rosacées ; de la Carotte 
sauvage, qui est une Ombellifère; 
du Gailletgratteron, qui est une Ru- 
biacée, sont aussi pourvus de crochets 
et disséminés par la toison des mam- 
mifères ; on voit donc des résultats 
semblables obtenus par les mêmes 
moyens. On peut dire, dans les di- 
vers cas que nous venons de citer, 
pour les espèces à fruits charnus ou 
à crochets, que les animaux rendent 
de grands services au règne végétal. Cereus rnficeps de 




Défenses des plantes contre les herbivores. — 11 n'en 
est pas toujours ainsi. Il s'établit souvent un véritable antagonisme 
entre le règne animal et le règne végétal et il semble que ce der- 
nier soit obligé de s'armer pour résister aux mâchoires voraces qui 
le menacent. Cette lutte est surtout âpre dans les régions désertiques 
où la végétation est extrêmement rare, où par conséquent les animaux 
herbivores sont à la recherche du moindre rameau herbacé qu'ils 
peuvent se mettre sous la dent. La lutte pour l'existence, qui est 
dans ces contrées particulièrement intense, a orienté l'évolution 
d'une manière manifeste et a favorisé le développement de tous 
les organes piquants ; aussi la flore des déserts est-elle caractérisée 
par le développement extraordinaire des épines à la surface de 
tous les organes des plantes vivant dans ces régions. Dans nos 
pays, l'Aubépine, le Prunellier, la Ronce, les Chardons ont aussi 
de formidables défenses externes. Les poils rudes qui recouvrent 
les Borraginacées : Bourrache, Vipérine, font respecter ces plantes, 
tout ou moins par les mollusques et par les moutons. 

Les végétaux ont d ailleurs des moyens de défense variés contre 

les attaques des animaux : parfois 
c est un enduit cireux qui est un 
obstacle pour les fourmis qui veulent 
y grimper(Cecropia du Corcorvado) ; 
c est un suc amer qui se trouve dans 
leur tissu; c'est un liquide acre, un 
poison ou un venin. Les Orties, et 
plusieurs Urticacées, surtout les 
Laportea, renferment des poils urti- 
cants qui sont des armes extrême- 
ment redoutables contre l'homme et 
les animaux. Tous ces moyens de 
défense ne sont pas d une efficacité 
absolue, mais ils suffisent parfois à 
éloigner quelques-uns des ennemis 
d'une plante, et un ennemi de moins 
c est quelquefois le salut pour l'es- 
pèce : le latex acre des Euphorbes 
ne les protège pas contre les insec- 
tes, mais il fait respecter ces plantes 
par les ruminants. 



Les plantes carnivores. — 

Quand un Drosera ou Rossolis est 
soumis à l'irritatic'h produite par un 
insecte qui s'abat sur une de ses 
feuilles, les poils (en réalité ce sont 
les lobes des feuilles, car il y a des 
vaisseaux) qui la couvrent se rabat- 
tent successivement sur 1 insecte par 
la contraction de tout le limbe ; puis 
l'ébranlement se communique au pé- 
tiole, le limbe contracté s enroule sur 
ce dernier et l'animal capturé ne 
peut sortir; il ne tarde pas à périr, 
et sous l'influence de sucs digestifs 



Cl. de M. Diguet. 
Tochapa (Mexique). 



LA VIE VÉGÉTALE 



69 




CL F. Faideau. 



Dionée attrape-mouche. 



produits par la plante et peut-être aussi par des Bactéries, les tissus 
de l'animal sont digérés. Au bout d'un certain temps, la feuille 
reprend sa forme primitive. Après trois manœuvres analogues, une 
feuille est hors d'usage. Certaines particularités sont très curieuses: 
c'est ainsi que le contact d'un fragment de cheveu ne pesant que 
quelques millièmes de milligramme met les tentacules en mouve- 
ment, alors que la chute des plus grosses gouttes de pluie est sans 
effet sur eux. 

La Dionée attrape-mouche ou Trappe-de-Vénus, ce miraculum 
natures, suivant l'expression de Linné, est une petite plante de la 
Caroline du Nord. Chacune de ses feuilles en rosette comprend 
un pétiole ailé qui se prolonge par deux lobes de I à 2 centimètres 
de long, mobiles autour de la nervure principale comme charnière 
et qui fonctionnent comme des panneaux d'oiseleur. Leur bord 
libre est hérissé de pointes aiguës; leur face supérieure présente 
des glandules rougeâtres et trois petits poils très irritables. Dès 
qu'un insecte frôle un de ces filaments, les lobes s'appliquent l'un 
contre l'autre, l'emprisonnent et les glandes sécrètent un liquide 
acide. Au bout de plusieurs jours, la prison s'ouvre lentement, 
mais on ne trouve plus que des débris du prisonnier. Selon Darwin, 
les lobes appliqués l'un contre l'autre ont fonctionné comme un 
« estomac temporaire » qui a digéré partiellement la proie et en a 
permis l'absorption. 

Plusieurs autres genres de Droséracées, entre autres les Droso- 
phylles, une petite plante voisine des Saxifrages, la Céphalote 
folliculaire, notre Grassette, commune dans les prairies tourbeuses, 
possèdent des propriétés analogues. Il en est de même de certaines 
plantes aquatiques, comme les Utriculaires et les Aldrovandies, 
dont les feuilles submergées présentent de petits pièges qui, chez les 
premières, rappellent une outre et, chez les secondes, les valves 
d'une coquille. On considère parfois aussi comme des pièges à 
insectes les ascidies des Sarracenia et des Darlingtonia (plantes de 
la famille des Sarracéniacées) et celles des Népenthacées ; ce sont 

des feuilles extrêmement 
curieuses, enroulées en cor- 
net, en trompette, ou fa- 
çonnées en urne. Elles con- 
tiennent toujours un liquide 
clair, dû à une sécrétion et 
accru de l'eau des pluies et 
de la rosée; peut-être sont- 
elles surtout des réservoirs 
d eau. Chez les Sarracé- 
niacées, c'est la feuille en- 
tière qui forme le cornet ; 
un lobe foliaire, ou couver- 
cle, fixé sur le bord dorsal, 
en découvre plus ou moins 
l'ouverture; chez les Né- 
penthès, la nervure mé- 
diane de la feuille se pro- 
longe au delà du limbe en 
un long pédoncule, parfois 
vrillé, que termine une sorte 
de cruche à couvercle. Tous 
ces organes sont ornés de 
Nepenthes intermédiaire. couleurs brillantes et en- 





Drosera dichotoma d'Australie. 

duits souvent d'un suc mielleux qui attire les insectes. Ceux-ci 
périssent en grand nombre dans le liquide que contient l'urne ; 
les Bactéries interviennent dans la décomposition des animaux 
qui peuvent s y trouver. 

Un certain nombre de légendes circulent concernant ces plantes 
carnivores. On a prétendu que les urnes de Nepenthes étaient 
susceptibles de capter ou de digérer des petits oiseaux. Nous 
avons même eu l'écho d'une histoire plus fantastique encore qui 
a trouvé place dans certaines feuilles populaires des États-Unis. 
Il y était question d'une plante miraculeuse de Madagascar qui 
avait la propriété effroyable de saisir les hommes qui passaient 
dans son voisinage et de les emprisonner dans son bourgeon pour 
les digérer. 

En laissant de côté de pareilles exagérations ridicules, il n'en 
subsiste pas moins le rôle sérieux de la capture d'animaux par des 
Drosera, par la Dionée gobe-mouche et par les Utriculaires. 

Dans les urnes de ces dernières petites plantes aquatiques, on 
trouve régulièrement captés des animalcules d'eau qui, après s être 
agités pendant un certain temps, finissent par cesser de se mouvoir 
et sont progressivement digérés et absorbés. La petite famille des 
Lentibulariacées, à laquelle appartiennent les Utriculaires, a d'ail- 
leurs d'autres représentants carnivores : les Pinguiculaires et surtout 
les Genlisea. L'organisation de ces derniers est très extraordinaire. 
Les feuilles sont tubuleuses, avec deux ramifications à angle droit de 
la partie basilaire où se trouve une ampoule. Ces ramifications sont 
en forme de cornet, laissant ainsi des fentes qui sont des portes 
d'entrée par lesquelles s'introduisent les animaux pris au piège; 
ils ne peuvent s'échapper, parce que les poils, bien orientés pour 
faciliter la pénétration, s'opposent tout à fait à la sortie. Un type 
très curieux est Y Utricularia neottioides (Amérique du Sud), sans 
utricules, mais pourvu de griffes servant à la capture des animaux. 




Darlingtonia de Californie. 




LAC DE KINKAKUJI, AVEC VÉGÉTATION AQUATIQUE A FEUILLES FLOTTANTES (JAPON). 



///. - RAPPORTS DES PLANTES AVEC LE MILIEU 



INFLUENCE DU MILIEU 



L'action du milieu est beaucoup plus sensible sur les végétaux 
que sur les animaux ; le mouvement est une des caractéristiques les 
plus essentielles du règne animal ; la fixation, au contraire, la parti- 
cularité fondamentale des plantes ; la plupart des animaux, en effet, 
peuvent fuir un milieu dont les conditions sont contraires à leur orga- 
nisation et à leurs besoins; la plante, par suite de son lien avec le sol, 
doit se transformer, s'adapter rapidement aux conditions que lui crée 
le milieu ou bien périr. Nous examinerons les milieux aquatique 
et souterrain, puis l'action du vent, celle du 
climat et des substances chimiques du sol. 



Action du milieu aquatique. — 

Dans les eaux vit une flore extrêmement 
variée. Sur les bords des rivières et des lieux 
bas périodiquement inondés croissent des 
Joncs arrondis, des Cladium, des Carex 
anguleux, des Scirpes aux épillets menus, 
de jolies plantes aux larges fleurs vivement 
colorées : Iris, Cardamine, Caltha ou Po- 
pulage, Salicaire, Lysimaque, Spirée ul- 
maire, et tout un peuple de roseaux : Arondo, 
Phragmites, Baldingères, Typha ou Mas- 
settes qui bruissent et murmurent au moindre 
vent; leurs tiges longues et minces se heur- 
tent, se froissent, se courbent sous l'action 
des tempêtes, mais se redressent toujours. 
En dedans de cette ceinture qui forme la 
flore des marécages sont les plantes amphi- 
bies des rives qui, dans l'eau, ont une 
moitié du corps, tandis que l'autre moitié 
est dans l'air. C'est là que se rencontrent 
la Renoncule longue, le Rumex patience 
d'eau, la Renouée amphibie, les vénéneuses 
Œnanthes, les Rubaniers, le Butome en 
ombelle ou Jonc fleuri, les Sagittaires, les 
Hottonies. Dans le milieu aquatique, on 



trouve ensuite bien des catégories de végétaux : les plantes na- 
geantes fixées au sol : Limnanthèmes, Potamots et Nénuphars 
de nos pays, Lotus et Victoria, Hydrocléis et Eichornia {Pon- 
tederia) des régions chaudes ; les plantes submergées fixées au 
sol par la base : Vallisnérie, Hippuris, Myriophylle, etc. ; les 
plantes flottantes comme la Mâcre ou Châtaigne d'eau, 1 Utricu- 
laire, les Hydrocharis, les Cératophylles ou Cornifles, les Stra- 
tiotès, qui se tiennent entre deux eaux, puis montent à la surface 
pour fleurir et redescendent au fond pour mûrir leurs graines; 
enfin, les plantes nageantes libres, comme les Lentilles d eau, qui 
sont des Phanérogames ; les Salvinia et les 
Azolla, qui sont des Cryptogames. (Voir la 
PLANCHE EN COULEURS.) 

L'action de l'eau sur les plantes se trahit 
par les formes diverses des feuilles submer- 
gées et nageantes qui s'observent dans une 
Sagittaire ou Flèche d'eau ; cette jolie plante 
a des feuilles aériennes en flèche, des feuilles 
submergées en ruban et des feuilles nageantes 
en cœur. Toutes les plantes amphibies pré- 
sentent cette multiplicité de formes : les 
Renoncules aquatiques ont des feuilles sub- 
mergées laciniées et des feuilles aériennes 
entières, comme aussi le Bidens Beckii; 
les Nymphéa ont des feuilles submergées 
arrondies, translucides et minces, très diffé- 
rentes des feuilles nageantes fermes, mais de 
même forme, avec des stomates exclusive- 
ment à la face supérieure, tandis que les 
feuilles submergées n'en possèdent pas. 

La vie nageante libre est un cas parti- 
culier de la vie aquatique dans laquelle les 
plantes restent au contact de l'air, mais sont 
détachées du sol; elles flottent librement à 
la surface de l'eau. La dégradation due à ce 
mode d'existence se manifeste surtout dans 
les Lentilles d'eau (fig. 106, B, C), dont 
l'appareil végétatif est si atrophié qu'on n'y 




Cl. F. Faidoau. 




PLANTES D'EAU 

1. Nelombo rose. — 2. Neiombo jaune. — 3. Nymphéa rose (Madame Paul Cazeneuve). — 4. Nymphéa violet (Madame Abel Chatenay). — 5. Nymphéa hybride bleu. 
6. Nymphéa hybride jaune. — 7. Nymphéa rubra. — 8. Limnocharis de Humboldt. — 9. Pontédéria. — 10. Aponogeton. — 1 1. Nymphéa blanc. — 12. Nénuphar jaune. 
13. Stratiote Faux-AIoès. — 14.Cornifle submergée. — 15. Utriculaire. — 16. Ményanthe Trèfle d'eau. — 17. Vallisnérie. — 18. Myriophylle. — .19. Renoncule langue. 
20. Mâcre Châtaigne d'eau. -21. Sagittaire. — 22. Salicaire. — 23. Cardamine. — 24. Iris faux-Acore ou d'eau. — 25. Caltha des marais ou Populage. — 26. Spirée 

ulmaire. — 27. Alisma Plantain d'eau. — 28. Lysimaque vulgaire. — 29. Butome en ombelle. 



PLANTES — 6 



LA VIE VEGETALE 



71 




Végétation littorale du rio Couanany. 

peut plus reconnaître des tiges et des feuilles : il n'y a plus qu'une 
sorte de thalle. Le caractère supérieur de ces plantes se manifeste 
cependant par les fleurs d'abord et par les racines qui restent courtes 
et plongent dans l'eau, servant de balancier pour maintenir la Len- 
tille en équilibre à la surface du liquide. On connaît des Lentilles 
d'eau brésiliennes, les Wolffies arhizes {fig. 106, A), qui ont un 
corps arrondi et sont tout à fait dépourvues de racines; c'est seule- 
ment au moment de la reproduction, par la structure des fleurs, 
que l'on peut entrevoir des caractères de plante supérieure. 

Une régression également accusée se manifeste dans les plantes 
entièrement submergées qui sont incapables de venir s'épanouir à 
la surface du liquide : elles n'ont que des feuilles minces, translu- 
cides et dépourvues de stomates. C'est ce qui arrive pour les Pota- 
mogetons, qui vivent dans les eaux courantes et sont attachées par 
leur base au sol. Parmi les plantes submergées il en est de plus 
dégradées encore : ce sont les espèces flottantes, qui ne sont jamais 
rattachées à la terre et qui restent libres dans les eaux. Ces plantes 
ont évidemment de grandes difficultés pour se nourrir, car, d'une 
part, elles ne peuvent plus rien emprunter au sol et elles sont en- 
tièrement dépourvues de racines ; d'autre part, ne parvenant jamais 
à la surface de l'eau, elles ne sont exposées qu'à une lumière très 
atténuée et l'assimilation chlorophyllienne reste faible pour elles. 
Les espèces de ce groupe sont aussi peu nombreuses : c'est là que 
se placent les Cornifles ou Cératophylles, les Utriculaires, les 
Aldrovandies. On peut remarquer, pour ces deux dernières espèces, 
qu'elles obvient aux difficultés de la nutrition que nous venons de 
signaler en captant des animalcules aquatiques et en les digérant. 

Parmi les plantes submergées fixées au sol par la base, on doit 
citer les fameuses Vallisnéries(/?g. 107), dont les fleurs mâles, pro- 
duites par des pieds distincts, se détachent et deviennent libres 
sous forme de petits boutons sphériques qui emprisonnent une 
bulle d'air, ce qui leur permet de s'élever dans l'eau jusqu'à la 
surface, où ils s'ouvrent et naviguent comme de petits bateaux et 
entourent bientôt la fleur femelle qui est sur un deuxième pied. 





\mazonicum. 



Végétation littorale du rio Ucayali. 



Hydrocharis morsus rance, en fleurs. 



Celle-ci, en déroulant son long pédicelle spirale, est venue s'épa- 
nouir également à l'air. La pollinisation ne tarde pas à s'opéreret, 
quand elle est accomplie, le pédicelle de la fleur femelle contracte 
ses spires et la maturation du fruit s'achève au fond de l'eau. 

Non moins merveilleux sont les phénomènes révélés par l'étude 
des plantes des cascades tropicales. Les Podostémacées (fig. 108), 
que l'on trouve attachées aux parois des rochers dans ces stations 
très limitées, se rencontrent partout dans les grands fleuves de 
l'Amérique du Sud, de l'Afrique et de l'Inde. Ce sont de toutes 
petites plantes, semblables en apparence à des Lichens et à des 
Mousses, mais qui sont cependant beaucoup plus élevées en orga- 
nisation, car elles ont des fleurs qui les rapprochent des Saxifraga- 
cées. La dégradation intense manifestée par l'étude de ces plantes 
s'explique par les conditions spéciales de vie où elles se trouvent. 
Attachées à des rochers dans lesquels elles ne peuvent pas s'en- 
foncer, elles ont dû se modifier d'abord en vue de la fixation ; elles 
produisent un long rhizome couvert de feuilles, attaché par des 
organes spéciaux appelés haptères, qui n'ont pas d'analogues dans 
les racines des autres Phanérogames : on serait tenté de regarder 
le long cordon cylindrique silicifié que nous venons de décrire 
comme une tige, mais la présence d'une coiffe à l'extrémité dé- 
montre nettement qu'il s'agit d'une racine. C'est là une première 
adaptation, la plus commune et la plus naturelle, mais il s'en pro- 
duit d'autres très extraordinaires. A côté des racines qui ont rampé 
sur le roc, d autres ont pu flotter dans l'eau; celles-ci, par suite 
de l'action mécanique du liquide toujours en mouvement, se sont 
aplaties et transformées en lames vertes susceptibles d'onduler dans 
l'eau. C'est ce que l'on voit dans \esDicr<sa, et l'on serait tenté de 
croire que l'on a 
affaire à uneAlgue 
plutôt qu'à une ra- 
cine, si ce n'était 
la présence d'une 
coiffe à l'extrémité. 



Action du 
vent. — L'agita- 
tion de l'air a une 
influence considé- 
rable sur la végéta- 
tion : le vent est un 




Fij;. 106. 



Lentilles d'eau. 



A. Wolffia arhiza et coupe ; B, C, Lemna minor 
et son inflorescence. 



72 



LES PLANTES 




Fig. 107. — Vaîlisneria spiralis. 

A, Pied femelle avec fleurs flottantes entourées de 
fleurs mâles échappées des spathes du pied mâle B. 



agent de féconda- 
tion qui transporte 
le pollen et un agent 
de dissémination 
des graines. Les 
vents violents, con- 
tinus, qui régnent 
sur les plateaux, sur 
les hautes monta- 
gnes et surtout au 
bord de la mer, en- 
travent la croissance 
des plantes et les 
déforment. 

Le vent est un 
agent de dessicca- 
tion, il active la 
transpiration; les 
herbes soumises à 
leur action dimi- 
nuent leur surface 
d'évaporation, se re- 
vêtent de poils ou 
imprègnent leur 
épiderme de cire, 
restent petites, for- 
ment des rosettes ou 
des gazons. Au bord 
de la mer, l'action 
mécanique du vent 
est doublée d'une 
action chimique, 
car il est chargé de 
particules salines 
qui brûlent les feuilles. L'action continue des vents dominants sur 
les arbres plantés au sommet des falaises maritimes les rabougrit et 
les déforme. J. Friih a classé ainsi les différentes formes arbores- 
centes des endroits soumis à des vents réguliers : 1° le tronc est 
vertical, mais dépourvu de branches sur la partie faisant face au 
vent; 2° le sommet du tronc est incliné suivant la direction du 
vent dominant; la couronne de l'arbre est asymétrique, comme 
élaguée du côté de la mer, plus développée à l'abri du vent ; 
3° l'arbre est complètement incliné et rabougri. 

Action du milieu souterrain. — Un autre agent qui est 
susceptible de modifier profondément les végétaux, est le sol. La 
vie souterraine est caractérisée par l'absence de lumière et, par 
cela même, tous les organes qui croissent en terre rappellent les 
caractères des plantes étiolées que l'on obtient en faisant pousser 
des graines dans une armoire : on sait qu'alors il n'y a pas pro- 
duction de chlorophylle, les tiges restent blanches, les feuilles sont 
atrophiées et jaunes. Les rhizomes présentent ainsi les caractères 
des plantes privées de lumière, mais il y a cependant des différences 
très manifestes entre la vie étouffée 
dans le sol et la vie dans l'air à 
l'obscurité; la difficulté de la trans- 
piration, la résistance des particules 
solides de la terre à la croissance, 
amènent un épaississement des tissus 
corticaux, une réduction du système 
central de la tige, ce qui est accom- 
pagné de l'atrophie de tout le tissu 
squelettique, c'est-à-dire les fibres, et 
de tout le système conducteur de la 
sève, c'est-à-dire les vaisseaux. 

L'origine de la formation des tu- 
bercules des organes vivants dans le 
sol est encore assez obscure. On sait 
cependant d'une manière à peu près 
certaine que l'apparition des tuber- 
cules, ou racines fasciculaires des 
Ophrys et des Orchis, est liée à 
l'invasion, dans les racines, d'un 
Champignon qui amène la tuméfac- 
tion des bourgeons et la formation 
de tumeurs. Ces tubercules, dans ce 
cas, paraissent être des excroissances 
trahissant l'existence d'une sorte de 





Fig. 108. — Podostémacées. 

A, Mourera Weddeiiana ; 
B, Fleur grossie ; C, Casielnavia ; D Fleur grossie 



Podostémacées, sur les roches, dans les rapides de Guam. 



maladie. Il est très vraisemblable d'admettre que quelque chose 
d'analogue a pu se passer autrefois pour la formation des tubercules 
de Pomme de terre, et Noël Bernard a formulé la théorie que les 
tubercules sont dus à des Champignons, ce qui a été confirmé par 
Magrou. Les Bactéries, dans le cas des racines de Légumineuses; 
les substances osmotiques sucrées, dans le cas du Radis (expérience 
de Molliard), produisent un effet semblable. 

D'ailleurs, c'est par un autre procédé cultural que l'on est arrivé 
à accroître le volume des tubercules : la méthode préconisée par 
Louis de Vilmorin en 1832 consiste à faire des semis tardifs de 
Carotte, de façon à transformer une plante annuelle en une plante 
bisannuelle. En repiquant au début de l'année suivante, on a un 
bon choix de porte-graines qui peuvent donner des semences, et 
ces graines engendrent à la génération suivante des racines amé- 
liorées : « Quelques-unes, dit cet auteur, dépassèrent I kilo- 
gramme ; certaines égalaient les meilleures Carottes de jardin. » 

Action du climat. — L'allongement de la vie et des modi- 
fications très profondes dans les caractères des végétaux peuvent 
aussi résulter du changement de climat. 

Le changement d'altitude produit des effets importants (fig. 109). 
Bonniera établi le rôle de ce facteurpour la Linaire alpine qui, par 
suite de la persistance de sa racine, peut être vivace aux hautes 
altitudes, tandis que dans les basses elle devient bisannuelle. 

L'Arenariaà feuilles de Serpolet est annuel dans les plaines, tandis 
que sur les pics des Pyrénées il se maintient plusieurs années, grâce 
à son rhizome qui pénètre profondément en terre. 11 y a d'ailleurs 
un résultat général qui établit bien l'exactitude du rôle de l'al- 
titude, c'est que dans les Alpes, entre 200 et 600 mètres, la 
proportion des espèces annuelles et bisannuelles est de 60 pour 100, 
tandis que de 1 800 mètres jusqu'aux neiges éternelles, elle n'est 

plus que de 6 pour 100. La varia- 
tion en latitude produit des effets 
analogues, car, tandis qu'aux envi- 
rons de Paris, à 49" de latitude, il 
y a 45 pour 1 00 de plantes annuelles 
et bisannuelles, il n'y en a plus du 
tout dans la zone polaire et toutes 
les espèces sont vivaces. 

Cette question est d'ailleurs liée à 
celle du climat et à son effet sur la 
végétation. On sait, par exemple, 
pour le Lilas, qu'en le déplaçant 
vers le Nord on constate un retard 
de plus en plus accusé dans la flo- 
raison. Le retard dans l'épanouisse- 
ment des bourgeons floraux qui se 
manifeste ainsi pour une espèce peut 
parfois devenir héréditaire et se main- 
tenir même avec un changement de 
pays. On reconnaît dans un jardin 
des individus précoces et des indi- 
vidus hâtifs : tel est le cas du fameux 
Marronnier du 20 mars des Tuile- 
ries, qui fleurissait toujours beaucoup 
plus tôt que ses voisins. 



LA VIE VÉGÉTALE 



73 




Ormes penchés par le vent de mer, 




Ces faits condui- 
sent à donner l'ex- 
plication du dimor- 
phisme saisonnier 
mis en évidence par 
de Wettstein. On a 
signalé pour cer- 
taines espèces (Gy p- 
sophiles, Gentia- 
nes) l'existence 
d'individus tardifs 
et d'individus pré- 
coces. Or, on remar- 
que que les petites 
espèces précoces, 
carces particularités 
sont héréditaires, 
sont moins ramifiées 
que les espèces tar- 
dives et de port dif- 
férent. Les carac- 
tères qui établissent les différences sont les mêmes pour les deux 
types de Gentianes (G. précoce, type hâtif; G. des Carpathes, 
type tardif), d'Euphraises (E. montana, précoce, et 
E. Rostl^oviana, tardif; E. tenuis, précoce, et 
E. breoipila, tardif), etc. La similitude des diffé- 
rences de ces deux séries de petites espèces semble 
bien indiquer qu'il s'agit de types créés par les 
mêmes causes climatériques. Magrou a trouvé des va- 
riations semblables sous l'influence des mycorhizes. 
On entrevoit ainsi 1 explication de l'origine des 
petites espèces dont Jordan a révélé partout l'exis- 
tence, et qui, bien que se rattachant à un type de 
Linné (par exemple le Draba de printemps), diffè- 
rent cependant entre elles par des caractères extrê- 
mement ténus, mais d'une extraor- 
dinaire constance héréditaire, comme 
Jordan l'a établi par trente années 
de culture. 

Si les variations d'altitude et de 
latitude permettent d'entrevoir l'ex- 
plication de l'origine de quelques- 
unes de ces petites espèces, on est encore loin de connaître les 
causes de la naissance de toutes, car elles sont légion. Après 
dix années de culture du Draba de printemps, Jordan en avait 
trouvé dix ; après trente années, il en avait deux cents. Depuis 
I époque lointaine de la publication des travaux si curieux de 
ce botaniste français, qui pulvérisait les espèces linnéennes, beau- 
coup d'autres auteurs ont confirmé ses résultats : cette notion de 
la division des anciens types est devenue une 
des plus importantes de la science actuelle. me'^mmmmçFStmil 

Action des substances chimiques 
du sol. — Il ne suffit pas de constater la 
division à 1 infini des espèces, il faut encore 
découvrir le mode de naissance de ces petites 
formes. A ce point de vue, l'étude de l'in- 
fluence des substances chimiques du sol est 
intéressante à envisager. On sait notamment 
que la présence du sel intervient pour faire 
apparaître une flore spéciale au bord de la mer 
et autour des marais salés. La présence de ser- 
pentine dans le sol, de minerais de zinc con- 
tribue à modifier certaines petites espèces et à 
leur donner des caractères particuliers tout à 
fait remarquables. On conçoit donc qu'il puisse 
y avoir des plantes indicatrices du sol et que 
certaines associations végétales soient carac- 
téristiques de certaines régions. Au voisinage 
des villages, notamment, il y a une flore rudé- 
rale qui se développe sur les décombres et qui 
suit 1 espèce humaine dans toutes ses migrations. 
On a constaté, de même, que la végétation des 
cratères des volcans éteints, à Java, était bien 
caractérisée et que, dans le fond de la cuvette 
volcanique, poussait une flore très spéciale qui 
ne se retrouvait pas sur les pentes externes 
et internes de la montagne d'origine éruptive. 




Fig. 109. — Topinambour. 

a. Semé en plaine ; 

b. En montagne, par Bonnier, 

à 2 300 mètres. 



Cactées dans le cratère d'un ancien volcan du Mexique. 

Géographie botanique. — L'extension des espèces est 
donc subordonnée au climat, et l'ensemble de la végétation d'une 
contrée prend des caractères particuliers qui peuvent être très 
distincts. L'aspect de la végétation d'un pays sans pluies notam- 
ment s'oppose d'une manière extraordinaire à l'aspect des forêts 
ou des régions arctiques. Il suffit de jeter un coup d'ceil sur la 
photographie ci-jointe, prise au Mexique, pour s'en rendre compte. 
Les Cactées y dominent; la sécheresse amène chez ces plantes 
l'atrophie des feuilles, qui ne sont plus représentées que par des 
piquants à la surface de la tige, et celle-ci est remplie de tissus 
aquifères, de manière à pouvoir supporter de grandes priva- 
tions d'eau; ainsi donc non seulement une réserve aqueuse est 
constituée, mais l'eau, une fois emmagasinée, se trouve indéfiniment 
conservée, puisque les feuilles, organes essentiels de transpiration, 
ont disparu. 

Par ces quelques exemples on entrevoit ce qu'il faut entendre 
par le jacies de la végétation d'un pays : les actions de milieu s'y 
trahissent d'une manière frappante et l'effet du climat mérite d'être 
l'objet d'une étude spéciale dans les chapitres qui vont suivre sur 
la Géographie botanique. 

A mesure qu'on s'éloigne de l'équateur, les rayons solaires frap- 
pent le sol de plus en plus obliquement; la température devrait 
donc décroître régulièrement de l'équateur vers les pôles, mais 
les circonstances locales, comme la proximité de la mer, la 
fréquence des vents secs ou humides, etc., diversifient les climats, 
de telle sorte que des régions de même latitude peuvent avoir 
un climat très différent. Nous distinguons cependant trois climats 
généraux avec des flores correspondantes : celui des zones 
glaciales, celui des zones tempérées froides (flore des forêts) 
ou chaudes (flore méditerranéenne), enfin celui des zones tro- 
picales humides (forêts tropicales) ou sèches (savanes, déserts). 




Echinocactus agglomérâtes, à 1 700 mètres d'altitude (Mexique). 



Cl. Diguet 



LES PLANTES. 



74 



LES PLANTES 




Veyetationsbilder. 



Acœna ascendens, des iles Falkland et de la Géorgie du Sud. 



FLORES ARCTIQUE 

ET ANTARCTIQUE 

Le climat arctique. — Les conditions climatériques des 
contrées polaires sont tellement spéciales qu'il suffit de parcourir un 
tableau des températures et de l'humidité de ces régions pour 
entrevoir de suite quelles grandes conséquences doivent en découler 
pour les végétaux qui les habitent. 

TABLEAU MÉTÉOROLOCIQUE DU SPITZBERG (MOSSEL-BAI, 79°53' N.) 

TEMPÉRATURE 

Moyenne. Minimum. Maximum. HUMIDITÉ 

Janvier - 13°7 - 32°,4 + 3'\6 85 

Mars — 20", 7 — 38" — 0-.4 92 

Avril — I7°,4 — 32°,6 + 0°,2 97 

Mai — 8",5 — I9",4 + 3".6 90 

Juin + !°,1 — 3°,9 + 9°,4 79 

Juillet 4- 5», 3 — 0" + 12",8 — 

Août + 2°.1 — 2",6 + 9° 

Septembre — 4°,6 —19° + 6°,l 96 

Octobre — 9°,9 — 27 ( \2 — 0°,6 94 

Ce qui caractérise le climat polaire, c'est, d'une part, le long 
hiver froid et, d'autre part, le très court été (juin, juillet, août) ; ce 
sont, en outre, les longues nuits continues d hiver, pendant les- 
quelles le soleil reste caché au-dessous de l'horizon, et les jours d'été, 
pendant lesquels le soleil ne se couche pas. Le soleil est au-dessus 
de l'horizon d'une manière constante pendant 65 jours à 70° de 
latitude, pendant 134 jours à 80°. 

Ce ne sont pas tant les basses températures qui sont redouta- 
bles aux végétaux, car on peut en observer presque d'analogues 
dans les pays tempérés; ce sont surtout les tourmentes de vent et 
de neige, car elles ne permettent pas l'accumulation de la neige, 

. ■—.-«- I i i .. il .."~- ■ 1. *R^™^-™~- 




Lichens des rennes (Toundras sèches). 



dont le manteau protecteur contribue d'ordinaire puissamment à 
atténuer l'effet du froid. 

Les températures d'été sont variables dans les diverses parties 
du domaine polaire, mais elles dépendent moins de la latitude que 
de l'existence ou de l'absence de courants d'eau chaude qui vien- 
nent réchauffer les terres arctiques : ainsi la température de 1 air 
en juillet est seulement 3", 8 dans le Groenland oriental ; elle est 
de 13°, 4 sur la côte nord de l'Asie, à Ussjank, terre un peu 
échauffée par les eaux marines. 

Il y a dans ces régions des différences de température souvent 
considérables entre l'air et les objets exposés au rayonnement 
direct. Par 78°, 5 de latitude nord, à Rensselaerhafen, un thermo- 
mètre noirci (dans le vide) s'élève jusqu'à 21°, tandis que la tem- 
pérature de l'air, au milieu de la journée, vers le I 5 août, est 0°. 
Ailleurs, en mars, la température de l'air est de — 31° à — 33" 
et la neige commence à fondre au soleil. 

Une question première doit se poser au sujet de la flore de ces 
terres désolées: N'y a-t-il place pour aucune végétation dans cer- 
taines régions arctiques? Le centre du Groenland est occupé par 
des glaciers ; le Spitzberg, l'Islande, le nord de la Scandinavie, la 
Nouvelle-Zemble, le sud de l'Alaska, les terres de Baffin et de 
Grinne sont constitués par des régions montagneuses et les glaces 
peuvent venir jusqu'à la mer, de manière à ne laisser, pour ainsi 
dire, aucune place à la végétation. 

Même s'il en était ainsi partout, et ce n'est pas le cas, toute 
trace de végétation ne serait pas exclue, car les champs de neige 
se couvrent parfois sur de vastes étendues d'Algues microscopiques 
{Chlamydomonas nioalis, etc.) et, à de grandes distances, le 
vaste manteau blanc apparaît maculé de rouge. En dehors de 
cette neige rouge, il y a toujours quelques places dénudées où 
peuvent s'installer quelques végétaux phanérogames ou crypto- 
games qui s'épanouissent quand arrive la saison favorable. 

Sur le sol ainsi mis à nu soit par les tourmentes pendant l'hiver, 
soit par la fusion des neiges au printemps, les plantes ne se fixent 
pas sans de grandes difficultés. D'abord souvent le sol reste glacé 
à une faible profondeur et la glace qui vient de fondre est arrêtée 
dans son écoulement par celle qui reste solide en dessous, de sorte 
qu'un marécage se forme inévitablement dont l'eau est toujours à 
une température très basse. Ces conditions sont évidemment très 
préjudiciables au développement de la vie organique et les plai- 
nes qu'on rencontre dans les contrées arctiques sont de véritables 
solitudes, inhabitables pour l'homme, incapables de fournir de la 
nourriture aux animaux. 

Toundras. — Les régions où ceci s'observe portent le nom 
de toundras tremblantes ou marécageuses, et les seules plantes 
qui y croissent sont presque seulement les Sphaignes. Ce sont 
des plantes curieuses, dont les cellules perforées peuvent, suivant 
les circonstances, se gorger d'eau en s'imbibant comme des éponges, 
mais qui en se vidant restent remplies d'air et apparaissent avec 
une teinte vert très pâle, blanchâtre, caractéristique. 

A côté des toundras. humides, il peut y avoir des toundras 



LA VIE VÉGÉTALE 



75 




Eriophorum Scheuchzeri en fruits, près du lac Thomson (Nouvelle-Zemble). 



Cl. Verasc. Richard. 



sèches; ce sont des étendues arides couvertes sans fin de Lichens 
des rennes et de Mousses : Polytric, Dicrane (1 ), auxquels viennent 
se mêler divers Lichens, Luzules et Eriophorum, susceptibles de 
supporter pendant la saison estivale une dessiccation intense, après 
avoir reçu une humidité très grande à la fonte des neiges. Ces 
divers végétaux, notamment les Lichens, ont des propriétés phy- 
siologiques qui sont bien en harmonie avec les froids intenses qu'ils 
supportent. Jumelle a soumis ces plantes à l'action d'une tempé- 
rature de — 40° en les plaçant dans un ballon renversé qui était 
contenu dans la caisse à parois feutrées d'une glacière. Le Lichen 
ainsi refroidi a continué à assimiler le carbone de l'atmosphère; à 
ces basses températures, la respiration était au contraire abolie. 
Une telle propriété physiologique est capitale pour des végétaux 
exposés à des froids intenses, car ils continuent à se nourrir tant 
qu'ils ont de la lumière en quantité suffisante. 

Dans les mers arctiques il se passe quelque chose d'analogue 
pour les Algues qui vivent dans les eaux salées. Elles trouvent 
le moyen de se nourrir d'une manière remarquable, malgré les 
froids intenses, car elles ont parfois des dimensions véritablement 
colossales. C'est le cas des Macrocystis et des Neroc\>stis qui 
peuvent atteindre 200 mètres de long, des Lessonia et autres 
Algues gigantesques des régions arctiques ou antarctiques. 

Les Macrocystes (fig. 145, A) sont formées d'une sorte de tige, 
insérée sur les rochers par de très forts crampons; cette pseudo- 
tige s'étend horizontalement au niveau de la mer et émet des 
rangées de fausses feuilles étroites, avec flotteur à la base. Les 
Lessonies ont des tiges dressées et des ramifications qui retombent 
comme les branches d'un Saule pleureur. 

Caractères de la flore arctique. — Pour les plantes ter- 
restres Phanérogames, les propriétés physiologiques sont évidem- 
ment différentes et il est absolument impossible à toute végétation 
ligneuse et arborescente de s'installer dans un pays où la durée de 
la végétation est très courte et les températures supérieures à 10° 
très rares. Quelques Bouleaux rampants ou quelques Saules nains 
(Saule polaire, Bouleau nain) peuvent cependant atteindre quel- 
ques centimètres au-dessus du sol et, en s'insinuant entres les 
anfractuosités des rochers, arrivent à donner des fleurs. 

Les basses températures de l'air pendant le jour, et surtout pen- 
dant la nuit (quand il y en a), constituent un obstacle très sérieux 
f)our la croissance des pousses végétatives. Le froid qui règne éga- 
ement dans le sol est contraire au développement des organes sou- 
terrains et rend difficile l'absorption par les racines. On a comparé 



les dimensions d'individus de la même espèce qui ont crû, les uns 
en Europe centrale, les autres dans les régions polaires : 



(I) La multiplication relative des Mousses par rapport aux plantes vascu- 
laires dans le Nord résulte du tableau suivant : 

Plantef 
Mousses. vasculaires. 

Europe centrale 600 3 000 

Spitzberg 180 124 

Groenland 262 386 



Solidaso Virga-aurea 
Epilobium palustre . 



Europe centrale 
et septentrionale. 

30 à 60 cm. 
30 à 60 cm. 



Région 
polaire. 

à 10 cm. 
5 cm. 



Les pousses végétatives d'un Saule polaire en août, à une épo- 
que où la croissance de l'année va se terminer, atteignent en 
moyenne 1 à 5 millimètres, rarement 9 à 1 1 millimètres, et 
chacune d'elles porte deux feuilles très petites (7 à 11 millimètres 
de long sur 5 à 1 1 millimètres de large). L'épaississement est sou- 
vent encore plus faible et le gain annuel d'une tige d'Airelle se 
réduit à un vaisseau {Airelle uligineux). 

La végétation polaire ne peut donc pas devenir ligneuse arbo- 
rescente : elle est surtout formée de plantes herbacées, mais ce sont 
toujours des herbes vioaces, car les plantes annuelles manquent 
complètement : elles n'ont pas assez de temps pour mener à bien 
leurs fleurs et produire leurs graines ; il faut les efforts soutenus de 
plusieurs années pour y parvenir. Une observation de Kjellmann, 
botaniste de l'expédition Scandinave de la Véga, est intéressante à 
signaler à ce propos. Il eut l'occasion d'observer à Pittekoj, qui 
était la station d'hivernage, le Cochlearia fenestrata, à la fin 
de 1878. La plante avait bien fleuri dans l'été de 1878; ses 
inflorescences renfermaient des fleurs à divers états de dévelop- 
pement, les unes en boutons, les autres en fruits, quand l'hiver 
revint brusquement et arrêta toute croissance. On aurait pu croire 
que toute la plante allait être détruite par le froid : il n'en fut 
cependant rien, malgré l'absence de manteau protecteur de neige, 




Saule polaire. 



Saule réticulé. 



76 



LES PLANTES 




Cl. R. Hulmsen. 




Melandrium apétale (Spitzberg). 



Polemonium hutnile (Spitzberg). 



Cl R. llolmsen. 



et, lorsque l'été de 1879 se manifesta, les boutons à fleur qui avaient 
été pétrifiés par le froid s'amollirent et s'ouvrirent comme par en- 
chantement et, de l'aisselle des feuilles, partirent de nouvelles inflo- 
rescences ébauchées précédemment. Le travail d une saison sert donc 
l'année suivante. Cela ne veut pas dire que le froid n a pas d action 
sur les fleurs; s'il agit peu sur les boutons floraux quand ils sont 
bien protégés, il manifeste ses effets sur la fructification, qui avorte 
très communément, et sur les graines, qui ne se forment pas. 

Nathorst a montré qu'au Spitzberg 75 pour 100 seulement des 
fruits arrivent à maturité. Il y a d'ailleurs surtout des plantes à 
floraison printanière dans les pays septentrionaux ; ce sont des plantes 
peu exigeantes au point de vue calorifique et ce sont celles qui ont 
le plus de chances de se maintenir. Si l'on rencontre, par hasard, 
quelques espèces que l'on peut qualifier d'estivales, celles-là, quand 
on s'élève trop vers le Nord, n'ont pas le temps de fleurir et elles 
restent réduites à leurs organes végétatifs. Le Rubus chamœmorus, 
par exemple, est stérile au voisinage de sa limite nord d'extension. 

Steppe chaude d'été polaire. — Si l'été polaire est très 
court, si l'air est souvent froid, cela ne veut pas dire que les rayons 
solaires ne sont pas, à certains moments, très ardents, et l'activité de 
la radiation dans la zone glaciaire nord est aussi redoutable pour les 
végétaux que pour les voyageurs qui grimpent au mont Blanc et 
qui reviennent défigurés, la peau du visage pelée par les violents 
effets du soleil. Cette remarque est utile à rappeler pour faire com- 
prendre quelques caractères de la végétatian polaire qui peuvent, 
de prime abord, paraître étranges. Quoi de plus singulier, en effet, 
que de constater des points de ressemblance entre la flore polaire 
et celle des déserts ou des steppes les plus chaudes. C est que, 
dans les deux cas, les plantes doivent se protéger contre une trop 
intense et trop rapide perte d'humidité. Warming a signalé déjà 
depuis longtemps le caractère désertique de la végétation du Groen- 
land en été. Ceci se manifeste par le fort durcissement des feuilles 
qui sont à consistance de cuir, ou raides, ou en aiguille pour 
diminuer leur transpiration ; ce dernier résultat est encore atteint 
par la tendance de la plante entière à former des coussinets arrondis 




ci. R. 1 1. .1 u n. 

Saxifraga Groenlandica et nivalis (Spitzberg) 



de grande taille, particularité qui est extrêmement commune (Draba 
alpin, Coquelicot à tige nue, Saxifrage à feuilles opposées, etc.). 
Ailleurs, la protection est réalisée par l'enroulement de la feuille en 
dessous, cachant pour ainsi dire les stomates, appareils de transpira- 
tion; enfin la couche cireuse acquiert un grand développement et est 
très utile pour diminuer la perte d'eau (Saule glauque et réticulé). 

D ailleurs ces fortes chaleurs estivales peuvent favoriser parfois 
1 éclosion d une végétation admirable, lorsqu'en un point où le sol 
est bombé, l'eau dégelée peut s'écouler complètement : c'est là que 
se rencontrent les meilleurs pâturages recherchés par les Samoyèdes 
et que l'on peut trouver des pays presque enchanteurs, si l'on se 
reporte au tableau célèbre tracé par Baer de la végétation de la 
Nouvelle-Zemble, qu'il a comparée à celle d'un jardin. 

Il nous reste à examiner quel est le rôle de ces jours polaires 
dont la durée peut être de plusieurs mois. Les expériences de 
Bonnier dans les caves des Halles, celles de Kjellmann dans les 
régions arctiques, ont appris qu'un éclairage continu produit une 
sorte d'étiolement vert pour les plantes d'Europe; mais les plantes 
polaires, comme la Cochléaire fenestrée, se développent bien mieux 
et produisent beaucoup plus de feuilles qu'à un éclairage discontinu. 

Caractères botaniques. — Nous avons signalé dans tout 
ce qui précède les caractères généraux et biologiques de la flore 
arctique ; il nous faut envisager maintenant ses caractères botani- 
ques. La pauvreté de la flore arctique est très remarquable et plus 
profonde encore que ne semblerait l'indiquer le chiffre de 750 es- 
pèces, correspondant à l'ensemble de la population végétale de ce 
domaine qui s'étend cependant sur d'immenses territoires. 

Si l'on examine comment ces plantes sont réparties, on voit que 
chaque île ou presqu'île ne contient qu'un nombre beaucoup plus 
restreint de types: 320 espèces pour le Groanland, 122 pour le 
Spitzberg, 193 pour la Nouvelle-Zemble, 124 pour la presqu'île 
de Taimyr. Sur les 320 espèces groenlandaises, 101 
seulement sur les deux côtes. Cette flore arctique 
entre 50 familles, parmi lesquelles il 
faut citer : Cypéracées 10 pour 100, 
Graminées 10 pour 100, Crucifères 
8 pour 1 00, Caryophyllacées 7 pour 1 00, 
Renonculacées 5 pour 100, Rosacées 
5 pour 100, Saxifragacées 5 pour 100, 
Lricacées 5 pour 100, Composées 
4 pour 100. Une vingtaine d'espèces 
seulement sont spéciales à la flore po- 
laire et ne se retrouvent nulle part ail- 
leurssur le globe. Les espèces très ca- 
ractéristiques de la flore arctique sont : 
Dryas octopetala, Silène acaulis, 
Melandrium apeiale , Polemonium 
humile, Saxifraga Groenlandica, Ly- 
chnis apetala. Comme Graminées : 
Phippsia algidael quelques genres mo- 
notypes : Dupontia et Pleuropogon. 



se trouvent 
est répartie 



Les terres antarctiques. — 

Parmi les terres perdues dans les im- 
mensités de l'océan Antarctique, on 
peut citer l'île de Kerguelen, explorée 




Fig. 110. 
Chou de Kerguelen. 

A, Inflorescence ; 
B, Silique ; C, Graines. 






LA VIE VÉGÉTALE 



77 



, 





Flore antarctique : Graminées, Colobanthus et Mousses. 



Mousses sur les rochers aux iles Argentines. 



récemment par les voyageurs Boissière, qui ont rapporté au 
Muséum des échantillons de l'espèce la plus caractéristique de la 
flore phanérogamique de cette île (vingt et une espèces) qui est le 
Chou de Kerguelen (fig. 110), Pringlea antiscorbutica, une Cru- 
cifère très intéressante. L'île de Kerguelen est située entre 48° et 
50° de latitude sud ; son plus grand diamètre atteint 20 kilomètres; 
elle a une chaîne de montagnes de hauteur moyenne de 1 000 mè- 
tres (Mont Ross, I 900 mètres). Les sommets sont couverts de 
névés ; il en descend des glaciers dont quelques-uns atteignent le 
niveau de la mer. Le climat de Kerguelen est franchement marin. 
La différence entre le mois le plus chaud (février) et le mois le plus 
froid (juillet) ne dépasse pas 6°, 50. Le minimum absolu est 10°, le 
maximum absolu 20°. La température moyenne de l'année est 3°, I . 
L'humidité relative est grande et la précipitation atmosphérique 
abondante ; il y a des chutes de neige toute l'année. Signalons 
comme végétaux remarquables une Rosacée, YAcœna ascendens, 
et une Ombellifère, VAzorella Selago; cette dernière plante a été 
retrouvée à l'île Macquerie, à la Terre de Feu ; elle manque à la 
Nouvelle-Zélande. 

Dans la Géorgie du sud et les îles Malouines vivent deux Gra- 
minées, le Poa flabellata et YAira antarctica. 

Cette dernière espèce a été rencontrée plus au sud par l'expédition 
française du Pourquoi-Pas de Jean Charcot (1908-1910); c'est 
la seule Phanérogame de cette région très froide, avec le Colo- 
banthus crassitolius (Caryophyllacée), avec des Mousses (1) et 
des Lichens (2). La neige verte s'observe à l'île Petermann; la 
neige verte et la neige rouge sont abondantes en certaines régions 
de la côte ouest de la terre de Graham. Parmi les espèces d'Algues 
les plus remarquables de cette neige verte ou rouge, on doit citer 
Mycacanthococcus antarcticus et ooalis, Chlamydomonas an- 
tarcticus, Pseudotetraspora Gainii ; cette dernière espèce est 
dédiée à Gain, le naturaliste de l'expédition Charcot. La neige 
rouge de l'île Wiencke forme de grandes plaques sur les falaises de 
glace et à la surface de la neige près des rookeries de pingouins ; 
elle est composée de Rhaphidonema nivale, Stichococcus bacil- 
laris, Ancylonema Nordens^ioldii, etc. On retrouve la neige rouge 
à l'île Petermann. On peut mentionner, comme Algues d'eau douce 
dans ces régions des Schizophycées (Lyngbia, Oscillaioria, 
Nostoc), quelques Conjuguées (Cosmarium) et Chlorophycées 
(Ulothrix, Conferva, etc.). 

Pendant l'hivernage à l'île Petermann, les moyennes mensuelles 
de la température de l'eau de mer en surface et de l'air ont été : 



ANHÉE 1C09 


MER 


AIR 


ANHÉE 1S09 
Juillet 

Août 

Septembre . . 
Octobre. . . . 
Novembre. . . 
Décembre. . . 


MER 

— 1»,83 

— I°,84 

— 1",76 

— 1".22 

— 0°,99 


AIR 


Janvier .... 
lévrier . . . . 

Mars 

Avril 

Mai 


— O.30 

— 0°,09 

— 0»,23 

— 1»,56 

— 1»,75 

— 1»,8I 


+ 1°,38 
+ 0»,96 

— 5°. 03 

— 5°. 14 

— 6°,46 


— 6o,79 

— 5°,66 

— 5o,90 

— 2»,43 

— lo,l3 



Les fonds marins sont balayés par des courants violents. Le 
long des côtes, partout où se trouvent des glaciers dont la base 
baigne directement dans la mer, il ne peut se produire, au moins 
dans les régions de faible profondeur, aucune végétation marine. 
C'est là où l'influence de la glace n'est pas continuelle que les 
Algues peuvent s'établir. En hiver, la vie végétale est presque 
suspendue; la banquise emprisonne les quelques Algues restées en 
place. La houle rabote les rochers et permet seulement aux Algues 
calcaires (Liihophyllum et Lithothamnion), grâce à leur dureté, 
à leur position sur les parois verticales rentrantes et les creux de 
rochers, de rester en place. Pendant les mois chauds, d'octobre à 
mars, la zone littorale se débarrasse peu à peu de la banquise et 
peut se couvrir d'une végétation assez abondante. 

Gain a distingué la zone littorale comprise entre les niveaux 
de la haute mer et de la basse mer. Elle est peuplée d'Algues 
calcaires, avec Urospora penicilliformis, Monostroma Hariotii, 
Adenocystis Lessonii, Gracillaria simplex, etc. La zone sub- 
littorale de la basse mer a environ 40 mètres de profondeur; on y 
trouve des Desmarestia, accompagnées de Lessonia dubia, Ploca- 
mium coccinium, Callpmenia antarctica. La région littorale jus- 
qu à 150 mètres est encore peu connue et très pauvre. La végéta- 
tion antarctique s'est adaptée au manque de lumière qui est dû 
à la nuit polaire de plus en plus longue (vers 66° sud, au milieu 
de l'hiver, il y a à peine deux heures de jour d'une lumière très 
atténuée, plutôt crépusculaire) et à l'épaisse couche de glace qui, 
dans la saison froide, recouvre la surface de la mer. 

La comparaison des flores arctique et antarctique est intéressante. 
Si certaines espèces sont identiques, beaucoup sont différentes, et 
pour certaines familles il n'existe pas d'espèces communes aux 
deux régions. Chez les Laminariacées, Ecklonia, Lessonia, 
Macrocystis, Adenocystis, Phyllogigas, Phœoglossum sont 
spéciaux aux régions polaires du Sud; Sacchorhiza, Chorda,Ala- 
ria, Larninaria, Agarurn sont localisés dans les régions du Nord. 



(1) Espèces les plus fréquentes : Webera Racovitzce, Bryum perangmtidens, 
Polytrichum strictum, Drepanocladus uncinatus. La flore bryologique antarc- 
tique comprend en tout cinquante à soixante espèces. 

(2) Sphœrophorus, Cladonia, Stereocaulon, Usnea, Lctharia, Potycattliona, 
Physcia, Lecanora, Lecidca. 




Cl. L. Gain. 
Algues croissant entre les pierres (ile Petermann). 



LES PLANTES. 



78 



LES PLANTES 




Une clairière dans la forêt russe. 



FORETS BOREALES 

ET FORÊTS AUSTRALES 

Après avoir exploré les zones polaires, si l'on se dirige vers des 
régions moins désolées, on rencontre tout de suite un autre aspect 
de. paysage et une végétation dont le nombre des espèces est beau- 
coup plus élevé. Il faut évidemment, pour se rendre compte du 
faciès de la végétation spontanée, parcourir des régions où la civi- 
lisation humaine n est pas trop intervenue et où la nature règne 
encore en maîtresse. 

Cette zone est surtout caractérisée par les forêts, et elle est déve- 
loppée principalement dans l'hémisphère boréal, dans le nord et le 
centre de l'Europe et de l'Asie, et dans le nord de l'Amérique du 
Nord. Dans l'hémisphère austral, l'absence de grands continents, 
étendus suivant les parallèles, ne laisse constater la présence 
d'une telle flore qu'à la pointe extrême de l'Amérique du Sud, 
où elle est surtout caractérisée par des Hêtres (Nothojagus). 




OCEAN OLA 



CI AL ARCTIQUE gffyfïF 



o Af 




du20au30avril [ i^jdu l"aul5mai TJj] du 16 au 3] mai | ^3 du I er au lijuin ïïj après le 16 juin 



Fig. 111. — Carte de l'apparition de la floraison du Lilas en Europe. 



Le climat. — Au point de vue du climat, il y a évidemment 
des variations notables à y signaler, mais ce qui caractérise ces 
contrées, c'est l'alternance nette de saison chaude estivale et de 
saison froide hivernale. L'humidité et la pluie sont assez abon- 
dantes toute l'année, surtout pendant les mois d'hiver, de prin- 
temps et d'automne, mais elles ne manquent pas au cours de l'été. 
Les variations sont d'ailleurs très importantes, aussi bien quand 
on voyage vers l'est de l'Europe et en Asie que lorsqu'on traverse 
l'océan Atlantique pour aller dans l'Amérique du Nord. 

La principale différence qui existe entre l'ouest et l'est de 
l'Europe, entre le climat de la Bretagne et celui de la Russie 
du Nord, tient principalement à l'influence de la mer qui se 
fait fortement sentir dans tout l'ouest de l'Europe, c'est-à-dire 
dans tous les pays qui sont réchauffés par le Gulf-stream. Ce fait 
se manifeste par l'avance qui y a lieu dans l'éclosion du printemps. 
On a dressé des cartes où sont représentées par une teinte uni- 
forme les régions pour lesquelles un phénomène quelconque, par 
exemple la floraison du Lilas, se produit 
en même temps (fig. 111). On sait que 
lorsqu'on se déplace vers le Nord, cette 
floraison retarde, mais il y a un retard 
également appréciable quand on se dirige 
vers l'est de l'Europe. 

Le retard dans l'éclosion du printemps 
est, par rapport à Paris, de 1 3 jours à 
Bruxelles, de 46 jours à Prague, de 
52 jours à Varsovie, de 87 jours à Pul- 
kowa, en Russie. Il est vrai que si, dans 
ces dernières contrées, la chaleur est lente 
à venir, une fois qu'elle a commencé, elle 
progresse avec une très grande rapidité et, 
vers le milieu de la saison, les fleurs d'été 
sont fréquemment plus tardives à l'Ouest 
qu'à l'Est. Le long de l'Atlantique, il règne 
donc, en Europe occidentale, des tem- 
pératures moins froides pendant 1 hiver 
que dans l'Est; par contre, la sécheresse 
y est beaucoup moins grande pendant l'été. 
Ces différences s'exagèrent à mesure que 
l'on s'avance vers l'est de l'Asie. 

Si l'on compare maintenant les États- 
Unis et la France ou l'ouest de l'Eu- 
rope, on voit que le climat des premiers, 
malgré des variations, est assez analogue 
au nôtre, mais les hivers y sont plus 
rigoureux et les étés plus chauds. A éga- 
lité de latitude, il y a une différence très 



LA VIE VÉGÉTALE 



79 






Pins sylvestres (Forêt de Fontainebleau). 



Pins maritimes (Sud-ouest de la France). 



Cl. F. Faideau. 



notable dans l'apparition du printemps. Voici plusieurs villes améri- 
caines et européennes où le printemps se manifeste en même temps : 



Villes américaines. Latitude. 



New-York. . 
New-Albany 



40"42' 
30"17' 



V. Iles européennes Lat.todc. 

Marbourg .... 50"47' 
Dijon 47° 19' 



Différence 
de latitude. 

10-05' 
9>02' 



Les villes américaines sont plus au nord de 9" à 10° que les 
villes européennes correspondantes comme dates d'éclosion. 

Caractères généraux de la flore forestière. — Ces 

différences ne sont pas négligeables; elles expliquent bien des par- 
ticularités de la végétation, mais elles sont compatibles avec le 
développement d'une flore qui partout affecte les mêmes caractères 
généraux. Ce qui la définit, c'est l'existence de grandes forêts, 
dont nous pouvons prendre une bonne idée en parcourant les régions 
de Compiègne ou de Fontainebleau. Sans doute, en beaucoup de 
points, la civilisation a opéré le défrichement et les cultures ont 
pris la place des grandes étendues forestières d'autrefois, mais ces 
changements sont relativement récents, et on peut caractériser la 
flore naturelle qui nous occupe par la présence d'un grand nombre 
d'arbres tels que les Hêtres, les Chênes, les Pins sylvestres, les 
Bouleaux blancs, les Frênes, etc. 

Quelles conditions assignent une limite à cette zone ? On pour- 
rait être tenté de penser que c'est le froid qui est le principal 
obstacle au développement de la végétation arborescente dans le 
Nord. Il ne semble cependant pas qu'il en soit ainsi, car Wers- 
chojansk, en Sibérie, point où l'on a observé les températures les 
plus basses à la surface du globe ( — 64°), est dans le domaine 
forestier et non dans la zone arctique. Le facteur le plus impor- 
tant qui tend à arrêter les Bouleaux et les Pesses au seuil de la 
toundra polaire est surtout le vent. Les tourmentes d'hiver ont une 
influence néfaste sur les arbres : elles enlèvent les branches et les 
dessèchent. Les froids tardifs du printemps sont aussi à redouter : 
ils surprennent la végétation au moment de son départ ; aussi ont- 
ils comme effet de raccourcir encore la période d'activité utile 
du végétal, période déjà très courte normalement dans ces régions. 
On doit donc conclure que ce n'est pas la chaleur, en valeur abso- 
lue, que réclame l'arbre pour se maintenir ; ce sont des conditions 
secondaires (dérivant, il est vrai, de la température) qui sont, en 
fait, les vraies sources du mal dans lesquelles il' faut chercher les 
causes de la disparition des arbres. 

Les arbres des forêts boréales. — La forêt boréale peut 
affecter deux aspects principaux. Tout à fait dans le Nord, ce sont 
les arbres à aiguilles ou Conifères qui prédominent, caractérisés 
surtout par leurs feuilles persistantes ; en outre, on y voit régner 
les mêmes espèces souvent sur d'énormes surfaces ; dans les 
régions plus méridionales, ce sont les arbres à feuilles caduques 
qui deviennent plus nombreux. Ce n'est pas là, comme de juste, 
une division absolue ; le Bouleau papyracé remonte très au Nord ; 
par exemple, dans l'Alaska, il accompagne la Pesse blanche, qui 
marque la limite septentrionale des forêts dans cette région élevée 
vers le pôle. Enfin, parmi les Conifères, les Mélèzes se différen- 
cient par la caducité de leurs feuilles; malgré cela, ces plantes 



peuvent s'élever très haut ; et dans le Labrador, le Mélèze amé- 
ricain accompagne la Pesse blanche à l'extrême bord septentrional 
du domaine forestier. 

Les noms que nous venons de citer montrent que la flore n'est 
pas tout à fait semblable dans l'Amérique du Nord et dans le 
domaine correspondant de l'Ancien Monde. Les espèces sont 
assez voisines ; ce sont des espèces représentatives et correspon- 
dantes. Le Mélèze américain remplace le Mélèze d'Europe; le 
Pin résineux correspond au Pin sylvestre ; le Sapin baumier prend 
la place du Sapin pectine ; le Hêtre ferrugineux se substitue au 
Hêtre sylvestre. Il y a d'ailleurs des formes arborescentes qu'on ne 
trouve pas en Europe et qui sont caractéristiques de cette région 
américaine, comme le Tulipier de Virginie (LirioJendron), les 
Sassafras, les Magnolia. 

Par les îles Aléoutiennes et le détroit de Behring, il s'établit 




Cl. F. Faideau. 
Futaie de Hêtres (Forêt de Fontainebleau). 



80 



LES PLANTES 




Le Muguet des bois (Environs de Paris). 



Nord, le Fatsia horrida, les Myrica, etc.; en 
outre, il faut citer quelques types spéciaux : 
le Houx cassine qui correspond au Houx aqui- 
folié, les Mahonia qui remplacent les Berberis, 
les Calycanthes, la Comptorie, l'Asiminier tri- 
lobé; à la place des Bruyères, les Cama- 
rines, les Menziésies. 

Entre les arbres et les arbustes, et s'appuyant 
sur eux, peuvent se développer quelques lianes, 
mais elles ne sont pas ici bien nombreuses, telles 
que le Lierre, lié à la distribution du Hêtre 
et surtout du Chêne; les Clématites, les Ronces, 
les Rosiers, le Houblon. Mais jamais cette vé- 
gétation adventive ne prend un grand dévelop- 
pement, sauf dans les forêts japonaises, qui ne 
sont d'ailleurs rattachées au domaine actuelle- 
ment étudié que d'une manière un peu dé- 
tournée, car on les considère comme appartenant 
à une flore de type méditerranéen. On trouve 
les Schizandres dans le bassin de l'Amour 
elles Ménispermes dans l'Amérique du Nord. 

Dans les forêts à feuillage caduc, la flore prin- 
tanière est riche : les Muguets, les Jacinthes, 



une continuité de la flore de l'Asie et celle de l'Amérique du 
Nord, mais il y a de grandes différences entre les deux côtes amé- 
ricaine et européenne de l'Atlantique. Le voisinage de la mer 
modifie aussi souvent la flore ; le Pin maritime, par exemple, 
remplace sur nos côtes le Pin sylvestre. 

Le sous-bois. — Partout la forêt affecte les mêmes caractères 
généraux. Au-dessous des grands arbres, dans les forêts de Coni- 
fères, le sous-bois est très peu développé; les aiguilles s'accumulent 
en grand nombre et couvrent le sol, qui ne peut nourrir qu'un petit 
nombre d'herbes, de Fougères et de Mousses, et, à 1 arrière-saison, 
de Champignons à chapeau. Dans les forêts qui se dépouillent 
l'hiver, le sous-bois est plus riche : on y voit des arbustes, comme 
les Cornouillers, le Houx aquifolié, les Genévriers, l'Épine- 
vinette, les Aubépines, les Pruniers épineux ; dans l'Amérique du 





Cl. F. Faidean. 



Lianes de Clématites dans les bois. 



Genévriers aux environs d'Arbonne (Seine-et-Marne). 



les Anémones, ornent de leurs fleurs variées le sous-bois. Pendant 
l'été, les feuilles des arbres se développent, et la lumière qui arrive 
dans le fond des bois s'atténue fortement ; il en résulte qu'il n'y peut 
croître que des végétaux dont les exigences lumineuses sont très 
faibles, comme les Fougères herbacées : Polypode, Aspide, Fou- 
gère grand aigle (Pteris), et une série d'Orchidées saprophytes, 
comme la Néottie nid d'oiseau, les £pipogons, les Corallorhizes. 
A l'aide de méthodes photométriques précises, Wiesner a pu 
déterminer la variation de l'intensité de la lumière à l'ombre de 
nos forêts, à mesure que se développaient les feuilles, et il a pu 
fixer ainsi quelles plantes pouvaient y réussir, et en suivre l'étiole- 
ment progressif à mesure que l'atténuation lumineuse devenait trop 
forte. Par exemple, pour l'Hépatique trilobée, le pétiole, qui a une 
longueur de 29 millimètres pour une lumière égale à l'unité, a une 
longueur de 108 millimètres pour une lumière égale à un sixième. 
En même temps que le pétiole s'allonge, le limbe diminue, et, à 
l'obscurité absolue, le pétiole a 1 74 millimètres et le limbe est 
presque complètement atrophié. Wiesner a fait des constatations 
analogues avec le Muguet, avec le Prenanthes purpurea, le Vin- 
cetoxicum officinale. 

Clairières, prairies, montagnes. — L'atténuation de la 
lumière en été rend la végétation sous les forêts très pauvre et sou- 
vent stérile; mais à l'orée des bois ou dans les clairières, la lumière 






LA VIE VÉGÉTALE 




Prairies dans la vallée de la Belle-Rivière (Miquelon). 



arrive plus aisément et le sous-bois se développe. Lorsque les clai- 
rières se parent au premier printemps, on y peut voir fleurir des 
plantes bulbeuses comme les Safrans ou Crocus ; elles peuvent 
form3r les prairies sèches avec toute la légion des Graminées : 
Paturins, Ivraies, Flouves, Avoines, etc., ou les prairies humides, 
avec les Cypéracées et Joncacées : Laiches, Souchet, Ériophore, 
Clade et Joncs. Le long des rivières, on rencontre une flore spé- 
ciale de grandes Graminées et Cypéracées aquatiques : Phragmite 
commun et Scirpe lacustre. 

Un autre type de végétation que l'on rencontre dans la flore 
boréale est celui des hautes montagnes, avec certaines plantes carac- 
téristiques, comme l'Edelweiss. Concentrées sur les grandes chaînes, 
comme les Alpes, les Pyrénées et les Montagnes Rocheuses, ces 
espèces se répandent peu à peu, à mesure que l'on va vers le 
Nord, en Scandinavie, en Sibérie, et dans l'Alaska, dans l'Amé- 
rique du Nord. Au-dessous des prairies alpines, on observe la 
zone subalpine avec les Rhododendrons ferrugineux et hirsute ; 
on retrouve plus bas sur les pentes des montagnes de l'Europe 
centrale la flore forestière, qui débute par la zone des Conifères. 

D'autres variations sont à mentionner dans le domaine forestier 




Edelweiss 
(Gnaphalium Leontopodium). 



tiques et Lichens. Quant aux pa- 
rasites, nous ne les connaissons 
que par le Gui et la Cuscute. 

Adaptation aux variations 
saisonnières. — Si nous nous 
arrêtons aux caractères de la végé- 
tation arborescente, qui constitue 
le fond de la végétation du do- 
maine forestier, on voit qu'ils dé- 
pendent à la fois du froid de 1 hiver 
et de la chaleur de l'été. Pendant 
l'hiver, l'arbre se dépouille, mais 
son tronc reste exposé aux intem- 
péries et son écorce épaissie, ru- 
gueuse, crevassée, est bien propre 
à supporter, grâce à sa couche 
épaisse de liège qui constitue un 
véritable matelas d'air, un abais- 
sement inusité de température. La 




Forêt de montagne dans l'Oberland. 



Cl. Wehrli. 



proprement dit. Quand une rivière traverse une région humide, 
non seulement les lianes peuvent devenir plus nombreuses, mais 
les épiphytes peuvent apparaître en petit nombre. Le long de la 
Trave, en Allemagne, les vieux Saules hébergent une flore adven- 
tice formée de plantes à graines légères transportées par le vent 
(Achillée millefeuille, Laiterons, Êpilobes, Rumex), ou à fruits 
charnus transportés par les oiseaux ou les autres animaux, comme 
les Fraisiers, les Chèvrefeuilles, etc. 

C'est là un fait très exceptionnel et très intéressant car, en règle, 
les épiphytes font presque complètement défaut dans les pays 
froids. Ils ne sont représentés que par quelques Mousses, Hépa- 



>•*• ^Smih.;.» \Ct. * tt 'fi", >. • .» 

*$' A ■' ' v v y\ *&\ '. t 



Les Crocus au printemps, en Suisse. 



Cl, A. Steiner 



82 



LES PLANTES 




La neige et le givre en forêt de montagne. 

protection des bourgeons est également efficace et les matières 
gommeuses et la résine qui les couvrent, 1 absence de stomates, sont 
évidemment propres à supprimer la transpiration en une saison où 
les racines ne fonctionnent pas, où la sève circule mal, et où toute 
cause qui tendrait à la mettre en mouvement porterait le plus grand 
trouble dans la plante. 

Si pendant l'hiver le végétal redoute toute cause qui produirait 
la' transpiration, il n'en est pas ainsi pendant l'été, et la délicatesse 
des feuilles ainsi qu'une série de particularités de leur structure 
sont bien en harmonie avec ces besoins. Ainsi donc, les arbres à 
feuilles caduques doivent concilier, pour ainsi dire, deux besoins 
opposés : transpirer beaucoup pendant l'été, transpirer très peu 
pendant l'hiver. Les arbres à feuilles persistantes, comme les Houx, 
les Conifères, ont un problème plus délicat à résoudre, car ils 
gardent leurs feuilles pendant l'hiver ; ils n'échappent à ce danger 
qu'en épaississant et en durcissant la cuticule, grâce à laquelle ces 
végétaux diminuent fortement la perte d'eau pendant l'arrêt de la 
végétation. Cependant, la présence de feuilles, même très étroites, 
pendant l'hiver, permet l'accumulation des neiges et du verglas, 

sous le poids des- 
quels les branches 
peuvent se rompre ; 
danger rendu mini- 
mum précisément 
par l'étroitesse des 
aiguilles foliaires. 

Le domaine fo- 
restier peut être en- 
vahi , non seule- 
ment par des espè- 
ces polaires dans 
les parties froides, 
mais aussi par les 
plantes de pays plus 
chauds : c'est la flore 
adventice ; on a si- 
gnalé, notamment, 
1 1 pour 100 d'espè- 
ces localisées surtout 
dans le domaine 
méditerranéen. 



Forêts aus- 
trales. — Il y a 
donc une harmonie 
marquée entre l'ar- 
bre et le milieu où 
il se développe, 
dans l'hémisphère 




nord. Les parties continentales de l'hémisphère 
sud, où des conditions semblables se rencon- 
trent, sont beaucoup plus restreintes et la zone 
forestière est limitée à la pointe sud de 1 Amé- 
rique du Sud. Ce sont surtout des Hêtres qui 
abondent dans cette contrée, mais, assez com- 
munément, ils ont des feuilles persistantes, 
particularité liée à l'étroitesse et à 1 extrême 
humidité de la pointe de l'Amérique du Sud, 
comprise entre deux grands Océans. A me- 
sure que l'on va plus au Nord, le climat de- 
vient plus sec et les Hêtres à feuilles caduques 
apparaissent : tel est le cas du Nothofagus pu- 
milio, représenté sur une photographie ci- 
contre ; on remarque, en l'examinant, qu'il y 
a un parasite sur les branches, mais qui est 
spécial à cette région : c'est le Myzodendron. 
On voit un certain nombre de Hêtres de la 
Terre de Feu s'avancer au Chili jusqu'à 35° 
de latitude : là on note un mélange d'espèces 
qui ont perdu leur feuillage persistant et 
d'autres qui l'ont gardé. Le Nothofagus obli- 
qua et le N. procera ont un feuillage caduc 
au Chili, tandis qu'ils sont toujours verts dans 
les forêts antarctiques. Une autre espèce, le 
N . Dombeyi, qui a ses feuilles toujours vertes 
dans les pays froids, garde ce caractère dans 
les régions plus tempérées. On conçoit égale- 
ment comment il peut arriver qu'une plante 
comme le N. antarctica, qui se dépouille de son feuillage au 
Chili, le perde également dans les forêts antarctiques. On explique 
ceci en disant que les arbres à feuilles persistantes ont leur centre 
de formation dans le Sud ; les espèces à feuilles caduques, leur 
centre de différenciation dans le Nord. 

Darwin a donné de l'aspect désolé des forêts de la Terre de Feu 
cette belle description : « Tout d'abord, c'est à peine si je puis faire 
quelques pas à cause des cataractes et des nombreux troncs d arbres 
tombés qui barrent le passage; mais le lit du torrent s'élargit bien- 
tôt, les inondations ayant emporté les bords. J'avance lentement 
pendant une heure en suivant les rives rugueuses et déchiquetées 
du torrent, mais la grandeur et la beauté du spectacle compensent 
bientôt toutes mes fatigues. La sombre profondeur du ravin concorde 
bien avec les preuves de violence que l'on remarque de toutes parts. 
De chaque côté, on voit des masses irrégulières de rochers et des 
arbres déracinés ; d'autres arbres, encore debout, sont pourris jus- 
qu'au cœur et prêts à tomber. Cette masse confuse d'arbres bien por- 
tants et d'arbres morts me rappelle les forêts des tropiques, et cepen- 
dant il y a une profonde différence : dans ces tristes solitudes, que 
je visite actuellement, la mort, au lieu de la vie, semble régner en 
souveraine. Le pays entier n'est qu'une énorme masse de rochers 
sauvages, de collines élevées, de forêts inutiles, le tout enveloppé de 
brouillards perpétuels et tourmenté de tempêtes incessantes. La terre 
habitable se compose uniquement des pierres du rivage. » Cette ci- 
tation est bien propre à faire comprendre quelle impression profonde 
certains types de la végétation peuvent faire sur l'esprit de l'homme ; 
elle met en lumière d'une façon saisissante l'action du climat. 



Vpgetaliombildtr. 

Hêtres de la Terre de Feu 

(Nothofagus pumilio) avec parasites 

(Myzodendron punctatum). 




Cl L. Gain. 
Arbres entraînés par un torrent, près Punta Arenas (Chili). 



LA VIE VÉGÉTALE 



83 



FLORE MÉDITERRANÉENNE 

Climat, caractères généraux de la flore. — Les bords 
de la Méditerranée sont caractérisés par un climat marin très spé- 
cial et très doux, qui diffère notablement de celui des contrées 
septentrionales de l'Europe; il se distingue par la brièveté de 
l'hiver, où le froid n'est, en général, pas persistant, sauf dans les 
pays montagneux, et par les pluies qui y sont fréquentes; la période 
chaude dure de huit à dix mois et la saison très chaude souvent 
de trois à cinq, et sans pluies. A ce domaine floral se rattachent 
trois régions assez distinctes : I " les îles et les côtes de l'Atlan- 
tique, les Açores et les Canaries qui, par suite de l'influence de 
la mer, ont un climat beaucoup plus uniforme ; 2° la zone médi- 
terranéenne proprement dite, qui comprend tout le pourtour de la 
Méditerranée; 3° la région qui s'étend à l'est de Damas, où les 
pluies sont beaucoup plus faibles (20 centimètres par an) : ce sont 
les steppes de l'Iran, qui font passage aux steppes de l'Asie centrale. 
Cet ensemble constitue un domaine très riche, avec 7 000 plantes 
vasculaires, dont 4 200 sont propres à cette région. 

C'est le pays des plantes ligneuses de pays secs et toujours 
vertes; c'est la patrie de l'Olivier, de l'Oranger, du Laurier, du 
Chêne-liège, du Grenadier. Le Palmier nain ou Chamaerops croît 
spontanément à Nice et correspond à la limite nord de la famille 
des Palmiers en Europe (44°). 

Les caractères de la végétation sont partout les mêmes : les arbres 
ne sont pas en général très élevés ; leur tige est massive, leurs 
branches noueuses; leurs feuilles sont, d'ordinaire, fermes, entières, 
lancéolées ou linéaires, quelquefois très étroites, comme celles des 
Bruyères arborescentes. Les plantes tout à fait charnues, succulentes, 
sans feuilles, sont rares et, s'il y a quelques Cactées, ce sont des 
plantes souvent acclimatées, comme les Opuntia ou Figuiersde Bar- 
barie, qui sont d'origine américaine et propagées partout. Les lianes 
ligneuses à tige toujours mince n'abondent pas; les lianes herbacées 
sont, au contraire, plus répandues. Les plantes dressées herbacées 
sont rares et n'offrent rien de bien caractéristique. Les Mousses 
et les Lichens, sur l'écorce des arbres, manquent presque complè- 
tement, ainsi que les épiphytes appartenant aux Phanérogames. 

La végétation est interrompue deux fois, d'une manière irrégu- 
lière : par le froid de l'hiver et par la sécheresse de l'été, et il n'y 
a que de courtes périodes pendant lesquelles se rencontrent à la 
fois les conditions optimales de température et d'humidité ; en 
général, il y a séparation de ces deux facteurs. 

Maquis, garrigue. — Le nombre des arbrisseaux toujours 
verts est considérable, et les buissons, qui constituent ce qu'on 
appelle le maquis, sont certainement les plantes les plus caracté- 
ristiques de cette flore. Là prédominent les Arbousiers, qui sont 
parés simultanément de leurs fleurs et de leurs fruits rouges et 
hérissés de petites aspérités qu'on a comparées, un peu à tort, à des 
fraises ; là, se rencontrent le Pistachier Lentisque, les Bonnets d'évê- 
ques, les Bruyères arborescentes, Daphnés, Cistes, Oxyrides, etc. 




Bois d'Oliviers aux environs de Rome. 



Le maquis proprement dit, dont on a une bonne idée en Corse, 
où il sert de refuge aux réfractaires à la loi, se rencontre surtout 
sur terrain siliceux. On le considère comme le sous-bois de forêts 
primitives qui ont disparu, sauf en quelques régions. C'est sur ce 
sol siliceux que l'on rencontre, dans le sud de la France, le Chêne- 
liège et le Pin d'Alep. Le Pin Pignon se rencontre çà et là sur 
terrain sablonneux ; le Pin Laricio est aussi une espèce caracté- 
ristique de la flore méditerranéenne. Le maquis s'étend quelquefois 
sur de très vastes espaces, avec une constitution très monotone : 
en Espagne, il est formé de Cistes; ailleurs, dans l'est de l'Europe, 
de Pistachiers Lentisques. 

Dans les garrigues, qui s'observent dans le midi de la France, 
la végétation est plus basse encore et se développe surtout sur le 
terrain calcaire ; là encore, on y voit les restes de forêts où le 
Chêne-Houx et le Pin d'Alep prédominaient. Le type principal 
de végétation est celui dont l'Olivier nous fournit un exemple im- 
portant. Arbuste à l'état sauvage, en Orient, il est devenu par la 
culture dans tout le bassin méditerranéen un arbre massif, à tige 
ramifiée à une faible hauteur, à branches noueuses, à écorce épaisse, 
profondément fendue; il est caractérisé surtout par ses feuilles 
dures, petites, étroites, entières, à bords recourbés, qui, au-dessus, 
sont pileuses d'une manière éparse et d'un vert mat, mais qui, en 
dessous, ont des poils écailleux et un aspect argenté brillant. Ce 
type à feuilles dures entières se retrouve dans beaucoup d'autres 
plantes, dans les Chênes notamment, comme le Chêne-Houx, le 
Chêne-liège. 

Les feuilles sont un peu plus grandes et verticillées dans le 
Laurier-rose et opposées dans les Lauriers, qui croissent aux Cana- 



i 







il 






Cl. F. Faideau. 
Opuntia inonacantha (Monaco). 




Vegetatioiisbilder, 
Chamœrops humilis et Pistacia Lcniisctts (Garrigues des Baléares). 



84 



LES PLANTES 






Pin Laricio (Corse), 



Eremurus spectabilis (Espagne). 



Cl. Faber. 
Cyprès à gros fruits (Californie). 



ries. Aux îles Madère et aux Canaries, un arbre bien caracté- 
ristique est le Dragonnier. 

Une autre plante typique du maquis est le Myrte commun, 
avec ses petites feuilles raides. Ces limbes étroits aromatiques se 
rencontrent aussi dans le Romarin officinal, la Lavande, le Thym 
vulgaire. Les feuilles presque en aiguilles sont caractéristiques des 
Bruyères, parmi lesquelles on peut signaler la Bruyère en arbre, 
la Bruyère de Portugal, etc. Un type rare est, au contraire, celui 
à feuilles composées pennées que l'on rencontre dans le Pistachier 
Lentisque. Comme plante grimpante par des vrilles stipulaires, on 
peut citer le Smilax âpre, aux feuilles persistantes et dures. 

Enfin, la région méditerranéenne est extrêmement riche en 
plantes bulbeuses et tuberculeuses : c'est le royaume des Tulipes, 
des Narcisses, des Asphodèles, des Eremurus, des Muscari, des 
Glaïeuls, des Anémones. Là aussi abondent les Ophrys, les 
Orchis, les Arum ou Gouets. 

Parmi les représentants d'un autre domaine, on peut rencontrer 
par exemple les Peupliers, les Frênes et autres arbres à feuilles 
caduques, qui s'observent seulement dans le voisinage de 1 eau et 
dans un sol toujours humide ; les Châtaigniers se montrent dans 
les contrées un peu montagneuses, au-dessus de l'Olivier. 

Les Graminées annuelles abondent, tandis que les vivaces, très 
répandues dans le domaine forestier, sont ici assez rares. 

Flore de Californie. — Le nord de la Californie forme une 
région dont le climat est très analogue à celui du domaine médi- 
terranéen dans la zone maritime ; on y trouve un hiver doux, des 
pluies assez abondantes, en février, et surtout les courants marins 
du Pacifique, venant du Nord, empêchant l'été d'être trop ardent. 




Pins pignons de la pineta de Ravenne. 



C'est une contrée beaucoup plus restreinte que la région méditer- 
ranéenne ; aussi ne devons-nous pas nous étonner d'apprendre 
qu'elle ne comprend que mille espèces vasculaires spéciales. 

Les buissons toujours verts y prédominent, au milieu desquels 
s'élèvent des arbres rares et isolés. Parmi les plus importants de 
ces derniers, on peut citer le Chêne à écailles dorées. Là encore 
dominent ces plantes toujours vertes, à feuilles dures, entières ou à 
dents épineuses au bord, comme le Prunier à feuilles de houx, 
qui se rencontre sur les collines; les Ceanothus cuneatus, buissons 
de 2 mètres de haut, à fleurs blanches ou bleues en glomérules 
allongés denses. Les plantes grasses sont ici plus abondantes que 
d'ordinaire dans les domaines semblables et elles sont représentées 
par diverses Cactées. 

Sur les pentes des régions montagneuses, là où les pluies devien- 
nent plus abondantes, le sol se couvre de hautes forêts qui sont 
formées principalement de l'arbre au bois rouge ou Séquoier tou- 
jours vert, l'arbre Mammouth, ou d'un autre type analogue, le 
W ellingtonie gigantesque, dont l'aire est plus restreinte que celle 
de la précédente espèce ; le sous-bois est composé de buissons à 
feuillage dur. Près de la mer, à San Francisco, dans les endroits 
découverts et très ensoleillés, se développe au milieu des rochers 
le Cyprès à gros fruits. 

L'on désigne au Texas, sous le nom de chaparals, des prairies 
avec des buissons épineux. Parmi les plantes de cette région, on 
peut citer le Noyer nain, le Cercis occidental. 

Dans un domaine qui s'étend sur de vastes territoires, il y a 
nécessairement des variations secondaires de climats. A côté des 
arbrisseaux à feuilles persistantes, il peut s'en rencontrer d'autres à 
feuilles caduques. Il peut y avoir des passages aux steppes, et les 
buissons épineux, les Salsolacées, les herbes vivaces et les plantes 
bulbeuses abondent. Si la contrée est arrosée par des pluies plus 
abondantes, les herbages à Graminées annuelles se multiplient, avec 
les Labiées et Composées odorantes et aromatiques. 

Flore du Chili. — Dans l'Amérique du Sud, au Chili, on 
retrouve une flore homologue des deux précédentes; cela se con- 
çoit, car le climat est tout à fait comparable à celui de l'Espagne 
méridionale ou de la Sicile : cette similitude des conditions am- 
biantes se manifeste d'ailleurs par la facile acclimatation des plantes 
de la région méditerranéenne, comme l'Olivier, l'Oranger, etc. 
Un Palmier, le jubéa remarquable, est à mentionner, car c'est 
l'espèce qui correspond à la limite méridionale de la famille des 
Palmiers dans l'Amérique du Sud (37° de latitude australe). Il y 
a un certain nombre d'épiphytes dans la flore chilienne, notam- 
ment des Broméliacées et des Orchidées. On y trouve des Com- 
posées arborescentes et quelques Cactées. Ces dernières particu- 
larités tiennent évidemment à la forme du continent, dont les 
montagnes, orientées parallèlement à l'Océan, permettent 1 exten- 
sion au loin des espèces désertiques et épiphytes. Il y a lieu de 
remarquer les affinités de la flore littorale chilienne avec la flore 
littorale californienne; certaines espèces sont mêmes identiques 
dans les deux régions : Acène pinnatifide, Collomie grêle. 








HOTEL DANS UNE FORÊT DE SEQUOIA GIGANTEA (CALIFORNIE). 



CI. Uuderwood. 



PLANTES. — 7 



LA VIE VÉGÉTALE 



85 





Protea argenté du Cap. 



Paysage patagonien : Jubées remarquables. 



Yegetationsbilder. 



Flore du Cap. — Comme la flore du Chili correspond, en 
Amérique, à celle de la Californie, de même, en Afrique, celle 
du Cap présente de grandes ressemblances avec celle de 1 Afrique 
du Nord ou méditerranéenne. C'est une contrée d'une extrême 
richesse, qui renferme de très nombreuses plantes ornementales : 
on y compte huit mille espèces, dont beaucoup ont été introduites 
dans les jardins : Pélargonium, Bégonia, etc. 

Ce qui la caractérise, c'est la prédominance des Bruyères en 
arbre et des plantes arborescentes rappelant les Myrtes et les Lau- 
riers. Les affinités du nord et du sud de l'Afrique se trahissent, 
au point de vue de la végétation, par la présence d'un certain 
nombre de genres : Othonna, Hélichryse, communs à ces deux 
contrées. Il y a, d'ailleurs, d'autres affinités se manifestant avec la 
flore de l'Afrique tropicale, en particulier avec celle de Natal. 
D'autre part, il y a une analogie frappante avec la flore de l'Australie 
méridionale, et la présence d'une Protéacée, le Protea argenté, 
manifeste bien cette particularité, car cette famille est surtout 
abondamment représentée dans la grande île océanienne. 

Flore sino-japonaise. — Il est enfin une dernière flore qui 
doit être mentionnée à côté de celles qui précèdent, c est la végé- 
tation du Japon et de la Chine orientale. Le climat, cependant, 
présente certaines particularités qu'il ne faut pas négliger de signaler ; 
il contribue à donner à la flore sino-japonaise des caractères un peu 
spéciaux : l'hiver est plus froid, surtout dans le Nord, de sorte 
qu'à certains égards ce domaine floral est intermédiaire entre la 
zone forestière et la zone méditerranéenne. D'autre part, la partie 
méridionale de ces contrées confine à des régions tout à fait 



chaudes et il n'y a pas lieu de s'étonner qu'on puisse observer des 
passages à la flore tropicale. Les différences avec la flore méditer- 
ranéenne s accusent, notamment dans la comparaison des régions 
forestières : les espèces ligneuses représentent la moitié de la flore 
sino-japonaise, tandis qu'elles constituent seulement le cinquième 
de la flore méditerranéenne. 

Les Gymnospermes sont particulièrement abondantes : non seu- 
lement il faut citer des Pins spéciaux (Pins chinois, de Bunge), 
mais aussi le Sciadopite verticillé, le Podocarpe de Chine et sur- 
tout le Ginkgo bilobé. Les Cycadées peuvent y prospérer, par 
exemple le Cycas révoluté et autres. 

Les plantes Angiospermes sont nombreuses, avec beaucoup d'es- 
pèces à feuillage caduc appartenant à des genres bien connus dans 
les forêts de l'Europe : Hêtre de Siebold, Châtaignier japo- 
nais. Érables, Frênes, Tilleuls, etc. ; il y a aussi des Planera, 
Platycarya, Carya, un grand nombre de Légumineuses et de Ro- 
sacées en arbres. 

A côté de cette végétation forestière, on y observe un grand 
nombre d'espèces dont le port est celui du Laurier et rappelle 
tout à fait la végétation méditerranéenne : le Camellia du Japon 
et l'arbre à Thé, le Cinnamome camphrier, le Néphèle Litchi, 
l'Aucuba du Japon, la Ketmie rose de Chine, le Broussonetia à 
papier ou arbre à papier, l'Aleurite à laque. 

Les affinités avec la végétation tropicale s'accusent, surtout dans 
les parties méridionales du domaine sino-japonais, par la présence 
d'un certain nombre de Palmiers et de Graminées arborescentes 
ou Bambous. Les ressemblances de cette flore avec celle du do- 
maine méditerranéen se montrent aussi avec celle de la Californie. 





SSk 



Cycas révolutés à Sakaï (Japon). 



Chênes dorés de Californie. 



LES PLANTES 



86 

JÊBÊgBSÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊ 



LES PLANTES 







Dunes mobiles de la région de l'Amu Darja. 



Vegetationsbilder. 



LE DÉSERT ET LES STEPPES 

Un autre aspect du globe, et non des moins importants, est celui 
du désert, dont le Sahara africain est le type le plus remarquable et 
le plus étendu. Des régions désertiques se rencontrent en plusieurs 
autres parties du monde : le sud de l'Afrique nous offre le désert 
de Kalahari, caractérisé parle Welwitschia ; en Asie, nous avons 
le désert de Gobi, du centre de la Chine, et le désert transcaspien, 
où il y a une région salée; enfin, l'Arabie. Le centre de l'Aus- 
tralie est aussi une région désertique; l'Amérique renferme égale- 
ment des déserts : d'abord, entre la sierra Nevada et les montagnes 
Rocheuses, l'Utah (avec une région à sel), l'Arizona, le sud de 
la Californie, puis la région désolée que l'on rencontre entre le 
Pérou et le nord du Chili. 

Climat. — Dans tous ces pays, les pluies sont toujours très 
faibles et l'eau tombée annuellement ne dépasse pas 30 centimètres ; 
c est ainsi qu'à Copiapo, au Chili, on peut récolter 1 centimètre 
d'eau par an ; 6 centimètres dans l'Arizona ; 5 centimètres à 
Aden. Dans le Sahara, les pluies sont irrégulières ; c'est surtout au 
printemps qu'elles prédominent. Le maximum d'humidité se mani- 
feste en été en Australie, tandis qu'il a lieu en automne au Chili. 




Fig. 112. — Plantes caractéristiques des déserts et des steppes. 

A, Ziîîa spinosa ; B, Saxaoul (Haloxylon Hammodendrum) ; 

C. Alhagi Maurorum ; D, Buffalo-Grass (Buchloe); E, Aizoon des Canaries. 



Les quantités d'eau tombées au Caire, par exemple, sont les 
suivantes pour deux années consécutives d'observations : 

Report 
Juillet . . 
Août. 



Janvier. 
Février 

Mars. . 
Avril. . 
M 



6,4 cm. 

. 8,3 — 

. 1,6 — 

, . 0,5 — 

, . 0,0 — 

Juin 0.0 — 



A reporter. 



3,9 cm. 
4.4 — 
0,0 — 

6,2 — 

11,2 — 

1,2 — 



16.8 cm. 26,9 cm. 



Septembre 
Octobre . 
Novembre 
Décembre 

Total 



16,8 cm. 


26,9 cm. 


0.0 - 


0,0 - 


0,0 — 


0,0 - 


0.0 — 


0,0 — 


0.0 — 


0.0 - 


0.1 — 


10.8 — 


5.2 — 


4.8 — 



22, 1 cm. 42,5 cm. 



C'est la quantité d'eau de pluie qui caractérise surtout ce climat : 
la sécheresse est parfois si grande que les lèvres se gercent, les 
ongles cassent comme du verre, les miroirs éclatent sous la pression 
de leur cadre. Les variations de température sont relativement 
étendues : elles atteignent plus de 50°. 

Caractères de la végétation. — Le tableau précédent 
nous montre qu'au début de l'année les pluies sont assez fréquen- 
tes et il en résulte l'apparition d'une flore éphémère ou flore plu- 
viale, qui disparaît peu après. Cette première végétation printanière 
est en partie formée de plantes annuelles qui ont une évolution 
rapide, qui fleurissent en peu de temps, donnent des graines et 
meurent dès que la période sèche commence. Telle est notamment 
la fameuse Rose de Jéricho (Anastalica de Jéricho), qui est sus- 
ceptible, quand arrive la sécheresse, de se contracter en boule, mais 
sans rouler au loin dans le désert comme on le dit souvent, car 
elle est fixée par sa racine; elle s'étale en projetant ses graines 
quand arrive la pluie; aussi se développe-t-elle avec une rapidité 
merveilleuse quand la saison est favorable. 

Dans aucune espèce du premier printemps, ni dans le Malcomia 
œayptiaca, ni dans le Matthiole livide, ni dans les Astragales, 
Composées, Borraginacées, Graminées, qui fleurissent avec promp- 
titude à ce début de l'année, on ne voit apparaître aucun caractère 
indiquant une adaptation au climat sec. Ce sont simplement des 
espèces quelconques qui conviennent à ces régions par leur évolution 
rapide et qui réussissent, parce qu'elles peuvent fleurir et fructifier 
dans le minimum de temps. Évidemment ces espèces intéressent à ce 
point de vue l'horticulteur et, parmi elles, un certain nombre peuvent 
figurer dans les jardins où l'on désire avoir une floraison prompte. 

A côté de ce premier groupe de végétaux, il y a à mentionner 
ceux qui, bien qu'annuels, durent un peu plus longtemps, mais 
qui sont nettement accommodés à la sécheresse : la Ficoïde cristal- 
line, l'Aizoon des Canaries (fig. 1 12, E), les Paronychiées,les Ré- 
sédacées, les Crucifères. Il y a aussi quelques Dicotylédones per- 
sistantes, des Héliotropes, des Érodium et quelques plantes 
bulbeuses : par exemple, dans le Sahara égyptien, le Pancratium 
de Sickenberg, l'Urgine ondulé, l'Ail de Cramer, etc. 

Sans doute ce n'est pas seulement à cette flore printanière que 
servent les pluies du début de l'année, mais aussi aux végétaux 



LA VIE VÉGÉTALE 



87 




Cl. Diguct. 

Pereskopuntia caliendriniœfolia (Mexique). 



Cl. Digue 

Echinocactus Digueti (Mexique). 



Yucca valida (Mexique). 



Cl. Diguet. 



qui persistent et qui ont contre la sécheresse des moyens de défense 
qui n'existent pas dans la flore du début de l'année. Aussi les 
parties souterraines n'offrent aucun caractère particulier dans ces 
dernières espèces, tandis que, pour les formes durables, les racines 
acquièrent des dimensions considérables : c'est que ces plantes, 
ne trouvant plus l'humidité à la surface du sol, sont obligées d'aller 
la chercher dans les profondeurs (20 mètres parfois). Il n'est pas 
rare dans les Acaciées, d'après Schweinfurth, que la racine ait 
vingt fois la longueur de la partie aérienne. Une plante haute 
comme la main aura une racine de 1 m , 50 à 2 mètres. Il y a, en 
outre, une série d'autres caractères qui permettent à ces plantes 
de résister là où d'autres espèces péricliteraient inévitablement ; 
un grand nombre d'entre elles notamment ne sont pourvues de 
feuilles que pendant la période des pluies printanières. 

Si l'on examine la végétation dans son ensemble, on voit qu'elle 
est formée d'individus épars; ce sont de petits buissons qui, à un 
examen superficiel, se ressemblent complètement. Il faut regarder 
de près les feuilles quand elles existent, et surtout les fleurs, pour 
distinguer, par exemple, une Légumineuse d'une Zygophyllée; 
un sous-buisson étalé sur le sol d'une Armoise ou d'un Tamaris, 
espèce qui apparaîtra surtout sur le sol sablonneux des ruisseaux 
desséchés, représentant ainsi la flore aquatique. 

Cette similitude qui se manifeste entre toutes ces plantes se 
traduira, par exemple, dans les types épineux formant, dans le 
Sahara égyptien, des buissons arrondis de I mètre de haut et qui 
n'auront pas de feuilles : dans un Zille myagroide, dans les 
Astragales épineux, dans les Acacias tordus qui forment presque 
des petits arbres. L'Alhagi des Maures (fig. 1 1 2, C) est épineux, mais 
pourvu de petites feuilles ; les piquants sont si acérés que la plante 



ne redoute pas l'attaque des ruminants. Ailleurs, quand les feuilles 
existent, pour atténuer les effets de la transpiration, ces organes 
sont couverts de poils filamenteux, comme chez le Liseron laineux 
et diverses Labiées. Certaines espèces sécrètent des sels déliques- 
cents qui, pendant la nuit, attirent la vapeur d'eau et la condensent, 
même quand il y en a très peu. L'Arroche halime est couvert de 
poils renflés qui, par leur provision d'eau, permettent à cette espèce 
de demeurer verte par la plus forte sécheresse. Le même résultat 
est atteint par les Salsolacées à l'aide de tissu aquifère. 

Flores désertiques spéciales. — Chaque région déserti- 
que a ses plantes caractéristiques et souvent étranges. Le sud de 
l'Afrique (Kalahari) et l'Angola ont la Welwitschie admirable ou 
Tumba, découverte en 1860 par Welwitsch, à Mossamèdes : c'est 
une Gymnosperme à grosse racine qui n'a que deux feuilles insé- 
rées l'une en face de l'autre sur une grosse tige, au-dessus des 
cotylédons, et qui peut vivre plus de cent ans sans engendrer 
d'autres feuilles; il est vrai que la base des feuilles se renouvelle 
constamment pendant que l'extrémité se dilacère et se détruit. 

Une autre région de caractère désertique ou de steppe est celle 
qui s'observe entre le Kilimandjaro et la côte africaine orientale, 
riche en plantes succulentes comme l'Euphorbe Turicalli, et autres 
Euphorbes qui ressemblent à des Cactées ; une Asclépiadée pré- 
sente également le même phénomène de convergence : c'est la 
Stapélie carallume. C'est à cette région qu'appartiennent une série 
de plantes bizarres par leurs tiges tuberculeuses, par leurs branches 
épin8uses, comme l'Adénie globuleuse ou le Pyrénacanthe à feuille 
de mauve. Mentionnons au Sénégal les Baobabs. 

Il y a dans l'Amérique du Nord plusieurs contrées (nord du 









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Un Baobab dans le Cayor (Sénégal). 



Nopals de la sierra Tlaljujalma (Mexique). 



Cl. Diguct. 



LES PLANTES 




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Cl. Soler. 



Corbeille de Nefta (Oasis tunisienne). 



Eriodendron Samauma (Brésil). 



Mexique, Basse Californie, Texas, Arizona) très sèches, qui de- 
puis longtemps ont été l'objet des études culturales des anciens 
Mexicains, qui y ont rassemblé un grand nombre de Cactées intéres- 
santes au point de vue de la culture fruitière (ce sont les Cierges) 
et au point de vue de l'utilisation des pays privés d'eau. On y ren- 
contre les Nopals, aussi les P eresk.opuntia ou Peresk.ii, les Echino- 
cactus, les Mamillaires. En Basse Californie, on doit mentionner 
les Yucca, notamment le Yucca valide et le Yucca de Trécul. 

Au milieu des immensités désertiques et arides, on rencontre 
parfois des îlots de verdure : ce sont les oasis du sud de l'Algérie, 
par exemple, ou de la Tunisie ; la richesse relative de végétation 
tient à la présence de sources qui sortent du sol en ces points. 

Steppes. — Un autre type de paysage que nous ne pouvons 
omettre est celui auquel se rattachent les steppes de la Russie, de 
l'Asie centrale et de la Perse, les prairies du sud des Etats-Unis, 
les pampas de l'Amérique du Sud, de la République argentine 
et de la Patagonie. Ce qui caractérise ces régions, c'est leur aspect 
monotone de végétation basse et herbacée ; on n'y observe presque 
jamais d'arbre, jamais aucun buisson, bien que beaucoup de plan- 
tes soient un peu lignifiées à la base; les forêts manquent complè- 
tement. Par conséquent, cette zone florale se différencie avec la 
plus grande netteté, à la fois de la zone forestière et de la zone 
méditerranéenne et de ses analogues. 

Le climat de ces contrées est assez sec et il est un terme de 
transition vers celui des déserts. Il y a même deux stades très carac- 
térisés dans ces étapes, suivant qu'il y a lieu de distinguer les step- 
pes simples et les steppes salées. Dans ces dernières, les dangers 
qui résultent de la transpiration pour les plantes deviennent beau- 
coup plus grands, car l'accumulation de substances salines dans 
les cellules végétales peut en amener la mort. Les steppes salées 
s'étendent sur de vastes espaces dans le Turkestan. C'est laque se 
rencontrent un certain nombre de Salsolacées ou Chénopodiacées 
caractéristiques, entre autres notamment la Saxaoul (fig. 112, B), 
arbre informe ressemblant à une sorte de Saule têtard tout à fait 
tuberculeux, et qui ne peut donner qu'une ombre très faible, parce 



qu'il n'a pas de feuilles; ses branches portent à la base des fruits 
roses, ainsi que Sorokine l'a décrit dans le Kizil-Koum; il se 
montre même là où il n'y a pas d'eau, comme dans ces dunes 
mobiles d'Amu Darja que reproduit notre gravure. 

Dans les steppes ordinaires, les Graminées prédominent : parmi les 
plantes caractéristiques du sud de la Russie, on peut citer le Stipa 
pennata. L'Herbe des buffles ou Buffalo-grass (Buchloe dactylis 
ou Bulbilis, fig. 1 12, D) est typique des prairies du sud des Etats- 
Unis. Pendant l'hiver, la steppe est desséchée, ce qui n arrive pas 
pour la prairie. Les plantes annuelles sont nombreuses ; elles ont 
des feuilles molles et mûrissent leurs graines pendant la période 
humide. Les plantes bulbeuses abondent, car ces végétaux trouvent 
un abri dans le sol quand la sécheresse sévit. Les herbes vivaces 
communes sont dures, un peu ligneuses ; les feuilles sont couvertes 
de poils, ou coriaces, ce qui leur permet de supporter sans graves 
inconvénients une saison sans pluies. 

Lorsque les plantes ligneuses, qui sont rares, se multiplient, 
la steppe passe à la saoane. En général, les arbrisseaux, quand ils 
existent, sont épineux ; il y a beaucoup d'Astragales, de Tamaris, 
de Zygophyllées. On y trouve même certains Palmiers et quel- 
ques grands arbres, comme l'Eriodendron Samauma (au Brésil). 

Cette flore des steppes peut avoir des représentants en dehors de 
son domaine propre. On retrouve des steppes salées au centre de 
l'Espagne, et sur 376 espèces de ces régions appartenant à 54 fa- 
milles, ce sont les Composées, les Salsolacées, les Graminées et les 
Plombaginées qui prédominent : cette flore spéciale est formée 
d un tiers de plantes annuelles, de deux tiers de plantes vivaces. 

L'étude des contrées désertiques offre un intérêt tout spécial 
pour la France qui a dans ses colonies des surfaces immenses ren- 
trant dans ce type de végétation (Algérie, Sahara, sud de Mada- 
gascar). Aussi pour notre pays l'étude de la civilisation mexicaine 
qui a su utiliser un grand nombre de plantes grasses (Cierges à fruits, 
Nopals à cochenille) présente un puissant intérêt. Le voyageur 
Diguet a contribué à faire connaître ces plantes. 

Une végétation analogue se retrouve d'ailleurs autour des étangs 
salés et dans les régions les plus proches du bord de la mer. 




Arboretuni Ama/.onicam. 



Savane avec palmiers Mauritia (Brésil). 



LA VIE VEGETALE 



89 




Végétation tropicale aux environs de Konakry. — A, Fromager ; B, Bananiers ; C, C, Palmiers à huile : D, D, Papayers. 



FLORE TROPICALE 

Le climat. — On serait tenté de penser 



excessive dans les contrées tropicales ; 
tures qu on y observe ne sont pas 
plus élevées que dans nos pays sep- 
tentrionaux en été : 30° à 33", tem- 
pératures moyennes de Java, de Cey- 
Ian, de Singapour. Ce qui caracté- 
rise donc les chaleurs tropicales, ce 
ne sont pas les hautes températures, 
mais leur constance. A Java ( Batavia) 
la différence entre la moyenne du 
mois le plus chaud et le mois le 
plus froid est de 1"; quant aux va- 
riations extrêmes, elles sont de 9", 2 
(par exemple, 20°, 9, température la 
plus basse, et 30°, I, température la 
plus haute). 

Si l'on ne tenait donc compte que 
de la température, le climat serait 
très uniforme; les grandes variations 
viennent de la répartition des pluies. 
En général, l'eau tombe abondam- 
ment chaque jour, et à Java, pen- 
dant le mois de janvier, il tombe, 
en moyenne, 475 millimètres d'eau; 
il y a donc une époque où les pluies 
sont très abondantes. Au mois d'août, 
qui correspond à ce que l'on appelle 
la mousson sèche, on peut encore 
récolter 275 millimètres d'eau par 
mois, ce qui indique qu'il pleut en- 
core beaucoup pendant cette saison, 
qui s oppose à la période des pluies. 
Java (Buitenzorg notamment) est 
d'ailleurs un des points du globe où 



fait, 



que la chaleur est 
les hautes tempéra- 




Un défrichement au Siam. 



il pleut le plus. Dans beaucoup de contrées tropicales, la diffé- 
rence entre la saison humide et la saison sèche est plus accusée. 
Au Brésil, dans l'Etat de Minas Geraës par exemple, la période 
des pluies s'étend d'octobre à mars, surtout de novembre à janvier, 

et il pleut abondamment de neuf à 
vingt jours par mois; d'avril jusqu'en 
septembre, la sécheresse est, au 
contraire, prédominante. 

Forêt vierge. — Le climat dont 
nous venons de préciser brièvement 
les caractères a une influence pro- 
fonde sur la végétation ; une chaleur 
uniforme accompagnée de pluies 
abondantes entraîne inévitablement 
un pullulement extraordinaire de la 
vie végétale et amène la formation 
de ce que l'on a appelé les forêts 
vierges, qui ont si profondément im- 
pressionné tous les voyageurs. La 
lutte pour l'existence, et surtout pour 
la place, y est tout à fait intense, et 
Stanley a pu dire avec juste raison 
que la forêt tropicale est si pleine 
que « si le sommet était plan, il se- 
rait facile de faire route par-dessus ». 
La puissance de cette végétation est 
extraordinaire ; elle recouvre en quel- 
ques années les espaces défrichés par 
1 homme, puis laissés incultes, les 
monuments abandonnés. La forêt 
tropicale se compose de quatre par- 
ties principales : 1° les arbres; 2° le 
sous-bois; 3° les lianes; 4° les épi- 
phytes et les parasites. 

Etudions d'abord les deux pre- 
mières parties qui constituent la 



LES PLANTES 



90 



LES PLANTES 




Cl. Waite. 

Oreodoxa regia (Mexique). 



Cl. Alluaud. 
Cocotier des iles Seychelles. 



Arbre à pain (Madagascar). 



forêt proprement dite. Les arbres affectent une architecture assez 
particulière, qui est l'indice de la lutte intense pour la lumière. La 
ramification, quand elle se produit pour eux, est accompagnée fré- 
quemment de redressement des branches parallèlement au tronc 
f>rincipal, de manière à former une sorte de candélabre. Ailleurs, 
es rameaux se produisent à une grande hauteur sur le tronc prin- 
cipal, et les branches, en petit nombre, s'étalent obliquement, seu- 
lement vers la partie supérieure, affectant la forme d'un parasol. 
Enfin les ramifications peuvent avorter complètement et on a des 
arbres dont la tige reste simple : c'est le cas des Palmiers (sauf le 
Doum ou Hyphœne, qui se ramifie exceptionnellement une fois), 
des Fougères arborescentes et des Cycadées, qui contribuent à 
donner à la végétation des tropiques son aspect caractéristique. 

L'énumération des Palmiers que l'on rencontre dans la région 
tropicale est impossible, car il faudrait dénombrer la plus grande 
partie de cette famille considérable. Mentionnons cependant les types 
à feuilles en éventail, comme le Rondier dans l'Inde; d'autres à 
feuilles pennées, comme les Elaeis de Guinée, qui abondent en 
Afrique, ainsi que le Raphia vinifère. En Asie, on peut citer 
l'Arec cachou, le Métroxyle de Rumph, qui fournit le sagou. En 
Amérique, on peut observer le Mauritie vinifère, qui joue un rôle 
économique important; le Céroxylon andicole, les Oreodoxa, le 
Lodoicea (ou Cocotier) des Seychelles. 

Les Vaquois et types voisins sont également représentés dans 
toutes les flores des tropiques ; ils ramifient très peu leur tige en 
fourche : en Asie, c'est le Vaquois de Java ; en Afrique, c'est le 
Vaquois candélabre. En Amérique, la famille des Pandanées, à 
laquelle appartiennent les plantes précédentes, est remplacée par 
le Carludovice palmé, qui a tout à fait l'aspect d'un Palmier, 
quoique d'une petite famille très distincte, celle des Cyclanthacées. 




Vaquois (Pandanus utilis), dans l'Ile de la Réunion. 



Les Cycadées ont aussi le port des Palmiers : Cycas d Asie, 
Zamies d'Afrique et des Antilles, Cératozamies du Mexique. 
Parmi les Fougères arborescentes, on peut mentionner les Also- 
philes, les Cyathées, etc. 

Un point essentiel à noter à l'occasion de ces forêts, c'est 1 ex- 
trême variété des essences que l'on y observe. Il est très rare de 
rencontrer des régions où l'on ne voit que des individus apparte- 
nant tous à la même espèce comme dans les pays du Nord. Aussi 
l'inventaire des richesses forestières d'un pays représente-t-il un 
travail énorme, rendu très compliqué par la difficulté d'atteindre 
chaque arbre et de se procurer, en temps opportun, des fleurs et 
des fruits pour sa détermination. Ce travail commence seulement à 
être mené à bien à Java, pays où la botanique est étudiée avec 
ardeur depuis cent ans; on s'explique ainsi pourquoi la Flore 
forestière de V Indo-Chine est restée inachevée par suite de la 
mort de son auteur; ce travail a été repris par M. Lecomte. 

Parmi les arbres les plus célèbres des régions chaudes, on peut 
citer les Arbres à pain et le Jacquier, le Kolatier, les Papayers ; 
les Bananiers sont aussi des types très caractéristiques. Parmi les 
formes arborescentes les plus répandues, on peut nommer beaucoup 
de Légumineuses et surtout de Mimosées; en Asie et dans les 
îles de la Sonde, on rencontre des Albizzies, les Indigotiers, les 
Casses, les Hématoxyles de Campêche, les Figuiers, etc. Les 
Liliacées et les Amaryllidées arborescentes sont également célè- 
bres : Dragonniers, Dasylirions, Fourcroyers, Barbacenies, etc. 

Les arbres peuvent atteindre de très grandes tailles, et les Ra- 
samala ou Altingies que l'on rencontre à Java sont hauts comme 
des tours (60 mètres de haut). On conçoit que de pareils colosses, 
exposés aux tourmentes, aient besoin pour soutenir leur base de 
ces contreforts que nous avons désignés sous le nom de racines- 
palettes. Les Fromagers ou Eriodendrons 
présentent aussi des contreforts analogues. 

Il arrive cependant que parfois les arbres 
s'étalent; c'est qu'il s'agit alors de ces lutteurs 
puissants qui écrasent peu à peu tous les con- 
currents se trouvant dans leur voisinage. Tel 
est le cas des Figuiers-Banians, notamment 
du Figuier des pagodes ou du Ficus Benja- 
mina de Java. C'est grâce aux anastomoses 
de leurs branches, grâce aux mille racines 
adventives, qui forment autant de troncs 
nouveaux, que la plante peut s'étendre; elle 
atteint parfois jusqu'à 500 mètres de tour : 
l'arbre est devenu une forêt. 

En général, la puissance de la vie végétale 
est moindre, et, malgré la lutte pour la lumière, 
il y a place pour un sous-bois. Il est formé 
de petits arbres, d'arbustes, qui ont des 
exigences moins impérieuses au point de vue 
de l'éclairement que les grands arbres. Leur 
nombre est parfois assez élevé, et dans le 
district de Lagoa-Santa, au Brésil, tandis que 




C/) 

W 
H 

2; 
3 
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a- 



LA VIE VÉGÉTALE 



91 




Figuier-Banian croissant au-dessus d'une route (Ile de Ceylan). 



sur 2 600 plantes Phanérogames il y a 380 espèces arborescentes, 
on compte 300 arbustes poussant dans ce petit district. Il y a 
aussi parfois des Fougères, et parmi elles on peut citer notamment 
les Gleichénies dichotomes qui sont herbacées, analogues à la 
Ptéride grand aigle de nos forêts, mais qui peuvent atteindre jus- 
qu'à 12 mètres de hauteur. 

Les Graminées, que nous sommes habitués à considérer comme 
formées surtout par des herbes dans les pays froids, sont représen- 
tées sous les tropiques par des plantes souvent magnifiques, comme 
les Bambous, qui sont de véritables arbres ayant jusqu'à 30 mètres 
de haut et plus. Il y a aussi des Graminées herbacées, comme la 
Canne à sucre. Parmi les familles auxquelles appartiennent les 
herbes vivaces, on peut citer quelques Composées, Rubiacées, 
Labiées, Scrofularinées, Euphorbiacées, Lycopodiacées. 

Les phénomènes phénologiques que manifeste la végétation 
arborescente sont évidemment en harmonie avec le climat ; l'éclo- 
sion des bourgeons se produit au moment du retour de la saison 
des pluies, car sécheresse veut dire repos et arrêt de la végétation ; 
cette éclosion des bourgeons et le développement des jeunes pous- 
ses aux feuillages pendants et vivement colorés contribuent à 
égayer la forêt vierge. Les feuilles formées sont, en général, grandes 
et de consistance épaisse, de couleur sombre à l'état adulte, avec 
la surface supérieure brillante, réfléchissant la lumière. Ces organes 
ne tombent pas d'une manière régulière et, en "général, dans les 
forêts humides, la plante est toujours verte. Il peut arriver cepen- 
dant qu'elle se dépouille plus ou moins complètement pendant la 
saison sèche, et l'intensité de ce dépouillement devient d'autant 
plus grande que l'on passe à des contrées où la période sèche 
s accuse. La floraison présente des variations analogues : par 
exemple à Java, sur 213 espèces arborescentes, 53 fleurissent toute 
l'année, 142 pendant la saison sèche, 18 pendant la saison des 
pluies. En général, c'est donc plutôt pendant la sécheresse que la 
floraison s'accuse. 

Les lianes. — Le sous-bois est formé de végétaux qui se 
contentent de peu de lumière; il y a une autre catégorie de plan- 
tes qui sont aussi habituées à cette existence dans une demi- 
obscurité : ce sont les lianes, et leurs caractères les plus étranges et 



les plus remarquables découlent de cet état d'étiolement. La pul- 
lulation des espèces grimpantes est, en effet, tout à fait intense 
et contribue puissamment à rendre la forêt vierge inextricable. 
Une plante étiolée (on en donne aisément la preuve en enfermant 
une plante en germination dans une armoire) s'allonge beaucoup 
et est incapable de se soutenir, par suite de la faiblesse de ses 
tissus; aussi retombe-t-elle sur le sol ; mais si l'étiolement partiel a 
lieu dans un sous-bois épais, la plante étiolée ne retombera pas sur 
la terre, elle s'appuiera sur les branches des arbrisseaux voisins. 
On peut voir, par exemple, un Pusœtha scandens ramper pendant 
25 mètres sur le sol, puis s'appuyer sur les plantes voisines pour 
grimper. La plante étiolée, n'ayant pas trouvé de support, est restée 
couchée sur le sol, mais dès qu'un appui a été rencontré, elle a pu 
acquérir un peu de vigueur pour se redresser vers le haut ; à mesure 
qu'elle s'élève en rencontrant de nouveaux supports, sa vigueur 
s accroît et elle tend de plus en plus à se rapprocher de la cou- 
ronne de la forêt. Incapable d'abord de se ramifier, parce qu'elle 




Fromager (Dahomey). 



Figuier (Mexique) 



92 



LES PLANTES 




Bambous à Buitenzorg (Ile de Java). 

n'en a pas la force, elle se divise au contraire abondamment dès 
qu'elle a atteint la couronne où elle peut fleurir. Ces lianes se 
déforment souvent d'une manière étrange en s'éleyant sur les ar- 
bres : leurs tiges s'aplatissent, deviennent irrégulières à une ou 
plusieurs ailes; elles se tordent, elles se gondolent d'une 
façon bizarre, comme dans ces Bauhinia, que l'on appelle 
souvent des a escaliers de singe » (fig. 1 13). 

Une particularité de forme ou de structure, en appa- 
rence secondaire, peut assurer à certaines de ces plantes 
une supériorité incontestée sur leurs congénères. L'étude 
des Rotangs ou Palmiers grimpants est très instructive à cet 
égard. On en rencontre de plusieurs catégories, qui ont 
formé des aiguillons sur différents organes. Dans le Calarmis 
extensus, qui vit dans l'Ancien Monde, c'est la tige qui 
est métamorphosée en un long fouet pourvu dépiquants; 
dans les Raphiées, qui vivent dans des contrées semblables 
(Ancien et Nouveau Monde), c'est le pétiole qui est 
effilé en fouet et armé de pointes acérées. En Amérique, 
l'évolution des Palmiers vers la vie grimpante a pu s'effec- 
tuer dans une autre direction, car les Moréniées s'appuient 
simplement sur les branches, leurs pétioles orientés vers le 
bas formant crochet ; c'est évidemment là un des premiers 
stades de l'adaptation. Enfin chez les Bactridées améri- 
caines, dont les Desmuncus peuvent nous fournir un 
exemple, les folioles des feuilles pennées sont raccourcies 
et orientées vers le bas, à la manière de harpons qui, en g*^ 
s'enfonçant dans les objets voisins, assurent à ces Palmiers de 
une maîtrise incontestable dans l'art de grimper. La puis- singe. 



sance de ces espèces pour s'élever dans la forêt 
est ainsi souvent tout à fait extraordinaire : on 
les voit s'élancer dans l'air avec leurs puissants 
fouets crochus qui explorent l'espace en quête 
de supports et, dès qu'ils en ont trouvé un, 
l'ascension devient rapide ; mais, à mesure 
que la plante s'élève et grandit, son poids 
s'accroît et bientôt le tuteur devient incapable 
de supporter son fardeau : tout s'écroule à la 
base ; nouvel essor vers le haut, suivi plus 
tard d'une catastrophe semblable. Ces phé- 
nomènes d'ascension et de chute peuvent se 
multiplier tellement que l'on voit parfois de 
véritables cordages s'enrouler sur le sol, attei- 
gnant jusqu'à 200 et 300 mètres de long. 

La forêt vierge est donc un lieu très pro- 
pice au développement de la vie grimpante, 
et c'est dans les régions tropicales que se ren- 
contrent les principaux types de lianes. La 
famille des Cucurbitacées, par exemple, est 
presque exclusivement tropicale; elle n est 
représentée dans notre pays que par la Bryone 
dioïque. Il peut y avoir des lianes en dehors 
des régions chaudes, mais c'est sous les tro- 
piques qu'elles prédominent. En Europe, il 
y a 170 lianes sur 9 400 espèces de végétaux 
supérieurs; ce qui correspond à 1 ,8 pour 100 
de types grimpants. Dans l'Inde, les lianes représentent 8 pour 100 
de la végétation phanérogamique. 

Les lianes des forêts tropicales appartiennent surtout aux familles 
suivantes : Cucurbitacées, Vitées, Convolvulacées, Légumineuses, 
Pipéracées, Sapindacées, Mélastomacées. Parmi les Fougères, les 
Lygodium sont grimpants. En Amérique, il y a beaucoup de 
Passifiorées, de Malpighiacées, de Smilacées, et, parmi les Orchi- 
dées, les Vanilles s'enroulent par leurs racines. 

Il y a un autre type de végétaux, plus caractéristique encore 
des régions chaudes que les plantes grimpantes : nous voulons 
parler des épiphytes. 

Épiphytes et parasites. — Les plantes épiphytes (voir 
p. 58) achèvent de remplir la forêt vierge. Ce sont là des hôtes 
très nombreux qui manquent à peu près complètement dans les 
pays froids. Parmi les plantes qui réussissent surtout dans ces 
conditions et qui méritent d'être appelées les «filles de 1 air », on 
peut citer d'abord les Fougères, et ce résultat s'explique aisément, 
étant donné la ténuité et la légèreté de leurs spores; parmi les Fou- 
gères épiphytes les plus remarquables, on peut citer les Tricho- 
martes peltés, dans la partie basse, humide et sombre des forêts, 
puis les Fougères à terreau : Plalycerium, Doradille en forme de 
nid, Polypode à feuilles de Berce dans la partie moyenne. Un 
second groupe également important parmi les plantes épiphytes est 
celui des Orchidées, tant les espèces à terreau de la partie moyenne, 
que les espèces à pseudo-bulbe de la couronne des arbres. C'est 
là que se développent toutes les espèces admirables que nous pou- 
vons voir acclimatées dans nos serres ; les Caitleya, les Lœlia, les 




Nœud de Lianes (Forêt du Soudan). 



Végétations épiphytes (Mont Rouwenzon). 



LA VIE VÉGÉTALE 



93 



Oncidies , les Odontoglosses , 
qui nous frappent par leurs ca- 
ractères étranges de végétation, 
par leurs racines aériennes, leurs 
feuilles épaisses et charnues, 
leurs tiges à faux bulbes, au- 
tant que par la grandeur et la 
beauté de leurs fleurs. Une 
autre famille, qui a une place 
également importante dans les 
serres d'Europe et qui s'installe 
sur les arbres, grâce aux aigrettes 
ou aux ailes de ses graines, est 
le groupe des Broméliacées. 
Les feuilles s'y disposent d'or- 
dinaire en rosette, avec la partie 
inférieure creusée en cornets 
richement colorés de pourpre 
où l'eau de pluie s'accumule, 
de manière à constituer des ré- 
servoirs d'humidité pour la 
plante : c'est là ce qui carac- 
térise les Nidulaires, dont les 
fleurs petites, mais aux couleurs 
vives, apparaissent au milieu de 
ces cornets. Le port de ces Bro- 
méliacées est un peu raide ; leur feuillage est souvent armé de 
piquants qui en rendent le maniement redoutable, mais leurs 
inflorescences sont colorées des plus vives nuances et les font appré- 
cier des horticulteurs et des amateurs : c'est dans ce groupe que 
se placent les Tillandsies, les Vriesies, les Billbergies, etc. Les 
Aroïdées contiennent également un grand nombre de représentants 
adaptés à la vie sur les arbres, tels que les Philodendres, les An- 
thurium, les Monstères, et le feuillage, si curieusement perforé, de 
ces derniers, attire l'attention autant que leurs longues racines pen- 
dantes, semblables à des cordes atteignant plusieurs mètres de long. 

A ces quatre groupes végétaux : Fougères, Orchidées, Bromé- 
liacées et Aroïdées, appartiennent presque toutes les plantes épi- 
phytes, mais plusieurs autres familles : Liliacées, Gesnéracées, 
Asclépiadées, etc., en fournissent aussi quelques spécimens. En 
général, les épiphytes sont de petites plantes, plus ou moins rabou- 
gries, par suite de la faible quantité de nourriture qui est mise 
à leur disposition ; mais parfois elles peuvent acquérir de grandes 
dimensions, comme c'est le cas des Clusies roses, qui sont des 
arbres qui s'installent sur d'autres arbres, ou comme les Orchidées 
géantes de Java, les Grammatophylles. 

Toutes les plantes que nous venons de mentionner sont simple- 
ment posées sur les arbres ; elles peuvent quelquefois les entourer, 
les encercler, mais jamais elles n'enfoncent aucun suçoir dans leur 
écorce. 11 n'en est pas de même des parasites, qui sont légion 
dans les régions chaudes et qui sont surtout représentés par des 
Loranthacées, famille innombrable dont une espèce, dans les 
pays froids, est le Gui. C'est tout un monde infiniment varié de 
parasites qui s'incruste sur les branches des arbres, qu'ils déforment 
et tuméfient d une manière parfois très étrange, formant ce que 
l'on appelle la rose de Palo au Mexique, la rose de Madère au 
Guatemala. Parfois, le parasite s'insinue dans la plante hospita- 




boretum Amazonicum. 



Végétation des bords du rio Arama (Brésil). 




Arbres avec Tillandsia usneoides (Mexique). 



Cl. Briquet. 



lière sans se trahir au dehors. Nous avons déjà parlé des Rafflésia- 
cées et des Balanophorées, plantes informes, décolorées, souvent 
nauséabondes, dont les dernières jouent dans les forêts tropicales 
le rôle des Champignons de nos bois (voir page 57). 

Types spéciaux de végétation tropicale. — La forêt 
igapo ou forêt marécageuse des bords de l'Amazone est composée 
presque exclusivement de Palmiers, avec un sous-bois riche en 
herbes et en arbustes. Comme Palmiers, des Astrocaryum, des 
Mauritia, des Euterpes, des Œnocarpes, etc., puis des Légumi- 
neuses (Campsiandra), des Euphorbiacées (Hevea), des Myris- 
ticées (Virola, sorte de Muscadier), des Sapotacées (Mimusops). 

Au bord de la mer, en Asie et dans toutes les îles de l'Océanie, 
abonde le Cocotier. A noter aussi la flore des marigots, c'est-à-dire 
des lieux bas remplis d'eau par les pluies ou par les infiltrations 
d'un bras de fleuve ; elle se compose d'une foule de hautes 
herbes, parmi lesquelles dominent les Graminées et les Cypéracées. 

La flore du littoral, ou mangrove, est caractérisée dans les régions 
tropicales par des plantes très particulières qui frappent tout de 
suite le voyageur. A mer basse, les Rhizophores ou Palétuviers 
(fig. 114) se montrent comme de grandes araignées végétales, 
appuyées sur le sol par de nombreuses racines en arceaux. C'est le 
Rhizophora Mangle, qui est l'avant-garde de la végétation dans la 
mer. Aux branches de ces plantes pendent des fruits qui atteignent 
parfois plus de 1 mètre de long. En réalité, il s'agit de graines 
qui ont germé sur la plante mère et qui ont acquis sur l'arbre, 
par suite de l'hu- 
midité de l'atmo- 
sphère où vivent ces 
plantes, la propriété 
d'être vivipares. 
Grâce à cette par- 
ticularité, la graine 
qui, d'ordinaire, 
tombe dans la vase, 
fréquemment re- 
couverte par la 
mer, a déjà germé 
et s'enfonce pro- 
fondément dans ce 
sol mouvant ; elle 
peut donc s'y in- 
staller avec une 
grande prompti- 
tude; c'est la rai- 
son pour laquelle 
ces végétaux se 
maintiennent là 
où tout autre serait 
i mmédiatemen t 
balayé par les 
courants marins. 




«omeum. 



Un Campsiandra laurifolia 
et deux Astrocaryum Jauaryi (Amazone). 



94 



LES PLANTES 




Le rivage à Papétoai (Tahiti). 

Cette flore littorale a quelques représentants particulièrement 
remarquables : les Avicennia, à racines respiratoires sortant vers le 
haut et pointant comme des asperges; les Bmguiera (Rhizopho- 
racée), les LumnUzera (Combrétacée), qui ont des racines ge- 
nouillées; les Carapa (Méliacées), qui ont une arête qui sort de la 
vase pour respirer. 

La flore qui garnit les flancs des montagnes dans les régions 
tropicales est aussi des plus intéressantes à suivre en altitude. Sur 
le versant méridional de l'Himalaya, les Palmiers, les Bananiers, 
les Fougères arborescentes disparaissent vers 2 000 mètres, puis 
les Lauracées vers 2 600 mètres et les Magnoliacées vers 
3 000 mètres. Des arbres voisins de ceux de nos forêts boréales : 
Chênes, Bouleaux, Conifères, se rencontrent ensuite, mélangés 
à des essences tropicales (Bambou), et disparaissent vers 
3 700 mètres. Plus haut, et jusqu'à 4 900 mètres, s'étend la 
région alpine, avec des espèces analogues à celles de nos Alpes. 
Dans les Andes tropicales, ainsi que sur les hautes montagnes 
d'Afrique, il en est à peu près de même : les espèces seules dif- 
fèrent. En gravissant le Kilimandjaro, on passe, de 2 900 à 



CI. Office colonial. 



3 500 mètres par une série de 
zones de végétation, si bien 
décrites par Alluaud, et carac- 
térisées par des Bruyères ar- 
borescentes, de grandes Im- 
mortelles, des Lobélia énormes 
à inflorescence en colonne, des 
Séneçons arborescents. Dans 
les forêts, à cette altitude, les 
arbres sont absolument sur- 
chargés de plantes épiphytes. 
Les épiphytes, en particu- 
lier les Orchidées, ont beau- 
coup étonné les premiers voya- 
geurs. La culturedes Orchidées, 
tentée à la fin du XVIII e siè- 
cle avait d'abord échoué, parce 
qu'on les traitait comme des 
plantes terrestres : c'était aussi 
absurde que de vouloir élever 
un poisson hors de l'eau. On 
finit par les cultiver sur bûches, 
en paniers suspendus, sur un 
compost de sphagnum et de 





Les bords d'un marigot au Soudan. 



Cl. Chevalier. 



fibres de Polypode. Mais on exagérait, au début, la haute 
température et on calfeutrait trop. Malgré cela, ces premières 
cultures paraissaient très étranges. « Cette culture sans terre, ces 
racines aériennes, cette atmosphère lourde, vaporeuse, ces 
feuillages anormaux », ces fleurs merveilleuses étonnaient les visi- 
teurs. A partir de 1835, grâce au jardinier anglais Joseph Cooper, 
on parvint à cultiver les Orchidées de montagnes, à la suite des 
explorations des Cordillères de l'Amérique, des Khasia-Hills 
de l'Inde, des Monts des Orgues du Brésil. La serre froide 

Fermit la réussite de la culture de ces merveilleuses plantes que 
on appelle: Odontoglossum crispum, Ada, Lœlia majalis, etc. 





Cl. Alluaud. 
Flore tropicale du Kilimandjaro (Séneçons et Immortelles). 



Fig. 114. — Rhizophore ou Palétuvier; détail du feuillage et fleur (a). 



LA VIE VEGETALE. 



95 




CL Alluaud. 



Un gué sur la rivière des Caïmans, à Diégo-Suarez (Madagascar). 



FLORE DES ILES 

Caractères généraux. — Les flores insulaires offrent un 
intérêt tout particulier, parce qu elles nous donnent souvent des 
étapes de l'évolution. C'est, en particulier, par l'étude de la flore 
et surtout delà faune des îles Galapagos que Darwin, en 1831, fut 
converti aux idées transformistes : il remarqua, en effet, que les 
animaux qui peuplaient les îles de cet archipel avaient des carac- 
tères américains, mais qu'on ne trouvait aucun d'eux en Amérique; 
il constata, en outre, qu'il y avait des espèces spéciales dans chaque 
île, appartenant à des genres identiques qui n'existaient nulle 
part ailleurs sur le globe. C'était donc une preuve convaincante 
de la théorie de la transformation des êtres dans les temps passés. 

Quelque chose d'analogue s'observe, par exemple, dans les îles 
Juan-Fernandez, qui se trouvent à 640 kilomètres en face de la 
côte du Chili : elles sont d'origine volcanique de la base au som- 
met et les éruptions qui leur ont donné naissance sont de l'époque 
tertiaire ou des périodes postérieures. A moins qu'il n'y ait eu 
génération spontanée, il faut donc admettre que cette flore dérive 
de celle des continents voisins, et c'est l'Amérique du Sud qui a 
dû contribuer surtout au peuplement de cet archipel ; toute la 
flore, en effet, ssmble d'origine américaine par ses affinités; il y a 
des espèces qui y paraissent transportées encore à l'heure actuelle : 
ce sont les types non endémiques, c'est-à-dire qui se retrouvent en 
Amérique ; 1 43 sont dans cette catégorie : ces plantes ont toutes 
été transportées par le vent, par les oiseaux marins ou par les cou- 
rants marins. Nous pouvons d'ailleurs être renseignés sur la façon 



dont se fait le peuplement d'une île nouvellement formée à l'heure 
actuelle : Treub, à Java, a suivi d'année en année la réappa- 
rition de la végétation dans l'île Krakatau, qui avait été presque 
complètement détruite après une épouvantable éruption volca- 
nique. Quelques mois après l'éruption, il y eut peuplement surtout 
de Fougères par le vent, puis au bout de dix ans, de vingt ans, a 
dominé le rôle des courants marins pour la reconstitution de la 
flore du littoral. Aux Açores, sur 480 espèces, 439 ont été trouvées 
en Europe, à Madère, aux Canaries; parmi ces espèces, on en 
distingue 45 dont les fruits ou les graines ont un appareil de vol 
(aigrette, aile); 65 ont des graines très petites et très légères (trans- 
portées par le vent), 84 sont glumacées (transportées par lèvent ou 
les courants), 38 ont des fruits charnus (transportés par les oiseaux 
qui les mangent). Ces données peuvent servir à expliquer la consti- 
tution de la flore endémique des îles Juan-Fernandez : sur 
69 plantes de cette catégorie, il y en a 61 présentant les caractères 
suivants de leurs semences; 19 à drupes et baies ont pu être 
transportées dans les temps passés par les oiseaux de mer; 34 ont 
des graines petites ou à appareil de vol, qui ont été transportées 
par le vent ; 8 à graines ou fruits dans un périgone et transportables 
par les courants. Les espèces introduites dans cet archipel par 
ces procédés de propagation, qui sont ceux que nous connaissons à 
l'heure actuelle, s'y sont installées et y ont évolué : elles ont dis- 
paru du continent d'où elles venaient et on ne les trouve plus 
nulle part ailleurs sur le globe. Ce qui est plus extraordinaire, c'est 
que, pour certaines de ces espèces endémiques, l'évolution a eu 
lieu dans un sens déterminé dans chaque îlot de 1 archipel : on 




Flore de Masafuera (Juan-Fernandez) 



Vegetatinnsbilder. 
: Myrceugenia Schultzei. 



Veyi'tntionsbilder. 
Flore de Juan-Fernandez : Dendroseris, Robinsonia. 



96 



LES PLANTES 




Groupe de Pachypodium Geayi (Madagascar). 

trouvera dans les deux îles Masa tierra et Masa fuera, de l'ar- 
chipel de Juan-Fernandez, des espèces voisines, mais distinctes : 



MASA TIERRA 
Dendroseris pinnata. 
Wahlenbergia Berteroi. 
Eryngium hupleuroides. 
Myrceugenia Fernandeziana. 



MASA FUERA 
Dendroseris gigantea. 
Wahlenbergia tuberosa. 
Eryngium sarcophyllum. 
Myrceugenia Scbultzei. 



océans sont donc extrême- 
l'évolution de la vie sur le 



Les flores des îles perdues dans les 
ment intéressantes au point de vue de 
globe; malheureusement, depuis que l'Européen lésa découvertes, 
il a contribué notablement à en détruire ou en altérer la végétation. 
L'île Sainte-Hélène était, en 1501, au moment de sa découverte, 
peuplée d'une flore très curieuse, mais des chèvres furent intro- 
duites en 1513, et leur nombre s'accrut avec une grande rapidité; 
en 1 700, les forêts avaient déjà beaucoup diminué et, à l'heure 
actuelle, beaucoup d'espèces qui n'existaient que là sur le globe 
ont disparu. A la Nouvelle-Zélande, l'arrivée du blanc a amené 
l'invasion de la Renouée aviculaire, du Laiteron potager et 
d'autres plantes européennes. Nous ne possédons plus qu un 
fragment de la flore des Mascareignes, parce que la culture 
de la Canne à sucre a amené la destruction de la forêt vierge. 



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Alluaudia procera (Madagascar). 



Flore de Madagascar. — A Mada- 
gascar, il y a lieu de distinguer trois régions : 
celle de la forêt tropicale, sur la côte orientale ; 
celle des savanes des contrées montagneuses 
du Centre et du Nord-Ouest; enfin celle du 
Sud-Ouest, qui est presque désertique et peu- 
plée surtout par des plantes épineuses. La 
première région est caractérisée par des Va- 
quois, en forme de candélabre, de 18 mètres 
de haut, à feuilles de 3 à 4 mètres de long, 
dont la tige atteint à sa base 1 mètre d'épais- 
seur; par l'Arbre du voyageur ou Ravenala 
de Madagascar; par le Raphia ruffia, qui 
est un Palmier. La présence d'une Lythracée 
endémique rare (Lagerstrœmia) indique bien 
une relation avec le domaine indien des 
moussons. C'est surtout la région du Sud- 
Ouest, de caractère demi-désertique, qui est 
intéressante. C'est là que se trouvent des fa- 
milles nouvelles, comme les Didiereacées (ayant 
des affinités avec les Polygonacées), compo- 
sées de ces plantes épineuses curieuses, les 
Didierea et les Alluaudia, tel Y Alluaudia pro- 
cera (A. élevé). On y trouve aussi des Apocy- 
nacées remarquables, comme le Pachypode 
de Geay ; une flore curieuse d'Asclépiadacées, 
comme le Kompitsé, qui donne du caoutchouc (Gonocrypte de 
Grève), et une légion d'Euphorbes sans feuilles. 

L'aspect de la végétation de Diego-Suarez permet de prendre 
une idée de la seconde flore du nord. La flore de Madagascar est 
d ailleurs en accord avec sa faune (Lémuriens) pour montrer l'au- 
tonomie et l'antiquité de cette grande île. 

Flore d Australie. — L'Australie est de même renommée 
comme la patrie des marsupiaux. Cette île immense, qui est un 
véritable continent, n a pas, comme de juste, un climat uniforme : 
elle possède, au Nord, un climat tropical et au Sud, un climat 
presque méditerranéen; en outre, il y a au centre un véritable 
désert. Il y a deux éléments étrangers principaux dans cette flore : 
l'élément malaisien et mélanaisien et l'élément antarctique; ils sont 
associés avec l'élément australien. La flore de l'Australie comprend 
environ I 400 genres, 8 850 espèces; il y en a seulement 15 pour 100 
qui se retrouvent ailleurs ; toutes les autres et la majorité des 
genres sont endémiques ; parmi les espèces spéciales (australes), 
40 pour 100 se trouvent dans l'Australie occidentale. Sur la côte 
nord, soumise au climat tropical, se trouvent des bouquets de 
Palmiers (Kentia et Livistona), des formations de Vaquois, de 

Bauhinia, d'Arbres à thé, de Lep- 
tospermes. Sur la côte orientale du 
Queensland, on a de grandes fo- 
rêts, à l'ombre desquelles croissent 
des Fougères en arbre et des Pal- 
miers grimpants, comme le Ca- 
lame austral ; une Urticacée (La- 
portea moroides), dont les piqûres 
produisent souvent des inflamma- 
tions mortelles, notamment pour les 
chevaux ; on y trouve aussi des 
Araucaria de Bidwell (Bunya- 
Bunya, fig. 1 15), à graines comes- 
tibles, à feuillage persistant, ainsi 
que les Livistona. Dans l'Australie 
méridionale se trouvent des forêts 
d'Eucalyptus (fig. 116), forêts sans 
ombre, d'arbres atteignant 100 mè- 
tres et plus ; on peut trouver dans 
cette contrée et en Tasmanie des 
Fougères arborescentes (Cyathées, 
Dicksonia, Todea) qui forment le 
sous-bois. 11 y a aussi quelques 
Protéacées (Grévillée, Hélicie), 
mais elles sont moins nombreuses 
que dans l'Ouest; dans la région 
alpestre des Alpes australiennes, 
entre I 200 et 2 000 mètres, il y a 
des Hêtres antarctiques et des for- 
mes alpines d'Eucalyptus (E. pau- 
ciflore, E. alpin), avecdes Èricacées 




Euphorbia Laro (Madagascar 




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0. 



LA VIE VEGETALE 




Fig. 115. 
Araucaria. 




Fig. 116. 
Eucalyptus. 



Fig. 117. 
Arbre-bouteille. 



Fig. 118. — Xanthorrhée 
(a gauche) et Kingia. 



Fig. 119. 
A, Triodie ; B, Spinifex. 



alpines (Wittsteinie) et des plantes analogues aux espèces euro- 
péennes (Laiche, Âlchimille, Botryche). La Tasmanie possède 
une région de Conifères remarquables, avec les Phylloclades, les 
Fitzroya, etc. 

La région du Sud a une flore bien spéciale de Liliacées et de 
Protéacées (Swan River). Les Liliacées (ou Joncacées de certains 
auteurs) australiennes comprennent sept genres de plantes endémi- 
ques : Kingia (fig. 118), Johnsoniées, etc.; un intérêt véritable se 
rattache aux Xanthorrhées arborescentes (fig. 118) dont les étranges 
formes de végétation ont depuis longtemps frappé les colons anglais 
qui lesont désignées sous les noms de « Grass trees '» ou « black- 
boys » (Xanthorrhée de Press) ; le Xerotes de Banks est commun 
à la fois à lAustralie et à la Nouvelle-Calédonie; c'est également 
la patrie du Dasypogon, des Brachychiton ou Arbre-bouteille 
(fig. 1 1 7). La famille des Protéacées est formée d'arbres générale- 
ment petits, rarement élevés, 
ou d'arbustes bas à feuilles 
persistantes, fleurissant très 
jeunes et ayant l'aspect de 
plantes annuelles ; elles abon- 
dent dans l'Australie extra- 
tropicale (Persoonie, Grévil- 
lée, Banksie). L'intérieur 
de l'Australie est presque 
dépourvu de végétation sur 
de grandes étendues ; il se- 
rait cependant peu exact de 
l'assimiler tout à fait à un 
désert ; il y pleut en général 
un peu et on y trouve des 
buissons toujours verts for- 
mant les scrubs, et composés 
principalement de Brigalow 
(Acacia harpophylle) ; il y a 
également, surtout dans les 
stations favorisées, quelques 
Graminées, comme l'Herbe 
au porc-épic ou Triodie et 
les Spinifex (fig. 119). 



Flore de la Nouvelle- 
Zélande. — La flore de la 
Nouvelle-Zélande comprend 
950 espèces de Phanéroga- 
mes, 130 Fougères; il y a 
plus de 60 pour 100 d'es- 
pèces endémiques, mais, sur 
300 genres, il n'y en a que 
24 de spéciaux à cette con- 
trée. La végétation a des 
affinités avec celles de l'Asie 
tropicale, de l'Australie et 
des terres antarctiques. Les 
espèces qui existent à la fois 
en Nouvelle-Zélande et sur 
le grand continent australien 
sont rares ; ce sont surtout des 



Paysage forestier de 



LES PLANTES 



types montagnards des Alpes australiennes et de Tasmanie. Les 
essences forestières de la Nouvelle-Zélande sont très remarquables 
et spéciales : on y observe des Conifères : Libocèdres, Phyllo- 
clades, Podocarpes, Dammara; les Hêtres, surtout le Hêtre de 
Solander, couvrent de grandes surfaces; il y a aussi le Cordyline 
austral qui est une Liliacée voisine des Dragonniers, puis des Pro- 
téacées, comme le Knightie élevé, des Homoxylées (Drimys 
axillaire) ; dans les grandes forêts, on retrouve des Myrtes, des 
Araliacées ; les Fougères arborescentes, représentées surtout par les 
Cyathées, peuvent pousser jusque dans les montagnes au voisinage 
de la neige. La flore des montagnes est représentée par des espèces 
spéciales de Hêtres. 

On a fait une remarque assez générale sur les fleurs des plantes 
néo-zélandaises : elles sont, pour la plupart, insignifiantes et ver- 
dâtres ; on avait d'abord cru pouvoir expliquer ce fait par l'absence 

d'insectes dans cette contrée, 
,%AP " %>V9E SMB mals une étude plus appro- 

- fondie a montré que ces ani- 

maux ne sont pas du tout 
rares et un grand nombre 
d'entre eux opèrent la fécon- 
dation ; mais tandis qu en 
Europe ce sont surtout les 
hyménoptères qui visitent les 
fleurs, en Nouvelle-Zélande, 
c'est surtout aux mouches et 
aux scarabées que cette fonc- 
tion incombe. 

La température dans cette 
région est très uniforme, 
comme dans les climats in- 
sulaires. C'est ce qui résulte 
du tableau suivant : 

TEMPÉRATURE DE TARANAKI 
(ILE Nono) 

Janvier 18", 7 

Février 18", 6 

Mars 16", 9 

Avril I5-.2 

Mai I2°,6 

Juin 1 l\0 

Juillet 10-.4 

Août 10",0 

Septembre 1 1",8 

Octobre 13", 2 

Novembre 15", [ 

Décembre I 7°, 2 

La quantité d'eau de pluie 
dans cette même contrée est 
dé I 500 ,n,n à Taranaki (île 
Nord) [janvier 226'™", mars 
171, mai 161, juillet 244, 
septembre 1 49 , novembre 
322, etc.]; elle s'élève à 
2835"""àHokitika(îIeSud), 
où la température s'abaisse 
la Nouvelle-Zélande. jusqu'à 7°, 3 en juillet. 

9 





PROTECTION D'UN PAVOT FÉCONDÉ POUR EMPÊCHER LA FÉCONDATION PAR LES INSECTES. 



IV. — LE TRANSFORMISME 



LE TRANSFORMISME 

Variabilité des espèces. — La variabilité est une propriété 
essentielle des êtres vivants ; les plantes surtout la possèdent à un 
haut degré. Chacun a pu observer des modifications au type normal 
des plantes bien connues : folioles en surnombre, pétales supplémen- 
taires, racines tuberculeuses ramifiées ou même volubiles, comme 
la curieuse carotte reproduite ci-contre, etc. Certaines de ces 
« monstruosités » sont célèbres : citons la rose prolifère, dont la 
tige se continue au-dessus de la fleur; la poire prolifère, dont l'œil 
est traversé par une petite branche. 

Tout le monde connaît les asperges fasciées qui, au lieu d'être 
rondes, sont plates, contournées. La fasciation est fort commune ; 
on l'observe chez les végétaux les plus divers : Plantain, Chicorée, 
Cactées comme les Mamillaires, etc. La Célosie crête-de-coq ou 




CI. P. Faide, 

Rose prolifère et Carotte ramifiée et volubile. 



Passe-velours, cultivée dans les jardins, présente une fascie telle- 
ment constante qu'elle peut être considérée comme l'état normal. 
La forme des inflorescences est aussi fort variable : les nègres 
cultivent, en Afrique, du Mil à épis en parasol et du Mil à épis 
droits. 

La Massette ou Typha à feuilles larges, si commune au bord 
des eaux, porte des fleurs monoïques groupées en épis compacts ; 
l'épi mâle, au sommet de la hampe, tombe après la fécondation ; il 
n'en reste que l'axe, plus ou moins flétri. Quant à l'épi femelle, 
situé au-dessous, il subsiste longtemps sous forme d'un cylindre de 
velours fauve. Au cours d'une promenade au bord de 1 eau, on 
observe de nombreuses monstruosités de l'épi ; tantôt ce sont deux 
épis femelles se faisant suite et séparés par un faible intervalle, tan- 
tôt c'est une ramification anormale de l'axe en deux, trois ou quatre 
épis séparés dès la base ou plus ou moins complètement soudés. Ces 
anomalies peuvent provenir de la nutrition de la plante, de mala- 
dies cryptogamiques, de mutilations par des animaux parasites. 

Un autre exemple bien curieux est celui des Trèfles à quatre 
feuilles (en réalité ce sont des folioles ; il peut même y en 
avoir cinq et six). Cette particularité exceptionnelle, qui est recher- 
chée par les personnes espérant que ce fétiche leur portera bonheur, 
a pu être rendue assez fortement héréditaire par la culture et l'on 
peut avoir des champs de production, en vue de donner satisfaction 
aux personnes superstitieuses. 

On pourrait multiplier beaucoup ces exemples, mais il y a lieu 
surtout d'insister sur ceux dont l'importance économique est consi- 
dérable. Une plante nouvelle, une race jusque-là inconnue de 
Céréale qui se répand dans une province peuvent contribuer à 
l'enrichir ; l'apparition d'un type de Betterave à grand rendement 
peut être quelquefois le point de départ d'un accroissement prodi- 
gieux de la richesse nationale. 

L'exemple des variétés du Chou potager, qui sont connues de 
tous, peut servir de point de départ à notre examen de la question 
du transformisme. On connaît, en effet, la plante sauvage spon- 
tanée sur le littoral de la Manche, de la mer du Nord et de la 
Méditerranée ; elle a donné naissance à ces types nombreux que 
nous rencontrons chez les cultivateurs et sur les marchés. La pre- 
mière année, le Chou sauvage débute par une rosette de grandes 
feuilles pennatiséquées lyrées, à lobe terminal large. C'est seulement 
l'année suivante que la tige se ramifie et fleurit. La douceur du 
climat marin favorise la persistance de la plante, qui vit trois ou 



LA VIE VÉGÉTALE 



99 



quatre ans, fleurissant chaque année, mais 
n'ayant que des feuilles de petites dimensions. 
Ces caractères ne nous rappellent ni ceux du 
Chou pommé dont l'énorme bourgeon termi- 
nal est une grosse boule, ni le Chou cavalier 
dont la hauteur dépasse celle d'un homme, ni le 
Chou de Bruxelles qui possède une multitude 
de bourgeons comestibles, ni le Chou-rave à 
tige renflée, ni le Chou-navet à grosse racine, 
ni le Chou-fleur à inflorescence hypertrophiée 
formant, au milieu des feuilles, une partie 
blanche si appréciée des consommateurs. 

Le nombre des variétés de Choux paraît 
s'être multiplié beaucoup dans le cours des 
siècles. Théophraste, du temps d'Alexandre 
le Grand, n'en connaissait que 3; Tourne- 
fort, sous Louis XIV, en a signalé 20 ; De 
Candolle, 30 ; Lund et Kjaerkou, de nos 
jours, 122. On doit noter que toutes ces va- 
riations portent sur les feuilles, les tiges, les 
bourgeons, c'est-à-dire sur les organes que 
l'homme utilise pour son alimentation; la 
constitution de la fleur et celle du fruit sem- 
blent indiquer, au contraire, que ces organes sont parfaitement 
constants. Ce sont donc probablement les triages, involontaires ou 
conscients, qui orientent le perfectionnement des variétés; ils 
constituent ce que Darwin a appelé la sélection artificielle. 

Sélection naturelle. — La sélection artificielle, qui s'opère 
par l'intervention de l'homme, s'oppose à la sélection naturelle, 
laquelle intervient d'une manière continue partout dans la nature. 
La concurrence vitale s'exerce sur une échelle immense. Une plante 
annuelle qui ne donnerait que deux graines par an aurait une des- 
cendance de plus d'un million d'individus en vingt ans, si tous 
ses rejetons survivaient. Mais on sait qu'il est des animaux et des 
plantes (les Orchidées notamment), qui produisent des milliers de 
semences ou de graines. Il est évident que les descendants d'un 
seul de ces êtres prolifiques pourraient, en peu de temps, envahir 
la terre, sans laisser de place pour le développement d'aucune 
autre plante ou d'aucun autre animal. 

Il est rare qu'un développement extraordinaire d'une espèce se 
produise ou, quand cela a lieu, comme pour la multiplication fan- 
tastique du pigeon voyageur aux États-Unis, tous les êtres voisins 
se livrent à une telle destruction que bientôt l'équilibre est rétabli, 
et le nombre des animaux et des plantes d'une région est à peu 
près constant pendant une série d'années. 

La lutte pour l'existence entre les êtres a pour conséquence la 
suroioance du plus apte, et ce résultat du combat se manifeste 
avec une netteté particulièrement frappante dans les phénomènes 
de mimétisme qui sont si saisissants quand on étudie le règne ani- 
mal. Ils ont été mis en évidence par Wallace qui, par une voie 
tout à fait différente de celle suivie par Darwin, arrivait à des 
résultats analogues en même temps, car les découvertes fondamen- 
tales de ces deux savants ont été publiées le même jour (I" juil- 
let 1858) à la Société linnéenne de Londres. La mimique, c'est 
1 imitation qui se trahit par la fourrure ou le plumage des animaux 
polaires qui vivent sur la neige et qui sont blancs, afin de pouvoir 




Cristation de la Mamillaria Karwinskiana, au Mexique. 



échapper à leurs ennemis (Lièvre polaire) ou s'approcher subrep- 
ticement d'eux (Ours polaire). C'est aussi l'imitation d'un autre 
animal ayant un moyen de défense déterminé : les Sésies, qui 
imitent d'une façon si singulière les Guêpes et les Frelons, dont 
l'aiguillon est redouté. D'autres parviennent à échapper à leurs 
ennemis en ressemblant à des végétaux par leur forme, leur aspect, 
leur couleur. 

Le fait le plus extraordinaire du mimétisme est celui de ces 
curieux papillons, les Kallima inachis, qui ressemblent à des 
feuilles lorsque leurs deux ailes sont rabattues, de manière à se 
toucher par leurs faces supérieures : les faces inférieures pré- 
sentent les nervures principales et secondaires ; fixés sur la branche 
et immobiles, ils ressemblent à s'y méprendre à des feuilles : ils 
offrent jusqu'aux taches, qui sont dues à des cryptogames. D'autres 
insectes, Phasmes et Chenilles, ressemblent à des brindilles de 
bois par leur forme et leur couleur. Ce sont là des phénomènes 
merveilleux qui ont été mis en lumière par Wallace et qui sont 
particulièrement propres à attirer l'attention des penseurs et des 
philosophes. 

Les cas de mimétisme paraissent plus rares dans le règne végé- 
tal ; cependant on a signalé comme assez frappantes les similitudes 
singulières du Lamier blanc ou Ortie blanche et de l'Ortie dioïque ; 
cette dernière possède, grâce à ses poils urticants, des moyens de 
défense fort énergiques et très efficaces. Ces deux plantes croissent 
souvent côte à côte, mélangeant leurs feuilles de même forme ; 
seules, les fleurs diffèrent : celles du Lamier, grandes et blanches; 
celles de l'Ortie, petites et vertes. 

Sélection artificielle. — La pratique de la sélection artifi- 
cielle est employée pour perfectionner les animaux et les plantes 
depuis un temps immémorial. Charlemagne recommandait à ses 
officiers de surveiller les étalons et de rejeter ceux qui étaient 
vieux et mauvais. Darwin a étudié les effets de la sélection sur 
le pigeon, qui est issu du pigeon de roche ou bizet, et il a comparé 




Cl. Chevalier. 
Mil à épis droits et à épis en parasol, au Soudan. 




i 
Monstruosités de la Massette. 



Cl. V. laicleau. 
Trèfle à quatre folioles. 



100 



LES PLANTES 




Cl. F. Faideau. 
Mimétisme : Lamiers blancs et Orties dioïques. 

toutes les races curieuses dérivant de cet animal : pigeon-paon, 
messager, culbutant, grosse-gorge, etc. 

Le plus bel exemple à citer des résultats de la sélection artifi- 
cielle est celui de la Betterave. Autrefois, on a commencé à trier 
ces plantes en tenant compte de la forme extérieure, en particulier 
de la grosseur et du poids des tubercules ; on ne se préoccupait 
pas de la composition chimique, et la quantité de sucre ne dépas- 
sait pas 7 à 8 pour 100. Au milieu du XIX e siècle, un triage 
rapide, en immergeant les racines dans une dissolution saline 
qui renseignait sur la densité des sucs, a permis d'augmenter la 
teneur en sucre. Mais, à partir de 1874, l'emploi du polariseur a 
eu des conséquences importantes pour la culture de cette plante, 
et l'on vit la proportion de sucre s'élever progressivement de 14 
à 18 pour 100. Tous les individus ayant moins de 14 pour 100 
ne sont pas conservés pour la graine et, pour déterminer les types 
d'élite, on fait des analyses portant parfois sur 300 000 plantes. 
L'oiseau rare trouvé, il faut le multiplier, et on y parvient en le 
mettant en serre dès le mois de février; au bout de quelques jours, 
des œilletons se développent au collet, on les détache et on les 
bouture ou on les greffe sur Betterave (fig. 120). On peut ainsi 
récolter 5 kilogrammes de graines au lieu de 1 50 grammes. C'est 
donc par un travail incessant de sélection que l'industrie bettera- 
vière maintient ses hauts rendements, et les conséquences indus- 
trielles, économiques et commerciales de ces progrès ont été 
immenses. Un tel exemple suffit pour montrer la portée pratique 
de la méthode sélective dont le rôle a été si bien mis en lumière 
par les immortels travaux de Darwin. L'inconvénient de cette 
méthode c'est que l'éleveur doit être constamment sur la brèche, 
et, à la moindre défaillance, tout le progrès réalisé s'évanouit, 
car les particularités chimiques, par exemple la teneur en sucre, 
qui caractérisent les individus d'élite ne sont pas héréditaires. 

De Vries a suivi l'exemple très instructif de la naissance d'un Chry- 
santhème des moissons à cœur double (fig. 121). lia tracé la courbe 
des individus plus ou moins nombreux 
• a ayant des languettes périphériques en 
nombre de plus en plus grand. Il dressait 
chaque année des courbes telles que celle 
représentée ci-contre (fig. 122). Cette 
courbe est à plusieurs pointes; on voit 





Fig. 120. — Betteraves greffées. 

A, Greffe unique ; B, Double ; C, Bouture ayant fructifié dès la première année ; 

a. Porte-greffe ; 6, Greffon. 







Fig. 121. 

Chrysanthème 

des 

moissons. 



Fig. 122. — Courbe de duplicaturc 
du Chrysanthème des moissons. 



Onagre, variété rubrinerviê et type nanella. 



qu'il y a plusieurs maxima. Il y a, d'une part, des individus très 
nombreux à 26 languettes, un moindre nombre à 34, et enfin 
quelques-uns à 48. On recueille les graines de ces derniers et, à 
la génération suivante, on voit la courbe changer d'aspect et les 
individus à nombreuses languettes se multiplier beaucoup. Ces 
recherches furent commencées en 1895; en 1899, on voyait 2 ou 
3 languettes apparaître sur le disque et, en 1900, tout le disque 
était couvert de fleurs anomales. On voit, d'après cet exemple, 
« que l'horticulteur ne fait pas naître les variétés », comme le disait 
Carrière ; les propriétés sur lesquelles il opère sont des propriétés 
latentes, qu'il faut « attendre attentivement et saisir avec empres- 
sement ». Ceci explique également la réponse de Tegetmaier, 
éleveur de pigeons renommé, qui disait, à propos du caractère 
étrange de la queue démesurément longue des coqs de Corée (de 
plus d'un mètre de long) : « Nous ne pouvons, certes, rien faire si 
la variation que nous désirons ne se présente pas à nous; mais si 
elle est une fois là, je crois que l'accroissement réussit aussi. » 

Sélection horticole. — Il y a un autre type de sélection, 
appelée horticole, qui s'oppose au précédent ; cette dernière sélec- 
tion mérite d'être appelée agricole, car c'est surtout pour les plantes 
de grandes cultures qu'elle s'est manifestée, La sélection horticole 
est caractérisée par l'apparition soudaine de variétés qui se main- 
tiennent avec une stabilité parfaite et qui s'isolent en un très petit 
nombre d'années. La nouveauté exige, en général, quatre ou 
cinq années pour sa purification ; on y parvient en supprimant, au 
moment de la floraison, les fleurs faisant retour à la forme primi- 
tive. Grâce à cette pratique, on évite les croisements et l'appa- 
rition de bâtards à la génération suivante. On arrive ainsi, en peu 
de temps, à avoir, à la levée d'un semis d'un type mis dans le 
commerce, 90 pour 100, et plus, de plantes nouvelles. Le jardi- 
nier qui a découvert cette forme florale nouvelle et intéressante 
s'empresse de la vendre plusieurs milliers de francs et, comme elle 
est stable, elle se propage avec promptitude dans le commerce et 
perd alors une grande partie de sa valeur, à cause de sa fixité. 
Tout le monde peut l'avoir et la propager sans difficulté. 

On commence à entrevoir comment les variétés stables prennent 
naissance. On sait que la mutation et X hybridation peuvent pré- 
sider à leur naissance. 



LA VIE VEGETALE 



101 




Linaire vulgaire. 



Cl. H. de 
Linaire péloriée. 



Mutation. — Le phénomène de la mutation avait été entrevu 
déjà depuis longtemps, et l'on rapporte l'histoire d'un apothicaire 
d Heidelberg qui, en 1590, vit apparaître dans son jardin une 
forme anomale de la grande Éclaire ou Chélidoine, le type à 
feuilles laciniées ; en 1719, Marchant, membre de [Académie 
des sciences, a vu apparaître des Mercuriales annuelles à feuilles 
capillaires et à feuilles dilacérées, qui se maintinrent sans varia- 
tions ; en 1761, Duchesne signala le Fraisier monophylle, qui s'est 
maintenu jusqu à nos jours avec une feuille. Mais c'est de Vries 
qui a véritablement découvert la mutation et qui en a fait une 
étude attentive et approfondie. 

Ses recherches ont porté sur l'Onagre de Lamarck, espèce amé- 
ricaine, introduite depuis longtemps en Eu- 
rope et naturalisée en certaines stations, no- 
tamment à Hilversum, non loin d'Amsterdam, 
dans un champ de pommes de terre. Deux 
formes aberrantes nouvelles : l'une à style court 
(breoistylis), l'autre à feuilles lisses (lœvi- 
jolia), attirèrent l'attention du savant hollan- 
dais; elles étaient accompagnées de fascia- 
tions de tiges, de déformations des feuilles 
qui présentaient notamment des ascidies ou 
urnes. Toutes ces plantes qui révélaient ainsi 
des phénomènes étranges furent soigneuse- 
ment recueillies et transportées au jardin bo- 
taniqued'Amsterdam, où elles furent cultivées 
avec soin pendant plusieurs années. C'est 
en 1886-87 que les essais culturaux com- 
mencèrent : 15000 échantillons authentiques 
d'Onagre de Lamarck furent récoltés de 
graines; mais à côté de ces formes normales, 
de Vries remarqua 10 individus aberrants : 
5 appartenant à un type nain (nanella), 
5 appartenant au type à feuilles larges (lata). 
Les graines des types nouveaux furent récol- 
tées avec soin comme celles des types nor- 
maux, et l'on constata avec surprise que les 
graines de nanella ne donnaient que des 
nanella exclusivement : cette plante nouvelle 
avait une hérédité complète qui se main- 
tenait indéfiniment. Il en était de même du 
type lata. En semant les graines des indi- 
vidus normaux de l'Onagre de Lamarck, on 
avait encore une énorme proportion de plantes 
régulières, mais parmi elles, en petit nombre 
et à chaque culture nouvelle, réapparaissaient 
les deux formes irrégulières précédentes (na- 
nella et lata), et d'années en années, à côté 
d'elles, on en vit naître d'autres, non signa- 
lées dans les campagnes précédentes. Ainsi, 
en 1897, l'auteur observa 1800 Lamarckr 
iana, 9 nanella, 5 lata, 1 scintillons, 3 ru- 
brinervis, 29 oblonga, 1 1 albida. Toutes ces 
petites espèces, car elles méritent réellement 
ce nom, se sont produites à plusieurs reprises 
(seul le gigas n'avait fait d'abord son appari- 
tion qu'une fois); leur stabilité est réellement 




extraordinaire, à la condition de les autoféconder de manière à 
éviter l'intervention d un pollen étranger. Ces petites espèces nou- 
velles ont été distribuées aux jardins botaniques et ont été cultivées 
de 1903 à 1905 au Muséum de Paris. L'Onagre nain (nanella) 
n'est pas seulement caractérisé par sa petitesse (comme beaucoup de 
plantes naines, Giroflée naine, Œillet nain), il se distingue dès sa 
deuxième feuille, qui est très différente de celle de l'Onagre de 
Lamarck ; on a obtenu, au Muséum, des plantes qui avaient, au 
moment de la floraison, 23 centimètres. Un autre type, rubrinerois, 
également cultivé au Jardin des Plantes, était bien différent par sa 
taille, qui atteignait l m ,50. Ainsi donc la variation ne se produit 
pas, comme l'avaient indiqué Darwin, Wallace et leurs émules, 
d'une manière lente et à petits pas, mais par sauts brusques. 

Au point de vue de la lutte pour l'existence, il se peut que ces 
petites espèces soient plus ou moins aptes à survivre; il semble 
que plusieurs d'entre elles soient assez bien armées, mais les autres 
paraissent, au contraire, destinées à disparaître. Il y a enfin des 
types comme le scintillons qui n'auraient qu'une hérédité partielle : 
c est-à-dire que, par autofécondation, on voit dans sa descendance 
trois types : des scintillons (33 pour 100), des oblonga et des 
L,amarckiana. 

Un exemple de variation brusque qui est anciennement connu, 
puisqu'il a été observé déjà par Linné, est celui de la Linaire 
péloriée : la fleur, au lieu d'être irrégulière avec un éperon et symé- 
trique par rapport à un plan, devient régulière et symétrique par 
rapport à un axe. Cette propriété singulière n'est pas, en général, 
intégralement transmissible à la descendance ; ce n'est donc pas 
une mutation analogue à la précédente ; mais de Vries a pu, par 
triages poursuivis plusieurs années, arriver à obtenir une hérédité 
de 90 pour 100. 

La mutation est un phénomène encore trop nouvellement décrit 

pour qu'il y ait beaucoup d'exemples à citer; cependant il a été 

retrouvé par Raunkiaer, dans le Pissenlit; par Nilsson, dans les 

Céréales; par Wettstein, dans les Sedum, 

et par Blaringhem, dans les Maïs. 



Les traumatismes et la muta- 
tion. — Avec ces dernières plantes, un 
pas nouveau a été fait dans la voie du 
progrès par ce dernier auteur ; il a pu 
déterminer les conditions expérimentales 
dans lesquelles la mutation a pris nais- 
sance. Il a soumis ses Maïs à des trau- 
matismes divers : sections, torsions, pres- 
sions, et il a vu ainsi se produire en grand 
nombre des anomalies florales (fig. 123 
à 126). On sait que dans le Maïs il y a 
régulièrement à l'extrémité de la plante 
une panicule mâle et, de côté, des épis 
femelles. Or, dans la panicule mâle, à la 




Cl, L. Blarin^tiem. 

Fig. 123. — Métamorphose sexuelle 
des inflorescences de Maïs. 
A, B, E, G, Transformation incomplète de la panicule 
mâle en inflorescence femelle ; C, Transformation com- 
plète ; F, Femelle devenue mâle ; D, Sommet grossi de F. 



I J. L. 1 :i ii .d : lr il. 

Fig. 124. — Variétés de Maïs 

obtenues par traumatismes. 

A, B, Fruits de Maïs pseudo-androjîyne avec éta- 

mines ; C, Ovaire avec étamines ; D, E, Épillets 

hermaphrodites du Maïs à épis dissociés. 



LES PLANTES 



102 



LES PLANTES 




Fig. 125. — Maïs à 
A, Début de la floraison 



Cl. L. Ulariiiu-lui 

port pleureur. 
B, Pleine floraison. 



suite des sections de la tige, il a vu apparaître des 
fleurs femelles et les grains ainsi récoltés ont donné, 
à la génération suivante, des pieds reproduisant 
l'anomalie précédente dans une proportion extrê- 
mement grande de 70 pour 100. Ainsi donc il y 
a transmission héréditaire de l'anomalie. Mais 
il y a plus, car il a vu naître ainsi une mutation 
et il a obtenu des races fixées et présentant un 
intérêt agricole: le Maïs précoce, le semi-précoce; il a vu naître 
des Maïs à port pleureur (fig. 125), des Maïs chou-fleur (fig. 126), 
des Maïs à feuilles bullées, à épis dissociés (fig. 124), etc. 

C'est là d'ailleurs une méthode générale qui mérite d'être 
approfondie. Les traumatismes font naître des monstruosités. Par 
des mutilations expérimentales, Blaringhem a obtenu des tiges 
fasciées, des feuilles à ascidies, des fleurs doublées, notamment 
des Pensées monstrueuses. Il y avait longtemps déjà que les 
zoologistes, et surtout les vétérinaires, avaient observé des phéno- 
mènes monstrueux à la suite d'actions brutales. A cet ordre 
d idées il y a lieu de rattacher les modifications du Papayer, 
arbre dioïque qui, sur ses pieds femelles, donne normalement des 
fruits qui sont attachés près de la tige ; lorsqu'à la suite de blessu- 
res sur un pied mâle on y fait naître des fleurs femelles, le port de 
la plante est tout à fait changé et on voit les fructifications se for- 
mer loin du tronc. Les résultats de cette pratique ont été souvent 
observés à Madagascar, où M. Fauchère, inspecteur de l'Agricul- 
ture dans cette île, nous a signalé le fait 
comme fréquent. On voit donc que les trau- 
matismes ont non seulement de l'action sur 
la production de monstruosités, mais aussi 
sur la question si importante du changement 
de sexe. On sait d'ailleurs que, dans les 
oasis du nord de l'Afrique, les Arabes 
utilisent les mutilations pour obtenir le chan- 
gement de sexe des Dattiers. Ajoutons à ces 
recherches sur l'origine de la mutation celles 
de Zeylistra, quia montré le rôle d'une Bac- 
térie qui intervient dans le cas de l'Onagre 
naine et qui est un facteur de son rabou- 
grissement. 

Le greffage et les variations. — 

D'ailleurs, on peut produire des modifica- 
tions profondes des plantes par d'autres mé- 
thodes que les traumatismes : le greffage 
notamment. C'est ainsi que l'on a expliqué 
autrefois, au XVF siècle, l'apparition des Bi- 
garadiers bizarrerie (fig. 128), dont le fruit 
présentait sur certaines tranches le caractère 
du citron et, sur certaines autres, le carac- 
tère de l'orange. Le Néflier de Bronvaux est 
également célèbre; il a été greffé, il y a une 
centaine d'années, sur une Aubépine. A l'en- 
droit du bourrelet, plusieurs branches anor- 
males ont poussé, ayant des caractères inter- 
médiaires entre ceux du Néflier et ceux de 




1 Aubépine : les rameaux sont 
épineux comme ceux de l'Au- 
bépine, veloutés comme dans le 
Néflier; les feuilles sont intermé- 
diaires; l'inflorescence possède une 
douzaine de fleurs, c'est-à-dire 
plus que dans le Néflier et moins 
que dans l'Aubépine; enfin les 
fruits sont d'une grosseur intermé- 
diaire, duveteux, comme dans le 
Néflier, à sépales dressés comme 
dans l'Aubépine. Daniel a entre- 
pris l'étude expérimentale de cette 
question et, avec les Tomates, les 
Carottes, il a obtenu des change- 
ments qui paraissent se transmettre 
héréditairement, Certains auteurs 
tendent, il est vrai, à attribuer aux 
traumatismes le principal rôle dans 
la persistance de ces particularités 
héréditaires ou à expliquer cer- 
tains de ces phénomènes par l'hy- 
bridation véritable, mais le cas du 
Néflier de Bronvaux paraît bien 
lié à la greffe. 



Cl. L. blaringhem. 
Fig. 126. — Maïs tunique à épis en « chou-fleur ». 
A,' Panicule à épillets mâles transformés en épis femelles ; 
B, C, Panicules déformées ; D, E, Inflorescences latérales 
tendant à la forme u chou-fleur ». 




Maïs à épis normaux 



Rôle de la culture dans 
les variations. — En somme, 
la cause primordiale des altérations 
transmissiblesdes plantes doit être 
cherchée dans des modifications 
profondes de la nutrition : aussi ne devons-nous pas être surpris d'ap- 
prendre que la culture est un agent très important de la métamor- 
phose. Si les végétaux cultivés présentent des altérations si étranges, 
c'est à l'action du traitement que l'homme leur fait subir qu'il faut 
les attribuer. En cultivant des Pavots somnifères monstrueux, 
de Vries a mis nettement en lumière ce résultat. 11 a choisi pour ses 
expériences la variété polycéphale (fig. 127), qui est caractérisée 
par l'existence au pourtour du pistil normal des fleurs de cette 
plante d'un certain nombre de carpelles surnuméraires formant au- 
tour de lui une sorte de couronne. Sous l'influence de diverses 
pratiques culturales, il a vu l'anomalie précédente évoluer de géné- 
ration en génération, augmentant ou diminuant, suivant qu'on sou- 
mettait les plantes à des opérations diverses. De Vries a constaté 
ainsi que, par suite de la culture serrée, les anomalies s'accroissent, 
tandis qu'elles s atténuent en espaçant les plantules en germination : 
or on sait que l'horticulteur comme le pépiniériste cultivent les 
plantes en grand nombre les unes à côté des autres, soit en terrine, 
soit en planche de semis, et cette seule pra- 
tique, en apparence inoffensive, a les suites 
les plus profondes et les plus inattendues 
sur les phénomènes héréditaires. Une autre 
conséquence, découlant pour ainsi dire du 
résultat précédent, se trahit dans le repi- 
quage, qui est une opération culturale jour- 
nellement pratiquée; on voit que cette pra- 
tique contribue à entraver la multiplication 
des types très polycéphales. Enfin la culture 
sous verre, par opposition à la culture sans 
verre ; la culture au soleil, par opposition à la 
culture à l'ombre, contribuent puissamment 
à multiplier les anomalies héréditaires. 

L'influence de l'homme sur les végétaux 
est donc indéniable ; elle se manifeste par- 
fois d'ailleurs d'une manière saisissante, 
lorsque son intelligence se met, pour ainsi 
dire, à la torture pour soumettre les végétaux 
à un traitement extraordinaire. Tel est le cas 
des arbres rendus nains par les Japonais. On 
sait qu'ils sont passés maîtres dans l'art 
étrange de cultiver des arbres centenaires 
sur une étagère. Ils y parviennent, nous le 
verrons plus loin, en enlevant au végétal la 
plus grande partie de sa nourriture. Les 
plantes prennent alors un aspect inattendu. 
Il s'agit, il est vrai, dans ce cas d'une ac- 
tion directe et on ne sait pas jusqu ici si 
ces déformations sont susceptibles de passer 



LA VIE VÉGÉTALE 



103 




Papayer normal avec fruits (Sumatra). 



Papayer ramifié avec fruits. 



Conifère nain du Japon. 



à la descendance. La résistance des plantes aux traumatismes est 
parfois étonnante et on voit souvent, en forêt, des arbres dont la 
tige tordue indique qu'ils ont victorieusement résisté à une action 
brutale subie pendant leur jeune âge. 

Des déformations aussi bizarres, mais dont la cause est encore 
inconnue, peuvent s'observer dans la nature. Tel est le cas des 
« Faux » ou Hêtres tortillards de la forêt de Verzy, près de 
Reims ; ils sont certainement parmi les arbres les plus curieux que 
l'on puisse voir. Leur énorme tronc, de 3 à 4 mètres de hauteur, 
est noueux, irrégulier ; il en part de nombreuses branches, con- 
tournées, sinueuses, dirigées dans tous les sens. Leur croissance 
est des plus lentes. Leurs racines, comme on s en est assuré, ont 
une disposition analogue à celle des branches. 

Les a Faux », qui croissent au milieu d'autres arbres de même 
espèce absolument normaux, étaient autrefois fort nombreux ; il 
en reste aujourd'hui une dizaine de gros, situés à quelque cent 
mètres les uns des autres, mais on en trouve nombre de petits aux 
formes non moins bizarres. Leur tronc est spirale; les extrémités 
de leur rameaux, tordus en tous sens, sont pendantes et s enraci- 
nent facilement lorsqu'elles touchent à terre. Les Faux de Verzy 
croissent dans un sol calcaire, un peu argileux et ferrugineux ; 
certains naturalistes les considèrent comme une variété non persis- 
tante du Hêtre ordinaire, due seulement à la nature du sol et à 
l'exposition. Le Hêtre tordu de Dain, près Metz, est aussi très 
connu. On en compte aussi quelques-uns dans les forêts d'Alle- 
magne. Les variétés d arbres d'ornement à branches tortillées ou 
pleureuses (Orme, Sophora, etc.) nous offrent un cas analogue. 

Hybridation. — L'horticulture a d'ailleurs un autre procédé de 
déformer les plantes de manière que les caractères nouveaux se 
transmettent héréditairement : c'est le croisement. L'hybridation est 
une méthode d'une puissance extraordinaire qui permet, en effet, par 
la fusion du sang ou plutôt des sèves des deux plantes, d'obtenir des 
mélanges de caractères les plus inattendus et les plus intéressants. 

Parmi les plantes pour lesquelles l'hybridation a été poussée le 
plus loin, on peut citer en particulier les Sabots de Vénus, pour 
lesquels les orchidophiles sont arrivés à des résultats merveilleux. 
11 y a environ soixante-dix espèces de Cypripedium connues, mais 
une cinquantaine seulement ont été croisées entre elles et, par leur 
combinaison, I 500 types nouveaux ont été obtenus, dont quel- 
ques-uns sont véritablement admirables. Au simple aspect de la 
fleur d'un de ces hybrides artificiels, on peut retrouver ses parents : 
un Cypripedium Heloetià, par exemple, présente un mélange 
net des caractères du Cypripedium Chamberlainianum et du 
Cypripedium philippinense, qui sont ses père et mère. 

Quand on se trouve en présence d'un pareil type, pn a tout à 
fait l'impression qu'on éprouve en face d'un être nouveau, car c est 
une création de l'homme qui peut se multiplier indéfiniment par 
division du rhizome et, par conséquent, ces hybrides peuvent 
indéfiniment persister; aussi certains hybrides, comme le Cypri- 



pedium Leeanum, sont aussi répandus dans les serres que leurs 
parents et, comme ils sont féconds, ils peuvent se croisera nouveau 
entre eux ; le nombre des hybrides peut se multiplier à l'infini. 
Il est donc nécessaire, pour garder un type pur, d'empêcher les 
croisements qui peuvent se produire en dehors de la volonté de 
l'homme, par exemple sous 1 influence des insectes, qui transportent 
le pollen d'une fleur à l'autre. On peut voir sur la photogra- 
phie (p. 98) l'un des dispositifs employés pour empêcher la visite 
des insectes. 

Mendélisme. Cas des monohybrides. — Les lois régis- 
sant la descendance des hybrides ont été découvertes par un prêtre 
autrichien nommé Mendel; elles peuvent d'ailleurs être un guide 
précieux pour l'horticulteur dans la recherche de l'isolement de 
types nouveaux et héréditairement stables. Mendel a établi qu'en 
croisant deux races d'une même espèce qui ne diffèrent que par 
un seul caractère (monohybrides) , par exemple deux variétés de 
Pois, l'une à grains ronds et gonflés, l'autre à grains ridés, on 
voit qu'à la première génération toutes les plantes ont des grains 
ronds. Ce caractère est dominateur, car l'autre caractère subsiste 
au moins dans un certain nombre de 
grains, mais caché, non apparent : on dit 
que ce caractère des grains ridés est ré- 
cessif. Si l'on sème ces graines de pre- 
mière récolte, on voit qu'à la seconde géné- 
ration, après autofécondation, les individus 
se divisent en deux lots : 25 pour 100 à 
grains ridés (race pure) et 75 pour 100 à 
grains ronds. Parmi ces derniers, on re- 
connaît, à la génération suivante, qu'il y 
en a de deux sortes : 25 pour 100 don- 
nant toujours des grains ronds de race pure 
et 50 pour 100 de grains qui sont de na- 
ture hybride, susceptibles de donner des 
ronds ou des ridés. On peut donc dire 
que, dès la deuxième génération, ily avait 
25 pour 100 de graines à caractère ré- 
cessif; 50 pour 100 de graines hybrides 
(avec les deux caractères, le caractère rond 
seul visible) et 25 pour 100 de graines à 
caractère seulement dominateur. 

Ainsi donc, dans le cas le plus simple 
de deux variétés qui ne diffèrent que par 
un caractère, la loi de Mendel se trahit 
par les chiffres 3 et I : 3 individus où 
le caractère dominateur existe, 1 où le 
caracière récessif est présent. On voit la 
chose nettement avec deux Mirabilis fa- 
lapa ou Belles-de-Nuit, une blanche, 
l'autre rouge. L'hybride de première gé- 




Fig. 127. 
Pavot polycéphale. 




Fig. 128. — Bizarrerie 
du Bigaradier. 



104 



LES FLANTES 




Traumatismes sur le Bouleau. 



nération est rose. A la deuxième gêné- T ■ j tt 

... I || ° L un des Faux 

ration, il y a un blanc et trois roses ou 

rouges (fig. 129, A). Le schéma situé 

sous les fleurs représente tous les individus des Mirabilis pendant 

trois générations. Il suffit de consulter le dessin pour comprendre. 

De même le croisement de deux Linaires, l'une blanche, l'autre 

rose (dihybride) \fig. 129, B]. 

Cette loi de Mendel est une très grande loi biologique. Elle 
s applique à une foule de caractères des plantes et à un nombre 
considérable d'espèces de genres et de familles, comme Pois 
nains et géants, Quarantaines à tige ramifiée et non ramifiée, 
Orties à feuilles très dentées (Urtica pilulifera) et peu dentées 
(Urtica Dodartn) \fig. 131], Primevères à feuilles dont les décou- 
pures sont palmées et à feuilles dont les découpures sont pen- 
nées, plantes annuelles et bisannuelles, Pois de senteur à grand 
pétale droit ou plié (fig. 132), Orges ayant des avortements de 
fleurs femelles ou non. Céréales à paille creuse et pleine (ce 
qui est important pour le phénomène de la verse des Blés), 
plantes à fruits pourvus d'aiguillons ou à fruits lisses, Maïs à 
albumen amylacé ou dextrineux-sucré, etc. Cette loi s'applique 
aussi aux animaux et à l'homme. 

On peut mettre en relief les phénomènes mendéliens par une 
autre méthode. Si l'on admet que chez le Pois chaque caractère 
qui produit les graines rondes ou les graines ridées est représenté 

par un déterminant qui 
J.h'Â fl ' existe dans l'œuf, on 



Sophora pleureur. 



11. Kulh 

de Verzy (Marne). 




peut imaginer des symboles pour la repré- 
sentation ; soit R le caractère dominateur 
(rond), et r le caractère récessif (ridé). 
A la première génération, on a donc des graines résultant d'une 
plante hybride qui a des déterminants Rr; mais le caractère domi- 
nateur masque le caractère dominé et le caractère r n'apparaît pas ; 
1 hybride de première génération a donc des grains ronds. A la 
génération suivante, voici toutes les combinaisons des déterminants : 
RR Rr rR rr ou encore R 2 + 2 Rr + r 2 . 
On peut encore représenter les phénomènes par des carrés. Une 
plante peut avoir quatre caractères dans son pollen et quatre carac- 
tères dans ses oosphères (fig. 130). En réunissant les caractères 
des grains de pollen et ceux des ovules comme des jetons rouges 



R 


r 




R 


R 




RR 


rR 


R 


r 


r 


r 


Rr 


rr 



Fig. 129. — Effets de la loi de Mendel sur les hybrides. 
A, Sur les Belles-de-Nuit ; B, Sur les Linaires. 



Fig. 130. — A gauche, schéma de la division d'une cellule mère pol- 

linique: deux grains de pollen avec le caractère rond (R), deux avec 

le caractère ridé (r). Au milieu, idem pour les cellules femelles. 

A droite, superposition des deux figures précédentes, symbolisant la 

fécondation. 

et blancs, on a la combinaison des troisièmes carrés obtenus en 
superposant les deux premiers carrés l'un sur l'autre. 

Quand il y a mélange de deux déterminants, ledominateur seul 
apparaît; on a donc, sur quatre graines, trois avec le caractère do- 
minateur (RR, rR. Rr) et une avec le caractère récessif (rr), soit 
75 pour 100 des premiers et 25 pour 100 des seconds. Mais les 
types à caractère dominateur (ou à graines rondes) se décomposent 
en deux sortes R 2 -t- 2 Rr; sur trois graines, il y en a une exclusi- 
vement à caractères dominateurs et deux avec mélange. A la géné- 
ration suivante, la graine représentée par R 2 est absolument ronde ; 
elle est de race pure, tandis que les types hybrides rR et Rr se 
comporteront comme le lot hybride de première génération, c'est- 
à-dire se diviseront en 25 pour 100 de graines rondes pures, 
50 pour 100 de graines rondes hybrides et 25 pour 100 de graines 
ridées pures. Tout s'explique donc par la formule : 
R 2 + 2 Rr + r2 = (R + r) 2 . 

Cas des dihybrides. — Supposons maintenant que l'on 
croise deux races de Pois différant par deux caractères : par 
exemple, une race a des graines rondes (R) et vertes (V) et l'autre 
des graines ridées (r) et jaunes (J) [fig. 133 et 1:54]; admettons 
de plus que le caractère jaune domine le caractère vert; Mendel 
a montré que les caractères de formes étaient indépendants des 
caractères de couleurs. Soit J et V les déterminants du jaune et 
du vert. En raisonnant comme tout à l'heure, en ne tenant compte 



LA VIE VÉGÉTALE 



105 



que de la couleur, on pourrait représenter les choses par le sys- 
tème des carrés. On verrait à la deuxième génération trois lots 
représentés par les déterminants : 

J 2 + 2 J V + V 2 = (j + V) 2 . 

Les quatre caractères précédents, pouvant s'associer, doivent 
donner les combinaisons qu'on obtiendra en faisant les produits 
(R + r 2 ) (J + V 2 ). Ce 
produit peut s'écrire : 

R 2 J 2 + 2R 2 JV+2Rr 

J 2 + 4 Rr J V (9 types 

de ce groupe) 
R2 V2 + 2Rr V 2 (3 types 

de ce groupe) 
,2 j2 + 2 r 2 J V (3 types 

de ce groupe) 
r 2 V 2 (1 type de ce groupe). 

Toutes les graines de 
la première catégorie 
(l re ligne) sont rondes et 
jaunes, car les caractères 
ridé et vert sont dominés 
quand ils sont présents 
par le caractère corres- 
pondant rond et jaune. 
Or, les coefficients sont 
successivement : 

1 + 2 + 2 + 4 = 9. 

Il y aura neuf graines de 

cette catégorie, tandis qu'il 

la deuxième (2° ligne) à 



bres 3 et 1 ; celle qui régit les dihybrides (deux variétés qui diffè- 
rent par deux caractères) est celle des nombres 9,3,3,1 ; on la 
voit se manifester dans le cas de deux Linaires (fie. 129, B), dans 
le cas de deux Maïs, dans le cas de deux souris. La règle mathé- 
matique dans le cas des trihybrides (deux variétés qui diffèrent 
par trois caractères) se manifesterait de même par les chiffres de 
graines différentes correspondant aux nombres 27,9,9,9,3,3,3,1 





Fig. 131. — Croisement de deux Orties (Dodartii, peu den- 
tée, et pilulifera, très dentée) ; 2 e ligne : hybride de première 
génération ; 3 e ligne : deuxième génération ; 4 e ligne : troisième 
génération. 



Q-.. 



Fig. 132. — Croisement de deux Pois de sen- 
teur albinos (l'un à étendard plié et l'autre 
étalé) donnant un hybride de première généra- 
tion (2 e ligne) pourpre ; à la deuxième généra- 
tion (3 e ligne), on a des pourpres, des roses, 
des blancs. 



y en aura trois de 
graines rondes et 
vertes, trois de la troisième (3 e ligne) à graines 
ridées et jaunes et une de la quatrième (4' li- 
gne) à graines ridées et vertes. Donc sur seize 
graines (9 + 3 + 3 + 1 = 16) il y en a neuf 
rondes jaunes, plus trois rondes vertes, plus 
trois ridées jaunes et plus une ridée verte. Or, 
l'expérience vérifie cette prévision. Mais si 
l'on examine, à la génération suivante, les 
graines du premier groupe (l rc ligne), on voit 
qu'elles sont de quatre catégories, avec les 
déterminants suivants : 

R 2 J 2 , R 2 J V, Rr J 2 , Rr J V. 

Or, seules les premières graines (à détermi- 
nants R 2 J 2 ) sont pures et se maintiennent 
indéfiniment pures par autofécondation ; les 
autres sont de natures hybrides et, à la géné- 
ration suivante, on voit apparaître les caractères dominés qui étaient 
masqués. Parmi ces hybrides, il y en a de trois catégories avec les 
déterminants suivants : 1° R 2 J V, toutes les graines ainsi repré- 
sentées sont de race pure pour la forme (toutes rondes), mais hybrides 
pour la couleur (jaunes et vertes) ; 2° Rr J 2 , toutes les graines ainsi 
représentées sont hybrides par la forme (rondes et ridées), de race 
pure par la couleur (jaune) ; 3° Rr J V, toutes les graines ainsi 
représentées sont hybrides à la fois par la forme et la couleur 
(rondes et ridées, jaunes et vertes). 

On ferait le même raisonnement avec les graines rondes vertes 
de la deuxième génération : R 2 V 2 + 2 Rr V 2 (2" ligne). Le point 
essentiel à remarquer c'est que, à la génération suivante, pn a tout 
de suite une race pure nouvelle R 2 V 2 à graines rondes et vertes. 
Cette race est isolée sans sélection et c'est une création, car anté- 
rieurement on pouvait n'avoir jamais signalé l'association des 
caractères rond et vert. De même (3' ; ligne) le déterminant r 2 J 2 
indique des races pures à graines ridées jaunes. Il y a donc, par 
la méthode de Mendel, le moyen d'isoler des races végétales nou- 
velles et complètement stables. 

Ceci modifie la notion de race pure. On croyait qu'un individu 
était de race pure lorsqu'il descendait d'une longue suite d'ancê- 
tres identiques à lui. Ceci ne s'applique pas aux races pures qui 
ont pour déterminants R 2 V 2 , r 2 J 2 , qui ne ressemblent à aucun de 
leurs parents immédiats et sont cependant le point de départ d'une 
race absolument stable et héréditaire. 

La méthode de Mendel permet en outre, par culture pedigree, 
c'est-à-dire en partant d'une seule graine et en suivant toute la 
descendance, d'arriver à isoler les races pures dès la deuxième 
génération. Avec la sélection simple, on n'arrive pas à des résul- 
tats aussi rapides et on voit toujours réapparaître des hybrides. 

En somme, la règle mathématique qui régit les monohybrides 
(deux variétés qui diffèrent par un caractère) est celle des nom- 



■ù 



Fig. 133. — Pois à grains ronds et verts 
croisé avec variété à grains jaunes et ridés ; 
l'hybride de première génération (2" ligne) a 
des graines rondes et jaunes ; les hybrides de 
deuxième génération (au-dessous de l'acco- 
lade) sont : neuf graines rondes et jaunes, 
trois ridées et jaunes, trois rondes et vertes, 
une ridée et verte. 



(en tout 64). Quand on s'est bien pénétré 
de ces principes, en somme, rien n'est plus 
facile que de comprendre la loi de Mendel, 
même dans des cas complexes. 

Le mendélisme a été appliqué à l'expli- 
cation d'une série de phénomènes singuliers. 
On a croisé deux Pois de senteur blancs 
(albinos) : la première génération a été pour- 
pre {fig. 132). A la seconde génération, sur 
64 individus, on comptait 2 7 violets, 9 rouges 
et 28 blancs (9 + 9 + 3+3 + 3 + 1). C'est 
la loi des trihybrides (27 + 9 + 28 = 64). 

Les caractères de la sexualité paraissent, 
dans certains cas, être mendéliens. 

Enfin, et ce dernier résultat est le plus im- 
portant, on cherche à appliquer la loi de 
Mendel à la question de la résistance des 
plantes aux maladies. Orton a déjà obtenu des résultats très nets 
dans le cas des races de Pastèques résistantes à la maladie de la 
flétrissure. Si l'on arrivait à appliquer ces données à la question de 
la Rouille des Céréales, ce serait un résultat très important. 

Il suffit de jeter un coup d'ceil sur les carrés de la figure 134 
pour comprendre ; la superposition des déterminants de couleur 
jaune et verte donne, comme précédemment, les quatre combinai- 
sons JJ, JV, VJ et JJ. En les associant aux combinaisons de forme, 
on obtient un premier carré. Le second (à droite) représente ce 
qu'on obtient par la superposition des caractères. 

On peut arriver au même résultat par la méthode algébrique 
qui a été indiquée au début dans le cas des monohybrides. 



RR j Rp 
JJ 

r R ; rr 



RR Rr 

VJ 

r R rr 



RR ! Rr 

JV 

r R rr 



RR j Rr 

VV ------ 

r R rr 



RR 


Rr 


RR 


Rr 


JJ 


JJ 


JV 


JV 


rR 


rr 


rR 


r r 


JJ 


JJ 


JV 


JV 


RR 


Rr 


RR 


Rr 


VJ 


VJ 


VV 


VV 


r R 


r r 


rR 


rr 


VJ 


VJ 


VV 


VV 



Fig. 134. — Schéma expliquant les associations de deux couples de 
caractères : grains ronds (R) ou ridés (r) et verts (V) ou jaunes (J). 
Dans chaque grain il y a association d'une forme et d'une couleur. Le 
premier quadrillage correspond aux diverses combinaisons de formes ; 
la combinaison avec les associations de couleurs est représentée sur 
le quadrillage de droite, ce qui donne toutes les combinaisons possi- 
bles (16) à la deuxième génération. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



/. — LES VOYAGES ET LA BOTANIQUE 



La recherche des plantes à épices. — La connais- 
sance complète de la plante que possède le lecteur, grâce à 
tout ce qui précède, nous amène à aborder maintenant une 
nouvelle étude, celle de la classification. Il ne suffit pas de connaître 
la plante en général, il faut connaître toutes les plantes. Ce savoir 
. a une immense importance, car les végétaux jouent, comme nous 




dirent en Europe et sur tout le globe : l'Ananas, le Maïs, la 
Pomme de terre, le Haricot, pour ne citer que les plus importantes, 
dont la propagation a amené des révolutions si profondes pour la 
civilisation humaine, puisque la Pomme de terre a fait disparaître 
la famine de l'Europe. 

Le but primordial visé par Colomb n'avait pas été atteint, mais il 
était réservé au Portugais Vasco de Gama 
de parvenir au pays des épices en dou- 
blant le cap de Bonne-Espérance et en 
gagnant ainsi l'Inde. C'est donc l'appât 
prodigieux de la découverte de plantes 
rarissimesqui a suscité lesdeux plus grands 
voyages des temps modernes et qui a 
orienté l'humanité sur les routes du progrès. 
D'ailleurs la possession de la terre aux 
épices a continué à faire 1 objet des convoi- 
tises de toutes les nations de navigateurs. 
Après l'écroulement de Venise, la Hol- 
lande ne tarda pas à ravir au Portugal sa 
conquête et, pendant deux siècles, par des 
moyens étranges, garda le monopole de ces 
plantes à épices en concentrant leur culture 
et leur exploitation dans quelques îles et 
en organisant de véritables expéditions 
guerrières pour les détruire partout ailleurs. 
Cette situation ne pouvait durer et, au 
XVIIi" siècle, une expédition fut organisée 
par Poivre pour aller à la découverte des 
pays aux épices, dont les espèces furent 
alors propagées à la Réunion et ailleurs. 



Cl. Alluaud. 



Séneçons arborescents au Kilimandjaro. 

l'avons déjà montré, un rôle immense dans la vie des peuples. On ne 
peut mieux le prouver qu'en rappelant que l'Amérique a été décou- 
verte par Christophe Colomb parce qu'il voulait trouver un chemin 
plus court pour arriver aux pays producteurs d'épices : pendant 
tout le moyen âge, ces produits précieux de plantes rares de l'Inde 
et des archipels voisins arrivaient en Europe, après mille difficultés, 
par l'Egypte et l'isthme de Suez, et c'est à Alexandrie que les 
Vénitiens allaient les chercher. L'Italie a donc été, pendant tout le 
moyen âge, la pourvoyeuse de l'Europe pour tous les produits de 
l'Extrême-Orient. Marco Polo, dont les voyages en Chine ont été 
si célèbres, était Italien, comme devait l'être le Génois Christophe 
Colomb. Grâce à ce dernier, l'Amérique fut découverte, mais il 
ne devait pas y trouver les épices; dès son retour en Europe, 
l'illustre Génois rapporta des échantillons variés de la flore améri- 
caine ; cette vue émerveilla les Espagnols et bientôt un certain 
nombre de plantes remarquables du Nouveau Monde se répan- 




Fig. 135. — Expédition rapportant des plantes à encens. 
(Inscriptions du temple de Deir-el-Bahari, en Egypte.) 



Les plantes à encens dans 
l'Egypte ancienne. — Un pareil récit 
éclaire suffisamment le lecteur sur l'im- 
portance des plantes pour la prospérité 
commerciale des peuples et justifie les grandes explorations pour 
les découvrir. D'ailleurs déjà, dans l'ancienne Egypte, les Pharaons 
avaient organisé de grandes expéditions et frété des flottes qui, 
par la mer Rouge, ont été à la découverte des végétaux à encens. 
Les égyptologues ont déchiffré de précieux documents se rappor- 
tant notamment à un voyage qui a été fait par une flotte égyp- 
tienne, frétée par la reine Hatasou, de la XVIII e dynastie, pour 
aller, en partant de la mer Rouge, au pays mystérieux de Pount. 
Les parois du temple de Deir-el-Bahari reproduisent les détails 
de cette expédition (fig. 135). On voit un bâtiment arrivé au port 
d'embarquement et les Égyptiens transportent les plantes précieuses 
dans une corbeille (analogue aux serres Ward actuellement em- 
ployées pour le transport des plantes aux colonies), avec de 1 or, de 
l'ivoire, des cynocéphales, des léopards. Les parois du temple men- 
tionnent également l'arrivée des espèces sacrées en terre d'Egypte 
et les grandes fêtes religieuses qui servirent à célébrer cet événe- 
ment important, quand les plantes furent installées autour du 
temple. L'introduction d'une espèce rare était donc à ces époques 
lointaines une grande date à la fois politique et religieuse. 

Voyages modernes. — Dans les temps modernes, et encore 
à l'heure présente, les voyages d'exploration continuent. Les grands 
Etats européens et les jardins botaniques subventionnent des voya- 
geurs qui, aupéril de leur vie, s'en vont à la recherche de richesses 
qui importent tant à l'Europe. Il serait trop long d'énumérer tous 
les noms des voyageurs illustres qui ont enrichi nos connaissances 
botaniques, mais on peut rappeler les noms à jamais célèbres de 
Cook, de Dumont d'Urville, de Dombey, de Gaudichaud et, parmi 
les hommes qui, dans ces dernières années, ont le plus fait pour 
notre pays et pour le Muséum, MM. -Diguet, Geay, Alluaud, 
Charcot, Gain, Chevalier. Ce dernier, depuis plus de vingt ans, 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



107 



explore fructueusement 1 Afrique occiden- 
tale et a commencé à y organiser des jar- 
dins, germes d'établissements qui, dans un 
avenir lointain, seront peut-être les rivaux 
des grands jardins botaniques des régions 
tropicales. M. Caille, chef de service au 
Muséum, a été le compagnon et le lieute- 
nant dévoué de M. Chevalier, et la pho- 
tographie ci -contre donne une idée de 
l'installation rustique de l'Européen dans 
ces pays neufs où il atout à faire : récolter 
les plantes et les sécher avec les plus 
grandes difficultés, faire des cultures, lutter 
contre les noirs, contre la fièvre et contre 
la mort. 

Quand le voyageur, après avoir échappé 
à tous les périls qui le guettaient, revient 
en Europe, il rapporte dans nos serres des 
plantes rares et du plus grand intérêt éco- 
nomique qui peuvent être propagées par- 
tout dans les colonies. 

Les classifications. — Mais il ne 
suffit pas d'aller à la recherche des richesses 
végétales, il faut les étudier, et c'est là le 
rôle du Muséum d'histoire naturelle et de 
tous les établissements similaires de l'étran- 
ger. C'est une tâche immense, car le 
nombre des plantes est prodigieux et, pour 
pouvoir s'y reconnaître au milieu de ce 

gigantesque inventaire de la nature, il fallait créer les classifica- 
tions. Les premiers essais sont dus à Césalpin, de Florence (1583), 
qui distribua 840 espèces végétales en quinze classes. Au cours 
du XVII e siècle, de nombreux essais de classification furent faits en 
Angleterre par Morison (1680) et Jean Rai (1682, 1693), en 
France par Tournefort (1694). Mais, au XVIII e siècle, le nombre 
des plantes découvertes alla en se multipliant d'une manière in- 
quiétante et la question de la nomenclature se posa à nouveau. 
Linné en fut le législateur et il imposa deux noms latins à chaque 
plante : un nom de genre et un nom d'espèce; ce dernier était un 
qualificatif. Cette simple réforme a eu une portée immense et elle 
a permis à l'illustre savant suédois d'apporter l'ordre et la simpli- 
cité dans une tâche extrêmement difficile. En 1735, il publia sa 
méthode sexuelle, fondée sur l'étude de la fleur et principalement 
sur l'examen de l'étamine. Il classait le règne végétal en vingt-quatre 
classes, suivant le nombre des étamines(l, monandrie; 2, dian- 
drie, etc.), suivant leur taille (didynamie, tétradynamie), suivant 
leur soudure entre elles (monadelphie, diadelphie, etc.) ou au pistil 
(gynandrie), et suivant l'existence de fleurs hermaphrodites ou 
unisexuées (moncecie, dioecie...); enfin la dernière classe compre- 
nait les plantes n'ayant pas de fleurs (cryptogamie). 

Le grand mérite de cette méthode artificielle de Linné était 
surtout d'être pratique, mais elle négligeait bien souvent les affi- 
nités naturelles des plantes. Il était réservé aux de Jussieu de fonder 
la méthode naturelle. En 1 759, Louis XV, voulant faire planter 
le jardin botanique dans le parc de Trianon, près Versailles, 
chargea Bernard de Jussieu, démonstrateur au jardin du roi à Paris 




Idria columnaria dans un paysage du Mexique. 

(Muséum actuel), de diriger cette plantation. Celui-ci réalisa sur 
le terrain les conceptions qui avaient germé dans son esprit, à la 
suite d'une étude approfondie de la botanique. Malheureusement, 
il ne publia jamais rien et les résultats extrêmement remarquables 
de ses études auraient pu être perdus, si son neveu, Antoine- 
Laurent de Jussieu, n'avait continué et publié son œuvre. Il a été 
ainsi le fondateur de la méthode naturelle, œuvre qui est une des 
plus grandes gloires du Muséum : c'est ce savant qui a divisé les 
végétaux en Monocotylédones et Dicotylédones, ces derniers com- 
prenant les apétales, les monopétales ou gamopétales et les poly. 
pétales, ou encore dialypétales. Cette classification a été remaniée 
depuis le début du XIX e siècle; elle s'est enrichie; mais ce qu'il 
y a d'essentiel en elle subsiste encore à l'heure actuelle. Nous 
suivrons ici la classification de Van Tieghem, qui est la suivante : 



EMBRANCHEMENTS 



SOUS-EMBRANCHEMENTS 



■ / Pas de 



I. THALLOPHYTES 
Un thalle; ni feuilles, ni tige, ni £" î* e m , atlere , V ,1 ' 

racines, ni fleurs . . . S De la chlorophylle. . 

II. MUSCINÉES (Tige rampante ou thall 
Tige et feuilles, ni racines, ni fleurs. / Tige dressée 



III. CRYPTOGAMES VASCULAIRES \ Ramification latérale. . 

Racines, tiges, feuilles, pas de s Ramification verticillée. 

fleurs I Ramification en fourche. 



Algues. 
Champignons. 

Hépatiques. 
Mousses. 

Filicinées. 

Êquisétinées. 

Lycopodinées. 



IV. PHANÉROGAMES 
Des fleurs, avec racines, tiges et 
feuilles 



I Gymnospermes 

* (graines nues). 

1 Angiospermes(granies ) 

' protégées par l'ovaire).) 



Monocotylédones. 
Dicotylédones. 




Cl. Chevalier. 

Séchage des plantes au cours d'une expédition. 



Cl. F. Faideau. 

Plantes appartenant aux quatre embranchements. 



1 




Cl. de M. Pruvot. 



HIMANTHALIA EN FOUET, SUR LES ROCHERS, A MER BASSE, PRES ROSCOFF. 



//. — LES PLANTES SANS FLEURS 



THALLOPHYTES 

Les Algues. — Les Algues sont des Thallophytes pourvues de 
matière verte. Dans les cellules de certaines d'entre elles, le pigment 
vert est seul : aussi les appelle-t-on Algues certes; dans d'autres, 
il se complique de pigments de diverses couleurs : d'où les noms 
d'Algues bleues, brunes et rouges. Toutes ont besoin d'humidité; 
quelques-unes sont microscopiques; au contraire, certaines espèces 
marines ont des dimensions considérables. Leur unique organe, le 
thalle, plus ou moins différencié, consiste en un filament simple ou 
ramifié ou en une lame souvent compliquée ; il sert à la fois à la nu- 
trition et à la reproduction ; cette dernière est tantôt sexuée et se fait 
par des œufs, tantôt asexuée et a lieu alors soit à l'aide de spores 
immobiles, soit par des spores mobiles ou zoospores. C'est surtout 
dans les milieux liquides (eaux douces ou salées) que se 
développent les Algues; quelques-unes sont terrestres. 

Algues vertes. — Les Characées constituent le groupe 
supérieur, se rapprochant le plus des Muscinées; elles 
habitent les eaux douces ou saumâtres du monde entier. Un 
Chara atteint souvent une grande taille (parfois 1 mètre) ; il 
est formé de filaments constitués alternativement par de 
grandes cellules ou entre-nœuds, avec de très nombreux 
grains de chlorophylle, et des nœuds formés de cellules plus 
petites, qui se divisent en une cellule centrale et des cellules 
superficielles. Ces dernières émettent des prolongements 
verticillés qui s'appliquent étroitement par des appendices 
sur la cellule internodale et contribuent à la cortiquer. A l'en- 
droit de ces nœuds, des branches en verticillés se séparent: 
elles ont la même constitution que la précédente, mais avec 
une croissance limitée : ce sont donc des sortes de feuilles. 
Il y a, en somme, des rudiments de tige et de feuilles; la 
tige est d'ailleurs fixée à l'aide de poils hyalins ou rhizoides 
à sa base ; des branches semblables à la tige principale peu- 
vent naître à l'aisselle des feuilles. 

La reproduction est sexuée (fig. 136); elle a lieu par des 
organes mâles ou anthériiies, qui sont sphériques, rouges, et 
naissent à l'extrémité d'une foliole; ils portent à l'intérieur 
des fouets de longs filaments, dont chaque cellule produit 
un anthérozoïde spirale, à deux cils vibratiles comme dans 
les Mousses. L'organe femelle ou oogone émane du nœud 



basilaire de la même foliole : sa cellule femelle est entourée par 
des cellules corticales rapprochées les unes des autres et tordues en 
spirale, se soudant à leur sommet pour former une couronne courte 
de cinq cellules petites. Au moment de la fécondation, cinq fentes 
latérales, provenant de l'écartement des cinq tubes, laissent péné- 
trer les anthérozoïdes qui, en se fusionnant avec l'oosphère, don- 
nent un œuf. 

Dans les Spirogyres, qui sont des Conjuguées, la chlorophylle 
a la forme d'un ruban spirale composé de files de cellules. Au mo- 
ment de la reproduction, deux filaments se placent parallèlement 
l'un à l'autre et les cellules qui se font face bourgeonnent l'une vers 
l'autre (fig. 137); les bourgeons s'accolent, les protoplasmas se fu- 
sionnent : tout le contenu d'une cellule passe dans l'autre, et un œuf 
se forme, d'un vert intense, qui reproduira la plante en germant. 
Dans les Clostéries, qui appartiennent à un 
groupe voisin, celui des Desmidiées, consti- 
tuées par des cellules isolées ayant la forme d'un 
croissant, quelque chose d'analogue se produit. 
Jamais il n'y a de reproduction asexuée 
dans les deux plantes précédentes, tandis qu'elle 




Fig. 136. — Reproduction 
des Characées. 
A, Tige de Chara fragilis; 
B, Portion de feuille avec oogone 
et anthéridie ; C, La même avec 
l'oogone fécondé et l'anthtridie 
ouverte ; D, Structure de l'an- 
théridie. trois écussons désarti- 
culés; E, Trois files de cellules 
mères d'anthérozoïdes; F, An- 
thérozoïdes isolés. 




Fig. 137. 

Spirogyre. 

Fusion de deux 

cellules 

semblables. 



Fig. 138. — Reproduction 
de la Vauchérie. 

A, Zoospore s'échappant ; B, Libre ; 

C, Fixée; D. Germant ; K, Oogone 

et anthéridie de Vauchérie. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



109 




Fig. 139. — Algues vertes. 

A,Cauterpa scalpelliformis ; B, Ulvalatissima;C, U. Linza;D,U. cornucopiœ; 
E, Acetabularia mediterranea ; F, Caulerpa cactoiJes; G, Struvea plumosa. 

existe dans les Conferoes, types de la famille des Confervacées. 
Ce sont des masses gluantes, filamenteuses, vertes, qui croissent 
abondamment dans les eaux stagnantes. Chez les Œdogones, genre 
de ce groupe, les anthérozoïdes ont une couronne de cils (comme 
les zoospores, qui sont plus grosses) et pénètrent sous l'œil de l'ob- 
servateur' dans l'organe femelle ou oogone. Les Uhes ou Laitues 
de mer (fig. 139, B, C, D), grandes lames vertes translucides qui 
ondulent dans l'eau salée, se rattachent à ce groupe. Certaines 
Conferves, dans les eaux agitées, se rassemblent sous forme de 
boules, dites « pelotes marines », formées de filaments brun clair, 
très ténus et dont la grosseur varie de celle d'un œuf à celle d une 
tête humaine; on en trouve souvent sur les côtes de la Méditer- 
ranée, dans les lacs de Suède; on a, il est vrai, signalé dans la 
mer des agglomérations semblables, faites d'aiguilles de Pin. 

Dans les Pleurocoques oerts de Naegeli, le thalle est dissocié, 
pulvérulent : c'est la poussière qui recouvre l'écorce des arbres, 
surtout du côté nord, permettant de s'orienter quand on est perdu 
dans un bois. Parmi les Siphonées voisines, nous devons citer les 
Vaucheries (fig. 138), qui ont été dédiées au naturaliste Vaucher, 
vivant au XVIII 1 ' siècle; parfois ce sont des Algues filamenteuses 
ramifiées, poussant sur la terre, et contenant un très grand nombre 
de noyaux ; les zoospores, qui sont les plus grosses connues, 
sortent de l'extrémité d'un filament par un orifice étroit, en s'étran- 
glant; une fois libres, elles deviennent ovoïdes et leur surface est 
couverte d'une multitude de cils vibratiles. Ces plantes peuvent 
d'ailleurs se reproduire sexuellement par des anthéridies en forme 
de cornes, donnant naissance à de petits anthérozoïdes à deux cils 
qui pénètrent dans des oogones ovoïdes, dissymétriques, terminées 
par un bec latéral où la membrane s'ouvre en se gélifiant. 

Aux Siphonées à thalle continu, non cloisonné, se rattachent un 
certain nombre d'Algues marines très différenciées. Les Caulerpa 
(fig. 1 39, A et F) ont une sorte de rhizome rampant à la surface des 
roches et simulant une tige, des rhizoïdes fixateurs sur les rochers et 
des lames aplaties rappelant des racines et des feuilles; le thalle 
atteint ainsi de grandes dimensions. La membrane s'imprègne parfois 
de calcaire chez des Algues voisines : Acétabulaires (fig. 139, E), 
Cymopolies, qui ont été confondues longtemps avec des Zoophytes. 





Pelotes marines (Méditerranée). 

Mentionnons, en terminant cette étude des Algues vertes, le 
Réseau d'eau ou Hydrodictyon (jig. 140, C), qui a la forme d'un 
sac à grandes mailles hexagonales percées : au début, chacun de 
ses articles constitutifs résulte de la germination d'une zoospore à 
deux cils qui, après s'être déplacée dans une cellule mère, s'arrête, 
s'allonge et s'ajuste en un petit réseau avec une multitude d'ar- 
ticles semblables. Ces plantes sont les Cénobiées, c'est-à-dire 
vivant comme des cénobites ou en association ; elles sont représentées 
encore par les Voloox, formées de sphères mobiles couvertes de 
cellules analogues à des zoospores à deux cils (jig. 140, A et B). 

Algues bleues. — Les Algues bleues ou Cyanophycées 
sont celles dont le pigment vert est additionné d'un pigment bleu 
appelé phycocyanine . Les Nostocs, qu'on appelle vulgairement 
« crachats de la lune », font partie de ce groupe (fig. 141). Ce 
sont des masses gélatineuses d'un vert bleuâtre, tremblotantes, que 
l'on rencontre parfois à la surface du sol; à l'intérieur de cette gelée 
se trouvent des chapelets de cellules dont les terminales se distinguent 
par des parois plus épaisses et un contenu hyalin jaune; les cellules 
du milieu d'un de ces filaments ondulés peuvent constituer des 
spores en grossissant. Dans les Oscillaires, la gelée n'existe pas: 
il y a seulement une membrane en forme de gaine ; les filaments 
isolés sont formés de cellules aplaties tabulaires et ils ont la propriété 
curieuse d'osciller à leur extrémité en se déplaçant dans le champ 
du microscope. 

La découverte des Bactéries (fig. 142 et 143), qui se ratta- 
chent aux Algues bleues, bien que généralement incolores, est 
intéressante à rappeler. Leuwenhoeck, au XVII e siècle, construisit 
des lentilles plus puissantes que celles que l'on connaissait avant lui, 
et trouva une application capitale du microscope en étudiant à 1 aide 
de cet instrument une foule de liquides, dans la bouche, dans l'in- 
testin des animaux, et il y découvrit des organismes très petits qui 
étaient les Bactéries; à la fin du XVIII e siècle, on en connaissait 
un grand nombre et les dessins donnés par Otto Frédéric Millier 
permettent de reconnaître les Streptocoques, les Coques, les Spi- 



Fig. 140. — Algues vertes. 

A ci B, Volvox globator : a, Cellules végétatives ; 

b, Anthéridie; c. Oogone; 

d t Anthérozoïde pénétrant dans l'oosphère ; C. Hydrodictyon. 

LES PLANTES 





B 



Y 






JATK 

Fig. 142. — Bactéridie charbonneuse. 
A, Dans le sang ; B, En culture. 




Fig. 141. 
Nostocs ou Crachats de la Lune. 



Fig. 143. — Streptocoque 
du pus et de l'érysipèle et vibrion septique. 

10 



110 




LES PLANTES 

HT 




Fucus vésiculeux à mer basse. 



Cupules d'Himanthalia en fouet. 



rilles. Le plus gros des microbes pathogènes, la Bactéridie charbon- 
neuse (fig. 142), a été anciennement entrevu, et son étude a été le fon- 
dement de la microbiologie médicale. En 1827, le vétérinaire fran- 
çais Barthélémy montra que la fièvre charbonneuse est inoculable 
par le sang des animaux morts. En 1845, le vétérinaire allemand 
Gerlach publia un mémoire célèbre où il démontrait la contagion. 
C'est à Rayer et Davaine, en 1852, que l'on doit la découverte, 
dans le sang des animaux morts, de la Bactéridie charbonneuse ; 
mais, avec les idées régnantes, on n'attacha aucune importance à 
cette observation. En 1863, après les recherches de Pasteur sur les 
fermentations, Davaine revint sur cette question et présuma que la 
Bactéridie devait être la cause du mal ; il l'inocula à des animaux 
de laboratoire (lapins, rats, souris); il chercha à démontrer qu'elle 
agit seule : il ne put l'isoler. En 1876, Koch reprit les inocula- 
iions aux souris ; il fit des cultures en petit de la Bactéridie dans 
du sérum ou dans l'humeur aqueuse du bœuf; en goutte suspen- 
due, il vit les Bactéridies s'allonger en quelques heures et donner 
un feutrage de filaments, puis, en douze à vingt-quatre heures, des 
spores. Pasteur avait déjà découvert, en 1868, les spores de la 
flacherie et Cohn celles du Bacille subtil. C'est en 1877 que 
Pasteur commença avec Joubert ses recherches sur le Charbon, 
qui devaient le conduire à la découverte du vaccin. 

Les Bactéries se présentent sous des formes diverses : en bâton- 
nets, comme la précédente, pouvant s'allonger en longs filaments 
susceptibles de se désarticuler en zigzags et de donner des cellules 
isolées avec un seul article, à l'intérieur duquel une spore peut se 
produire. Dans d'autres types, on a des formes sphériquesou Mi- 
crocoques, oblongues ou Bactéries, spiralées ou Spirilles. Les 
Streptocoques (fig. 143) sont des Microcoques qui ne se disso- 
cient pas et qui sont en chapelet plus ou moins irrégulier. Dans la 









gomme des sucreries, qui se développe parfois dans les cuves, les 
chapelets précédents, en grand nombre, sont plongés dans une sorte 
de masse gélatineuse; ils ressemblent donc à un Nostoc, mais qui 
«erait incolore ou blanc : d'où le nom de Leuconostoc qui lui a été 
donné par VanTieghem. On comprend, par ce rapprochement, les 
affinités des Bactéries avec les Nostocacées : c'est pour cela que 
l'on place les Bactériacées dans le groupe des Cyanophycées, malgré 
l'absence de matière verte qui n'existe que chez un petit nombre 
de types. Il y a d'ailleurs beaucoup d'autres arguments qui jus- 
tifient cette ressemblance. 

Au lieu des formes arrondies, on peut avoir des espèces fila- 
menteuses. Dans les Beggiatoa (fig. 144), qui vivent dans les 
eaux sulfureuses, les filaments sont longs et mobiles et, à cet égard, 
ils ressemblent un peu aux Oscillaires. Les Spirochètes, qui s'ob- 
servent notamment dans la fièvre récurrente, ont un filament allongé 
pouvant se courber et présentent un enroulement en spirale. 

En général, les Bactéries sont incolores; on a cependant trouvé 
de la chlorophylle chez quelques-unes d'entre elles. Dans certains 
types, le protoplasma est uniformément teinté par une matière 
rouge, la bactériopurpurine : on a affirmé que ces espèces avaient 
la propriété de décomposer l'anhydride carbonique et de produire 
un dégagement d'oxygène pur, mais cette propriété a été mise en 
doute par Molisch ; ces Algues auraient cependant besoin de 
lumière pour leurs synthèses organiques. D'autres pigments peuvent 
exister dans-phisieurs autres espèces : le Bacille pyocyanique ou 
du pus bleu, Bacille bleu qui se développe souvent dans le lait dit 
bleu ; le Bacille prodigieux, qui produit des taches rouges et a servi 
à expliquer le phénomène singulier des hosties sanglantes, souvent 
observé au moyen âge. On connaît également des Bactéries phos- 
phorescentes, et la phosphorescence de la mer est parfois due à 
plusieurs d'entre elles; elles exigent, pour se développer, un milieu 
salin. Les photobactéries ont été cultivées par Raphaël Dubois 
dans des ballons, qui laissent dégager une lumière pâle, d une 
belle teinte vert bleuâtre. 

Algues brunes. — Les Algues brunes (fig. 145) sont carac- 
térisées par l'existence d'un pigment brun ou phycophylle qui se 
dédouble sous l'action delà chaleur ou dans l'eau douce en donnant 
une matière verte. Elles comprennent d'abord les Fucacées, dont 
les Fucus ou Varechs, qui abondent sur nos côtes, peuvent nous 
servir de type. Le thalle est plat, dichotome; il présente vers 1 ex- 
trémité des parties vésiculeuses contenant de l'azote et, comme 
organes reproducteurs, des concep/ac/es apparaissant sur des parties 
terminales renflées, charnues, et dont la cavité arrondie s ouvre par 
un faible orifice à l'extérieur; ils sont de deux types : les uns mâles, 




Cl. de M. lYuvnt. 



Laminaires à mer basse, près Roscoff. 



Fig. 144. — Beggiatoa, algue des eaux sulfureuses. 
A, Filaments débarrassés des granules de soufre; B, Avec granu'cs. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



111 




X 



les autres femelles (fig. 7). Les anthéridies 
ou organes mâles sont des articles latéraux de 
poils ramifiés produisant un grand nombre 
d'anthérozoïdes pyriformes à deux cils vibratiles insérés latéra- 
lement. Les oogones sphériques ou organes femelles sont à huit 
oosphères arrondies, portées à l'extrémité de poils courts. Les 
oosphères et les anthérozoïdes sont mis en liberté; la fécondation 
a lieu; nous l'avons déjà décrite (p. 15). Dans les Pelcetia, qui 
sont voisins des Fucus, le thalle est régulièrement dichotome et 
cylindrique au lieu d'être plat. Dans VHimanthalia, on remar- 
que, à la base de la partie fertile, qui peut atteindre jusqu'à 3 mè- 
tres de long et qui est régulièrement dichotome, une partie stérile 
basilaire en forme de coupe et très petite, au milieu de laquelle la 
première est insérée. Dans les Ascophylles, on distingue dans le 
thalle un axe principal sur lequel s'observent de place en place 
des vésicules flotteurs et des courtes branches latérales pouvant se 
renfler à l'extrémité en parties ovoïdes, charnues, verruqueuses, 
correspondant à des conceptacles ; il y a d ailleurs seulement quatre 
oosphères au lieu de huit dans chaque oogone. Toutes ces Algues 
brunes de nos côtes résistent plus ou moins longtemps à la dessic- 
cation et, de leurs exigences diverses sur ce point, résultent des 
zones bien tranchées : celle des Pelvetia est la plus proche du 
rivage, puis vient la zone des Fucus et des Ascophylles, enfin 
celle des Himanthalia, qui ne se découvre qu'aux grandes marées. 

Dans les Sargasses, 
^çnSgs qui forment ces im- 

q >k menses prairies flot- 

tantes de 60 000 
milles carrésque l'on 
rencontre au milieu 
de l'Océan Atlanti- 
que et qui avaient 
contribué à faire es- 
pérer à Christophe 
Colomb la décou- 
verte de la terre 
ferme, on observe 
des parties cylindri- 
ques simulant des 
tiges, sur lesquelles 
s'insèrent des orga- 
nes aplatis qui peu- 
vent rappeler des 
feuilles, et c'est sur 
des petits rameaux 
spécialisés que se 
renflent les vésicules 
flotteurs qui ressem- 
blent à des fruits 
pédicellés. On a 

admis pendant long- 
Fig. 146. - Diatomées. temps que | es v6gé . 

A, Navlcula eutpidala ; B, Pinnalaria lata ; C, Su- [ aux étaient arrachés 
rirelhi splendida ; D, Gomphoncmu geminatum ; \ i A , • 

E, Svnedra ruduins; F, Fragilaria amphicerus ; a la COte américaine 

G, Pltarosigma delicatulum -, H, Dlatoma vulgare. etentraînésen pleine 




mer par les courants; ils végétaient 
un certain temps, puis finissaient 
par se détruire. Les travaux de 
Harvey, Sauvageau , Bcergesen , 

ont montré que les deux espèces de la mer des Sargasses diffèrent 
de celles de la côte américaine, qu'elles n'ont aucunement l'aspect 
de débris, ne présentent jamais de crampons fixateurs, mais sont 
toujours en pleine vitalité et toujours stériles; il faut en conclure 
que ces espèces, probablement originaires de l'Amérique, se 
maintiennent, par bouturages naturels, à l'état flottant depuis des 
siècles. Enfin, dans les Durvillea, le thalle est puissamment déve- 
loppé et irrégulièrement ramifié. Le caractère essentiel et commun 
de toutes les plantes qui viennent d'être mentionnées est l'absence 
de zoospores. 

Il y a au contraire des zoospores dans les Phœosporées, comme 
les Ectocarpes, les Sphacélaries ; celles qui nous intéressent sur- 
tout sont les Laminaires, dont le thalle a l'aspect d'une grande 
feuille rubanée, rétrécie à la partie inférieure en une sorte de 
pétiole s'attachant sur les rochers par des crampons. On peut 
trouver au milieu du limbe une plage où se forment les organes 
qui sont des zoosporanges engendrant des zoospores, c'est-à-dire 
des organes asexués; Sauvageau a découvert deux petits thalles 
sexués. Certaines Laminaires peuvent découper leur limbe et le 
fenestrer. Dans les Macrocystes (fig. 145, A), Algues géantes des 
mers antarctiques, du Chili, des Falkland, il y a une partie courte 
inférieure, fixée aux rochers par des racines crampons, qui se 
continue en une tige cylindrique horizontale, sur laquelle s'insèrent 
des rameaux courts, renflés à la base en flotteurs et terminés en 
lames aplaties de 1 à 2 mètres de long ; ces espèces de feuilles 
sont fixées en très grand nombre sur une sorte de tige pou- 
vant avoir jusqu'à 200 mètres de loneueur. Citons encore une 
jolie petite Algue de nos côtes, la Padinia Queue de Paon 
(fig. 145, D), dont l'aspect en éventail est des plus remarquables. 







cl. F. Kaldeau. 
Polysiphonie, algue rouge parasite de l'Ascophylle noueux. 



112 



LES PLANTES 




La pêche du maërl, à Tréguier. 

Aux Algues brunes se rattachent des plantes curieuses, dont la 
membrane est silicifiée et dont les carapaces s'accumulent parfois 
en telle quantité qu'elles constituent des couches qui peuvent se 
former à l'heure actuelle, mais qui ont pu produire aussi dans les 
temps passés de véritables terrains. C'est ce que l'on appelle 
le tripoli, qui est exclusivement formé par les membranes de 
Diatomées (fig. 146). Ces plantes sont, en général, dissociées; 
les cellules, à mesure qu'elles se forment, se séparent les unes des 
autres : elles paraissent donc être des Algues unicellulaires. Leur 
membrane est formée de deux valves, comme celles d'une boîte 
et de son couvercle; elles sont ornées de sculptures variées sur leur 
surface, souvent très fines, affectant des dispositions radiales ou 
groupées de part et d'autre d'une ligne médiane; comme elles pré- 
sentent des formes très variées, elles sont appréciées par des ama- 
teurs qui sont souvent passionnés pour cette étude. On peut signaler 
les Naoicules qui, vues par-dessus, ont la forme d'une lentille 
biconvexe. La Nacicule ostréaire ou Navicule bleue abonde en 
certains points des eaux marines ; c'est elle, ainsi que l'ont démontré 
Bornet et Puységur, en 1877, qui provoque le verdissement des 
huîtres; elle se fixe sur les branchies par un phénomène de post- 
digestion. A côté des Naviculaires, citons encore les Pinnulaires, 
beaucoup plus allongées, les Pleurosigma, les Synèdres, etc. 

Signalons, en terminant cette révision des Algues brunes, les 
Péridiniens, espèces pélagiques habitant la surface des eaux ma- 
rines, plus rarement celle des eaux douces, et ayant des formes va- 
riées, unicellulaires avec deux cils, l'un en arrière dans un court 
sillon longitudinal, l'autre dans un sillon transversal. Avec les Dia- 
tomées pélagiques et diverses Algues bleues, les Péridiniens forment 
la partie végétale du plancton, c'est-à-dire de l'ensemble des êtres 
minuscules, animaux et végétaux, vivant en suspension dans les 
eaux, et nourrissant les invertébrés qui, eux-mêmes, sont la proie 
des poissons. 

Algues rouges. — Les Algues rouges (fig. 147) ont mérité 
par leurs riches coloris le nom de fleurs de la mer ou de Floridées; 
ce sont elles qui s'enfoncent le plus profondément dans le 
milieu liquide et l'on peut rencontrer leurs représentants jusqu'à 




Cl. F h'iiidw 

Corallines et algues vertes dans une flaque, à marée basse. 



300 mètres. Au delà, les Algues font défaut. Leur thalle est d'ail- 
leurs toujours fixé aux rochers ou sur celui d'autres Algues : ainsi la 
Polysiphonie fastigiée de nos côtes, sur une Algue brune, l'As- 
cophylle noueux; c'est quelquefois un simple filament comme dans 
les Bangies, ou un filament rameux dans les Callithamnies, ou 
une lame mince, rouge, aplatie, translucide, qui ondule dans l'eau, 
comme chez les Porphyres (fig. 147, H). Dans les Delesséries 
(fig. 147, G), le thalle a la forme d'une feuille composée, palmée, 
à folioles; il est pourvu d une grosse nervure médiane et de nom- 
breuses nervures secondaires disposées suivant le mode penné. Dans 
les Chondrus, le thalle a la forme d'un cordon cylindrique ramifié 
en dichotomie ou suivant le mode penné dans les Gigartines. 
Dans ces deux types, et surtout dans les Gelidium corné et carti- 
lagineux du Japon, le thalle ss convertit dans l'eau bouillante en 
une gelée épaisse et nutritive, qui constitue ce que l'on appelle 
gélose ou agar agar, extrait surtout des espèces des mers de Chine. 
Le thalle peut s'incruster de calcaire : il est cylindrique, ramifié 
dichotomiquement et articule dans les Corallines (fig. 147, E); 
il est en lames à tissu compact dans les Lithophylles, ou à tissu 
lâche dans les Lithothamnions, et, en brisant les excroissances 
obtuses, on trouve les conceptacles reproducteurs formés pendant les 
périodes végétatives antérieures. Les Algues calcaires sont draguées 
et servent, sous le nom de maërl, à l'amendement des terres. Le 
Chondrus crispé est utilisé en médecine pour son mucilage. 
. La coloration des Floridées n'est pas toujours rouge et, dans les 
Batrachospermes, qui habitent les eaux douces, la teinte est d'un 
vert sombre, presque vert olivâtre ou noirâtre ; dans ce cas, ces 
plantes sont rattachées aux Floridées marines par l'ensemble de 
leurs caractères et de leur mode de reproduction ; on les trouve dans 
les chutes d'eau douce naturelles, aux barrages des écluses ou aux 
vannes des moulins. Les spores dans ce genre sont solitaires, mais 
en général l'appareil asexué des Floridées est formé de sporanges 
qui donnent naissance à quatre spores. L'appareil sexué est surmonté 
dans sa partie terminale d'un fin filament appelé trichogyne, sur 
lequel s'appliquent des anthérozoïdes arrondis, sans cils, et qui se 
fusionnent avec le filament; le noyau mâle va vers la cellule femelle 
qui est dans le bas et un œuf se produit. Celui-ci bourgeonne presque 
aussitôt après la fécondation en un sporocarpe (spores spéciales ou 
tomies). Souvent, le sporocarpe ne procède pas directement de 
l'oeuf; cet œuf déverse son contenu dans une cellule appelée 
auxiliaire et y détermine une sorte de fausse fécondation, car. en 
réalité, il n'y a pas fusion des noyaux, et c'est elle qui produit soit 
directement, soit indirectement, les glomérules de spores. 

Les Champignons. Organisation. — Les Champignons 
sont des Thallophytes incolores; l'absence de matière verte entraîne 
pour ces plantes des conséquences importantes au point de vue de 
la nutrition et, par cela même, relativement au mode de vie; un 
grand nombre d'entre eux sont parasites et vivent dans le corps 
soit de végétaux (maladies cryptogamiques), soit d'animaux (my- 
coses); les autres s'attaquent aux matièresen décomposition, comme 
les fumiers, ce qui arrive pour les Mucorinées, ou aux feuilles 
mortes, comme cela est le cas pour les Agaricinées et Hyméno- 
mycètes des bois. 

Prenons comme type, pour notre étude, le Champignon de 
couche ou Agaric, ou Psalliote champêtre. La fructification nous 
est bien connue, car nous la voyons figurer dans un grand nombre 
de nos mets, qu'elle contribue fortement à aromatiser; elle se com- 
pose d un pied, pourvu vers la partie supérieure d'un anneau et 
d'un chapeau, à la face inférieure duquel s'observent des lames 
rayonnantes, d'abord rosées et devenant brun pourpre très foncé en 
vieillissant. Ce changement de teinte est dû à l'apparition et à la 
maturation des organes reproducteurs ou spores à la surface de ces 
lamelles. Elles naissent sur des cellules superficielles en forme de 
massues serrées les unes contre les autres, qu'on appelle des 
basides (fig. 148), qui bourgeonnent à leur partie supérieure 
pour engendrer deux petites pointes appelées stérigmates, à l'ex- 
trémité desquelles se forment les spores qui, d'abord rosées, ne 
tardent pas à se teinter fortement de brun pourpre foncé. Ces 
semences, en germant, engendrent des filaments qui s'associent en 
cordons plus gros et constituent le mycélium ou blanc de cham- 
pignon, que les champignonnistes lardent dans des meules de 
fumier pour produire des fructifications à la surface. On a pu faire 
germer ces spores en milieu stérilisé et obtenir du blanc de cham- 
pignon stérilisé qui, étant pur et à l'abri de tous les parasites qui 
attaquent le Champignon decouche(môle, vert-de-gris, plâtre, etc.), 
est extrêmement vigoureux et très fécond. 

La méthode de culture pure peut s'appliquer à la plupart des 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



113 






Champignons, notamment aux Moisissures, qui poussent partout, 
comme le Phycomyces brillant, qui est une Mucorinée pous- 
sant sur la laque ; VIsarie dense ou Botrytis du hanneton, qui 
attaque la larve ou ver blanc de cet animal et produit sur lui une 
maladie cryptogamique qu'il est intéressant de propager, etc. On 
peut ainsi constituer un Musée de Moisissures, dont l'idée a été 
pour la première fois formulée par l'un de nous : on peut avoir alors 
dans une série de flacons qui sont, pour ainsi dire, autant de petites 
serres, des représentants bien isolés et cultivés seuls d'un grand 
nombre de spécimens de la flore mycologique. Il fautprocéder avec 
grand soin à l'ensemencement des flacons, dont chacun contient 
un milieu stérilisé, approprié, où poussera une seule moisissure. 

Champignons à lames ou Agaricinées. — Si nous reve- 
nons aux Champignons comestibles munis de feuillets, comme le 
Psalliote champêtre, il en est un grand nombre que l'on ne sait 
pas cultiver, mais que l'on peut récolter dans les bois. Tel est le 
cas de l'Oronge, dont l'empereur romain Claude faisait une grande 
consommation. Cette passion lui fut néfaste, car ce fut, dit-on, par la 
substitution de la fausse Oronge à l'Oronge qu'on l'empoisonna. 
Ces deux Champignons sont des Amanites, caractérisées par une 
ooloe qui entoure complètement le Champignon jeune, lequel a 
l'aspect d'un œuf entouré d'une coquille (fig. 149) qui serait mem- 
braneuse et qui se déchire de deux manières différentes dans les 
deux espèces précédentes : restant à l'état de petites écailles blanches 
non adhérentes à l'épiderme rouge du chapeau dans l'Amanite tue- 
mouche, tandis que, dans l'Ama- 
nite des Césars ou Oronge, la 
volve forme un large étui mem- 
braneux persistant, entourant la 
base du pied. 

Ce caractère de la volve est très 
important à connaître, car il per- 
met de distinguer les Amanites 
les plus redoutables, dont un seul 
individu suffit dans un plat pour 
empoisonner une famille entière. 
Tous les ans, à l'automne, les 
journaux publient les récits, trop 
nombreux, de ces empoisonne- 
ments, qu'on doit et peut éviter. 





Fig. 147. — Algues rouges. 

A t Heterosiphonia parasitica;B,Nîtophyllum Gme- 
lini ;C, Polyides rotundus ; D, Phyllophora membra- 
nifolia ; E, Corallina officinalis ; F, Odonthaîia den- 
tata ; G, Delesseria sanguinea ; H, Porphyra laci- 
niata ; I, Claudia elegans ; J, Rhodymcnia païmata. 

Ces espèces sont cependant facilement recon- 
naissables : si l'on examine le pied, on y voit 
la volve qui l'entoure; on ne peut donc con- 
fondre Y Amanite citrine, qui devient sou- 
vent blanche dans la variété Mappa, avec le 
Psalliote champêtre ; la volve ici laisse, 
comme dans la fausse Oronge, des écailles sur le chapeau ; ces 
écailles, il est vrai, peuvent être lavées par la pluie et dispa- 
raître, mais les feuillets sont toujours blancs, et non roses ou brun 
pourpre, même dans les exemplaires âgés. 

En général, il faut se défier des représentants du genre Ama- 
nite, c'est-à-dire à volve; il y a cependant des espèces comestibles 
dans ce groupe: Y Amanite ovoïde, blanche, la Golmotte ou Ama- 
nite rougeâtre, à volve réduite à des écailles sur le chapeau et à 
chair devenant rouge vineux et rougissant lentement. 

Un genre tout différent est celui des Lépiotes, dépourvu de 
volve, qui a des écailles sur le chapeau parce que l'épiderme se 
déchire; le pied, tigré, est très allongé, à anneau. 

Dans les Tricholomes, il n'y a plus d'anneau, mais le pied est 
épais ; ces Champignons sont trapus et charnus, et les feuillets 
présentent une petite échancrure au voisinage de leur point d in- 
sertion sur le pied. C'est là que se placent les Mousserons de 
la Saint-Georges, qui sont des Champignons de printemps estimés, 
croissant en cercles et qui, parle développement du mycélium dans 
le sol, constituent des ronds de sorcières. On est parvenu à culti- 
ver le Pied bleu ou Tricholome nu (Costantin et Matruchot), 
devant son nom à la coloration bleue du pied. 

Dans les Pleurotes, le pied est excentrique ou nul, le chapeau 
est charnu ; plusieurs espèces vivent sur les arbres. 

Dans les Clitocybes, les pieds sont en général assez gros et 
soit charnus, soit fibreux ; le chapeau se retourne fréquemment 
vers le haut, de manière à prendre un aspect d'entonnoir, et les 
feuillets descendent longuement sur le pied. On peut citer le Cli- 
tocybe infundibuliforme et le Clitocybe nébuleux. 

Les Lactaires sont encore des champignons bien caractérisés 
par le lait qui s'écoule de toutes leurs parties, quand on les blesse. 
Le Lactaire poivré a un lait d'une âcreté extrême et très poivré; 
il est blanc, gros, avec le chapeau retourné en entonnoir ; malgré 
son goût, qui disparaît à la cuisson, cette espèce est comestible. 



Phycomyces brillant. 
LES PLANTES 



Fig. 148. — Basides. 
s, Hyménium produisant trois basides 
saillants ; b, Champignon de couche. 




Culture du Champignon de couche ; mise en meule du fumier. 

10. 




LES PLANTES 




Cl. F. Faidertu. 

Polypore chicorée. 



Cl. F. Frtidrau. 



Hygrophore blanc. 



Jeune Lépiote élevée, non encore épanouie. 



Mais le Lactaire dé- 
licieux est surtout 
recommandable ; 
son lait est rouge 
orangé ; les zones de 
son chapeau sont aussi rouge orangé, puis tachetées de vert; son 
lait est acre, mais ce goût disparaît à la cuisson. 

Les Russules ont, en général, l'épiderme du chapeau vivement 
coloré et facilement détachable ; la Russule émétique est véné- 
neuse. Les Marasmes ne pourrissent pas en vieillissant : tel est le 
cas du Mousseron d'automne. Les Volvaires sont, pour ainsi dire, 
des Amanites, mais à spores et feuillets roses et sans anneau. On 
voit la couleur de ces spores en mettant le champignon une nuit 
sur une feuille de papier : une poussière rose la couvre le lende- 
main. Les Volvaires sont des Champignons vénéneux. 

Parmi les Champignons à lames ou Agaricinées, ayant des 
spores ocracées, on peut citer les Cortinaires, dont le pied est 
entouré d'un anneau filamenteux comme une toile d'araignée se 
colorant par les spores rouillées ; les Hébélomes sont homologues 
des Tricholomes, mais à spores ocracées, etc. 

Parmi les Agaricinées à spores brun pourpre, on doit citer les 
Strophaires, pourvus d'un anneau, et les Hypholomes, homo- 
logues des Cortinaires. Tels sont les principaux représentants de 
cette grande famille des Champignons à feuillets qui forment une 
armée compacte de plus d'un millier d'espèces. 

Polyporées. — Les Polyporées sont un peu moins abon- 
dantes, mais leur importance est encore cependant considérable. 
Elles se distinguent par l'existence de pores à la face inférieure du 
chapeau, qui sont autant d'orifices de petits tubes tapissés par des 
basides portant les spores reproductrices. 

La consistance de ces Champignons est parfois coriace, presque 
ligneuse, comme dans le Polypore de diverses couleurs ou Versico- 

lore. Il y a parfois absence de 
pied et le Champignon inséré sur 

m 




Fig. 149. — Structure du Cham- 
pignon jeune et épanoui (droite). 
A, Chapeau; B, Voile; C, H, Volve; 
D, Pied ; E, Chair ; F, Lames ; G, Anneau 
provenant du voile. 




Cercle de sorcière formé par des Mousserons de la Saint-Georges. 



les arbres est en console ou en sabot de cheval : tel est le cas du Poly- 
pore amadouvier, dont la chair fibreuse sert à la préparation de 
l'amadou. Parmi les Polypores pourvus de pied, il en est dont la 
chair est molle et comestible : tel est lecasdu Polypore des brebis. 
Le Polypore lucide est un champignon très curieux, à peu près 
dur comme du bois, dont le pied est inséré de côté, à angle droit 
du chapeau, et dont toute la surface rouge brun est comme vernissée; 
c'est le type boréal de toute une armée de formes analogues qui 
se rencontrent en grand nombre dans les régions tropicales. 

Les Bolets ont des pores réguliers, comme les Polypores, mais 
ils sont charnus, mous ; ils ont toujours un pied et leurs tubes 
s'enlèvent avec la plus grande facilité, comme les feuillets chez les 
Paxilles; enfin c'est sur la terre qu'ils poussent. Dans le Cèpe ou 
Bolet comestible, le pied présente un réseau, et les pores, d'abord 
blancs, deviennent jaunes en vieillissant. C'est un des Champignons 
les plus estimés; on le récolte à l'automne, en grande abondance, 
et l'on en vend à Paris et dans les grandes villes, surtout à Bor- 
deaux, des quantités considérables. Il y a d'autres espèces à recom- 
mander, comme le Bolet scabre, qui a le pied écailleux. Plusieurs 
Bolets présentent des changements de couleur très saisissants ; 
lorsqu'on les brise, ils virent au bleu avec une grande rapidité, sous 
l'influence d'une oxydase : tel est le cas du Bolet Satan, du Bolet 
pourpre ou du Bolet à pied rouge, qui sont regardés comme 
vénéneux. Le Bolet blafard, le Bolet bleuissant, bien que pré- 
sentant le même caractère, ont été reconnus comme inoffensifs; on 
ne saurait cependant les recommander. 

Hydnées, Clavariées, Lycoperdinées. — Une troi- 
sième famille est celle des Hydnées, qui, au lieu de tubes 
fructifères, présente à la surface inférieure du chapeau des aiguil- 
lons. \SHydne bosselé ou Mouton est un excellent comestible. 
Dans une quatrième famille, les Clavariées, la surface hymé- 
niale portant les basides reste, au contraire, lisse : il n'y a ni lames, 
ni tubes, ni aiguillons. L'aspect de la fructification est alors très 
particulier; c'est un petit arbuscule quelquefois fortement ramifié : 

tel est le cas de la Clavaire à 
pointes pourpres et de la Cla- 
vaire jaune, qui sont comestibles. 
Jusqu'ici, nous n'avons envi- 
sagé que des fructifications dont 
les basides sont externes. Il peut 
arriver, au contraire, qu'elles se 
dissocient à l'intérieur d'un con- 
ceptacle arrondi, parfois muni d'un 
pied, dont la membrane parche- 
minée, superficielle et persistante, 
s'ouvre seulement par un pore à la 
partie supéreure. Telle est l'orga- 
nisation des Lycoperdons, vulgai- 
rement appelés Vesses-de-loup, 
qui laissent dégager une poussière 
brune de spores par leur orifice, 
quand on les écrase. Ce groupe 
est celui des Lycoperdinées. 

Tous les Champignons que 
nous venons de passer en revue ont 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



115 




Cl. F. Paldeau 
Lycoperdon en poire. 




comme caractère commun d'avoir, pour 
organe reproducteur, des basides construites 
toujours de la même manière, c'est-à-dire 
en massue non cloisonnée, avec dés spores à la partie supérieure por- 
tées par des stérigmates : ce sont les Hyménomycètes . Dans deux 
groupes formés surtout de Champignons gélatineux, végétant sur le 
bois mort, les Trémellinées et les Auriculariées, les basides se 
cloisonnent, longitudinalement dans le premier cas, transversale- 
ment dans le second, et c'est l'ensemble de ces deux groupes et 
des Hyménomycètes qui constitue les Basidiomycètes ou Champi- 
gnons à basides. V-.' Auriculaire oreille de Judas, de la famille 
des Auriculariées, possède une forme très curieuse rappelant 
l'oreille humaine. 

Nous aurions pu passer ces deux petits groupes sous silence, s'ils 
ne nous servaient de transition vers les Urédinées et les Ustilagi- 
nées, deux groupes de parasites importants qui attaquent les plan- 
tes de grande culture, principalement les céréales. 

Urédinées et Ustilaginées. — Les Urédinées présentent 
la très singulière particularité d'être héiéroiques, c'est-à-dire d'exi- 
ger deux hôtes pour leur développement complet. Les Puccinies des 
Graminées vivent en été sur le Blé, où elles lorment des pustules 
jaunes sur les feuilles, avec des spores unicellulaires : c est ce qu'on 
appelle la Rouille des céréales. A l'automne, les mêmes taches de- 
viennent noires et les spores sont bicellulaires; ce sont les spores 
d'hiver, qui, en germant sur le sol, donnent un filament qui se 
cloisonne transversalement en quatre cellules superposées et qui 
est tout à fait analogue aux basides des Auriculariées. Sur ces 
basides se développent quatre longs stérigmates, terminés à leur 
extrémité par quatre spores correspondantes qui, emportées par le 
vent, germent sur 1 Êpine-vinette et produisent des boursouflures 
à la face inférieure des feuilles. Les pustules, ouvertes comme des 
urnes, avec une membrane rabattue en dehors, constituent l'organe 
reproducteur; c'est ce que l'on a appelé les /Ecidies de 1 Lpine- 
vinette. C'est seulement après ce stade d'évolution que les spores 
de l'/Ecidie peuvent à 
nouveau se propager sur 
les céréales et reproduire 
la maladie de la rouille. 

Avec les Ustilaginées, 
le développement est plus 
simple, en ce sens que le 
parasite reste sur un seul 
et même hôte, mais il 
doit l'attaquer dès le dé- 
but de la germination. 
C'est lorsque la céréale 
sort de terre que les spores 
du Charbon germent et 
pénètrent dans son corps 
(fig. 150). Si, au con- 
traire, la plantule a la 
bonne fortune de traverser 
sans encombre ce stade 
délicat de sa vie, elle 
n'aura plus rien à craindre 



Cl. K. l'aiiloau 
Polypore versicolore sur une souche. 




Auriculaire oreille de Judas. 



par la suite, car le parasite sera incapable d'y pénétrer. On conçoit 
donc que si l'on parvient à immuniser la graine contre ce parasite 
redoutable, le fléau sera vaincu. C'est ce que l'on fait dans la pra- 
tique du sulfatage, qui consiste à immerger les graines dans une 
solution de sulfate de cuivre à 5 pour 100; les grains sont ensuite 
roulés dans la chaux. C'est là une opération entrée dans la pra- 
tique agricole et qu'il ne faut jamais négliger, car une fois que le 
parasite a pénétré dans la plantule il s'y maintient jusqu'à sa mort; 
ses filaments pénètrent dans la fleur, envahissent l'ovaire et donnent 
leurs spores formant une poussière noire qui crève le grain altéré, et 
le mal apparaît. Ces spores germent en donnant un tube court qui 
se cloisonne transversalement et forme comme une baside d'Auri- 
culariée. Dans la Carie (fig. 151), qui se distingue du Charbon 
par le fait que le grain de la céréale ne se déchire pas et qu'il faut 
l'écraser pour voir apparaître au dehors la poussière brune, les ba- 
sides ne se cloisonnent pas et se terminent à leur partie supérieure 
par une couronne de spores, comme dans les Hyménomycètes. 
L'épi du Blé carié se distingue aisément par son port ébouriffé, 
c'est-à-dire que les balles sont étalées. En outre, à la maturité de 
l'épi, on remarque qu'il est rigide, dressé : il ne s'infléchit pas sous 
le poids des grains, qui sont remplis des spores du champignon, 
de moindre densité. Il y a un autre caractère qui permet de dis- 
tinguer facilement la Carie du Charbon, c'est celui qui est tiré de 
la germination des spores : dans la Carie, les conidies sont en 
couronne au sommet du tube germinatif ; dans le Charbon, elles 
s'étagent sur les côtés. 

Ascomycètes. — Il existe un autre groupe de Champignons 
presque aussi important que les Basidiomycètes par le nombre, 
les Ascomycètes (asque, étui; mycètes, champignons), chez les- 
quels les organes reproducteurs, au lieu 
d'être externes, comme dans le cas des 
basides, sont au contraire internes. 
{Casque est une cellule ordinairement 
allongée en forme de massue, rarement 




Fig. 150. — Charbon. 
A, Du Maïs : fragment de mycélium et cellules de la plante 
nourricière ; B, Formation des spores ;C, Du Blé ; D, Du Millet ; 
E, Tige de Maïs avec tumeur charbonneuse ; F, Pistil char- 
bonneux et hypertrophié du Sorgho. 



Fig. 151. — Carie. 
A, Aspect de l'épi ; 

B, Coupe du grain ; 
C, Mycélium avec 
spores ébauchées. 



Fig. 152. — Truffe comestible. 

A, Entière ; B, La même en coupe ; 

C, Grossissement montrant les asques ; 

D, Asques à deux spores. 



116 



LES PLANTES 



£.,•«» 



Recherche des truffes à l'aide du porc 



est arrondi ou conique, 



sphérique.qui produit intérieure- 
ment, en général, huit spores qui 
y nagent librement ; à la maturité, 

I asque crève ou s'ouvre par un 
couvercle à la partie supérieure, 
et les huit spores sont projetées 
au dehors. 

Dans le premier groupe des 
Ascomycètes, les Discomycètes, 
les asques sont en contact avec 
le milieu extérieur directement 
et ils forment une membrane 
hyméniale. Le cas le plus simple 
d'organisation, dans ce groupe, 
est celui des Levures ou Sac- 
charomyces, formées de cellules 
bourgeonnantes qui s'isolent. 

Les Morilles sont d'excellents 
Champignons comestibles qui 
sont extrêmement appréciés des 
amateurs. On les récolte seule- 
ment au printemps. Le chapeau 
est développé et surmonte le pied 

mais sa surface est creusée d'un très grand nombre d'alvéoles qui 
sont toutes tapissées par un hyménium renfermant des asques 
ayant la constitution ordinaire. L'espèce la plus appréciée est la 
Morille comestible, à chapeau arrondi ou de forme peu régulière. 
Les Pézizes sont des Champignons voisins en forme de coupe : 
telle la Pézize cochenille, qui pousse au premier printemps sur 
les petites brindilles de Noisetier. 

Les Truffes (fig. 152) sont également des Ascomycètes (Tubé- 
racées), mais vivant dans la terre. Lorsqu'on coupe une Truffe, on 
aperçoit sur la section une série de veines, et, au milieu de la 
masse charnue, une multitude de vésicules arrondies qui se tou- 
chent les unes les autres et qui ne sont pas autre chose que des 
asques renfermant en général quatre spores. L'histoire de ces 
Champignons est encore mal connue et cependant leur culture a 
pris une extension assez grande dans certains départements méri- 
dionaux, notamment dans le Périgord, où le commerce des Truffes 
représente une richesse importante du pays. En raison de son prix 
très élevé, la Truffe est parfois falsifiée, dans le but d'augmenter 
son poids, par l'introduction dans sa masse de grains de plomb, 
de clous, etc. La radiographie permet facilement de reconnaître 
cette fraude. 

Pour avoir des Truffes, on plante des Chênes truffiers : c'est 
le Chêne Rouvre ordinaire. L'ensemencement du Champignon se 
fait spontanément ; il est, semble-t-il, lié au développement des 
racines de l'arbre. Comment se fait la propagation des Champignons 
dans les truffières? c'est ce que l'on ignore. Il est très vraisemblable 
que certaines mouches truffières doivent contribuer à propager les 
spores ; elles ont même une aptitude remarquable pour découvrir 
les places où se trouvent enterrées ces fructifications extrêmement 
odorantes. Aussi est-ce en suivant le vol de ces insectes que les 
trufficulteurs sont mis sur la voie pour la décou- 
verte des points où les tubercules sont enterrés. 

II est vrai que tout chasseur de truffes qui peut 
avoir un porc, animal dont l'odorat est très fin, 
préfère s'en servir pour la recherche des truffes. 
Dès qu'il a trouvé un gîte de Champignons odori- 
férants, le porcin se met à fouiller le sot en le 
labourant profondément jusqu'au tubercule, que 
quelques coups de bâton sur le museau lui font 
abandonner. 

Parmi les Ascomycètes, certaines espèces s'atta- 
quent aux insectes : citons VIsarie dense du hanne- 
ton ou le Coriiceps de la punaise ; d'autres, comme 
1 Ergot de Seigle, l'Exoasque qui produit la cloque 
du Pêcher, sont nuisibles aux plantes de grande 
culture. Signalons à ce propos YO'idium de la 
Vigne, qui a commencé à sévir sur les Vignes au 
milieu du XIX e siècle, importé d'Amérique dans 
les grappery, ou serres à Vigne, où l'on cultivait 
cette plante. Le Champignon se propagea dans 
tous les vignobles et produisit des dégâts incalcu- 
lables qui furent heureusement arrêtés par l'emploi 
de la fleur de soufre que l'on projette sur les feuil- 
les et qui amène sa destruction. L'Oïdium forme 
une sorte de couverture grise à la surface des 




"MKgF, 




Fi^. 153. — Aspergilleet Péuicille. 



feuilles, puis des fleurs et des 
fruits. Il donne des conidies en 
chapelet, qui sont des spores de 
grande propagation ; il ne forme 
que très rarement des fructifica- 
tions à asques. 

Un autre parasite, que nous 
devons également à l'Amérique, 
est le Black.-rol ou pourriture 
noire, qui se manifeste sur les 
grains de raisin et sur les feuilles 
de la Vigne. Ce qui caractérise 
ce Champignon, c'est l'existence 
de fructifications en forme de 
bouteilles (périthèces), de cou- 
leur et de consistance charbon- 
neuses ; on y trouve, dans la 
partie ventrale, les asques en 
bouquet; le plus communément, 
les conceptacles fructifères de 
même forme n'ont pas d asques, 
mais des conidies; il peut donc 
y avoir polymorphisme. On combat cette maladie très redoutable 
par la bouillie bordelaise, à base de chaux et de sulfate de cuivre, 
mais il faut faire des applications fréquentes. Certaines moisissures, 
comme les Aspergilles et lePénicille glauque (fig. 153, A et B), 
se rapprochent des Tubéracées par leur mode de reproduction. 

Oomycètes. — La maladie de la Vigne qui vient d'être men- 
tionnée est traitée par un procédé qui a été découvert antérieurement 
pouruneautreaffection parasitaire, laquelleestdue à un Champignon 
d un tout autre groupe, celui des Péronosporées; cette famille 
n est formée que de parasites, et leur parasitisme est intense et 
nécessaire : nous voulons parler du Mildiou ou MildeW, mot 
anglais qui veut dire moisissure (Plasmopore Oiticole). C'est une 
affection très redoutable de la Vigne qui a commencé à se répandre 
en Europe, venant d'Amérique, en 1878; elle aurait causé des 
désastres immenses et irrémédiables si, par bonheur, le moyen de 
combattre ce fléau par les bouillies cupriques n'avait été découvert 
presque en même temps que l'invasion du mal. Une maladie 
analogue due au Phytophtore infestant, et plus anciennement con- 
nue, puisqu'elle avait commencé à devenir redoutable en 1845, 
était la maladie de la Pomme de terre, quia sévi partout en Europe, 
mais qui a eu en Irlande un effet épouvantable parce que la po- 
pulation de ce pays avait donné à la culture de la Pomme de terre 
une importance excessive. La famine, qui était bannie de l'Europe 
depuis plus de cinquante ans, fit à nouveau son apparition et, en 
quelques années, par suite de la mort ou de l'émigration, la popu- 
lation de l'Irlande diminua d'un million d'habitants. Ces Pérono- 
sporées se manifestent surtout sous la forme de petites pulvérulences 
à la face inférieure des feuilles, comme s'il y avait de petits amas 
de sucre en poudre un peu grisâtre : ce sont les arbuscules fructi- 
fères qui sortent par les orifices des stomates et produisent leurs 
conidies dans l'air. En plus de ces appareils re- 
producteurs, au moins dans le Mildiou, il existe 
à l'automne, dans l'intérieur des feuilles, des appa- 
reils sexués ou œufs qui résultent de la fusion de 
deux organes : l'un femelle ou oogone et l'autre 
mâle ou filament anthéridique; ce dernier s ap- 
plique sur les sphères femelles, les perfore et dé- 
verse à l'intérieur le protoplasma mâle ; immédia- 
tement après cette fécondation, l'œuf s'enkyste 
en une zygospore verruqueuse. 

Les Péronosporées font partie du groupe des 
Oomycètes ou Champignons à œufs. Alors que 
tous les autres Champignons ne forment que des 
spores (on a découvert, il est vrai, dans ces der- 
nières années, un phénomène de fusion de noyaux, 
précédant la formation des asques et des basides, 
que l'on rapproche de la reproduction, Dan- 
geard), les Oomycètes peuvent, déplus, se repro- 
duire par des œufs. À ce groupe appartient la 
famille des Mucorinées, dont les espèces sont con- 
nues sous le nom de moisissures des fumiers; cer- 
taines peuvent vivre à la façon des Levures et des 
Bactéries et produire des fermentations. Rappe- 
lons, en terminant, les Myxomycètes, dont nous 
avons signalé déjà les curieuses propriétés (p. 50). 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



117 



PRINCIPAUX CHAMPIGNONS COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX 



N° 1. 



Amanite phalloïde (Mortelle). 

Chapeau vert olivâtre, plus foncé au centre (parfois décoloré par la pluie 
Chair blanche très acre. — Un anneau. 
Un étui à la base du pied. 



AMANITE PHALLOÏDE (Oronge ciguë). L'espèce la plus dangereuse. Bois; été, automne. Hauteur : 8 à 15 cen- 
timètres. Confusion possible avec les Russules vertes comestibles (n° 15) et les Psalliotes (n° 12). 

Russule verdoyante (Comestible). 

Chapeau craquelé, avec mouchetures vertes. 

Chair blanche et douce, agréable. — Pas d'anneau. 

Pas d'étui à la base du pied. 



N" 2. AMANITE CITRINE {Amanita mappa. Oronge ciguë jaunâtre). Espèce mortelle, très commune en forêt; été, automne. 
Hauteur : 6 à 12 centimètres. Chapeau jaune paille, parfois presque blanc, et alors prête à confusion avec les Psalliotes (n" 12). 



Amanite citrine (Mortelle). 
Chapeau jaunâtre ou blanc, parfois écailleux. mais les écailles sont pla- 
quées sur l'épiderme et s'enlèvent avec l'ongle. 
Feuillets toujours blancs. — Un anneau. 
Un étui ou un bulbe à bord très saillant à la base du pied. 



Psalliote champêtre (Comestible). 

Chapeau blanc, blanc jaunâtre ou blanc brunâtre, mais les écailles provien- 
nent de déchirures de l'épiderme et ne s'enlèvent pas avec l'ongle. 
Feuillets blancs, puis rosés, pourprés, noirâtres. — Un anneau. 
Pas d'étui à la base du pied, lequel est peu ou pas renflé. 



N° 3. AMANITE PRINTANIÈRE {Amanita Verna. Oronge ciguë blanche). Espèce mortelle, assez rare. Ressemble beaucoup au 
n" I, s'il est décoloré; mais elle est plus petite, plus précoce et toute blanche. Confusion possible avec les n" s 2, 4, 12 et même 26. 

N" 4. VOLVAIRE ÉLÉGANTE. Espèce mortelle, ainsi que la Volvaire gluante. Prés, champs, jardins (printemps, automne). 
Hauteur : 8 à 15 centimètres. Confusion possible entre jeunes Volvaires et jeunes Psalliotes. 



Volvaires (Mortelles). 

Pied long et mince. 

Feuillets roses. — Pas d'anneau. 

Large étui à la base du pied. 



Psalliotes (Comestibles). 

Pied court, trapu. 

Feuillets blancs, puis rosés, pourprés, noirâtres. 

Pas d'étui à la base du pied. 



Un 



7"ou( Champignon à feuillets roses et à pied entouré d'un étui est à rejeter. 



N.° 5, AMANITE A ÉTUI (Coucoumelle grise, Grisette). Espèce comestible des bois sablonneux ; juillet-novembre. Hau- 
teur : 5 à 15 centimètres. Se distingue de toutes les autres Amanites par l'afosence d'anneau. Pied long, mince et creux 
avec étui allongé. Chapeau à bord toujours strié, blanchâtre, gris ou fauve, parfois avec plaques blanches. Feuillets 
blancs, chair blanche. La couleur blanche des feuillets évite la confusion avec les Volvaires (n' } 4) et la présence de l'étui 
avec certaines Amanites tue-mouches (n° 8) de teinte jaunâtre. 

N° 6. LÉPIOTE BRUNATRE (Lepiota helveola). Espèce très dangereuse. Jardins, pelouses de l'Ouest; juillet-novembre. 
Hauteur : 4 à 8 centimètres. Chapeau un peu bombé, gris rosé ou chocolat, avec écailles rouge brique. Feuillets blancs, 
pied blanc rosé, puis brunâtre, anneau fugace. Chair blanche, de saveur acide, devenant rosée à l'air. 



N° 7. AMANITE DES CÉSARS (Oronge vraie). Comestible: été-automne. Bois, surtout au sud de la Loire. Hauteur : 10 à 
15 centimètres. Ne pas confondre avec l'Amanite tue-mouches (n° 8) dans les régions où les deux espèces coexistent. 

Amanite des Césars (Comestible). 
Chapeau d'un jaune orangé plus ou moins jaune, sans plaques blanches. 
Pied jaunâtre. — ■ Un anneau bordé de jaune. 
Feuillets jaune doré. — Un étui à la base du pied. 



Amanite tue-mouches (Très dangereux). 
Chapeau rouge vermillon avec plaques blanches que la pluie peut enlever. 
Pied blanc. — Un anneau très blanc. 
Feuillets blancs ou blanc crème. — Pas d'étui. 



N° 8. AMANITE TUE-MOUCHES (Fausse Oronge). Espèce très commune dans les bois; automne. Hauteur : 15 à 20 centi- 
mètres (voir n° 7). 



N° 9. AMANITE PANTHÈRE (Fausse Golmotte). Espèce très dangereuse. Bois et coteaux; été-automne. 
12 centimètres. Ne pas confondre avec l'Amanite rougissante ou Golmotte (n° 10). 



Haute 



10 



Amanite panthère (Très dangereux). 

Chapeau brun fauve de teinte assez variable, strié au bord, avec plaques 
blanches, pouvant disparaître. 
Chair blanche, restant blanche au contact de l'air. 
Feuillets blancs. 

Pied blanc, portant à sa base un ou deux bourrelets écailleux. 
Anneau blanc, pouvant disparaître. 



Amanite rougissante (Comestible). 
Chapeau rouge vineux lion Strié au bord, avec plaques grisâtres, 

pouvant disparaître. 
Chair blanche, devenant rouge vineux à l'air quand on la brise. 
Feuillets blancs ou blanc rosé. 

Pied blanc, taché de rose ou de rouge vineux, pas trace d'étui. 
Anneau strié, rougeâtre, jaune en dessous. 



N" 10. AMANITE ROUGISSANTE (Amanita rubescens. Oronge vineuse, Golmotte). Espèce comestible, commune dans les 
bois en juillet-novembre. Hauteur : 10 à 15 centimètres (n" 9). 

N" 11. LÉPIOTE ÉLEVÉE (Coulemelle, Coimelle, Cluseau, Potrelle). Comestible. Bois et bruyères; été-automne. Hauteur : 20 à 
30 centimètres; notre plus grand champignon. Chapeau charnu, mince, en parapluie ouvert, parfois 30 centimètres, écailleux, 
brunâtre avec mamelon central ; pied tigré, renflé à la base. Anneau mobile le long du pied (immobile chez les Amanites). Feuillets 
blanc crème serrés, n'arrivant pas au pied. Plusieurs Lépiotes plus petites sont comestibles. Aucune confusion dangereuse. 

• 
N» 12. PSALLIOTE CHAMPÊTRE (Champignon rose. Boule-de-neige. Brunette, Potiron, Pratelle). Comestible. Prés, jardins; 
mai-octobre. Les jeunes peuvent être confondus avec les Amanites blanches (n os 2 et 3), les Volvaires (n" 4), l'Entolome 
livide (n" 13). Ne jamais cueillir un Champignon rose sans déterrer profondément le pied ; on s'assure ainsi de l'absence d'étui. 

N° 13. ENTOLOME LIVIDE (Perfide). Espèce dangereuse, commune en été-automne, en cercles dans les bois secs, ou les prés, 
sous les arbres. Hauteur : 7 à 12 centimètres. Ne pas confondre avec les Psalliotes in" s 2 et 4) ou les Clitocybes (n° 27). 



Entolome livide (Dangereux) 

Chapeau gris cendré pâle. 

Feuillets espacés, ne descendant pas sur le pied, jaunes, puis rou- 

geâtres, rosés, échancrés près du pied. — - Pied ferme. 
Spores roses. — Odeur forte de farine. 



Clitocybe nébuleux (Comestible). 
Chapeau gris clair, à centre plus foncé. 

Feuilets serrés, descendant sur le pied, blanchâtres, puis paille. 
Pied spongieux, puis creux. 
Spores blanches. — Odeur faible de farine. 



N° 14. RUSSULE FOURCHUE. Mauvais champignon; assez commun dans les bois. Confusion possible- avec la Russule ver- 
doyante (n" s 1 et 15) et la Russuie bleu jaune (n os 16 et 17), comestibles. 



Russule fourchue (Mauvais). 
Chapeau vert, non craquelé, lisse, non strié. — Pied épais, blanc. 

Feuillets blancs. — Chair amers et acre. 



Russule bleu jaune (Comestible). 

Chapeau gris de plomb, à fines rides rayonnant du centre, teinté de poupre 

noir, de violet foncé, se décolorant parfois, alors jaune et pourpre clair. 
Feuillets blancs. — Pied blanc, ridé. — Chair douce, agréable. 



Les espèces de Russules sont difficiles à distinguer entre elles, tant le chapeau change de couleur avec l'âge. Le caractère le plus 
utile est : toute Russule à chair douce est comestible ; à chair amers ou piquante est mauvaise. 



118 LES PLANTES 



N° 15. RUSSULE VERDOYANTE (Russu/a virescens. Palomet. Cul-vert. Verdette). Espèce comestible. Bois sablonneux : été- 
automne. Hauteur : 4 à 6 centimètres. Confusion possible avec l'Amanite phalloïde (n° 1) et la Russule fourchue (n° 14;. 

N° 16. RUSSULE DE QUÊLET. Mauvaise espèce. Ressemble beaucoup à la Russule bleu jaune (n° 17). 



Russule de Quélet (Mauvais). 
Chapeau violet, parfois presque noir. 
Pied blanc teinté de rose. 

Feuillets crème ou jaunâtre pâle. — Chair très poivrée. 
Pousse dans les bois de Pins. 



Russule bleu jaune (Comestible). 
Chapeau (voir au n° 14). 
Pied blanc, non teinté. 
Feuillets blancs. — Chair douce, agréable. 

Pousse dans les bois, surtout de Hêtres. 



N° 17. RUSSULE BLEU JAUNE {Russula cyanoxantha. Charbonnier). Espèce comestible. Hauteur : 5 à 8 centimètres. Rejeter 
tout exemplaire un peu avancé. Éviter la confusion avec la Russule fourchue (n° 14) et la Russule de Quélet (n" 16), mauvaises. 

N° 18. RUSSULE JOLIE ( Russula lepida. Cul rougej. Espèce comestible. Bois : été-automne. Peut être confondue avec le 
N° 19. RUSSULE ÉMÉTIQUE. 

Russule jolie (Comestible) 



Chapeau rouge carmin, mat, non poli, farineux, se fendillant à la 

sécheresse. 
Chair douce, blanche, ferme, dure, d'un goût de noisette. 



Russule émétique (Mauvais). 
Chapeau rouge vif ou rose, poli, luisant, se décolorant facilement par 

plaques, fragile. 
Chair très poivrée, blanche, mais rougeâtre sous la peau du chapeau. 



N° 20. LACTAIRE VÉNÉNEUX (Lactarius torminosus. L. aux tranchées, Mouton, Raffouet). Espèce mauvaise qui peut être 
confondue avec le Lactaire délicieux (n° 21). 



Lactaire vénéneux (Mauvais). 

Chapeau parfois un peu zone, roussâtre. un peu velu et à bords laineux. 
Feuillets blancs, un peu rosés. — Lait très acre et très blanc. 
Chair blanche et restant blanche 



Lactaire délicieux (Comestible). 
Chapeau rouge brique ou orangé, glabre et à bords non laineux. 
Feuillets orangés. — Lait doux et orangé. 
Chair jaunâtre, devient rouge, puis Vert-de-gris. 



ous bois et bruyères. I Bois de Pins 

Les Lactaires ressemblent beaucoup aux Russules, mais leurs feuillets et leur' chair laissent couler un lait de couleur variée ; pied court, 
sans étui ni anneau ; d une manière générale, toutes les espèces à lait acre ou poivré sont suspectes, et celles à lait doux, comestibles. 

N° 21. LACTAIRE DÉLICIEUX (L.deliciosus. Polonais, Pignet. Roussillon, Sanguin, Vache rouge). Espèce comestible, pou- 
vant être confondue avec le Lactaire vénéneux (n' J 20) ou le Lactaire roux (n° 22). 

N° 22. LACTAIRE ROUX (Lactarius rufus, Raffouet). Mauvaise espèce qui peut être confondue avec le 
N° 23. LACTAIRE ORANGÉ. 



Lactaire roux (Mauvais). 

Chapeau non zone, roux foncé, petit mamelon con 
Pied roussâtre, blanc en bas, poilu à la base. 
Lait blanc, très acre. 

Sous les Pins et Sapins. 



Lactaire orangé (Comestible). 
Chapeau non zone, orangé, brun rougeâtre ou chamois, parfois teinté de vert. 
Pied de teinte uniforme, plus clair que le chapeau, non poilu à la base. 
Lait blanc abondant, doux. 

Un peu partout dans les bois. 



N° 24. CHANTERELLE COMESTIBLE (Girolle, Jaunette). Espèce bien connue, comestible; peut se confondre avec le 
N° 25. CHANTERELLE ORANGÉE ou Fausse girolle, espèce comestible suivant les uns, suspecte suivant les autres, peu dange- 
reuse en tout cas. 



Chanterelle comestible. 
Chapeau jaune d'oeuf. 

Feuillets jaune d'oeuf, épais, peu serrés, soudés souvent entre eux. 
Pied jaune d'ceuf, épais et court. 
Odeur agréable. 



Chanterelle orangée. 
Chapeau jaune pâle. 

Feuillets orangés, fins, serrés, fourchus, non soudés entre eux. 
Pied orangé ou brun foncé presque noir, long et grêle. 
Pas d'odeur. 



N° 26. MARASME D'ORÊADE (Mousseron d'automne, Petit Mousseron, Pied dur, etc.). Délicieuse petite espèce ne prêtant à 
aucune confusion dangereuse. 

N° 27. CLITOCYBE NÉBULEUX (Petit gris, Mousseron gris). Espèce très commune, en cercles dans les bois en automne. 
Éviter la confusion avec l'Entolome livide (n° 13). 

N" 28. TRICHOLOME DE LA SAINT-GEORGES (Mousseron de printemps. Mousseron blanc, Blanquet). Comestible; 
en cercle dans les prés ; avril-mai. Chapeau charnu, lisse, sec, blanc jaunâtre. Pied épais, sans étui à la base. Pas d'anneau. 
Forte odeur de farine fraîche. La confusion avec l'Entolome livide (n u 13) et l'Amanite printanière (n" 2) serait impardonnable. 

N° 29. TRICHOLOME NU (Pied bleu). Espèce comestible des bois (automne). D'autres Pieds bleus voisins poussent dans les 
prés à la même époque et sont aussi comestibles. La confusion n'est possible qu'avec les Cortinaires violettes, comestibles aussi. 

N° 30. COPRIN A CHEVELURE. Espèce comestible. Prés, automne. Aucune confusion regrettable à craindre. 

N° 31. BOLET BRONZÉ (Boletus cereus. Cèpe noir. Tête de nègre, Gendarme noir). Espèce comestible, à chapeau velouté, 
bronzé, presque noir, assez petit (n° 32). 

N° 32. BOLET AMER (B. felleus. Cèpe chicotin). Mauvaise espèce dont les pores, d'abord blancs, deviennent roses et à chair 
très amère, ce qui évite une confusion possible avec le Bolet comestible (n" 33), qui a les pores blancs, puis jaune verdâtre 
et à chair douce. — On évitera toute confusion dangereuse, en matière de cèpes, en ne cueillant jamais les exemplaires trop 
jeunes et en suivant les indications ci-dessous : 

Bolets dangereux. 



Pores rouges ou roses. 

Pied rouge ou taché de rouge. 

Chair bleuissant ou verdissant à l'air. 



Bolsts comestibles. 

Pores blanchâtres ou jaune verdâtre. 

Pied blanc, jaune ou blanchâtre, jamais taché de rouge. 

Chair restant blanche à l'air ou devenant à peine rose sous le chapeau. 

Chair douce, agréable. Chair amère. 

N° 33. BOLET COMESTIBLE (B. edulis). Cèpe. Potiron (voir n» 32). 

N» 34. BOLET RABOTEUX (B. scafcer). Espèce comestible (voir n u 32). 

N 35. BOLET SATAN ( B. Satanas). Mauvaise espèce des prés, pâturages, clairières (voir n° 32). 

Les espèces à feuillets et à pores (Agaricinées et Polyporées) sont les seules prêtant à confusion. La récolte des HYDNES (Mouton, Barbe 
de vache), des MORILLES, PÉZ1ZES, HELVELLES, CLAVAIRES (Barbe de chèvre), CRATERELLES (Trompette de la mort), 
n'offre aucun danger, tant leurs caractères sont faciles à reconnaître. 




Coprin chevelu 



BoIeL bronzé Bolet amer Boiet comestible ^ B „,. v _!,,__ 

(Cèpe) Bolet raboteux Bolet satan 



PLANTES — 10 



PRINCIPALES VARIÉTÉS DE CHAMPIGNONS 

Comestibles (C.) ; Vénéneux (V.) ; Mortels (M.). 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



119 




Cladonie en cornet, au bord d'un talus. 



Èvernie du Prunellier. 



Parmélie froncée, sur un rocher. 



Les Lichens. Organisation. — Les Lichens sont des 
Thallophytes poussant soit sur les arbres, et ce sont les rares épi- 
phytes de nos pays froids ou tempérés, soit sur les rochers ou sur 
la terre. C'est ce dernier cas qui s'observe notamment pour le Lichen 
des rennes ou Cladonie rangifère, qui s'étend sur d'immenses 
espaces dans les plaines arctiques. Cette plante se rencontre d'ail- 
leurs dans notre pays, dans les régions sèches ; ce sont de petits 
arbuscules ramifiés, de consistance ferme, qui craquent sous les 
pieds lorsqu'on marche dessus. Si l'on vient à examiner la struc- 
ture de ce Lichen, on y trouve, comme dans tous les autres repré- 
sentants de ce groupe, des filaments incolores à membrane assez 
épaisse, que l'on a comparés à des tubes de macaroni à cause de 
l'épaisseur de la paroi ; en outre, il y a des cellules vertes. La 
première opinion qui est venue à 1 esprit a été que ces deux sortes 
de cellules appartenaient à un seul et même être, mais en réalité 
il s'agissait de deux êtres très différents associés ensemble : un 
Champignon et une Algue. Grâce à cette association, 1 Algue est 
abritée contre la dessiccation et contre les autres causes de destruc- 
tion qui la menacent par l'enchevêtrement du Champignon. Ce der- 
nier bénéficie de la nutrition de l'Algue qui, contenant de la chlo- 
rophylle, peut décomposer l'anhydride carbonique de l'atmosphère 
et fixer le carbone, ce que le Champignon est incapable de faire. 

Les Algues qui s'associent à un même genre de Champignon 
sont fréquemment différentes : dans les diverses espèces de Pan- 
naria, on peut trouver des Scytonèmes, desChroocoques et des Pal- 
mellaires; parfois dans une même espèce de Lichen, comme les 
Lichina, communs sur les rochers maritimes, on peut rencontrer à 
la fois une Rivulaire et un Glceocapse, ou même, chez d autres 
espèces, une Algue bleue et une Algue verte; c'est d'ailleurs à ces 
deux groupes seulement qu'appartiennent les Algues des Lichens. 
Les Champignons peuvent être soit des Basidiomycètes, soit des 
Ascomycètes, mais ces derniers sont de beaucoup les plus fréquents, 
les premiers étant surtout représentés par 
le genre Cora. L'appareil reproducteur 
des Ascolichens se compose de cupules 
ou apothécies, qui peuvent être large- 
ment ouvertes en un disque dans lequel 
on trouve à la fois des asques et des 
paraphyses, cellules allongées qui, se 
gonflant par l'humidité, pressent sur les 
asques; ces dernières cellules éclatent 
et les spores en sortent. L'appareil re- 
producteur peut présenter des concep- 
tacles en forme de bouteille renfermant 
simplement un bouquet d asques à la 
base. En outre, le Champignon peut 
former des appareils conidiens, empri- 
sonnés d'ordinaire dans des conceptacles 
s'ouvrant par un orifice au sommet; ils 
sont enfoncés dans le thalle et émettent 
au dehors de fins bâtonnets ou des coni- 
dies. On appelle enfin sorédies des frag- 




Fig. 154. — Organisation des Lichens. 

A, Coupe d'un Lichen : a, Asque ; b, Ascopores ; c, Paraphyses ; 
d, Tissus entourant l'apothécie ; e, Cellules du Nostoc ; /, Fila- 
ments du champignon plongés dans la gelée du Nostoc ; B, Syn- 
thèse d'un Lichen : a, Cellules de l'algue ; b, Filaments cram- 
pons i c d, Filaments chercheurs des cultures de Bonnier. 



ments de thalle, sortes de boutures susceptibles de s'isoler et qui 
sont formées de cellules vertes d'Algues entourées de filaments 
incolores (hyphes) du Champignon. 

Principaux Lichens. — Parmi les Ascolichens, le groupe 
le plus important est celui des Discomycètes-Lichens ; leur thalle 
peut être en arbre, ou foliacé ou en croûte. Au premier rang de 
ceux qui ont des apothécies arrondies et un thalle en petit arbre 
figurent les Cladonies; leur thalle est au début écailleux et il ne 
forme que plus tard une partie dressée : c'est ce qui arrive pour 
les Cladonies pyxidées, à tige s'élargissant en coupe à sa partie su- 
périeure, et ayant parfois plusieurs coupes superposées, et aussi pour 
la Cladonie rangifère, qui est un arbuscule plus grêle et plus élancé 
et ramifié qui constitue un pâturage excellent pour les rennes 
dans les régions polaires ; dans ces deux espèces, d'ailleurs, les 
apothécies sont convexes et rouges. Les apothécies sont planes, au 
contraire, dans plusieurs autres groupes qui ont un thalle en arbre 
dès le début. Ce thalle est cylindrique chez les Roccelles et les 
Usnées ; aplati, au contraire, chez les Ramalines, Ëvernies, Anap- 
tychia. Les Roccelles fournissent une matière colorante d'un rouge 
violet, belle mais peu durable, connue sous le nom à'orseille; 
on rencontre ces plantes notammentà Madagascar. L'L/snee barbue, 
qui pend aux arbres dans les forêts de Conifères, a de larges apo- 
thécies en forme de bouclier. Dans les Ramalines des Frênes, le 
thalle glauque foncé est en bouquet crépu comme dans les feuilles 
de Chicorée frisée, les spores sont incolores, bicellulaires, et le disque 
des apothécies installé sur la couche à cellules vertes, tandis que 
dans YÊVernie du Prunellier les spores sont unicellulaires et les 
apothécies sur la moelle; dans VAnaptychie cilié, les spores sont 
brunes. Le Cétraire d Islande, qui contient un principe amer 
employé en médecine, a un thalle aplati et des apothécies déve- 
loppées obliquement sur les bords. 

Parmi les Discomycètes- Lichens à 
thalle foliacé, on peut citer d'abord le 
Peltigère des chiens, à apothécies sur 
le bord et en général dressées, à thalle 
attaché au milieu. Dans la Sticte pul- 
monaire, le mode d'attache du thalle 
est le même, mais les apothécies y sont 
en saillie et non au bord. La lame fo- 
liacée est attachée au support par toutes 
sa face inférieure dans les Parmélies et 
les Physcies, mais les lobes de la péri- 
phérie sont larges dans les premiers, 
étroits dans les seconds. 

Parmi les Discomycètes- Lichens en 
croûte, le Rhizocarpon géographique 
se détache en jaune sur le fond des ro- 
chers et a été comparé à une carte. Enfin, 
dans les Graphis et les Opegrapha, 
qui sont également crustacés, les apo- 
thécies rappellent des hiéroglyphes. 



120 



LES PLANTES 




. F. Failli- 

Fégatelle conique, portant des chapeaux femelles, 



. 1M 
















Cl. F. Faiik-au. 



Funaire hygrométrique et ses capsules. 



LES MUSCINEES 

Organisation. — Dans une Mousse (fig. 155), il y a une 
tige feuillée présentant à sa base des poils rhizoïdes, sans véritable 
racine, et se terminant par un filament ou soie, renflé en urne ou 
capsule à l'extrémité. Cette capsule renferme des spores ; elle s'ouvre 
par des dents (péristome), de manière à mettre les spores en liberté; 
ces dernières germent- sur le sol et reproduisent des filaments verts 
(protonema) , puis la Mousse. Les organes mâles et les organes 
femelles se trouvent au sommet de la tige feuillée, soit sur le même 
pied, soit sur deux pieds différents. L'organe mâle ou anthéridie 
est en massue (fig. 156, C) et produit des anthérozoïdes spirales à 
deux cils vibratiles; l'organe femelle (B) ou archégone a la forme 
d une bouteille à long col. L'œuf résultant de la fécondation se 
forme dans la partie ventrue de l'archégone ; il germe sur place, s'al- 
longe en un filament qui se renfle en urne à l'extrémité et qui 
produit plus tard les spores; la capsule est couverte par un capu- 
chon appelé coiffe, qui est l'archégone accru, distendu et déchiré. 

Les Muscinées comprennent les Mousses, à tige dressée, et les 
Hépatiques, à tige rampante ou souvent à thalle aplati en lame. 

Mousses. — Chez les Mousses (fig. 155), les feuilles sont dis- 
posées en général en spirale, sauf chez les Fhsidens, plantes aqua- 
tiques où elles sont sur deux rangs. Dans les Polytrics, les dents 
du péristome sont réunies par une membrane, ou épiphragme, de 
façon à rappeler une peau de tambour; ce caractère s'allie avec une 
capsule anguleuse, tandis que dans les Pogonates la capsule est à 
section arrondie. Dans les Atrics ondulés, qui ont aussi la mem- 
brane eri peau de tambour, la coiffe est de côté. D'ordinaire il n'y 
a pas d épiphragme; alors la capsule est de forme variable, arron- 
die dans le Bartramie pomiforme, oblongue dans les Hypnes on- 
dulés, mais dressée et à coiffe 
décote. Si la capsule est allon- 
gée, pendante, par suite d'un 
brusque recourbement de la 
soie, on a les Bryes et les 
Mnics : les premiers ont des 




Fig. 155. — Mousses. 

a, Polytric femelle ; b, mâle : c, Urne 

jeune ; d, Urne mûre.— e,Bryum;f, Urne 

mûre. — g, Hypnutn ; h, Urne jeune; 

i, Urne mûre. — j, Splachnum; k, Urne 

jeune: /, Urne mûre. 



Fig. 156. 
Fructification des Mousses. 

A, Sommet d'une tige avec trois 
archégones a ; B, Archégone grossi 
montrant l'oosphère o; C, Anthéridie 

avec anthérozoïdes a s'échappant. 



tiges ramifiées, des feuilles à cellules longues; les seconds, des 
tiges peu ou pas ramifiées, des feuilles à cellules courtes. Dans la 
Funaire hygrométrique, qui pousse sur les vieux ronds de char- 
bonnier, la soie est courbée, mais pas brusquement et non à l'extré- 
mité ; de plus la coiffe a l'aspect d'une vessie ovoïde. Dans VEnca- 
lypte vulgaire, la soie et l'urne sont dressées, mais la coiffe, en 
forme de long éteignoir, dépasse beaucoup la capsule. Le péristome 
a des dents tordues en spirales dans la Barbule spirale; il est 
dépourvu de dents dans les Gymnostomes. Les touffes de Mousses 
ont parfois des aspects caractéristiques : elles forment des coussinets 
denses qui blanchissent par la sécheresse ou sont d un vert glauque 
dans le Leucobrye glauque, qui pousse à terre; dans la Grimmia 
en coussinet, qui pousse sur les rochers, les feuilles se terminent 
par des poils et la soie recourbée s'enfonce dans le coussinet. 

Le caractère de décoloration que nous venons de signaler dans 
les Leucobryes se retrouve à un plus haut degré dans les Sphaignes 
(Sphagnum), Mousses de marécages qui, par leur décomposition 
lente dans la partie inférieure, produisent la tourbe des tourbières. 
Leur décoloration tient, comme dans le Leucobrye, à ce que cer- 
taines cellules de leurs feuilles sont perforées et se remplissent d'air 
par la sécheresse. Ce caractère les fait employer par les horticul- 
teurs pour la culture des Orchidées exotiques. 

Hépatiques. — Les Hépatiques (fig. 157 et 158) ont une 
tige rampante et une capsule qui reste enfermée dans l'archégone. 
Les unes ont des feuilles, les autres ont un thalle en forme de lame. 
Dans le premier groupe se placent les Frullanies dilatées, qui 
forment des plaques vert noirâtre sur les écorces des arbres : les 
grandes feuilles, sur deux rangs, ont deux lobes inégaux, un grand 
et un petit, et au-dessous de la tige il y a des écailles foliacées, 
nommées amphigastres. Les amphigastres peuvent ressembler aux 
feuilles dans les Lépidozies (sans cils), dans les Trichocolées 
(ciliés), ou en différer, comme chez les Lophocolées. Dans les 
Hépatiques à thalle, la capsule est pédicellée; solitaire dans la 
Pellie épiphylle, dont la capsule est à quatre valves, le thalle large, 
opaque, sans nervures distinctes. Dans la Marchaniie polymorphe 
(jig. 158), les organes mâles sont groupés sur des chapeaux arrondis, 
pédicellés, à dents peu profondes; les chapeaux femelles ont des lobes 
très profonds; le thalle est divisé superficiellement en petits losanges 
ayant au milieu un orifice stomatique, mais le stomate n'a pas la 
même constitution que dans les feuilles des Phanérogames. Ce 
dernier caractère se retrouve dans la Fegatella conique, mais le 
chapeau mâle est sans pédoncule et le chapeau femelle est conique. 

A 




Fig. 157. — Hépatique (Marchantie). 

A, Pied mâle ; B, Pied femelle ; C, Chapeau 
femelle entier ; D, Coupe longitudinale. 



Fig. 158. — Marchantie. 

A, Pied mâle ; 
B, Pied femelle. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



121 





Cl, P. Faideaii. 



Buisson de Fougères en Nouvelle-Zélande. 



Semis de Fougères de différentes espèces. 



LES CRYPTOGAMES A RACINES 

Les Thallophytes et les Muscinées n'ont ni vaisseaux, ni racines 
véritables; la sève y circule de proche en proche, à travers les cel- 
lules : ce sont des Cryptogames cellulaires. Les plantes dont nous 
allons parler leur sont supérieures par la division nette de leur corps 
en trois membres : tige, feuille, racine, et la présence de vaisseaux. 
On les divise en trois classes : les Filicinées, dont les Fougères 
forment le principal groupe, les Équisétinées et les Lycopodinées. 

Organisation des Fougères. — Les Fougères jouent, au 
point de vue ornemental, un rôle important. Elles sont très culti- 
vées comme plantes de garniture, parce que leur feuillage légersert à 
faire ressortir les autres plantes qu'on leur mêle. Ainsi, par exem- 
ple, si l'on veut exposer des Orchidées, il sera très utile de les en- 
tourer de Capillaires, dont les frondes délicates s'harmonisent avec 
les couleurs vives et brillantes des fleurs. C'est ce même rôle que 
jouent les Fougères dans les jardins d'hiver et dans les apparte- 
ments, où elles garnissent les jardinières. Il y a d'ailleurs une autre 
catégorie de Fougères qui ont aussi de nombreux amateurs : ce sont 
les espèces de plein air qui réussissent sur les rocailles. Les modes 
d'existence et de culture de ces végétaux sont très particuliers; 
la plupart aiment les stations humides et peu éclairées. Dans les 
régions chaudes, au Mexique, par exemple, les parois des torrents, 
après la saison des pluies, se couvrent de gracieuses Fougères 
herbacées. 

Examinons une feuille ou fronde d'un Polypode; on remarquera 
à la face inférieure des taches brunes arrondies, comme granuleuses. 
L'examen à la loupe révélera que ces granules sont formés de 
boules ou sporanges (fig. 162) attachés à la feuille par de fins 
pédicelles; les têtes renferment les spores. Par un temps sec, la 
boule crève, les spores sont mises en liberté et tombent sur le sol ; 
elles constituent une poussière 
véritablement microscopique, 
car chacune d elles est formée 
d'une cellule. Cette ténuité des 
semences de Fougères est très 
remarquable; il n'en est pas 
de plus petites dans le règne 
végétal, d'aussi impalpables, 
donnant prise au vent qui les 
emporte au loin, les déposant 
partout, dans les anfractuosités 




Fig. 159. 
Fructification du Polypode. 

A, Archégone (très grossi) conte- 
nant l'oosphère o ; B, Anthéridie 
(très grossie) dans laquelle se for- 
ment les anthérozoïdes a. 




des rochers, sur l'écorce des arbres; elles vont à travers les mers 
peupler les archipels les plus éloignés des continents. 

La germination des spores de Fougères à la surface de la terre 
donne naissance à de petites lames vertes, translucides, à peine 
grandes comme l'ongle du petit doigt, qui s'étalent à la surface 
du substratum, fixées par de fins poils qui partent à la face infé- 
rieure de la lame très mince. Cette petite lame porte le nom de 
prothalle (fig. 160); elle produit des organes femelles ou arché- 
gones (fig. 159, A) qui affectent la forme d'une bouteille, dont la 
partie ventrale est enfoncée dans le tissu, tandis que les organes 
mâles ou anthéridies (fig. 159, B) ont la forme de boules plus 
superficielles. Quand, par l'action d'une goutte d'eau, les cellules 
mâles ou anthérozoïdes sont mises en liberté, on constate qu'elles 
sont formées d'un fin filament spirale qui porte à son extrémité une 
touffe de cils vibratiles, et non pas deux cils seulement, comme 
nous l'avons signalé chez les Mousses. Grâce à la régulière trépi- 
dation de ces cils, les anthérozoïdes se déplacent 
et leur corps s'avance par un mouvement de tire- 
bouchon. Attirés par les substances chimiques qui 
forment une gouttelette au sommet de la bouteille 
femelle, ils se diffusent en tous sens dans le milieu 
ambiant; les anthérozoïdes se précipitent vers l'ori- 
fice du col et l'un d'entre eux s'avance dans le 
canal jusqu'à venir se fusionner avec la cellule fe- 
melle ou oosphère, qui est contenue dans la partie 
ventrale de la bouteille. La fécondation a lieu; il 
en résulte un œuf qui germe sur place et ne tarde 
pas à engendrer une petite plantule qui se dresse 
au-dessus du petit prothalle (fig. 160). Chez les 
Fougères herbacées, comme les Polypodes, la tige 
reste souterraine: c'est un rhizome; il en part les 
feuilles, seuls organes aériens; elles sont toujours 




Fig. 160. 

Prothalle 
de Polypode 

sur lequel 
se développe 

la Fougère 

feuillée f. 



Cl. F. Faideau. 





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Polypode glauque avec sporanges. 



Fougères dans un ravin, au Mexique. 



Cl. Diguct. 



LES PLANTES 



122 



LES PLANTES 




Capillaire en coin de l'Amérique tropicale. 

enroulées en crosse dans leur jeunesse. Les Fougères arborescentes 
des pays chauds ont, au contraire, une tige aérienne qui peut 
atteindre jusqu'à 15 mètres de hauteur. 

Remarquons encore que la reproduction chez les Fougères se 
rapproche beaucoup de celle des Mousses, mais que les phéno- 
mènes s'y produisent en ordre inverse : chez les Mousses, la 
plante feuillée provient d'une spore et porte l'œuf ; chez les Fou- 
gères, elle provient d'un œuf et porte des spores. 

Au point de vue de la culture, les phénomènes précédents 
sont indispensables à connaître. Puisqu'il n'y a pas de graine 
dans les Fougères, on ne peut les multiplier qu'à l'aide des spores, 
et on y parvient en les semant dans des coupelles plates contenant 
un mélange de terre de bruyère et de brique ou de sable siliceux 
et de poussière de charbon. Ces coupelles ayant été au préalable 
chauffées vers 100°, ou arrosées avec de l'eau bouillante, pour 
amener la destruction de tous les germes qu'elles peuvent conte- 
nir, on peut déposer les spores sur toute la surface du substratum. 
La coupelle reposant dans une assiette contenant de l'eau et le 
tout ayant été recouvert par un disque de verre, on abandonne 
l'ensemble dans une serre tempérée. Les prothalles apparaissent 
bientôt, puis les feuilles, les tiges et les racines après la fécondation. 

En étudiant la multiplication végétative (p. 33), nous avons 
indiqué comment certaines Fougères se multiplient par des bul- 
billes. Chez la Woodwardia radicante, c'est l'extrémité des feuilles 
qui s'enracine. 

Fougères Polypodiacées. — Le Polypode vulgaire 
est une espèce très répandue dans nos forêts et poussant aussi sur 
les rochers et les vieux murs ; il est le type d'une grande famille 
de Fougères, dont nous allons indiquer les principaux genres. 



Les Capillaires ou Adiantum sont carac- 
térisées par leurs pétioles noirs, leurs nom- 
breuses folioles en forme de coin, pourvues de 
petits lobes arrondis, brunâtres, rabattus sur le 
limbe; c'est en dessous de ce petit volet que 
sont les sporanges. Les plus communes sont 
la Capillaire Cheveux de Vénus, la Capil- 
laire en coin, à lobes très nombreux. 

Les Piérides ou Ptéris sont des Fougères 
beaucoup plus robustes, qui n'ont pas le pé- 
tiole noir, et dont les frondes sont en général 
très découpées et portent les sporanges insérés 
sur une nervure qui s'observe sur tout le bord 
de la feuille, ourlet étroit qui se rabat sur elle 
tout du long. En dehors du Ptéris ou Fougère 
grand aigle, qui est l'espèce indigène que l'on 
rencontre dans tous nos bois, qui peut se cul- 
tiver en plein air dans un terrain siliceux, on 
trouve, surtout très répandu dans la culture de 
serre et d'appartement le Ptéris à crêtes et 
le Ptéris serrulé. 

Les Gymnogrammes méritent une mention 
spéciale : c'est ce qu'on appelle les « Fougères 
dorées » ou « argentées » ; elles présentent, 
en effet, à leur face inférieure des poils cireux 
qui apparaissent comme une poussière d'un 
beau jaune d'or ou d'un blanc d'argent bien 
remarquable. Ces plantes sont fort appréciées des amateurs et ser- 
vent à la garniture des appartements ; elles n'y vivent malheureu- 
sement pas longtemps. 

Les Polypodes se reconnaissent aisément au caractère tiré de la 
nudité des sores ou groupes bruns de sporanges; ces petites taches 
sont arrondies, isolées à la face inférieure des feuilles et jamais elles 
n'ont aucune protection soit par le rebord de la feuille, comme 
dans les Capillaires et les Ptérides, soit par un autre appareil dont 
il sera question plus loin. En dehors du Polypode vulgaire, qui 
est une espèce rustique à cultiver en plein air, puisqu'elle habite 
notre pays, il y a un grand nombre d'espèces répandues dans les 
serres, comme le Polypode doré, avec ses gros rhizomes couverts 
d'écaillés rousses, et un grand nombre de types de serre chaude qui 
ont, en général, des feuilles entières et assez épaisses. A côté se pla- 
cent les Platycerium épiphytes (p. 58) et les Acrostiches. 

Dans tous les exemples que nous venons de citer, les organes 
reproducteurs ou sporanges sont nus ou protégés simplement par le 
rebord de la feuille; il est des cas où un organe spécial, appelé 
indusie, se forme pour assurer leur protection. Ce peut être, par 
exemple, une petite lame insérée sur la nervure voisine, de manière 
à avoir l'aspect d'un volet à moitié ouvert, en dessous duquel on 
aperçoit les sporanges : c'est ce qui arrive dans tout le groupe des 
Aspléniées. Les Blechnum ont deux rangées de sporanges formant 
deux séries longitudinales à droite et à gauche de la nervure mé- 
diane ; les Woodwardia offrent un caractère analogue. Dans 
les Scolopendres, que l'on observe sur les murs très humides, à 
l'orifice des puits, on a des feuilles simples, allongées, portées sur 
un pétiole relativement court. Le Cétérach des officines, rustique 
également, pousse sur les murs secs; ses feuilles ont deux rangées 
de lobes, de part et d'autre de la nervure médiane, lobes couver'.s 




Cl. F. Faideau. 



Fougère grand aigle en forêt de Meudon. 



Polypode vulgaire, sur un tronc d'arbre. 



Fig. 161. — Aspidie. 
a, Fragment de feuille. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



123 




Ravin avec Fougères arborescentes (Cyathées) ; ile de la Réunion. 



sur toute leur surface inférieure d'écaillés brunes. 
Dans les Doradilles ou Asplénies, l'indusie a la 
forme d'un volet. Une espèce de serre chaude, la 
Doradille nid, dont nous avons déjà parlé (p. 58), 
est épiphyte. La Fougère femelle {Athx/rium) doit 
prendre place à côté; c'est une espèce indigène 
rustique qui, à cause de la délicatesse de ses frondes 
très finement divisées, mérite d'être souvent culti- 
vée sur les rocailles des jardins. 

L'indusie, au lieu d'avoir la forme d'un volet, 
peut être parfois en bouclier, en écusson ou en rein 
qui s'attache au milieu du sore qu'elle est destinée 
à recouvrir; c'est ce qui arrive chez les Aspidiées. 
Le genre Néphrodie, devant son nom à l'indusie 
en forme de rein, est très largement représenté 
dans les serres froides; ce sont des Fougères à 
feuilles assez amples. Les Aspidies (fig. 161) ont, 
au contraire, l'indusie en bouclier. Les Didymo- 
chlènes sont de belles Fougères de jardins 
d'hiver, dont les folioles assez petites sont en 
forme de croissant et insérées en deux ran- 
gées alternantes. 

Dans les Davallia, l'indusie forme une 
coupe placée sur le bord de la feuille et sou- 
dée presque complètement à elle. Ce sont 
de très belles Fougères dont quelques-unes 
à grand développement; par leur ample et 
majestueux feuillage elles font l'ornement des 
jardins d'hiver : telle est notamment la Da- 
vallia majuscule, qui peut atteindre un mètre 
de haut; d'autres espèces sont de serre plus 
chaude et se cultivent seulement en panier 
suspendu comme plantes épiphytes : telle est 
la Fougère patte de lièvre (Dacallia des 
Canaries), dont les feuilles sont très légères 
et finement découpées, dont le rhizome très 
écailleux a un peu l'aspect d'une patte poi- 
lue. La Dacallia huileuse est utilisée au 
Japon, son pays d'origine, pour la création 
de bizarreries végétales. Sa tige souterraine, 
longue de 1 mètre à 1 '",50, est déterrée à 
l'automne. On fixe bout à bout plusieurs de 




Fig. 162. — Sporanges. 

A, d'Angioptère ; B, C, de Todea ; 
D, de Lyiiodiuni : a, Anneau. 



ces rhizomes sur une carcasse en fil de fer ou en 
bambou figurant un animal ou un objet quel- 
conque, et on entoure le tout de mousse. Au prin- 
temps suivant, on bassine chaque jour la mousse; 
les bourgeons se développent et la carcasse ver- 
doie. Des enseignes de commerçants sont parfois 
obtenues d'une façon pittoresque à l'aide de Da- 
vallia suspendues au-dessus de la porte et assem- 
blées de manière à former des lettres. Les Nephro- 
lepis sont des Fougères de serre chaude, qui se 
cultivent aussi en paniers suspendus. 

Toutes les plantes que nous venons de passer 
en revue sont herbacées. Lorsqu'on examine au 
microscope leurs sporanges (fig. 162), on voit que 
ces organes présentent une bande de cellules en 
forme de fer à cheval que l'on appelle Vanneau, 
et qui joue un rôle important dans la dissémina- 
tion : c'est grâce à la contraction de la membrane 




Dicksonia Berteroana (ile de Juan Fernandez). 



Vegetationsbilder, 



124 



LES PLANTES 




Todea barbare (Australie). 



mince qui réunit 
les extrémités du 
fer à cheval, con- 
traction qui se 
produit par la des- 
siccation, que la 
membrane du spo- 
range se déchire et 
que les spores sont 
mises en liberté. 
Dans le groupe des 
Polypodiacées, 
l'anneau est dis- 
posé suivant un 
méridien, mais il 
est incomplet ; le 
sore est alors nu. 

Autres types 
de Fougères. 

— Il y a fréquem- 
ment dans les 
serres chaudes, et 
surtout dans les 
jardins d'hiver, 
des représentants 
d'une organisation 
différente: ce sont les Cyathéacées, qui constituent ce que l'on 
appelle les Fougères arborescentes ; dans ce groupe, l'anneau est 
encore longitudinal, mais il forme un méridien complet. Le port 
de ces plantes est très élégant; les tiges, qui ne sont jamais d'une 
très grande hauteur, sont couronnées à leur partie supérieure par 
un cercle de grandes frondes très finement découpées; le tronc, qui 
reste toujours simple, est écailleux, couvert sur toute sa surface de 
cicatrices laissées par les feuilles anciennes tombées ; ces bases de 
feuilles ont été décomposées plus ou moins complètement, ce qui 
donne à la surface une certaine irrégularité ; en outre très souvent, 
surtout dans les parties inférieures, il se développe une multitude 
de petits cordons brunâtres formés par les racines ; ces organes 
apparaissent entre les cicatrices foliaires et descendent parallèlement 
à la tige, formant ainsi un enchevêtrement ayant cependant une même 
direction générale. L'aspect d'une de ces vieilles tiges de Fou- 
gères, lorsqu'elle a été arrachée, est un peu celui d'un balai (p. 19). 
C est parmi les plantes de ce groupe que se placent les Cyathées, 
les Dicksonia, les Balaniium, les Cibotium, les Alsophiles. 

Dans les Schizéacées, l'anneau est en calotte; cette particularité 
s observe dans les Lygodium (fig. 162, D), qui sont des Fougères 
grimpantes, et les Aneimies, à fronde divisée en deux parties, 
dont l'une est stérile et l'autre fertile. 

Les Hyménophyllées ont un anneau transversal et complet. Ce 
sont des Fougères intéressantes par la délicatesse de leurs tissus 
(Hyménophylles, Trichomanès) ; c'est parmi elles que s'observent 
les plus belles Fougères translucides, de culture souvent délicate. 





Prèle des champs; tiges stériles et tiges fertiles. 



II. !•'. l-ilMlr.-IM. 

A, Azolla de la Caroline ; B, Salvinie nageante. 

Dans les Osmondées, l'anneau est transversal et incomplet 
(fig. 162,B,C). L.'Osmonde royale est une belle Fougère indigène 
à partie fertile formant une panicule sans limbe. Parmi les Todea, 
certaines ont des feuilles translucides (Todea superbe), mais ce 
caractère ne s'observe pas dans le Todea barbare de l'Australie. 
Dans les Marattiacées, l'anneau fait défaut. Ce groupe est repré- 
senté dans les cultures par les Angioptères, qui sont des Fougères 
herbacées gigantesques. Les Ophioglosses ou Langues de serpent 
constituent un groupe plus aberrant encore, dans lequel la partie 
fertile est distincte, étroite, cylindrique, formant épi. 

Filicinées aquatiques. — On distingue sous le nom de 
Rhizocarpées ou d' Hydroptéridées des espèces de Fougères aqua- 
tiques qui ont deux sortes de sporanges : des microsporanges à 
petites spores, qui engendrent des prothalles mâles en germant ; 
des macrosporanges à grosse spore, qui engendre un prothallc 
femelle. La Salvinie nageante a des groupes de deux feuilles 
rapprochées à limbe arrondi; elles sont aériennes, insérées au même 
point sur une tige horizontale; à chaque nœud s'attache une 
troisième feuille laciniée aquatique; il n'y a jamais de racines. 
L Azolla de la Caroline est voisin, mais les feuilles sont petites, 
bilobées et alternent en deux rangs sur la face dorsale de la tige; 
la face ventrale porte deux rangs de racines. Les Marsilies sont 
des plantes non nageantes, de marécages, à quatre folioles. 

Equisétinées. — Les Équisétinées, qui constituent la seconde 
classe des Cryptogames à racines, ont les feuilles verticillées. Les 
Prêles sont appelées ordinairement « Queues de cheval » ; les-, 
feuilles sont soudées entre elles autour de la tige, qui est impré- 
gnée de silice et utilisée à cause de cela par les ménagères pour 
le nettoyage des casseroles. La fructification se compose d'un épi 
oblong qui se développe au sommet sur des tiges spéciales déco- 
lorées (Prêle des champs) ou sur des tiges vertes (Prêle des bois). 
L épi est formé par des organes en forme de clous dont les têtes 
hexagonales sont rapprochées les unes des autres dans l'épi non 
mûr. Ces têtes de clous portent en dedans des sporanges sans 
anneau qui donnent des spores pourvues de quatre filaments enrou- 
lés autour d'elles en spirale et que l'on appelle élatères (fig. 163) ; 
ils sont hygroscopiques et contribuent à la dissémination. 

Lycopodinées. — Dans les Lycopodinées, comprenant les 
Lycopodes, les Sélaginelles et les Isoetes, la tige, et surtout les 
racines, se ramifient en fourche ou dichotomie. II y en a deux 

types : les isosporées et les hété- 
rosporées. Les premiers sont à une 
seule sorte de sporange, comme 
les Lycopodes, dont les spores 
petites, impalpables, servent sous 
le nom de poudre de Lycopode 
en pharmacie. Dans les types hé- 
térosporés (Sélaginelleset Isoetes), 
il y a deux sortes de sporanges. 
Les Sélaginelles servent à faire 
le gazon dans les serres. Les Isoe- 
tes, qui sont très voisins, ont l'as- 
pect de Graminées bulbeuses qui 
ne donneraient jamais de fleurs. 




Fig. 163. — Spores de Prêle 

avec élatères 

enroulés et déroulés. 



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BOIS D'ARAUCARIA DANS LA CORDILLERE DU CHILI 



///. - L£5 PLANTES A FLEURS : GYMNOSPERMES 



Caractères généraux. — Dans 1 embranchement des plantes 
à fleurs ou Phanérogames, le grand groupe des Gymnospermes 
se distingue par l'existence habituelle des graines nues {fig. 164), 
c'est-à-dire non emprisonnées dans un ovaire, et surtout par l'absence 
de stigmates : d'où le nom à' Astigmaiées qui leur est quelquefois 
donné. Pendant longtemps, ces plantes avaient embarrassé les clas- 
sificateurs, car, d'une part, leurs tiges s'épaississent comme celles 
des Dicotylédones ; d'autre part, elles ont un nombre variable 
de cotylédons dans leur graine. L'étude qui a été faite de leur 
ovule a permis d'y découvrir que les éléments femelles étaient 
des espèces de bouteilles (fig. 165, A) avec une partie ven- 
true et un col qui était percé par une cellule canal : c'était donc 
une structure tout à fait analogue à celle des archégones ou bou- 
teilles femelles des Fougères. L'analogie a pu être poursuivie plus 
loin lorsque, dans ces dernières années, des savants japonais, Hi- 
rasé et Ilcèno, découvrirent que l'anthérozoïde ou organe mâle 
(fig. 165, B, C) était pourvu de cils locomoteurs comme ceux des 
Fougères ou des Mousses. Mais, dans les Gymnospermes, l'élé- 
ment mâle est un grain de pollen, et c'est seulement à sa germi- 
nation que le corps mobile précédent se produit et réussit à devenir 
libre, de façon à pouvoir pénétrer, grâce au mouvement vibratile de 
ses cils, dans le col de l'archégone. Ces organes mâles ciliés ont 
été découverts chez les Cycadés et les Ginkgo; on les appelle, à 
cause de ces anthérozoïdes nageurs, des Natrices. Dans les autres 
Gymnospermes, le pollen est ordinaire avec un tube vecteur; on 
les nomme Vectrices ou Conifères. 

Il était nécessaire d'insister sur les analogies des Gymno- 
spermes et des Cryptogames vasculaires pour faire comprendre 




~ovule 




/*-*, 



Fig. 164. Fig. 165. — Reproduction des Gymnospermes. 

Feuille carpellaire. A, Ovule: a. Tégument ;o,Chambrepollinique;c. Pollen 

A, d'une Angiosperme ; germant ; d, Archégone ; c\ Oosphère ; /, Sac'ëmbryon- 

13, d'une Gymnosperme. naire : j>, Nucelle;B, Anthérozoïde de Gingko; C, deCycas 



combien ces deux groupes, qui paraissent d'abord si éloignés, ont 
d affinités véritables. Voici comment on classe les Gymnospermes : 

( Arbre non ramifié, à port de 

Des anthérozoïdes ci- ' Palmier Cycadées. 

liés : Natrices. i Arbre ramifié, feuilles en éven- 

' tail Ginkginées. 

i Pas d'anthérozoïdes ciliés mo- 

Un tube pollinique . biles ; ovule nu Conifères ou Vectrices. 

( Ovule dans un ooaire .... Gnétacées. 

Famille des Conifères ou Vectrices ; organisation. 

— Nous commencerons l'étude des Gymnospermes par celle des 
Conifères, et nous examinerons d'abord comme premier type le 
Pin (fig. 166). Cette plante est désignée sous le nom d'arbre 
à aiguilles, à cause de l'étroitesse de ses feuilles effilées qui ne 
tombent pas chaque hiver; elles sont dites persistantes et durent 
de 2 à 7 ans. Elles sont attachées soit par deux, soit en plus 
grand nombre jusqu'à cinq, sur des rameaux extrêmement courts. 
Les branches longues sont au contraire dépourvues de feuilles aci- 
culaires, et ne présentent que des écailles très réduites. Il y a 
donc, dans cette plante, deux sortes de branches (des longues et 
des courtes) et deux sortes de feuilles (des aiguilles et des écailles). 
Ces quatre types d'organes sont 
toujours associés de la même ma- 
nière : rameaux courts et aiguil- 
les, rameaux longs et écailles. 
Le nom de Conifères, que l'on 
donne au groupe dont le Pin fait 
partie, est tiré des caractères que 
prennent les chatons femelles en 
se développant après la pollini- 
sation; ils sont composés d'une 
série d'écaillés ligneuses persis- 
tantes, qui sont formées par les 
bractées épaissies, à l'aisselle des- 
quelles se produisent des rameaux 
courts femelles. Ceux-ci portent, 
à leur extrémité, deux carpelles ou 
feuilles soudées entre elles, sur 
lesquelles sont fixés deux ovules 
droits, mais pendants vers le bas 
(fig. 166, d). Ces feuilles carpel- 




Fig. 166. 
Fleurs et fruit du Pin. ' 

a, Chaton mâle; b, Étamine iso- 
lée ; c, Chaton femelle ; d, Une fleur 
isolée montrant le* carpelle et les 
deux ovules; e, Cône mûr coupe 
en partie pour montrer les graines ; 
/, graine. 



LES PLANTES. 



II. 



126 



LES PLANTES 




Pins parasols, au golfe Juan. 



CI. de H. Cl. Augù. 



Mélèzes, dans les montagnes de l'Engadine. 



Iaires se sont étalées de manière à ne jamais se fermer : il n'y a donc 
pas d'ovaire. Les chatons mâles {fig. 166, a) apparaissent sur le 
même pied que les parties femelles ; le Pin est donc un arbre mo- 
noïque. Le pollen a deux petits ballonnets à air, grâce auxquels 
il tournoie dans l'atmosphère en grande quantité au printemps et 
est quelquefois entraîné par la pluie sur le sol ; les paysans disent 
qu'il y a pluie de soufre. Ce pollen est apporté par le vent à la 
partie antérieure de l'ovule dans une cavité, la chambre polli- 
nique (fig. 165, A), où il demeure en attendant la fécondation. 
Pendant ce temps, le cône se referme par l'agrandissement et 
1 épaississement de ses écailles et obvie ainsi d'une manière mani- 
feste aux grands inconvénients de la gymnospermie, c'est-à-dire de 
l'exposition à l'air des ovules. La maturation des graines exige deux 
ans, rarement trois, ce qui tient à ce que le tube pollinique n'arrive 
au sac embryonnaire que L'année suivante de la floraison. Les graines 
qui se constituent par la transformation de l'ovule sont pourvues 
dune aile (fig. 166, /), formée aux dépens du carpelle voisin; 
elles contiennent un nombre de cotylédons qui peut varier de 
trois à quinze. 

On subdivise les Conifères en trois tribus : Abiétinées, Cupres- 
sinées et Taxinées. Chez les deux premières, le fruit est un 
cône, l'ovule est au dos du carpelle et la graine est sans arille, 
mais, dans les Abiétinées, il y a des canaux sécréteurs dans la 
racine ; ils manquent dans les Cupressinées ; chez les Taxinées, 
il n'y a pas de cône, l'ovule est terminal, la graine est pourvue 
d un arille dont la partie externe est charnue. 

Abiétinées. — Dans ce groupe, les Pins ne se bouturent 
pas ou très difficilement ; ils sont capables de drageonner et de 
repousser de la souche, mais on peut les multiplier par greffe en 
fente et demi-fente à l'état herbacé. Les espèces cultivées de ce 
genre sont nombreuses; parmi elles on peut mentionner le Pin 
sylvestre ou Pin d'Ecosse, ou Sapin rouge du Nord, qui est 
1 espèce indigène. Le Pin maritime est à aiguilles plus longues 



et à cône plus gros. C'est le Pin de Bordeaux ou le Pin des 
Landes, qui dépérit sur les sols calcaires, mais se plaît tout particu- 
lièrement sur les dunes ; aussi est-ce grâce à ces plantations, qui 
ont été préconisées par l'ingénieur Chambrelent, que presque tout 
un département, celui des Landes, est devenu exploitable. Le 
grand produit de cet arbre est le gemmage ou résinage, en vue 
d'obtenir la térébenthine et ses dérivés. La matière résineuse est 
produite par des canaux sécréteurs qui sont dans le bois, de sorte 
qu'il est nécessaire pour l'extraire de faire des entailles assez 
profondes. 

Il y a encore d'autres espèces de Pins à deux aiguilles à men- 
tionner; en particulier, le Pin Pignon, dont la tête forme une 
grosse boule arrondie très caractéristique : d'où le nom de Pin 
parasol, qu'on lui attribue quelquefois; il contribue à donner 
au paysage méditerranéen un faciès assez spécial. Le Pin noir 
d'Autriche est une variété du Pin Laricio, habitant les mon- 
tagnes calcaires de la Carinthie et de la Styrie, de la Moravie 
et de la Transylvanie. Citons encore le Pin de Norfolk e ' I e 
Pin Mughus. 

Le Mélèze a beaucoup de ressemblance avec les Pins, car ses 
aiguilles sont assez analogues, mais elles sont insérées aussi bien 
sur les rameaux courts que sur les rameaux longs ; par conséquent 
s'il y a encore deux sortes de rameaux, ici il n'y a plus qu'une 
seule sorte de feuilles aciculaires, mais aplaties, à section losan- 
gique : les unes isolées, solitaires; les autres en bouquets ou 
fascicules; ces aiguilles sont caduques et l'arbre se dépouille com- 
plètement à l'automne. Les cônes de ces plantes sont petits, à 
maturation annuelle. 

Les Cèdres ressemblent aux Mélèzes par leurs deux sortes de 
rameaux courts et longs et par leurs feuilles d'une seule nature, 
mais ces feuilles sont persistantes. Chacun connaît le Cèdre du 
Liban par le bel exemplaire que l'on peut admirer au Labyrinthe 
du Muséum. Cet arbre est historique : il a été rapporté en I 735 
d'Angleterre par Bernard de Jussieu; les puissantes branches 




Pin Mughus, en Albanie. 



Groupe de Cèdres du Liban. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



127 



horizontales situées à la partie supé- 
rieure, par suite de la perte de la flèche, 
lui donnent un aspect caractéristique. 
Le Cèdre argenté de 1 Atlas, le Med- 
dad des Arabes, est une variété de l'es- 
pèce du Liban, à feuilles courtes arquées. 
Le Deodora est le Cèdre de l'Hima- 
laya : ses feuilles sont beaucoup plus 
grandes, de 3 à 5 centimètres, piquan- 
tes et glauques. 

Le Sapin ou Abies, qui est voisin du 
Cèdre par ses caractères anatomiques, 
s'en distingue tout de suite par la dis- 
parition des rameaux courts : cette plante 
ne possède donc qu une seule sorte de 
branches allongées et une seule sorte de 
feuilles qui sont aplaties et ne présentent 
plus la disposition en aiguille. Les cônes 
sont dressés et leurs écailles tombent 
une à une. Le Sapin pectine ou Sapin 
argenté, Sapin des Vosges, a un port 
pyramidal remarquable ; son tronc est à 
écorce lisse, gris argenté, se gerçurant 
avec l'âge. C'est à 50 ans qu'il donne 
ses premières fleurs mâles, et un peu 
plus tard ses premières fleurs femelles; il 
peut être fécondé vers 70 ans. Citons 
encore le Sapin Baumier, qui forme le 
baume du Canada, et le Sapin Pinsapo. 

Le Tsuga du Canada est un arbre 
très important de l'Amérique du Nord, 
où il constitue des forêts immenses. Il 
est voisin des Sapins et il a comme 
ces arbres une seule sorte de rameaux 
(allongés) et des feuilles aplaties, mais 
les cônes sont pendants et à écailles 
persistantes. Le Keteleeria de For- 
tune, originaire du sud de la Chine, est 
un arbre magnifique à port du Cèdre 

du Liban, à cônes dressés dont les écailles sont persistantes; 
il a un très beau développement en Italie, sur les bords du 
lac Majeur. 

L' Épicéa éleué ou Picéa (fig. 167) est confondu souvent avec 
le Sapin ; il porte vulgairement le nom de Sapin blanc du Nord 
ou Pesse. Il a, en effet, comme les Abies ou Sapins véritables, 
seulement des branches longues et une seule sorte de feuilles. 
Ces derniers organes sont moins aplatis, leur section est losangique 
et les cônes sont pendants, tombant d un seul coup tout entiers. 
Dans les Abiétinées précédentes, les carpelles sont indépendants 
des bractées, les ovules sont renversés et la racine renferme 
des canaux sécréteurs {Rhizocèles). 

Les Araucaria se rattachent aux Abiétinées parce qu'ils ont des 
canaux dans la racine, mais ils ont des bractées soudées aux car- 
pelles, comme dans les Cupressinées, auxquelles on les a longtemps 
rattachés. Les Araucaria sont des arbres toujours verts à feuilles 
écailleuses, imbriquées, étalées, piquantes au sommet, h.' Araucaria 
élevé, que l'on cultive dans les appartements, a une ramification 
régulièrement verticillée de rameaux, étalés puis redressés. Les 
cônes des arbres 
du Chili et du 
Brésil (Araucaria 
imbriqué) ou 
de l'Australie (A. 
élevé) sont volu 
mineux, ovoïdes, 
à écailles épaisses. 
Ce sont des plantes 
dioïques. A côté 
se placent les 
Dammara. 



Cupress i- 
n ées. — Dans 
les Cupressinées, 
il y a soudure des 
carpelles et des 
bractées mères, les 
ovules sont dressés 




ou pendants, il n'y a pas 
de canaux sécréteurs dans 
la racine (Arhizocèles). 
Lesbractées sont spiralées 
dans le Cyprès chauve 
et le Séquoia. 

Le Taxode distique 
ou Cyprès chauve, ou 
Cyprès de la Louisiane, 
a des rameaux qui tom- 
bent en portant encore 
les feuilles qui sont insé- 
rées sur deux rangs, 
comme s'il s'agissait d'une 
feuille composée; le cône 
est ici dressé. On cultive 
cette plante dans les sols 
marécageux. Il y a au 




Futaie de Sapins argentés. 



Fig. 167. — Épicéa. 
(Les cônes mûrs sont pendants.) 
a , Écaille avec ses graines. 



Mexique un arbre célèbre remontant à la période aztèque, 
avant l'arrivée des Espagnols, et qui a joué un rôle dans les 
légendes des anciennes populations de l'Amérique : c'est le 
Cyprès de Montézuma ou Taxode mexicain qui habite la Sierra 
Madré, de I 700 à 2 000 mètres d'altitude. Le célèbre Taxode 
du cimetière de Santa-Maria del Tule (Oaxaca, Mexique) a 
44 mètres de circonférence et 50. mètres de hauteur; on évalue 
son âge à 2 000 ans. 

Les Séquoia sont des arbres géants de la Californie ; ils attei- 
gnent 100 mètres de haut avec un diamètre en proportion. Il y a 
d'ailleurs, parmi ces arbres géants, deux espèces qui ont été ratta- 
chées à des genres voisins : le Séquoia toujours vert, qui a un 
cône petit, pendant, mûrissant en un an et dont les graines ont 
deux cotylédons ; le W ellingtonia gigantesque ou arbre Mam- 
mouth des Américains, qui est plus grand encore, puisqu'il peut 
atteindre I 38 mè- 
tres de haut et 
une circonférence 
de 29 mètres; il 



r 




il. Waitc 
Cyprès chauve du cimetière de Santa-Maria (Mexique). 



Thuya nain du Japon. 



128 



LES PLANTES 




Bûcheron dans un tronc mort. 
Dans une forêt de Séquoia géants. 



Préparatifs d'abatage. 



s'élève de 1 500 à 2 200 mètres sur les pentes ouest de la Sierra 
Nevada ; il a un cône plus grand, également pendant, mûrissant 
en deux ans et dont la graine présente trois à six cotylédons. 

Dans un deuxième groupe de Cupressinées, les bractées mères 
sont verticillées et aussi les feuilles. Le cône est plus ou moins 
ligneux et formé, suivant les cas, d'un ou de plusieurs verticilles 
de feuilles fructifères : dans le premier type, qui se présente chez 
les Callitris à quatre Oaloes, les quatre écailles du cône sont 
ligneuses, et leur ensemble forme un strobile tétragone. Les 
feuilles fructifères forment, au contraire, plus d'un verticille dans 
les Thuya, les Biota, dans les Cyprès et les Chamœcyparis ou 
Faux Cyprès, les Libocèdres du Chili. Le cône du Cyprès (Cu- 
pressus) est globuleux, formé de six à douze écailles, dilatées au 
■sommet en tête de clou ou en bouclier; une variété à rameaux 
fastigiés du Cyprès toujours vert sert à orner les cimetières et peut 
être employée pour couper le vent; les feuilles sont opposées par 
deux, petites, réduites à des écailles. Les Genévriers (Juniperus) 
tranchent nettement par leurs cônes charnus, à écailles ayant des 
graines sans ailes. Leurs feuilles végétatives sont opposées par 
deux ou par trois, écailleuses, mais s'effilant en acicules. 

Taxînées. — L7f ou Taxus est privé de canaux sécréteurs ; 
la pousse florale est à une seule graine. C'est un bel arbre toujours 
vert, recherché pour l'ornementation des jardins. Ses feuilles sont 
aplaties, linéaires, acuminées, de consistance ferme, disposées en 
spirales. C'est un arbre pouvant atteindre une assez grande taille, 
jusqu'à 20 mètres, et dont l'écorce devient rougeâtre, fendillée, 
écailleuse; on peut en rencontrer des individus âgés : les pieds de 
600 à 700 ans ne sont pas rares, notamment en Angleterre, où, 
dans le Derbyshire, un individu aurait près de 2000 ans. Ces 




Kncephalartos d'Altenstein (Afrique méridionale). 



plantes sont dioïques. Les fleurs femelles sont solitaires au sommât 
d un petit axe ; autour de la base de l'ovule se développe un disque 
membraneux, en forme d'arille, qui devient pulpeux, rouge. 

Natrices. — Le Gink.go bilobé, type de la famille des Gink- 
ginées, a des feuilles pétiolées dont le limbe s'élargit en éventail, 
échancré au milieu; ces feuilles tombent chaque automne, mais 
deviennent, au préalable, d un beau jaune d'or, et c'est à ce moment 
que cet arbre curieux du Japon mérite le nom qu'on lui a donné 
d arbre aux quarante écus. Les deux sexes sont normalement 
séparés, mais Decaisne, ancien professeur de culture au Muséum, 
a fait greffer un sexe sur l'autre, de manière à avoir ainsi un pied 
monoïque: on peut le voir dans le Jardin des Plantes, à Paris. 
Grâce à cette opération, on peut récolter des graines qui ne se 
développeraient pas sans cela. La graine a une enveloppe charnue 
à sa partie périphérique, ligneuse intérieurement ; elle a donc tout 
à fait l'aspect d'une drupe: en réalité c'est une graine nue. 

Les Cycadées constituent une seconde famille du groupe des 
Natrices. L'aspect d'un Cycas, d'un Encephalarios ou d'un Za- 
mia rappelle celui du Palmier. Les feuilles ont 2 à 3 mètres de 
long et deux rangs de fermes folioles de part et d autre du pétiole. 
Les fleurs sont de deux sexes et sur deux pieds différents. Dans 
les ovules, on trouve un sac embryonnaire qui, en se développant, 
produit un prothalle femelle dans lequel se développent deux ou 
trois archégones, mais le col est rudimentaire. Les étamines nais- 
sent de même au sommet des tiges et sont formées de feuilles dé- 
pourvues de folioles : leur pollen, en germant, donne naissance à 
deux gros anthérozoïdes couverts à leur surface de poils disposés 
en spirale; ces petits corps sont susceptibles de se mouvoir à l'inté- 
rieur du boyau pollinique, puis d'en sortir et de pénétrer dans 
l'archégone, puis dans 1 oosphère pour la féconder. 

Famille des Gnétacées. — La famille des Gnétacées est 
caractérisée par l'existence d'un ovaire clos; ce caractère les rap- 
proche des Angiospermes, mais il ne s'y forme jamais de style. Cette 
famille se réduit à trois genres : Welwitschie, Gnète et Éphèdre. 
Les Êphèdres sont des arbrisseaux d'Europe dépourvus de feuilles 
vertes, mais à bractées et dont le port rappelle celui des Prêles. Les 
Gnètes sont des plantes ligneuses volubiles d'Afrique et d'Amé- 
rique tropicale. Enfin la Welwitschie admirable (fig. 168) est 
caractéristique de l'Afrique australe, dans le désert de Kalahari 
et dans l'Angola; 
ses deux énormes 
feuilles alternent 
avec les cotylédons 
et sont étalées sur 
le sol ; les inflores- 
cences sont des 
épis rapprochés 
en grappes de 
30 centimètres de 
haut, insérées sur 
la tige au-dessus Fig. 168. — Welwitschie (réd. 62 fois). 

des deUX feuilles. a, fleur; h, fruit; c. «raine. 





Vegetatiàmbildei' 



CYPRÈS (CUPRESSUS SEMPERV1RENS), SUR LES BORDS DU LAC DE GARDE. 



PLANTES. — Il 




RECOLTE DE LA CANNE A SUCRE A ASL1XTAC (MEXIQUE). 



IV. - MONOCOTYLÉDONES 



Les Phanérogames Angiospermes se distinguent des Gymno- 
spermes par l'existence d'un ovaire clos, surmonté d'un style et 
d'un stigmate : d'où le nom de Siigmaiées. On les divise en deux 
classes : les Monocotylédones, dont l'embryon enfermé dans la 
graine porte un seul cotylédon, et les Dicotylédones, qui ont deux 
cotylédons. On divise les Monocotylédones en quatre ordres : 1° les 
Graminidées, qui n'ont pas de corolle; leur ovaire est libre ; 2° les 
Joncinées, qui ont ule corolle verte et un ovaire libre; 3° les 
Liliinées, à corolle colorée et ovaire libre ; 4° les Iridinées, à 
corolle colorée et ovaire adhérent. Chacun de ces ordres comprend 
plusieurs familles dont les principales sont les Graminées, les Pal- 
miers, les Liliacées, les Iridacées et les Orchidées, autour des- 
quelles nous en grouperons d'autres plus modestes. 

LES GRAMINIDÉES 

Caractères des Graminées. — Les Graminées constituent 
le principal groupe de l'ordre des Graminidées. C'est une famille 
d'une immense importance pour l'humanité, car les hommes peu- 
vent être classés en mangeurs de pain, mangeurs de maïs, man- 
geurs de riz, mangeurs de millet, de sorgho, de tocusso, de 
teff, etc. Les dimensions des Graminées sont très variables : les 
Bambous atteignent 30 mètres et plus ; la Mibora du printemps, 
qui croît sur nos murs et sur le sol, n'a que quelques centimètres 
de hauteur. 

Prenons le Blé (fig. 169, I 70) comme exemple pour faire com- 
prendre les caractères de cette grande famille dont les représentants 
sont surtout développés dans les pays septentrionaux. La tige 
forme ce que l'on appelle un chaume, c'est-à-dire qu elle est 
creuse, sauf aux nœuds, qui sont traversés par 1 entre-croisement des 
faisceaux, ce qui leur donne une certaine solidité ; cette tige, bien 
que très grêle, est renforcée par les matières minérales, surtout la 
silice qui se trouve dans ses tissus superficiels. A la suite des orages, 
ces chaumes sont fréquemment couchés sur le sol, mais, grâce à 1 ac- 
tion de la pesanteur sur les nœuds, qui présentent une croissance 
tardive à la partie inférieure de la tige, la plante peut se redres- 
ser, ce qui est très important pour la culture des céréales. La ra- 



cine principale se détruit de bonne heure; mais les racines adven- 
tives se multiplient surtout sur la tige couchée, et l'opération du 
roulage sert à les faire naître ; elle amène aussi le tallage et 
l'abondante ramification de la plante. 

Les feuilles, très spéciales, sont sur deux rangs, alternativement 
à droite et à gauche de la tige ou distiques; elles présentent une 
longue gaine fendue qui entoure tout un entre-nœud de la tige; 
il n'y a pas de pétiole et le limbe est étroit, à nervures parallèles; 
il présente à sa base, à l'endroit où il se sépare de la gaine, une 
petite lamelle souvent déchiquetée que l'on appelle la ligule. L'in- 
florescence est composée, formée d'un épi de petits épis appelés 
épillets; chaque épillet s'attache sur la tige primaire du Blé à 
1 endroit où cette tige présente un cran ; cet axe secondaire débute 
par deux bractées disposées transversalement à droite et à gauche, 
par rapport au pédoncule général de l'épi : on les appelle les 
glumes. Elles cachent à leur intérieur un certain nombre de 




Fig. 169. 

Chaume et feuille 

du Blé. 



Fig. 170. — A. Blé (épi). 

a, Épillet ; b, Fleur isolée ; c, Fleur dépouillée 

des glumelles; d. Graine; e, Coupe de la graine 

B, Avoine (grappe d'épillets) :/, Épillet. 



130 



LES PLANTES 





Fig. 171. — Section longitudinale d'un 
grain de Maïs. 

a, Cotylédon; 6, Gemmule; c, Tigelle ; 
d, Radicule ; e, Gaine formée aux dépens de 
la tige ; /, Funicule. 



Fig. 172. — Téosintc. 

a.Épilletmàle; 6, Fleur 
mâle ; c, Fleur femelle ; 
d. Graine. 





Larmes de Job (Coix lacryma). 



Riz ordinaire. 



o, Inflorescence ; b, Epillet ; 
c, Fleur. 



bractées nouvelles (trois à cinq) appelées glumslles inférieures, à 
une carène, qui naissent toutes à la base d'axes tertiaires qui sup- 
portent chacun une fleur. C'est sur ces axes tertiaires que se ren- 
contrent successivement, en s'éloignant de la base : la glumelle 
supérieure, bicarénée; deux très petites bractées, appelées glumel- 
lules, qui représentent le rudiment du périanthe; trois étamines à 
anthères oscillantes en x et un pistil surmonté de deux longs 
stigmates plumeux qui servent à récolter le pollen comme des 
balais, car ces plantes sont fécondées par lèvent; l'ovaire esta une 
seule loge; il contient un seul ovule. Ce que l'on appelle vulgaire- 
ment le grain de Blé, c'est un caryopse, c'est-à-dire un fruit à une 
seule graine faisant corps avec lui par soudure; quand on le 
coupe longitudinalement, on voit qu'il contient une quantité 
considérable d'albumen amylacé qui est inséré de côté, et à la base 
se trouve l'embryon, relativement petit. Cet albumen si volumi- 
neux est l'origine de toutes les applications alimentaires de cette 
famille. L'embryon est très singulier ; il présente une large feuille, 
appelée écusson, qui s'applique contre l'albumen et, à sa base, 
contourne et entoure la pointe de la partie axillaire; le petit corps 
de l'embryon présente deux singularités à ses deux extrémités : 
sa gemmule est entourée par une gaine membraneuse binervée 
qui, en s'épanouissant, devient incolore ou très légèrement verdâtre, 
parfois rouge, et que l'on appelle la piléole; à sa base, il y a un 
étui que doit percer la radicule pour sortir, car elle se trouve empri- 
sonnée au début dans la tigelle. A l'opposite de l'écusson se trouve 
une petite lame, qui manque parfois, par exemple, dans le Maïs 
(fig. 171), et qui est un deuxième cotylédon rudimentaire: cette 
particularité fait placer les Graminées parmi les Dicotylédones 
dans certaines classifications. 

La famille des Graminées comprend deux subdivisions prin- 
cipales, les Panicinées et les Poacinées : dans les premières, 




Veyelationsbilder. 

Culture du Sorgho en Afrique orientale. 



l'épillet est articulé au-dessous desglumes et les fleurs inférieures 
sont stériles ; dans les secondes, l'épillet est articulé au-dessus des 
glumes et les fleurs supérieures sont stériles. 

PANICINÉES 

Fleurs à sexes séparés Mayiées. 

i Glumelles membraneuses 

p i 3 étamines. . molles Andropogonées 

an es. | Glumelles cartilagineuses. Panicées. 

hermaphrodites. ) , « 

\ o étamines Uryzees. 

POACINÉES 

in l 4 glumes ; glumelle su- 

Heur \ périeure à 1 nervure. Phalaridées. 

épillet. / ^ glumes ; glumelle su- 

P[ périeure à 2 nervures. Aerostidées. 
ameutes. i ) _J • • , 

] ~ „ l Ulumelles plus petites 

! Z Heurs \ q ue ] es g] umes Aliénées. 

riantes ; I Anillpt J Glumelles dépassant les 

V epuiei. , glumes Festucées. 

i Épillets déjetés d'un coté . Chloridées. 
Épis d'épillets. Épillets fouf autour unifor- 

f mément Hordées. 

Plantes ligneuses Bambusées. 

Maydées. — Les Mandées sont caractérisées par le Mais 
(Zea). Il y a, dans cette Graminée d'origine américaine, une 
panicule très ramifiée terminale de fleurs mâles et des épis latéraux 
de fleurs femelles, très serrés, sur lesquels les grains restent juxtaposés 
au moment de la maturité. Les variétés de cette plante sont très 
nombreuses ; il y en a qui atteignent des tailles gigantesques : tel 
est, en particulier, le Mais dent de cheval, cultivé au Pérou, et 
le Mais de Jala, qui, au voisinage du village de ce nom au 
Mexique, au pied du volcan Ceboruco, atteint 6 mètres de haut. 
Comme de juste, cette plante s'est propagée en Europe et sur 
tout le globe; l'Italie notamment l'utilise en quantité, en vue de 
la production d'une semoule qui donne la polenta, consommée 
par toutes les classes. 

Le téosinte ou reana, Euchlène mexicain (fig. 1 72), est une 
plante fourragère importante des pays chauds. Elle est très voisine 
du Maïs et certains natifs de l'Amérique centrale croient même 
que c'est la plante mère du Maïs, car cette dernière espèce cul- 
tivée n'est pas connue à l'état sauvage. Le téosinte se différencie 
du Maïs, parce qu'il a plusieurs épis femelles libres grêles, tom- 
bant en articles : le Maïs semble donc être un Euchlène avec fas- 
ciation de la partie femelle. 

Les Larmes de Job ou Coix appartiennent au même groupe 
que le Maïs, mais l'épi mâle est simple et terminal ; il devient 
femelle à sa partie inférieure. C'est une plante de l'Asie, de la 
Nouvelle-Guinée et de la Polynésie, qui est cultivée par certaines 
tribus de I Inde et de la Birmanie comme plante alimentaire. 

Andropogonées. — Ce groupe se distingue du précédent 
par ses fleurs hermaphrodites, mais s'en approche par la consis- 
tance molle et membraneuse de ses glumelles. C'est là que se 
range la Canne à sucre (Saccharum officinarum,) originaire de 
l'Asie et de l'archipel de la Sonde. C'est dans la moelle de la 




LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 

l ~ ■ 



131 




Confection des gerbes de Millet. 

tige que se trouve cette matière sucrée qui est l'objet maintenant 
d'une si grande exploitation dans toutes les régions tropicales. La 
tige a une hauteur de 1 '",50 à 5 mètres et un diamètre de 4 cen- 
timètres ; elle présente des articles nettement accusés quand elle est 
débarrassée de ses feuilles. Elle se termine par une grande panicule 
soyeuse, blanche, appelée flèche, en forme de pyramide de 30 à 
90 centimètres. Les glumes sont entourées de poils persistants. 

Une autre Andropogonée très importante est le Sorgho vulgaire, 
qui se distingue de la Canne à sucre par l'existence de panicules 
lâches, de 1 5 à 20 centimètres de long, plusieurs fois ramifiés, avec 
des verticilles de longs rameaux eux-mêmes ramifiés ; les dernières 
ramifications portent des épillets trijumeaux uniflores. A la maturité, 
on voit les grains, isolés ou par deux, recouverts par les glumes 
diversement colorées sur les dernières ramifications de l'inflores- 
cence, constituant ainsi ce que l'on appelle Blé de Cafrerie, gros 
mil, Millet indien, Doura. Le Sorgho est l'objet d'une très vaste 
culture dans toutes les contrées tropicales africaines et asiatiques; 
les graines sont converties en pain ; elles servent à faire de la 
bouillie, de la semoule, du couscous et une bière appelée pouh. 

Panicées. — Le groupe des Panicées se distingue du précé- 
dent par ses glumelles, qui sont de consistance cartilagineuse au 
lieu d'être molles. Dans la sous-tribu des Panicées entrent les 
Parties et les Paspalum. Dans les premiers, il y a trois glumes, 
une fleur hermaphrodite et aussi une fleur mâle; il n'y a que deux 
glumes et une fleur hermaphrodite dans les Paspalum. Le Partie 
miliacé est surtout connu sous le nom de Millet à grappe. On 
cultive cette plante dans le sud de l'Europe, dans le nord de 
l'Asie; les graines peuvent servir à la nourriture de 1 homme; 
on les emploie aussi à l'alimentation de la volaille. Le Panic Burghu 
est une plante très importante de la région de 
Tombouctou. Les grains du Paspalum à 
longue fleur se mangent au Soudan et en 
haute Gambie, sous le nom de fonio. 

Dans le genre précédent, les épillets n'é- 
taient pas enveloppés ; il y a, au contraire, une 
enveloppe dans le Pennisete typhoïde sous 
forme de soies ou d'épines, qui sont des brac- 
tées stériles. Le nom vulgaire de cette plante 
est celui de Petit mil ; ce qui le caractérise, 
c'est son inflorescence qui est très serrée, en 
forme d'épi cylindrique : d'où le nom de Mil 
à chandelle, qu'on lui donne quelquefois, ou 
de Pénicillaire en épi. Les grains sont utilisés 
dans l'alimentation. 

Oryzées. — La sous-tribu des Oryzées 
est caractérisée par un hile allongé linéaire, 
tandis qu'il est punctiforme dans toutes les 
graines qui viennent d'être énumérées. Ce 
qui distingue surtout le Riz(Oryza, fig. 173), 
c'est d'avoir des fleurs à six étamines, au lieu 
de trois que l'on observe dans presque toutes 
les Graminées. L'importance de cette plante 
est considérable ; on a pu direque54 pour 100 
des habitants du globe étaient des mangeurs 



Porteurs de gerbes de Riz, à Java. 

de riz. Sa culture se fait surtout dans les régions tropicales, mais 
elle peut réussir plus au nord, au Japon, au sud des États-Unis ; 
elle est également connue dans le midi de l'Europe et il y a dans 
la vallée du Pô des cultures importantes. Le Riz se trouve à l'état 
sauvage dans les marais de l'Indochine et de la Chine. C'est en 
rizières, c'est-à-dire en terrains inondés, que la culture a lieu. Le 
Riz de montagne, qui est cultivé dans les altitudes élevées et 
aussi au Japon et en diverses régions où la saison des pluies est 
longue, est au contraire un type qui est obtenu en terrain sec ; il 
est particulièrement cultivé par les populations à demi sauvages 
du haut Tonkin. Une autre variété curieuse à mentionner est le 
Paddy flottant, cultivé notamment au Siam, en Indochine, dans 
la province de Chandoc; on l'utilise quand l'inondation atteint 
2 mètres et plus de haut. Il pousse avec une grande rapidité au 
moment de la montée des eaux, de 5 centimètres par jour, et 
prend ses éléments nutritifs non dans la terre, mais dans l'eau. La 
hauteur de sa tige peut être de 6 à 8 mètres. 

Les feuilles de la Lygée spart, de la région méditerranéenne, 
servent en sparterie. 

Phalaridées, Agrostidées. — Si nous passons maintenant 
à la tribu des Poacinées, nous rencontrons surtout les plantes vul- 
gaires qui constituent les fourrages ou les herbes de nos prairies. 
Dans la première sous-tribu, celle des Phalaridées, nous signale- 
rons le Phalaris arondinacé, qui croît dans les lieux humides, et 
dont les belles et grandes inflorescences servent pour les bouquets 
perpétuels. Une espèce voisine est le Phalaris des Canaries ou 
Alpiste, plante annuelle à panicule assez serrée, ovoïde, qui est 
cultivée dans les jardins pour la nourriture des oiseaux de volière. 
\J Anthoxanthe ou Flouve odorante est une plante de ce groupe 




Panicules d'Agrostide dans un pré. 



132 



LES PLANTES 






Arundo ou Canne de Provence. 



Lamarckie dorée. 



Gynérie ou Herbe des Pampas. 



qui doit son nom à la forte odeur de pain d'épice de ses racines 
et qui se distingue aisément de toutes les Graminées par la présence 
de deux étamines seulement dans chaque fleur. 

Dans les Agrostidées se classent les Agrostides, à panicule 
très lâche et très légère ; les Phleum ou Fléoles et les Alopecurus 
ou Vulpins, à panicule contractée et serrée de façon à simuler 
une sorte d'épi terminal ; les Mibora, etc. Dans les Phleum, les 
glumes sont séparées ; elles sont au contraire soudées dans les Alo- 
pecurus. C'est à ce même groupe qu'appartient le Stipa très 
tenace ou Alfa, espèce vivace spontanée de la région méditer- 
ranéenne, qui couvre en Algérie des surfaces considérables, de 
5 à 6 millions d'hectares, constituant ce qu'on appelle la mer 
d'Alfa, notamment dans la province d'Oran ; on exploite les 
feuilles de cette plante, qui est arrachée et exportée surtout en 
Angleterre pour l'industrie du papier. Il y a en Tunisie une 
surface d'environ 1 500000 hectares qui sont occupés par l'alfa, 
utilisé pour faire des cordages, des nattes, des paniers. Les Stipa 
se reconnaissent à l'allongement exagéré que présente l'extrémité 
plumeuse de la glumelle inférieure. 

Une autre Agrostidée est le Lagure ovale, désigné vulgaire- 
ment sous le nom de « gros minet », dont l'inflorescence a l'as- 
pect d'un épi ovoïde, garni de longs poils mous, blancs, soyeux, 
et qui est utilisé pour les bouquets secs. 



Avenées, Festucées. — Les Aoenées ont de 
glumes dépassant les glumelles ; les Festu- 
cées ont des glumes petites dépassées par 
les glumelles. 

Au premier groupe se rattache I Avoine 
qui, parmi les Céréales de grande culture 
répandues partout dans les pays froids, se 
distingue tout de suite par son inflores- 
cence formant une ample panicule très lâche, 
se terminant à son extrémité par des épillets 
légers, très nombreux et ainsi bien nette- 
ment séparés les uns des autres. C'est une 
culture appropriée pour les terrains pauvres 
et qui résiste mieux à un temps humide 
que les autres Céréales. A côté des Avoi- 
nes se trouvent les Houques, molles et lai- 
neuses, à gaines poilues, et les Trisètes, 
qui sont des plantes de prairies. 

Le groupe des Festucées est caractérisé 
par des épillets saillant nettement hors des 
glumes et formés de fleurs nombreuses, en 
général. Deux cas peuvent se présenter, 
suivant que les glumes sont plus petites que 
les fleurs ou au moins égales. Dans le pre- 
mier cas rentrent les principales Graminées 
de prairies. D'abord les Bromes, dont les 
glumelles sont pourvues à leur extrémité 
d une arête, ne s'insérant pas au sommet, 
mais sur le dos et un peu au-dessous de la 



grande 




pointe. Dans les Brizes et les Dactyles, l'arête de la glumelle fait 
défaut, mais l'épillet est très différent. Il est comprimé latérale- 
ment en forme de cœur chez les premières, et comme ces épillets, 
assez gros, sont portés sur une panicule lâche et délicate, il en 
résulte que les fleurs de ces plantes sont toujours en mouvement 
au moindre souffle de vent : d'où le nom de langue de femme 
qu'on leur donne parfois. Les Dactyles agglomérés ont des 
épillets disposés, au contraire, en une masse compacte, mais sont 
d'ordinaire orientés d'un côté. Dans les trois genres : Poa ou 
Pâturin, Fétuque et Glycérie, les épillets sont groupés en panicule 
très lâche, mais ils sont étroits et allongés et non en forme de 
cceur. Dans les Pâturins, les glumelles sont carénées sur le dos et 
peu pointues ; dans les Fétuques, les glumelles sont arrondies 
dorsalement et pointues au sommet; dans les Glycéries, qui vivent 
souvent au bord des eaux, les glumelles sont aussi arrondies sur 
le dos ; le sommet n est pas aigu, mais obtus, arrondi. Signalons 
enfin, comme types voisins les Kœleries ou Fausse Fléole, à épi 
lâche et à axe de la tige poilu, et la Lamarckie dorée, jolie 
Graminée de la région méditerranéenne. 

Le second type de Festucées comprend des plantes qui ont 
toutes des glumes plus grandes ou au moins égales aux fleurs. 
C est dans ce groupe que se place la Gynérie argentée ou Herbe 
des pampas, Herbe à plumet, qui est très répandue dans les jar- 
dins : c'est une plante vivace, qui présente à sa base une touffe de 
feuilles étroites, très longues, retombant gracieusement au sommet, 
et c'est au milieu de cette touffe qu'appa- 
raissent de longues hampes de 2 mètres de 
haut et plus, portant une grande panicule 
soyeuse argentée, très ornementale ; c'est 
une plante dioïque, et les pieds mâles sont 
à plumets plus volumineux et plus légers. 
Les Arundo sont également de très gran- 
des Graminées; Y Arundo Donax de l'Eu- 
rope méridionale peut atteindre 4 et 5 mè- 
tres de haut : c'est un Roseau utile pour 
fixer les terrains mouvants dans le Midi ; 
les tiges sont utilisées pour faire des clô- 
tures, des paniers, des treillages, des abris; 
c'est également une plante ornementale. 
Les Phragmites communs ou Roseaux à 
balais habitent le bord des cours d'eau. 
Le Poa d'Ahyssinie ou Tef est une Grami- 
née annuelle, cultivée par les Abyssins et 
les Gallas, entre 1 700 et 2800 mètres d'al- 
titude, comme céréale, car elle constitue la 
principale partie de la nourriture de ces 
populations; elles s'en servent pour fabri- 
quer un pain d'un goût agréable et acidulé. 



Cl. I-'. Faideau. 

Inflorescences du Lagure ovale. 



Chloridées, Hordées. — La sous- 
tribu des Chloridées comprend le Cynodon 
Dactyle ou Chiendent, qui présente plu- 
sieurs épis d épillets partant du même point ; 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



133 




Agropyre à crête. 

tables maladies cryptogamiques 

La classification des Blés peut être résumée parle tableau ci-dessous: 



le rhizome, qui a des renfle- 
ments, est utilisé en herbo- 
risterie. Cette même tribu 
renferme VÊleusine Cora- 
cana, ou Tocusso d Abys- 
sinie, dont les grains sont 
utilisés par les classes pau- 
vres de l'Inde quand le Riz 
vient à manquer. 

La sous-tribu des Hor- 
dées se distingue par l'exis- 
tence d un épi d'épillets 
serré, unique, terminant le 
chaume. C'est ce groupe 
qui renferme, avec quelques 
herbes de prairies : YAgro- 
pyre rampant ou Chien- 
dent, les céréales les plus 
importantes, le Blé (fig. 1 74) 
ou Froment (Triticum), 
l'Orge (Hordeum), leSeigle 
{Secale). Les céréales sont 
sujettes à plusieurs redou- 
ouille, carie, charbon, piétin. 




174. — Espèces et races de Blé. 

a, Nonnette de Lausanne ; b, d'Automne rouge ; c, Amidonnier noir ; d. de Po- 
logne ; e, Victoria d'automne ; /, Blanc de Flandre ; g, Richelle de Naples ; h, Épeautre 
blanc barbu ; i. Blé de miracle ; /', Poulard blanc lisse ; k, Carré de Sicile ; 
/, Épeautre blanc sans barbe ; m, du Chili ; n, Engrain. 



f Tige creuse dans toute sa longueur. Épi carré; cassure farineuse du grain .... Triticum Bulgare ou Froment (Blé tendre). 

) — -. - i Glumes très longues; grains à cassure cornée T. polonicum (Blé de Pologne) : recherché pour 

Grain nu ' lige pleine, V l'industrie des pâtes; États-Unis, Egypte, Algérie. 

j au moins ' _ 

/ dans le i ^'""i 65 / Glumes courtes, très ventrues, cassure semi-farineuse. T. turgidum (Poulard, Pétanielle). 

U ' ' ventrues. \ Glumes plus longues, cassure cornée T. durum (Blé dur) ; pays chauds ; Belotourka 

en Russie ; Médéa en Algérie. 

SÉpillet à tiois fleurs, dont une fertile; épi comprimé; grains sur deux rangs. . . T. monococcum (Engrain) ; vient en mauvais sol. 

Toutes i Épi serré comprimé, grain triangulaire T. dicoccum (Amidonnier) : recherché pour la 

les fleurs fabrication de l'amidon, 

fertiles. ( Êpi à épillets espacés T. Spelta (Épeautre) ; convient aux terres maigres. 



Le Seigle est une céréale qui se rapproche du Blé par ses glumes : 
elles sont aplaties, non ventrues; il y a, comme dans le Blé, un 
seul épillet inséré sur chaque cran de l'axe. La farine du Seigle 
contient peu de gluten; elle a une saveur particulière; le pain 
fabriqué avec elle est grisâtre, gluant, nourrissant, mais un peu 
laxatif. Le méteil est un mélange 
de Seigle et de Blé en proportions 
égales que l'on utilise dans les cam- 
pagnes pour le pain de ménage. 

L'Orge se distingue des deux 
céréales précédentes, Blé et Sei- 
gle, par la présence de trois épillets 
sur chaque cran de l'axe floral ; les 
épillets médians sont seuls fertiles; 
ils sont flanqués, de part et d'au- 
tre, d'épillets stériles. On distingue 
1 Orge hexastique, à six rangsd'é- 
pillets ou Escourgeon, et l'Orge 
distique, à deux rangs d'épillets 
ou Paumelle. 

Mentionnons enfin le genre 
Ivraie{Lolium), qui est caractérisé 
par le fait que les épis sont grêles, 
ne se recouvrant qu'incomplètement 
les uns les autres et qu'il n'y a 
qu'une glume à la base. Une es- 
pèce de ce genre est importante, 
c'est V Ivraie vivace, ou Ray-grass 
des Anglais, qui est un des types 
les plus répandus parmi les Grami- 
nées utiles au point de vue des pâtu- 
rages. Un Champignon existe d'une 
manière normale dans la graine de 
1 Ivraie enivrante, espèce annuelle 
trop commune dans les moissons. 



Bambusées. — Les Bambu- 
sées se distinguent tout de suite 




par la tige ligneuse, qui peut devenir arborescente et atteindre 
20 à 30 mètres, et par les feuilles pétiolées. Il y a deux types, suivant 
que la fleur a six étamines (Bambous, Gigantochloa) ou trois éta- 
mines (Phyllostachys, Arondinaires). Dans les Bambous, les éta- 
mines sont à filets libres, soudés dans les Gigantochloa. Citons le 

Gigantochloa maxima de Java, qui 
peut atteindre 46 mètres de haut ; il 
s'élève dans les régions montagneu- 
ses et croît avec une étonnante rapi- 
dité de 1 2 mètres en trois mois : on 
sait que ces plantes peuvent s'allon- 
ger de 50 centimètres en une nuit ; 
les jeunes pousses fournissent un 
légume. Parmi les autres espèces 




Cl. F. Kaidcau. 



Taillis de Bambous (Guadeloupe). 



Épis de Linaigrette. 



LES PLANTES 



12 



134 



LES PLANTES 





cl. F. Fahlean. 



Mexique. 



Arum tacheté, en fleurs. 



alimentaires, on 
Alocase à gros rhizome, en serre. peut c ; te r le Bam- 

bou de Senam qui 
est consommé par toutes les classes au Japon, le Phyllostachys 
doré qui est cultivé en Chine, jusqu'au nord de la grande muraille, 
et au Japon. L'Arondinaire doux est mangé quelquefois au Japon, 
mais est amer et inférieur ; le Phyllosiachys à grand chaume 
réussit en Algérie. Les Arondinaires forment de très belles plantes 
qui sont employées comme les Bambous pour faire des touffes 
sur les pelouses ou encore pour garnir les jardins d'hiver. 

Cypéracées. — L'ordre des Graminidées comprend, en plus 
des Graminées, les familles suivantes : Cypéracées et Lemnacées 
(albumen amylacé), Naïadacées (albumen nul), Aroïdées, Typha- 
cées et Pandanées (albumen charnu). 

Les Cypéracées sont terrestres, mais aiment cependant les 
stations marécageuses, et il est même des espèces tout à fait 
aquatiques comme les Scirpes lacustres. Tandis que dans les 
Graminées la tige est ronde et la gaine foliaire fendue, ici, la section 
de la tige est triangulaire et la gaine n'est pas fendue. Le fruit 
n'est plus un caryopse, comme dans les céréales, mais un akène. 

Dans les Carex, les fleurs ont les sexes séparés, d'ordinaire 
réunis sur un seul pied avec un épi mâle vers le haut et les épis 
femelles sur les côtés; la fleur femelle présente une utriculequi est 




Herbier de Zostère marine (Ile de Bréhat). 



une grande bractée bicarénée qui entoure l'ovaire en forme de sac et 
à la partie supérieure de laquelle sortent deux ou trois stigmates. 
La fleur mâle a d'ordinaire trois étamines. 

Dans les autres Cypéracées, les fleurs sont hermaphrodites. 
Dans les Souchets (Cyperus), les écailles et les fleurs de l'épi sont 
sur deux rangs, et leur ensemble a été comparé à une natte. Le 
Souchet comestible a un rhizome de la grosseur d'une noisette, 
dont on consomme d'énormes quantités à Madrid (Chuffa). C est 
avec les tiges du Souchet papyrus, découpées en tranches, que les 
anciens et particulièrement les Egyptiens fabriquaient le papier 
célèbre connu sous le nom de papyrus. 

Dans les Scirpées, les écailles de l'épi sont en spirale. Parmi ce 
groupe, on peut citer les Ériophores ou Linaigrettes, qui abon- 
dent dans les régions marécageuses, notamment dans les toundras 
des régions polaires, où leurs épis à aigrettes blanches, dues à la 
subdivision du calice en une multitude de poils blancs, contribuent 
à égayer ces plaines un peu tristes. Une autre espèce curieuse est 
1 Heleccharis tubéreux ou le Pit'si des Chinois, plante qui ne 
fleurit jamais, dont les tubercules sont bons à manger et se cultivent 
dans l'eau comme le Riz. 

Lemnacées. — Chez les Lemnacées, l'appareil végétatif est 
singulièrement réduit par suite de la vie nageante qui les caractérise. 
Ce sont les Lemna ou Lentilles d'eau qui se développent souvent 

si abondamment sur les étangs qu elles 
forment un tapis vert cachant complè- 
tement la surface du liquide. Le thalle 
est une lame verte ovale se ramifiant 
dans son plan; il pend à la partie infé- 
rieure des racines à courte croissance 
qui servent de balanciers. Ces racines 
peuvent même manquer dans la WoU- 
fia(p. 71). L'atrophie du système radi- 
culaire, qui est si complet dans cette 
famille, est ébauchée dans les Lemna, 
car la radicule avorte ; la Wolffia est 
presque une plante à thalle. 

Naïadacées. — Les Nàiadacées 
méritent une mention spéciale, parce 
qu'elles comprennent les quelques 
Phanérogames vivant dans les eaux de 
la mer. On rencontre très abondam- 
ment sur certaines côtes des Zostères, 
qui ont de longuss feuilles vertes ru- 
banées; on les y observe avec les 
Posidonies, les Cymodoces et les 
Ruppies maritimes. Les fleurs sont 
unisexuées et d'ailleurs très réduites. 
Un autre type de Naïadacées est plus 
communément répandu dans les eaux 
douces courantes ou stagnantes, c est 
le Polamot, dont les feuilles peuvent 
être toutes submergées (Potamot 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



135 





Anthuriuui de Schcrzcr. 



(I. F. Kahlruu. 
Spathiphylle. 



crispé) ou dont les supérieures (Poiamot nageant) 
viennent s'étaler à la surface du liquide. Les rieurs des 
Potamots sont hermaphrodites et présentent quatre 
étamines qui sont soudées à quatre appendices simu- 
lant des sépales ; il y a d'ailleurs quatre carpelles 
indépendants à un seul ovule chacun. Les Apono- 
geton sont de jolies plantes dont certaines sont cultivées 
dans les pièces d'eau des serres; d'autres en plein air. 

\JOuvirandra fenestréàe Madagascar est une plante aquatique 
curieuse dont le limbe est réduit aux nervures qui forment un 
quadrillage de fenêtre. 

Aroïdées. — Les Aro'idées constituent une famille qui a peu 
de représentants dans la flore des pays froids, car dans nos environs 
nous ne connaissons guère que Y Arum tacheté ou Gouet, Pied de 
veau, Manteau de la Vierge, rattaché à ce groupe, mais dans les 
régions tropicales elles deviennent beaucoup plus importantes et 
constituent un grand groupe de plantes surtout épiphytes. Le Gouet 
est une plante terrestre dont la tige est cachée dans le sol, et il 
se manifeste par la formation de la hampe florale qui est caracté- 
ristique dans cette plante; elle présente à sa partie supérieure une 
grande feuille vert jaunâtre pâle, en cornet, ou spathe; elle contient 
le spadice, qui est un axe renflé en massue à sa partie terminale, et 
portant à des étages successifs, à partir du haut, des fleurs mâles, 
puis des fleurs femelles, ces deux étages étant précédés au-dessus 
chacun d'un étage de fleurs analogues plus ou moins avortées; les 
étamines sont nues, le pistil monocarpellé ; le fruit est une baie. 

Les Caladium, remarquables par leurs grandes feuilles longue- 
ment pétiolées, à limbe délicat en forme de flèche, panaché et bril- 
lamment coloré, servent à l'ornement des serres froides. Une autre 
plante, à feuilles beaucoup plus amples, à pétiole plus vigoureux, 
à grandes feuilles sagittées, arrondies, élargies, est la Colocase, qui 
sert à faire pendant l'été, en plein air, des corbeilles du plus bel 
effet. C'est une plante de l'Inde et surtout de l'Océanie, où on la 
connaît sous le nom de taro; elle est l'objet d'une culture extrême- 
ment importante dans les sols vaseux et imbibés d'eau et fournit 
une fécule de premier ordre, qui est la base de l'alimentation des 
populations océaniennes. L.'Alocase, dont la placentation est basi- 
laire, est très voisin, mais inférieur au point de vue alimentaire. 
Les Xanthosomes, à feuilles sagittées, sont les plantes à « taro » 
d'Amérique ; on consomme non seulement les tubercules, mais les 
feuilles comme les choux : d'où le nom de Chou cara'ihe. Le Sau- 
romaium (plante magique) des Indes et de Java est un superbe 
Arum dont le spadice, vivement coloré, atteint 0'",60 de longueur. 

Les Pistia sont des Aroïdées aquatiques; les Philodendres, 
les Die0enbachia et les Pothos sont des plantes grimpantes 
fréquemment cultivées dans les serres. Les Amorphophalles ont 
d'énormes tubercules de la grosseur d'une tête d homme. \JAmor~ 
phophalle campanule est consommé en Asie, dans l'Inde, en 
Malaisie et à Tah'ti; sa chair a une grande âcreté qui disparaît à 
la cuisson ; Y Amorphophalle de Rivière est utilisé par les Japo- 
nais sous forme de vermicelle (chira-také), de galette (konnyakou), 
de gâteau sec (chiro-ko). On utilise en Afrique des espèces tuber- 
culeuses voisines : ainsi YAnchomanes d/^orme et plusieurs espèces 
d Hydrosome, Les feuilles des Amorphophalles sont à segments très 
divisés; elles apparaissent à d'autres moments que la hampe florale. 

Ce même caractère se retrouve dans les Dracuntium, dont les 
feuilles atteignent des dimensions gigantesques ; leur pétiole, qui est 
tigré et dont la surface rappelle une peau de ssrpent ou de dragon 




Vaquois ou Pandanus en Nouvelle-Calédonie. 

(et c'est de là que vient leur nom générique), se dresse verticale- 
ment dans l'air, à une grande hauteur, plusieurs fois celle d'un 
homme, et se termine par un limbe découpé de telle façon, qu'on 
croirait avoir affaire à une tige couverte de feuilles; d autre part, 
on peut voir sortir de terre, à un autre moment, une hampe florale 
portant une grande spathe, le tout de I mètre à l' n ,50. 

Le Monstère délicieux est une espèce de Lierre géant à feuilles 
découpées et à limbe perforé d'une manière singulière; la spathe 
est verte, caduque; le spadice est comestible; il comprend, au 
milieu, des fleurs hermaphrodites, en haut des fleurs mâles, en bas 
des fleurs femelles. Dans la Richardie africaine ou Zantedeschia, 
il y a une grande spathe blanche en forme de cornet évasé à sa 
partie supérieure; on utilise beaucoup cette plante pour la fleur 
coupée, car elle est très ornementale. La Richardie d' Elliot, sem- 
blable, a ses spathes jaunes. Les Calla ont aussi un épi de fleurs 
hermaphrodites ; plusieurs espèces sont indigènes. 

YlAcore odorant est une herbe de marais, originaire de l'Inde, 
mais naturalisée en Europe. Les plantes surtout importantes de ce 
dernier groupe sont les Anthurium, qui sont des herbes vivaces à 
tige ligneuse, en général courte, à feuilles en flèche, à lobes basi- 
laires arrondis, surmontant un long pétiole; ces végétaux sont carac- 
térisés par leurs spathes et leurs spadices qui sont d'ordinaire de 
couleur très vive, presque toujours rouge vif; la spathe se rabat le 
plus souvent vers le bas en s'étalant, de manière à laisser bien voir 
le spadice qui est fortement coloré, en rouge notamment, cylin- 
drique, couvert de fleurs hermaphrodites, toutes fertiles. Ce sont 
des plantes de serres chaudes qui peuvent servir à l'ornementation 
des appartements. Les Spathiphylles sont voisins. 

Typnacées. — Les Typhacées sont des herbes aquatiques 
de notre pays, dont les fleurs mâles sont groupées sur des épis dis- 
tincts, séparés des épis femelles. Dans les Massettes ou Typha, 
les épis mâles cylindriques sont à l'extrémité de la tige; ils sont 
jaunes et formés de fleurs à trois sépales et trois étamines; l'épi 
femelle, qui est au-dessous des précédents, et séparé d'eux par au- 
tant de bractées, est également cylindrique et de couleur brune. Cha- 
cune des fleurs femelles qui le composent esta trois sépales, et le 
pistil est à un seul carpelle, avec un seul ovule. Dans les Ruba- 
niers ou Sparganiers, les épis, au lieu d'être cylindriques, sont 
sphériques. 

Pandanées. — Les épis mâles et femelles étaient réunis sur 
la même plante dans la famille précédente; dans les Vaquois ou 
Pandanus, ils sont sur des pieds différents. La fleur mâle est formée 
d'un grand nombre d'étamines à filets grêles; la fleur femelle, d'un 
grand nombre de carpelles fermés; les fruits sont des drupes. Les 
Vaquois sont des arbres à tige cylindrique, se ramifiant en fourche 
à plusieurs reprises à leur sommet; vers le bas, le tronc porte plu- 
sieurs étages de racines adventives qui se dirigent vers le sol et qui 
servent à consolider la plante. On connaît un autre genre de cette 
famille, les Freycinéties, espèces grimpantes. 



136 



LES PLANTES 




Un coin de l'oasis de Biskra (Algérie), avec Dattiers. 



LES JONCINEES 



L'ordre des Joncinées comprend trois familles : 1° les Triglo- 
chinacées, plantes vivant sur le bord des eaux douces ou salées; 
la graine est sans albumen : tels sont les Triglochins ou Trocarts 
de nos marais; 2° les Joncacées, herbes terrestres ou des lieux 
humides, à feuilles plates (Luzules) ou cylindriques (Joncs) ; l'al- 
bumen est charnu, le fruit est une capsule; 3° enfin les Palmiers, 
plantes arborescentes que nous allons étudier en détail, et dont le 
fruit non capsulaire est le plus souvent charnu. 

Utilité des Palmiers. — Les Palmiers constituent une des 
plus grandes familles du monde végétal tropical, méritant le pre- 
mier rang par la beauté de leur port et par leurs nombreuses ap- 
plications. Certaines espèces ont des usages si variés qu'un poème 
indien qui est consacré au Rondier ou Borassus énumère les huit 
cents façons dont cette plante peut être utile; les usages du Coco- 
tier sont moins nombreux, car on prétend qu'ils ne dépassent pas le 
nombre des jours de l'année. La tige fournit, comme de juste, du 
bois pour la charpente et des objets divers; les feuilles forment des 
toits; leurs fibres ou les lanières qu'on peut en extraire permettent 
de fabriquer des chapeaux, des paniers, des nattes. La sève fer- 
mentée, qui est sucrée, donne le vin de palme, et, pour l'extraire, 
on incise les inflorescences jeunes; naturellement, avant cette fer- 
mentation, on peut en retirer le sucre; en distillant ce vin, on 
obtient une eau-de-vie ou arack. Les fruits ont des usages variés ; 
chacun connaît les dattes, les noix de coco, qui renferment le lait 
de coco, et l'albumen fournit une crème excellente pour la table. 
L'huile s'extrait des graines de diverses espèces, de l'Éléide de 




Dattier avec régimes de dattes. 



Guinée notamment. Les fibres qui apparaissent sur la tige, après la 
chute des feuilles et la décomposition de leur base, servent à faire 
des balais, des tissus, etc. On comprend d'après cela que Linné 
ait pu qualifier les Palmiers de « princes » du règne végétal. 

Organisation du Dattier. — Prenons comme exemple 
pour notre étude l'arbre le plus important pour notre colonie afri- 
caine l'Algérie, le Dattier. Son origine se perd dans la nuit des 
temps. Le nom grec du Palmier, qui est d'ailleurs conservé dans 
le nom latin et dans le nom employé par les botanistes, est celui de 
Phœnix, et la Phénicie était le pays par excellence du Dattier. 

Le Phœnix Jactylifère a un tronc élevé, restant simple, de 20 
à 30 mètres dans sa patrie, souvent cespiteux (en groupe). Il est 
muni à sa base de racines adventives et il y présente également 
des rejets qui servent à multiplier les races qualifiées par leurs fruits 
délicats. Cet arbre vit 100 à 200 ans, continuant à produire cha- 
que année sa récolte de dattes, bien qu'en avançant en âge la 
qualité devienne moins remarquable. Les feuilles, qui sont locali- 
sées à la partie supérieure en une magnifique couronne, sont com- 
posées pennées; les pinnules de 20 à 40 centimètres sont assez 
régulièrement distiques, souvent réunies par deux ou trois ; les 
bords de ces pinnules sont, surtout à la base, relevés vers le haut ; 
au début du déve- 
loppement, toutes 
ces parties mainte- 
nant distinctes 
étaient réunies entre 
elles; elles se sont 
fendues parallèle- 
ment, puis le pétiole 
a crû et elles ont été 
séparées; les pinnu- 
les inférieures sont 
en épines, fascicu- 
lées à la base. L'in- 
florescence, de 30 à 
60 centimètres de 
long , qui apparaît 
au milieu des feuil- 
les et pend à la ma- 
turité, est ce qu'on 
appelle un régime 
(fig. 175, A); le pé- 
doncule ou spadice 
est comprimé et ra- 
mifié; il est entouré 
à sa base par une 
grande bractée li- 
gneuse, coriace, la 
spathe, emprison- Récolte des dattes à Elche (Espagne). 







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LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



137 



nant au début toute l'inflorescence et s'ou- 
vrant plus tard. Les fleurs sont nombreuses, 
sessiles sur les divisions sinueuses de l'axe, 
relativement petites, unisexuées {fig. 175, B 
et C), et chaque sexe est sur un pied dis- 
tinct ; la plante est dioïque : il y a des pieds 
mâles et des pieds femelles. Le nombre des 
pieds mâles dans une oasis est toujours res- 
treint, puisqu ils ne sont cultivés que pour 
leur pollen, mais leur présence est indispen- 
sable. Les fleurs mâles ont un calice court, 
gamosépale à trois dents, trois pétales beau- 
coup plus longs, épais, rigides, oblongs, 
lancéolés, à bords valvaires ou coupés en 
biseau, à l'intérieur six étamines en deux 
verticilles à filets courts, dont les anthères 
sont à déhiscence longitudinale ; au centre 
se trouve un rudiment d'ovaire de forme 
variable, pouvant même manquer. La fleur 
femelle est presque sphérique, à trois sépales 
soudés, à trois pétales larges, à six stami- 
nodes ou étamines avortées, parfois trois seu- 
lement, se développant alternativement avec 





Un Trachycarpe avec fruits. 




Fig. 175. 

A, Régime de fleurs femelles de 

Dattier; B, Fleur mâle de Chamaî- 

rops ; C, Fleur femelle de Chama;- 

rops ; D, Coupe d'une datte. 



Inflorescences d'un Trachycarpe. 



Trachycarpe élevé (Japon). 

L attention des colonies étrangères 
ayant des régions désertiques, notam- 
ment l'Australie, a été attirée sur 
ces variétés supérieures et sur des 
« djebars » ou rejets nés de la base 
de la tige; on trouve au printemps 
ces djebars sur les marchés sahariens, 
où ils sont portés sans précaution à 
dos de bourricot; on les voit étendus 
sur le sol surchauffé, insolés pendant 
des heures et supportant quelquefois 
ces pérégrinations pendant plus d'un 
mois sans souffrir. En 1893, cinquante 
des rejets du célèbre « deglet nour » 
ont été reçus à Adélaïde, dans l'Aus- 
tralie du Sud, obtenus, par l'interven- 
tion du gouverneur général de l'Al- 
gérie, de propriétaires de Biskra. 

On divise les Palmiers de la ma- 
nière suivante : 



les pétales, courts, aigus; le pistil 
comprend trois carpelles alternant 
avec les pétales et présente trois ovaires indépendants, mais se tou- 
chant largement ; le style est court, arqué en un bec crochu où se 
trouve la région stigmatique. Un seul carpelle se développe norma- 
lement, les deux autres s'étant arrêtés dans leur croissance ou ayant 
disparu. Ce fruit charnu (fig. 175, D), brun jaunâtre ou brun 
rougeâtre à la maturité, est oblong,de3à8 cen- 
timètres de long, à peau mince, à pulpe pâ- 
teuse, et sucrée surtout, délicieuse dans les 
variétés de premier ordre, comme dans le « de- 
glet nour » ; qui est le type sélectionné des oasis 
du sud de l'Algérie, et envié par tous les 
peuples qui veulent cultiver ce Palmier. Les 
variétés non sucrées servent de base à l'alimen- 
tation des Arabes ; desséchées et aplaties, elles 
forment, placées dans des peaux de bouc, une 
sorte de pain utilisé parles caravanes pourtra- . 
verser ledésert. Une inflorescence peut donner 
deux cents dattes. La graine, qui est très dure, 
a un albumen corné contenant sa réserve sous 
la forme de membranes de cellulose épaisse. 
On extrait des Palmiers mâles (ou des Palmiers 
femelles à fruit médiocre) la sève pour faire 
un vin appelé lagmi. 

Le Dattier est rustique dans tout le bassin 
méditerranéen, mais ses fruits ne mûrissent pas 
à Nice, pas plus que dans le nord de l'Algérie. 
Il faut à cette plante le soleil des tropiques 
et une grande humidité aux racines : « la tête 
dans le feu, les pieds dans l'eau », dit le pro- 
verbe arabe. Les variétés fruitières sont innom- 
brables, mais à peu près inconnues en France. 



Carpelles /i'6res ou lâchement souciés. Coryphinées. j p i 



Dio 



J F , 



euilles en éventail. . 



Carpelles 
soudés. 



{ Carpelles écailleux . ] Feuilles ( Fruits à trois loges 
Lepiaocaramees. 



,, i Feuilles palmées 
Carpelles î r* 

nus. 



pennées. ( Non à trois loges 



. euilles pennées, i Noyau fermé . 
( Drupe. Céroxylinées. j Noyau perforé 



Phœnicées. 

Sabalées. 

Mauritiées. 

Raphiées. 

Calamées. 

Borassinées. 

Arécinées. 

Cocoinées. 




Livistona de Chine ou Lataniers de Bourbon (ile de La Réunion). 



LES PLANTES 



12. 



138 



LES PLANTES 





Rhapis flabelliforme de la Chine. 



Cl. Kerry. 



Livistona australis ou Palmier-chou d'Australie. 



Coryphïnées. — Le Dattier, caractérisé par ses carpelles lâ- 
chement souciés ou libres, se rattache par cette particularité aux 
Coryphinées, qui comprennent, en dehors des Dattiers dioïques 
précédents, un certain nombre de Palmiers polygames : ce sont 
les Sabalées, renfermant les genres Chamaerops, Trachycarpus, 
Rhapis, Corypha, Livistona et Sabal, Washingtonia et Copernicia. 

Les Chamœrops, dont le nom veut dire buisson nain, sont de 
stature médiocre, à tige recouverte de débris filamenteux des 
gaines foliaires, à feuilles raides, semi-orbiculaires, à divisions pal- 
mées, et non pennées comme dans le Dattier, étroites, aiguës ; le 
pétiole est biconvexe, à dents épineuses ; les feuilles sont subdivi- 
sées en pinnules à une seule nervure. Ces plantes, bien qu'appar- 
tenant à un groupe ordinairement polygame, sont souvent dioïques; 
elles se distinguent des Dattiers, outre leurs feuilles, par des éta- 
mines soudées. Le Chamœrops nain se développe en Espagne, 
aux Baléares, à Naples, en Grèce, dans le sud de la Corse ; il ne 
dépasse pas Nice; c'est le représentant le plus septentrional de la 
famille des Palmiers dans l'Ancien Monde ; en Europe il s'élève 
jusqu'à 44° de latitude nord. Le Chamaerops nain, qui a 2 à 
3 mètres (exceptionnellement 5 à 6), réclame l'orangerie à Paris ; 
ses tiges sont par groupes divisés dès la base. C'est à ce type que se 
rattachent les deux fameux Palmiers de Louis XIV, offerts à ce 
souverain par le margrave de Hesse-Anhalt, et qui sont dans le 
pavillon froid (carré), serre près du labyrinthe, au Muséum ; 
leur grande taille ( 1 2 mètres) empê- 
che maintenant de les sortir l'été. 

Les Trachycarpes élevés sont 
des plantes très voisines qui peu- 
vent supporter — 12° et que l'on 
peut laisser en plein air à Paris, 




Fig. 176. — Sabal. a, Fleur. 



même pendant l'hiver, à la condition d'abriter le cœur du bourgeon 
terminal et les feuilles par des bâches disposées sur des cerceaux qui 
empêchent la neige de s'y accumuler. La tige de cette espèce de la 
Chine et du Japon atteint 8 à 1 mètres ; elle est épaisse et fortement 
garnie de fibres brunes résultant de l'altération des bases des pétioles, 
ce qui lui donne un aspect poilu. Les feuilles sont palmées, à 
folioles bidentées ou courtement bifides au sommet; le pétiole est 
denté, serrulé sur les bords. Les spadices sont jaunes, pendants 
de 30 centimètres de long, entourés d'une spathe fauve, tubu- 
leuse, bifide au sommet; les baies sont noir bleuâtre. Ces plantes 
sont monoïques ou accidentellement hermaphrodites. 

Les Rhapis ftabelliformes sont des Palmiers grêles, ressemblant 
à des roseaux, à tiges groupées, cespiteuses, qui ont des feuilles 
palmées, mais inégalement et irrégulièrement fendues. Les Cory- 
pha ont une couronne de grandes feuilles arrondies, dentées au 
bord ; la tige se continue au-dessus des feuilles par un spadice 
très puissant et très spécial. Le Livistona de Chine figure fré- 
quemment dans les serres sous le nom inexact de Latania de 
Bourbon. Le tronc est lisse, un peu renflé au bas, revêtu à sa partie 
supérieure par les vestiges des feuilles ; ces dernières sont orbicu- 
laires, en éventail, fendues jusqu'au milieu et au delà en segments 
bifides; le pétiole esta bords épineux, la gaine fibreuse; ces plantes, 
rustiques, sont cultivées depuis 1818 dans le midi de la France; 
elles sont précieuses comme garniture d'appartements. 

Le genre Sabal (fig. 176) 
a un représentant dans le Sabal 
Palmetto ou Cabbage Pal- 
metto du sud des Etats-Unis, 
qui est encore un des avant- 
coureurs de la grande armée 
des Palmiers dans les régions 
américaines : c'est là la limite 
septentrionale (36" de latitude 
nord) de la famille dans cette 
région ; les feuilles sont en 
éventail, à segments parfois fili- 
fères. La tigedu Washingtonia 
filijère est couverte à sa partie 
supérieure par les vestiges des 
feuilles, qui forment dans cette 
région une sorte de fourrure 
épaisse; les feuilles sont en 
éventail, étalées, orbiculaires ; 
les segments bifides sont forte- 
ment filifères sur la marge ; c est 
une espèce que 1 on trouve dans 
les régions très sèches de la 
Californie ; le fruit est ici pier- 
reux, porté par un pédicelle 
Mauritia vinifère, en Bolivie. cylindrique; c'est au contraire 



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LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



139 




ci. nigui't. 



Paysage à Pritchardia (Washingtonia jilifera), eu Californie. 




une baie dans les Sabal et les Copernicia. Ces derniers, qui se dis- 
tinguent par un albumen ruminé, renferment une espèce impor- 
tante, le Copernicia à cire, dont les noms vulgaires sont carnauba 
ou carnahyba. La tige est cylindrique, élevée de 10 à 15 mètres, 
d un diamètre de 10 à 15 centimètres; sa surface est inerme, lisse, 
annelée surtout à la base ; le tiers supérieur est garni des bases des 
pétioles; les feuilles sont palmées en éventail. Cette espèce vit 
au Brésil, dans la Bolivie orientale, la république Argentine, au 
Grand Chaco, au Paraguay. La récolte de la cire se fait en cou- 
pant les feuilles qui la produisent, à mesure qu'elles se dévelop- 
pent, six mois de repos suffisant au carnauba pour se regarnir. 
Les pétioles de cette espèce sont armés de deux rangées d'épines 
noires crochues ; aussi servent-ils à faire des clôtures d'un caractère 
défensif marqué; le bourgeon terminal constitue un chou palmiste 
quand les feuilles sont jeunes et délicates. 

Lépidocaryinées. — La tribu des Lépidocaryinées se dis- 
tingue par ses carpelles écailleux ; elle comprend des types à feuilles 
en éventail comme les Mauritia, des genres à feuilles pennées 
comme les Metroxylon, les Raphia et les Calamus. 

Le Mauritia flexueux est un des Palmiers les plus utiles d'Amé- 
rique. 11 atteint 30 à 40 mètres; ses feuilles sont immenses, ses spa- 
dices souvent très grands. Ses fruits sont des baies écailleuses à pulpe 
épaisse. Ses feuilles fournissent une filasse ; de sa moelle s'extrait un 
sagou. Une autre espèce, \eMauriiia oinifère, doit son nom spécifi- 
que à la sève sucrée que l'on en extrait, fournissant un vin de palme. 

Les Metroxylons sont les Sagoutiers vrais, des îles de la 
Sonde, etc. On en connaît deux espèces principales, le 
Sagoutier de Rumph et le Sagoutier lisse; les pétioles de 
ce dernier sont dépourvus de piquants; ils en sont au con- 
traire armés dans le premier. Le sagou est la moelle remplie 
d amidon que l'on extrait de l'arbre après l'avoir abattu. Les 




fruits durs lui- Pritchardia dans le parc d'Hyères. 

sants, ligneux, 

couverts d'écaillés, sont à une seule graine dont le sommet est tourné 
vers le point d'attache; l'ovaire n'est pas à trois loges comme cela 
a lieu chez les Raphia. Ces derniers ont une tige en général peu 
élevée, couverte de gaines persistantes ; les feuilles sont très longues 
et pennées, garnies de filaments un peu épineux à la base et sur les 
bords; les gaines sont courtes, à bords pourvus de longues fibres; 
les inflorescences sont énormes, pesant 100 à 150 kilos, et pen- 
dantes presque jusqu'en bas de la tige, cylindriques, fortement et 
densément ramifiées, à branches imbriquées, flabelliformes, pecti- 
nées; la spathe générale est nulle, les spathes secondaires nom- 
breuses; les bractées sont en cuiller à pot, comprimées et imbri- 
quées. Les fruits sont ovoïdes ou oblongs, couverts d'écaillés 
ligneuses, brunes, luisantes, avec une petite pointeau sommet. Le 
Raphia pédoncule ou Ruffia, de Madagascar et des Mascareignes, 
fournit avec les fibres des gaines le raphia du commerce et les ra- 
bannes; sa sève donne un vin ou haraia. Le Raphia Oinifère, 
variété tœdigère, des bords de l'Amazone, a une tige peu élevée, 
de 2 à 3 mètres, mais ses feuilles atteignent 1 5 mètres et s'élèvent 
verticalement, puis sont arquées ; les fruits ont 6 centimètres, sont 
oblongs, à écailles dures ; le tissu intérieur de sa tige sert à faire des 
flambeaux ou est utilisé comme du liège. Le Raphia oinifère de 
l'Afrique occidentale a une tige peu élevée, des feuilles de 2 mè- 
tres à folioles épineuses : la sève de cette plante fournit un liquide 
sucré susceptible de fermenter. Les fruits de cette espèce, mis à 

fermenter après qu'ils ont été dépouillés de 
il leur enveloppe écailleuse, peuvent donner 

une eau-de-vie. Signalons aussi le Raphia 

Monbuttorum de l'Afrique occidentale et 

du Congo. 

Les Rotangs ou Calamus (fig. 177) se 



VegetatiombUder. 
Raphia Monbuttorum en Afrique orientale. 




Fig. 177. 
Kotang ou Calamus, 



Vérasc. Richard. 
Groupe de Rôniers (Cote d'Ivoire). 



140 



LES PLANTES 





Fig. 178. — Caryote 
b. fleur ; c, fruit. 



Fig. 179. — Iriartée. 



placent à côté des Metroxylon ; 
ce sont des Palmiers grimpants, 
qui atteignent parfois 20G mètres 
de long et plus. Ces Rotangs 
s'accrochent d'après deux types : 
dans les uns (Calamus extensus), 
c'est la tige qui est métamorpho- 
sée en fouet ; dans les autres 
(Oncocalamus) , qui habitent 
l'Ancien Monde (Gabon, Afri- 
que occidentale), c'est le pétiole 
qui se prolonge au sommet en 
un long fouet portant de nombreux et fins crochets. 



Germination 
de la graine de Lodoicée. 



Borassinées. — Dans les Borassinées, les carpelles soudés 
sont nus, dépourvus de ces écailles qui caractérisaient le groupe 
précédent, et les feuilles sont palmées. Ce grand groupe contient 
des Palmiers célèbres, d'abord le Rondier ou Rônier ou Borassus 
flabelliforme. C'est un arbre de l'Afrique tropicale, fréquemment 
cultivé dans les Indes orientales, où il rivalise, comme utilité, avec 
le Dattier et le Cocotier. Sa tige est robuste, élevée; son sommet 
est parfois divisé en deux ou plusieurs ramifications ; on en a signalé 
à Maduré, dans l'Inde, qui avaient une quinzaine de branches. 




ta. Waito. 
Palmiers royaux (Orendnxa), au Mexique. 



C'est une plante dioïque. Les inflorescences sortent du 
milieu des feuilles ; celles des pieds mâles sont plus volu- 
mineuses et ramifiées, avec de larges et épaisses bractées, de façon à 
donner à l'ensemble un aspect cylindrique; l'axe et les bractées 
forment de nombreuses fossettes où sont logés de petits groupes de 
fleurs mâles qui s'ouvrent successivement et viennent s épanouir au 
dehors. Dans les inflorescences femelles, les fleurs sont peu nom- 
breuses, volumineuses par rapport aux fleurs mâles, par une ou deux 
à l'aisselle de leurs bractées. Le fruit est gros, sphérique. Le bour- 
geon de cette plante donne un chou palmiste; une farine de gruau 
s'extrait de la moelle de sa tige ; le fruit, de la grosseur de la tête 
d'un enfant, sert à la nourriture de l'homme et des bestiaux; il est 
mangé cru ou cuit par des millions d Indiens ; il fournit dans 1 Inde 
le quart de la nourriture, là où le prix du riz est trop élevé ; il 
fournit aussi la boisson appelée toddy à l'aide de sa sève. Cet 
arbre peut vivre deux cents ans. 

Dans le fameux Palmier des Seychelles ou Lodoicea, ou Coco 
de mer, ou Cocotier des Maldives, les fleurs mâles sont, comme 
dans le Rondier, nombreuses dans des fossettes ou alvéoles du 
spadice, mais les étamines sont nombreuses. Le fruit est de dimen- 
sions considérables; il a une enveloppe ligneuse, divisée en deux lobes 
séparés nettement l'un de l'autre par un sillon profond, formant 
comme deux reins. Ce Palmier des Seychelles et de 1 île Praslin 
a été signalé au milieu du XVIII siècle par La Bourdonnais; 
il pousse au bord de la mer où ses fruits sont entraînés par les 

courants et transportés au loin. C est 
ainsi qu'ils sont connus depuis un 
temps immémorial aux Maldives, 
mais on ignorait quelle était leur 
origine véritable. On conçoit que 
des légendes extraordinaires aient 
couru se rapportant à ce singulier 
coco de mer qui semblait rejeté 
des profondeurs de l'Océan et dont 
on attribuait vraisemblablement la 
production à l'arbre mystérieux et 
divin qui vit au fond de la mer et 
dont on retrouve des traces dans 
tant de mythologies. Les souve- 
rains de l'Inde, qui achetaient ce 
produit singulier à un prix élevé, 
faisaient avec son enveloppe des 
coupes qu'on enrichissait de métaux 
précieux et dans lesquelles ils bu- 
vaient, afin de se préserver des poi- 
sons qu'ils pouvaient craindre. Le 
tronc du Lodoicea a 35 mètres de 
haut, sur 40 à 50 centimètres de 
diamètre ; il est marqué de cicatrices 
annulaires provenant de la chute 
des feuilles; ses feuilles en éventail 
ont 5 à 6 mètres de long sur 3 à 
4 de large. Le bois se fend aisé- 
ment, et sert à faire des conduites 
Palmier Manicaria saccifère. d eau, des haies, des palissades; 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



141 





Palmiers Aréquiers aux environs d'Hanoï. 



La place des Palmistes, à Cayenne. 



les jeunes feuilles sont entourées d'une sorte de bourre laineuse 
qui sert à rembourrer des oreillers, des coussins, des matelas. On 
fait avec les feuilles des chapeaux, des toitures, des balais. Le fruit 
est comestible ; il renferme un liquide laiteux agréable à boire, 
mais qui rancit vite. 11 met sept ou huit ans à mûrir, mais, récolté 
à trois ou quatre ans, il est mou et comestible. 

Le Doum ou Hyphène thébaïque est remarquable par sa tige 
bifurquée; il se distingue des types précédents dont il est voisin 
par ses fleurs dioïques : les mâles, solitaires, ont six étamines; 
ses fruits, qui ont été trouvés dans les tombes de l'ancienne 
Egypte, sont comestibles ; on les vend au Caire; son bois dur est 
très utilisé; ses feuilles servent, à Tombouctou, à faire des paniers. 

Arécinées. — Les Caryota se distinguent de tous les Palmiers 
par leurs feuilles composées deux fois. La moelle de la tige du 
Caryota mens (fig. 178) fournit dans l'Inde un sagou bâtard; 
ses feuilles donnent un crin végétal (Kittool fibres) servant pour 
les brosses et les engins de pêche ; il fournit un toddy ou vin de 
palme. L.'Arenga saccharifère a des feuilles une seule fois pen- 
nées, dressées, à segments linéaires; les fleurs mâles et femelles 
sont sur des inflorescences distinctes, mais réunies sur le même 
pied; la tige a 10 à 15 mètres de haut et est couverte d'écaillés 
ou d un réseau de fibrilles; c'est une plante sucrière importante 
de la Malaisie (Java, Sumatra, Philippines) ; sa sève sucrée, 
brune, fournit par fermentation un vin de palme par l'incision de 
ses spadices ; les fibres du tronc donnent de l'étoupe et des cor- 
dages. Les Chamœdorea sont des Palmiers grêles qui rappellent 
un peu les Bambous. 

Dans les HoWea, le spadice est simple. Ces Palmiers sont 
peut-être les plus importants au point de vue de la culture de ces 
plantes en appartement et ils sont vendus par les horticulteurs sous 

le nom impropre, mais 
universellement ré- 
pandu, de Kentia. La 
tige est robuste, lisse, 
annelée, mais on ne 
connaît guère ces plan- 
tes qu en individus jeu- 
nes, à tronc court. Dans 
VHowea Balmoreana, 
la tige peut atteindre 
jusqu'à 12 mètres de 
haut. Cette espèce est 
très employée, ainsi que 
1 *' ' VHowea Forsteriana. 

A, coupe d'une noix de coco; B, noix de coco J^iS feuilles, dans les 
vue en dessous et montrant les trois cavités 

correspondant aux cactées, divisions ovariennes deux cas, sont penna- 
primitives. tiséquées, mais avec un 




grand pétiole, et les folioles sont groupées vers le haut, de sorte 
qu à un examen premier et rapide, on croirait avoir affaire à des 
feuilles palmées. 

Le nom de Ceroxylon vient de deux mots grecs : \eros, qui 
veut dire cire, et xylon, bois, parce que la tige élevée, grêle relati- 
vement à la hauteur, lisse, pourvue seulement de cicatrices annu- 
laires, sécrète une substance cireuse blanche, se déposant sous 
forme de croûte ou d'écaillés blanches, tranchant sur les anneaux 
bruns. Le Céroxylon des Andes atteint 30 ou 40 mètres de haut; 
il est couronné à sa partie supérieure d'un magnifique panache 
de feuilles de 7 à 8 mètres de longueur, argentées dessous. Les 
spadices sont allongés, rameux à rameaux grêles, avec cinq spathes 
coriaces, soyeuses, les baies rouges ou violacées. C'est dans l'Amé- 
rique du Sud, à une altitude comprise entre 2000 et 3000 mètres, 
que l'on rencontre ce bel arbre, où il forme de grandes forêts. 

Dans les Aréquiers ou Areca, Palmiers dont le nom rappelle le 
mot arec, qui est le nom vulgaire de ces plantes au Malabar, le 
spadice apparaît au-dessous des feuilles. La tige est plus ou moins 
élevée, annelée, pouvant atteindre 10 à 16 mètres de haut, avec 
un panache de feuilles pennées. Le spadice est monoïque pani- 
culé ou simplement rameux, enveloppé dans deux spathes mem- 
braneuses, coriaces; les fleurs mâles sont très nombreuses, solitaires 
ou par deux ; les fleurs femelles sont à la base des rameaux. Les 




rr Ty| 1 



Cocotiers aux iles Gilbert (Polynésie). 



142 



LES PLANTES 




Amazonicum. 



Cocotier avec fruits (Hanoi). 



Cl. Faber. 
Palmier Astrocaryum mumbaca. 



fruits sont des baies ovoïdes, de la grosseur d'un œuf, et jaune rouge ; 
ils renferment un brou fibreux et une amande qui, débarrassée 
de son péricarpe, constitue la noix d'Arec, dure, cornée, marbrée 
de blanc et de brun parce que l'albumen est ruminé. Ces noix 
forment la base d'un masticatoire très employé par les Asiatiques 
(Indochine, Malaisie, Inde, etc.), qui noircit les dents^ et rend 
lesgencives sanguinolentes; son abus produit à la longue l'aphasie. 
Les Oréodoxa, voisins, ont un spadice ramifié; la tige est sou- 
vent renflée au milieu, en particulier dans Y Oréodoxa royal, d'Amé- 
rique. Les feuilles sont pennées; les spadices sont grands, pendants; 
il y a deux spathes : l'inférieure semi-cylindrique, la supérieure en 
sabre. \J Oréodoxa oléracé fournit par son bourgeon terminal un 
chou tendre et délicat. Signalons aussi les Iriartées de l'Amérique 
tropicale (fig. 1 79), remarquables par le renflement en fuseau de 
leur tige et par la présence fréquente de racines épigées à la base. 
Le Manicaria saccijère, du Brésil, porte d'immenses feuilles dont 
le limbe reste simple. 

Cocoïnées. — Il nous reste à parler du dernier groupe, celui 
des Cocoïnées, à noyau perforé, à carpelles soudés et nus, à feuilles 
pennées. Les Êléides de Guinée ou Palmistes, qui se séparent de 
toutes les Cocoïnées par leurs fleurs situées dans des fossettes de 
l'axe, ont pour fruits des drupes grosses comme des prunes, de 
couleur jaune ou rouge, avec un noyau dur et un mésocarpe charnu, 
fibreux et riche en corps gras; la graine contient aussi une substance 
oléagineuse. L'Éléide a un tronc 
d'une vingtaine de mètres, iner- 
me, avec une vingtaine de feuil- 
les amples au sommet, ayant plu- 
sieurs mètres de long. Le spadice 
est ramifié, de forme ovoïde, gros 
comme une tête ; il est hérissé de 
bractées épineuses. En dehors 
des matières grasses, cet arbre 
fournit un vin de palme en Afri- 
que occidentale ; c'est une bois- 
son rapidement enivrante ; les in- 
digènes se servent de la plante 
pour construire et couvrir leurs 
cabane»; les feuilles servent de 
fourrage pour les animaux do- 
mestiques. 

Dans les Cocotiers, il y a six 
étamines; les fleurs ne sont plus 
dans des fossettes : elles sont su- 
perficielles. Ce genre renferme 
une trentaine d'espèces améri- 




caines. Le Cocotier proprement 



dit, ou Cocotier nucifère, est dissé- 
miné dans toutes les régions tropicales 
australes, probablement par les cou- 
rants marins, car il pousse d ordinaire 
au bord de la mer. C'est un arbre 
élevé, de 25 mètres de haut, à tronc 
en général énorme, mais à cicatrices 
foliaires pouvant servir d'appui pour 
grimper, portant au sommet un magni- 
fique panache de feuilles pennées de 
4 à 5 mètres. Les fleurs sont uni- 
sexuées. Le fruit (fig. 180) est une 
drupe ovoïde, couverte d'un épiderme 
mince, parcheminé, dont la partie 
charnue est remplie de fibres qui con- 
stituant le coir, utilisé pour la fabri- 
cation des cordages, des filets, des 
couvertures, des courroies, des brosses. 
Le noyau est très ligneux, avec trois 
trous à la base. Quand la graine n'est 
pas encore mûre, son albumen ren- 
ferme un lait sucré, acide, utilisé 
comme boisson rafraîchissante. A la 
maturité, ce liquide disparaît, se 
transforme en albumen et il constitue 
le coprah du commerce, qui joue 
un rôle important dans l'alimentation 
de divers pays, surtout en Polynésie; 
on peut en extraire l'huile de coco. 
L'endocarpe dur et osseux du fruit 
peut fournir des vases grossiers aux indigènes. Le sectionnement de 
l'inflorescence donne un vin ou toddy; on peut extraire de celui-ci 
un arack ou alcool et, de la sève, du sucre ou jagre. Le bois sert par 
son tronc pour la charpente, bien que peu durable. Les feuilles sont 
utilisées pour couvrir les cases, pour la confection de corbeilles, etc.; 
jeunes elles donnent un chou palmiste. En dehors de cette espèce 
essentiellement utile, citons le Cocotier de Weddell, le plus délié, 
le plus élégant de tous les Palmiers, qui figure dans les salons. 

Les Jubœa se distinguent des Cocotiers par leurs étamines nom- 
breuses ; ils ont d'ailleurs comme eux les orifices de germination 
dans la graine à la partie inférieure. Parmi les représentants de ce 
genre, on peut citer le Jubœa remarquable ou Jubea du Chili, 
situé à lavant-garde de l'armée des Palmiers dans les terres australes. 
Ce Palmier, connu au Chili sous le nom de Lila, a un fruit co- 
mestible par son albumen qui rappelle celui du Cocotier; malheu- 
reusement les enveloppes sont très dures; cependant les bœufs 
savent le décortiquer et se nourrissent de la partie externe, laissant 
intact le noyau d'où l'on extrait l'amande. Le bourgeon est un lé- 
gume ; la sève donne un vin de palme et on peut extraire du suc, 
avant la fermentation, le « miel de palma », très estimé: les fibres 
de la tige sont textiles; avec les feuilles on fabrique des nattes, des 
chapeaux, des toiles, etc. Cet arbre peut atteindre 25 mètres de haut. 
Les Astrocaryon Muru-Muru du Brésil ont le tronc extrême- 
ment épineux, haut de 4 à 5 mètres. Les Bactris sont de petits 
Palmiers dont la tyge grêle sert à faire des cannes légères, dites 

de Tabago. 

Les Phytéléphantinées for- 
ment un groupe caractérisé par 
ses fleurs mâles ou femelles sans 
périanthe et par le fruit qui est 
un syncarpe, c'est-à-dire résul- 
tant delà coalescence de plusieurs 
fruits distincts; ils fournissent 
l'ivoire végétal ou corozo. Les 
fruits ou cabeza de negro (tête de 
nègre) du Phytelephas macro- 
carpe sont de la grosseur de la 
tête, avec des drupes agrégées, à 
plusieurs loges ayant de trois à 
six graines. Il y a dans ces graines 
un lait, qui se solidifie en un albu- 
men dur comme de l'ivoire, ser- 
vant à fabriquer des objets fine- 
ment ajourés ; ces graines ont la 
taille de petites pommes. La 
patrie de cette plante est la 
vri.. Amazomnim. Nouvelle-Grenade et les Andes 



Palmier Phytelephas à petit fruit. 



du Pérou. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



143 



LES LILIINÉES 



L ordre des Lilunées comprend quatre familles : 1° les Lilia- 
cées, h calice pétaloïde et albumen charnu; 2° les Pontédéria- 
cées, à calice pétaloïde et albumen amylacé; 3° les Alismacées 




Paysage avec Dragonnier marginé, à La Réunion. 

plantes d'eau à calice sépaloïde et à graine sans albu- 
men ; 4° les Commélynacées terrestres, à calice sé- 
paloïde et albumen amylacé. 

Famille des Liliacées. Les Tulipes. — La 

famille des Liliacées renferme plusieurs types de fleurs 
qui ont eu leur temps de célébrité: parmi elles, il 
suffit de mentionner les Tulipes. C'est vers 1570 que 
Charles de l'Escluse, botaniste illustre, s'intéressa à 
ces plantes, mais ce furent les bourgeois d'Amsterdam 
qui, les faisant venir directement de l'Orient, les 
mirent à la mode. La passion pour les Tulipes se 
propagea avec rapidité au XVII e siècle, mais leur cen- 
tre de culture se maintint en Hollande ; cette mala- 
die, car c'en était une, gagna la France, l'Angleterre. 
La tulipomanie provoqua des achats énormes, des 
jeux de hausse et de baisse; elle fut l'origine de 
fortunes colossales et de déconfitures célèbres; des lois 
furent faites, des fonctionnaires, les notaires de tulipes, 
furent créés pour réglementer ce négoce qui devint 
effréné. Les prix des Tulipes atteignirent des chiffres 
fantastiques : le Semper augustus fut vendu 5 500 flo- 
rins ( 1 1 660 fr. ) ; à Lille, un seul oignon de la « Tu- 
lipe de brasserie » trouva acquéreur pour 30 000 francs. 
La Bruyère a célébré le fou Tulipier qui « a un jardin 

dans le faubourg, qui y court au lever du soleil et en 

revient à son coucher » . On a vu au XIX e siè- 
cle disparaître les derniers tulipomanes. 
La Tulipe justifie cette histoire si fameuse 

qu on vient de lire par l'ampleur et la richesse 

de coloris de ses fleurs. Son périanthe est " 

formé de six pièces, trois sépales colorés et 

trois pétales semblables entourant six étami- 

nes en deux verticilles, l'ovaire supèreà trois 

loges. La Tulipe duc de Thol et la Tulipe 

des jardins ou de Gesner sont les plus 

répandues, avec la Tulipe suave et la Tulipe 

sylvestre qui est indigène dans le Midi. 

Autres Liliacées bulbeuses.— A côté 
de la Tulipe se place la Fritillaire qui, 
comme elle, a une fleur souvent solitaire, à 
grand périanthe en cloche, mais cette fleur 
est penchée vers le bas au lieu d'être droite 
et dressée comme précédemment. Dans la Fritillaire couronne impériale. 




Fritillaire Couronne impériale, à périanthe roux cuivré, les fleurs 
sont, au contraire, réunies en couronne surmontée d'un bouquet 
terminal de bractées. 

La grande légion des Lis est voisine; elle se distingue des deux 
genres précédents par les étamines à anthère oscillante, à filet 
inséré_ au milieu du connectif. Les bulbes 
sont d'ailleurs également différents : au lieu 
dêtre tuniques, ils sont écailleux (p. 24). 
Le port majestueux, la grande taille des 
grappes de Lis, le parfum pénétrant du Lis 
candide (fig. 181), en ont fait la fleur de la 
royauté française. C'est une espèce de l'Eu- 
rope méridionale, mais on a depuis le moyen 
âge cultivé beaucoup d'autres types : le Lis 
safrané, indigène; le Lis Martagon, portant 
trois à vingt fleurs pendantes en verticilles, d'un 
rouge violacé ponctué de brun ; le Lis tigré, 
de la Chine et du Japon ; le Lis doré, à fleur 
blanche avec une large bande jaune d'or 
au milieu des pièces du périanthe. 

Dans toutes les plantes bulbeuses précé- 
dentes, la tige florale est feuillée ; il est une 
autre catégorie de ces plantes à hampes 
dépourvues, au contraire, de feuilles : ce sont 
es Jacinthes des bois, ou Endymion penché; 
ç S ^cilles, à sépales séparés; la Scille de 
Sibérie, à fleurs d'un bleu profond très remar- 
quable; la 5ci'//e du Pérou, à grosse inflores- 
cence pyramidale. Dans les Ornithogales, 
les sépales sont aussi séparés, mais le filet 
de l'étamine est élargi. Dans les Jacinthes 
a Orient, les sépales sont soudés ainsi que 
dans les Muscari : les premières sont, à 
I heure actuelle, parmi les fleurs les plus cultivées 
pour 1 ornementation des jardins au premier printemps; 
les secondes, à corolle en grelot, forment des toupets de 
fleurs souvent stériles à l'extrémité de l'inflorescence. 
Dans toutes les plantes bulbeuses précédentes, 
I inflorescence est en grappes; elle peut être en om- 
belle dans les représentants du genre Ail, qui a une 
si grande importance pour la culture potagère. L'Oi- 
gnon (Allium Cepa), qui y est rangé, a sa feuille 
creuse, sa tige renflée au-dessus du milieu, tandis 
que dans la Ciboule, ou Ail fistuleux, c'est au milieu 
qu est le renflement ; Y Échalote ou Ail d'Ascalon a 
une tige non renflée, ainsi que la Civette ou Cibou- 
lette (A. Schœnoprasum), \' Ail comestible ou Ail 
proprement dit, dont la feuille n'est pas creusée, mais 
a des petits bulbes à l'ombelle au lieu de fleurs, ce 
qui n'arrive pas dans le Poireau. Malgré la forte 
odeur alliacée qui se dégage des inflorescences de ce 
genre, plusieurs espèces sont cultivées, comme l'Ail 
de Naples, à fleurs blanches; l'Ail doré, ou Moly, 
à fleurs jaunes ; l'Ail azuré, à fleurs bleues. 



Cl. Oflice colonial. 



Fig. 181. — Liseblanc. 
a, bulbe. 



Liliacées à rhizome. — Dans les Agapanthes, 
parfois cultivées, comme l'Aga- 
panthe à ombelle du Cap, 
1 inflorescence est en grandes 





Fleurs de Lis Martagon 



.,. 182. 
Tritome et fleur. 



144 



LES PLANTES 




. P. Paideau. 




Endymion penché de nos bois. 



Ornithogale en ombelle. 




ombelles de fleurs bleues, mais le bulbe n'existe plus et c'est un 
rhizome qu'on observe dans le sol. 

Le groupe dont Y Asphodèle est le type voit définitivement le 
bulbe disparaître et le rhizome dominer presque complètement, 
mais l'inflorescence est en grappe ou en épi. C'est à côté de ces 
plantes que se placent les Ërémures, dont les grappes gigantesques 
font la gloire des expositions horticoles ; ce sont des plantes admi- 
rables du Turkestan et parmi les plus belles, à fleurs à peine tein- 
tées de rose : on peut citer V Érémure robuste, dont la hampe a 
jusqu'à 2 mètres et plus de haut. 

Une plante de culture facile dans les jardins, et qui donne de 
belles fleurs rappelant celles des Lis safranés, est YHémérocalle 
qui se distingue des plantes précédentes, qui ont les sépales et 
pétales libres, par ses sépales et pétales soudés. L.'Hémérocalle 
fauve et VHémérocalle jaune ou Lis jaune sont les plus com- 
munes. Les Funkia se rencontrent aussi fréquemment ; elles se 
distinguent par leurs feuilles élargies, à nervures arquées, leur 
hampe simple portant une grappe de fleurs pendantes ; plusieurs 
espèces sont cultivées : la Funkia ovale à fleurs bleues, la Funkia 
subcordée à grandes fleurs blanches. Nous ne pouvons omettre ici 
une plante utile très intéressante, le Lin de la Nouvelle-Zélande 
ou Phormium tenace, dont les feuilles, toutes à la base, disti- 
ques, en forme de sabre, sont très grandes et très belles; ces plantes 
fournissent des fibres textiles. Si le périanthe de la fleur est 
complètement soudé en un long tube courbé vers le bas, si l'inflo- 
rescence devient un épi dense de grandes fleurs passant du corail 
à l'orangé, avec des feuilles nombreuses étroites à la base, nous 
aurons le Kniphofia, parfois appelé Tritoma (fig. 182). Ces 
plantes du Cap font un très bel effet isolées sur les pelouses. 




u. bigud 
Yucca filifére (Mexique). 



cl. P. Folfaau 
Sceau de Salomon fleuri. 



Liliacées à Aloès ««"wfrin en fleurs. 

tige ligneuse 

ou Dracénées. — Les Aloès, qui sont voisins des plantes précé- 
dentes par leurs fleurs en tubes pendants et leurs étamines insérées 
sous l'ovaire, ont un port très différent : leurs feuilles charnues, 
épaisses, pointues, sont en rosette. C'est un genre africain qui est 
important par le suc résineux que contiennent surtout \ Aloès vrai 
et Y Aloès de Perry. Les Vucca, à capsule ou à baies, sont de 
superbes Liliacées qui figurent fréquemment dans les parcs pour 
leurs belles grappes de fleurs globuleuses, blanches, à sépales sépa- 
rés; leurs feuilles raides, en rosette, surmontent en général une 
tige courte; ces feuilles ne sont pas charnues, comme dans les 
Aloès, mais elles sont susceptibles de résister cependant à la séche- 
resse, et c'est dans les contrées un peu désertiques du Mexique et 
du sud des États-Unis qu'on les rencontre. 

Parmi les arbres les plus célèbres de la famille sont les Dragon- 
niersou Dracœna, qui ont un fruit bacciforme, comme les Yucca 
types, mais des sépales soudés. Leur nom vient de ce que leur suc 
rouge desséché fournit une poudre analogue au sang-dragon. 

Asparaginacées, Colchicacées. — Dans les Asparagina- 
cées, le fruit est une baie au lieu d'être une capsule, mais la tige 
reste basse ou souterraine. Ce groupe renferme Y Asperge officinale 
à fleurs unisexuées et hermaphrodites, dont les pousses, décolorées 
par la vie sous la terre, constituent un aliment très apprécié. 1 1 y a des 
espèces exotiques, comme Y Asperge plumeuse ou celle de Sprenger, 
qui, à cause de la légèreté de leur appareil végétatif, sont utilisées 
pour orner les tables et les suspensions. Dans le même groupe se 
placent les Sceaux de Salomon ou Polygonatum, dont le rhizome 
à étranglements porte des cicatrices correspondant aux tiges 
aériennes successives (p. 24); le Muguet ou Convallaire 
de mai, à deux feuilles et à fleurs en grelot. Le Petit 
Houx ou Ruscus est un petit arbuste à cladodes piquants, 
c'est-à-dire à organes complexes, à la fois tige et feuille. 
Les Aspidistra, à feuillage résistant, servent à orner les 
appartements ; leurs fleurs, en urne, sont au ras du sol. 

Les Smilacées forment un groupe très voisin, toujours 
à baies, mais à port grimpant par des vrilles-stipules. 

Un groupe un peu aberrant est celui des Colchicacées, 
défini soit par le fruit, qui est une capsule septicide, soit 
par l'orientation extrorse des étamines, ces deux caractères 
étant réunis ou séparés. On doit mentionner la Colchique 
d'automne, dont les grandes fleurs violettes sortent soli- 
taires du sol ; ce n'est qu'au printemps, longtemps après la 
disparition des fleurs, que le feuillage sort de terre. Les 
Sansevièries, à ovaire demi-infère, sontdesplantes textiles. 
Les Pontédériacées comprennent de jolies plantes aqua- 
tiques, les Eichhornies. Les Alismacées sont aussi des 
plantes d'eau très répandues, comme la Sagittaire ou Flé- 
chière. Les Flûteaux ou Alisma sont voisins, ainsi que les 
Butomes à ombelle dont les fleurs sont roses. Quant aux 
Commelynacées, elles renferment des types, tels que les 
Ephémérinesou Tradescanties; ce sont des herbes vivaces 
à fleurs en fausse ombelle. 




BROMELIACEES, LILIACEES, IRIDEES, ETC. 

Broméliacées : 1. Billbergia. — 2. Tillandsia. — 3. Vriesia. — Scitaminées : 4. Strélitzia. — S. Maranta. — 6. Canna. — Iridées : 7. Glaïeul. — 8. Iris germanique. 
9. Iris de Kaempfer. — 10. Crocus. — 11. Freesia. — 12. Ixia. — 13. Tigridia. — Amary aidées : 14. Amaryllis ( Hippeastrum) hybride . - 15. Narcisse des poètes. 
16. Narcisse faux Narcisse. — 17. Clivia. — Liliacées : 18. Tulipe des fleuristes. — 19. Tulipe perroquet. — 20. Funkia. — 21. Scille de Sibérie. — 22. Fritillaire. 
23. Lis soufré (L. salphureum) . — 24. Lis tigré (L. tigrinum).— 25. Lis brillant (L. speciosum). ~ 26. ASapanthe. — 27. Muscari. — 28. Jacinthe. — 29. Tritome. 



PLANTES 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



145 




Jardin japonais avec Iris en fleurs aux environs de Tokio. 



LES IRIDINEES 

Les Iridinées sont des Monocotylédones à ovaire infère, com- 
prenant les familles suivantes : 

. i 6 étamines i Hermaphrodites. . Amaryllidacées. 

: Albumen ' :_.„„„ ; i i ■ - rv i - 

V i intorses. ' Unisexuees . . . . Uioscoreacees. 

ri 1 charnu, t 

r leurs j ' 3 étamines extrorses Iridacées. 

régulières. y Albumen amylacé Broméliacées. 

' Graine sans albumen Hydrocharidées. 

Fleurs \ Graine à albumen amylacé Scitaminacées. 

zygomorphes . ( Graine sans albumen Orchidées. 

Amaryllidacées. — Cette famille présente de grandes homo- 
logies avec celle des Liliacées, dont elle diffère surtout par 
l'ovaire infère. Il y a un parallélisme complet entre les deux 
groupes, se manifestant aussi bien dans l'appareil végétatif que 
dans l'organisation florale; on y trouve des types à bulbes, à rhi- 
zome, à tiges ligneuses, ainsi que des plantes charnues rappelant, 
par leur port, tout à fait les Aloès, enfin quelques espèces grim- 
pantes. Quant à la constitution florale, il y a un périanthe péta- 
loïde de deux verticilles de trois pièces, six étamines, un pistil à 
trois carpelles et un ovaire à trois loges à placentation axile; 
quant au fruit, il est presque toujours une capsule loculicide, 
rarement une baie charnue. 

Les Amaryllidacées à bulbes peuvent nous servir à établir les 
ressemblances les plus accusées avec les Liliacées; la corolle cepen- 
dant peut être pourvue de ce que l'on appelle une coronule; c'est 
ce qui arrive pour les Narcisses : cette coronule est une sorte de 
deuxième corolle qui double intérieurement la première, et qui 
est formée par un ensemble d'appendices des pétales, qui se soudent 
ensemble en un tube ; ce tube est très court, en coupe, dans le 
Narcisse Jonquille, à fleurs jaunes ; il est au .contraire très déve- 
loppé dans le Narcisse Faux-Narcisse ou Coucou ; parmi les fleurs 
blanches, le Narcisse des poètes, à 1-2 fleurs; le Narcisse Tazette, 
à 4-8 fleurs. Les Hippéastres, qui sont à tube court, présentent à 
la gorge une collerette d'écaillés plus ou moins distinctes, corres- 
pondant à la coronule, et sur laquelle s'insèrent en dedans les éta- 
mines. La coronule est un tube faisant corps avec l'androcée chez 
les Hymenocallis (fig. 183), dont les grandes fleurs blanches sont 
en ombelle. 

Les Crinum sont cultivés aussi pour la beauté de leurs fleurs 
odorantes. 

La coronule fait au contraire défaut dans un certain nombre 
d'autres Amaryllidacées à bulbes. Dans les Hœmanthus, par 
exemple, les fleurs sont groupées en une grosse ombelle en forme de 
boule, où l'on aperçoit de nombreuses fleurs d'aspect filamenteux, 
d'abord à cause des six filets des étamines saillants, rapprochés et 



rouges, et ensuite à cause des six pièces du périanthe, très étroites 
et longues, surmontant un tube étroit et grêle. Les Clicia, connus 
souvent sous le nom à' lmanihophylles, très voisins des précé- 
dents, sont maintenant des plantes presque populaires; leurs fleurs, 
au nombre de douze à vingt, sont encore en ombelle, mais leur 
périanthe est large, tubuleux à la base, puis s'élargissant en enton- 
noir à segments distincts; la tige aérienne est aplatie; elle surmonte 
un bulbe imparfait passant au rhizome. 

Les Galanlhes {Perce-neige) sont rustiques et justifient leur 
nom par leur floraison précoce; ils ont un tube du périanthe très 
court, des sépales et pétales dissemblables. 

Les Agaves sont des plantes américaines des pays très secs, 
comme le Mexique, où elles ont joué de tout temps et où elles 
jouent encore à l'heure actuelle un rôle capital. Elles présentent à 
la base une rosette de très grosses feuilles charnues, en forme de 
triangles très pointus, dentées au bord ; au milieu de cette rosette 
s'élève au bout d'un temps, variable de cinq à cent ans, une hampe 
florale qui peut atteindre 10 à 12 mètres dans certaines grandes 
espèces (A. américain, de Salrnan). Les Agaves fournissent le 
mezcal ou alcool d'Agave, dont on fait des eaux-de-vie supérieures 
(surtout avec VA. de Salman). Il y a une autre espèce impor- 
tante, c'est celle qui fournit le Chanvre de Sisal (A. rigide, variété 
de Sisal), source de richesse du Yucatan. Signalons aussi le crin de 
Tampico, donné par différentes espèces (A. hétéracanthe, etc.). 




Floraison des Narcisses aux Avants (Vaud). 



LES PLANTES 



13 



146 



LES PLANTES 





Narcisse Faux-Narcisse (Forêt de Sénart). 



Perce-Neige dans le parc de Trianon. 



Parmi les Amaryllidacées à rhizome, citons surtout la Polianthe 
tubéreuse ou Jasmin des Indes, plante du Mexique, à longue 
grappe sur un axe simple, à fleurs par deux à l'aisselle des bractées. 

La petite famille des Dioscoréacées, très voisine, 
comprend des plantes volubiles, comme le Tûmier de 
nos bois, les Dioscorea ou Ignames des régions chaudes. 
Le premier entre-nœud de la tige des Ignames se renfle 
en un tubercule pesant parfois 20 kilogrammes. Riches 
en fécule et en matière mucilagineuse, mais de saveur 
assez fade, ces tubercules font l'objet de cultures ali- 
mentaires en Chine et dans les régions tropicales. 

Iridacées. — La famille des Iridacées est très 
voisine des Amaryllidacées ; elle est caractérisée par 
un ovaire infère et trois étaminesextrorses. Nous pren- 
drons comme type pour notre étude l'Iris germanique, 
ou Iris Armes de France, que l'on rencontre dans tous 
les jardins. L'appareil végétatif se compose d'abord 
d un gros rhizome horizontal présentant une série 
d étranglements plus ou moins accusés, les racines à la 
face inférieure; il se termine à son extrémité la plus 
jeune par un bourgeon redressé, recouvert de grandes 
feuilles vertes; ces feuilles sont sur deux 
rangs, distiques, et même équitantes, 
c'est-à-dire s'emboîtant les unes dans les 
autres, se recouvrant par leurs gaines ; 
elles sont en forme de sabre, aplaties 
sur le dos. La tige florale a quatre à 
cinq fleurs bleu ou lilas foncé (fig. 1 84) ; 
les trois sépales bleu violet brillant sont 
réfléchis en dehors, à onglet veiné de 
brun, à barbes d'un jaune vif en des- 
sus; les trois styles élargis ressemblent 
aux trois pétales, mais sont plus petits ; 
le fruit est une capsule loculicide, les 
graines sont anguleuses. En dehors de 
l'Iris germanique, nous nous bornons à 
signaler Y Iris de Kœmpjer, qui est d'ori- 
gine japonaise; c est une espèce presque 
aquatique. Un troisième groupe d'Iris 
est formé par les bulbeux ou Xiphion, 
dont les sépales ont un onglet très long 
et divergent en coin, et un limbe divisé 
en apparence en trois parties, par suite 
de l'accolement des styles échancrés, 
dans 17ns réticulé, dé l'Asie Mineure 
et du Caucase. 

Le style élargi en lame dans le genre 
Iris porte les stigmates sur sa face infé- 
rieure, à une distance notable de la 
pointe; il n'en est pas ainsi dans les 
Tigridia, pour lesquels le stigmate est 
à la pointe. La fleur de tigre ou Tigri- 
dia œil de paon (fig. 185), du Mexi- 
que, a des sépales largement ovales, 




Fig. 183. — Hymenocallis. 




Bourgeon -floral d'un Agave, près de Toulon. 



étalés, non soudés à la base, maculés de pourpre ; les pétales sont 
jaunes, tachetés de pourpre; les filets des étamines sont soudés en 
un tube au travers duquel passe le style. 

Dans le genre Ixia, la spathe ne comprend plus 
qu'une fleur, l'épi est simple ou rameux, le périanthe 
étalé sans tube ; la couleur des fleurs dans Y Ixia ma- 
culé est un mélange de jaune, de pourpre et de blanc. 
Dans les Glaïeuls, les fleurs sont nettement irrégu- 
lières, à périanthe courbé. Ce sont des plantes à 
bulbes aplatis, solides, entourés de plusieurs tuniques 
fibreuses. Le périanthe est plus grêle, droit, bien que 
zygomorphe dans les Tritonia ou Montbretia, qui sont 
fréquemment employés dans l'ornementation des jardins. 
Ce sont des plantes bulbeuses susceptibles de prospérer 
magnifiquement en plein air pendant la belle saison. 

Dans un dernier genre, celui des Freesia, qui n'ont 

toujours qu'une seule fleur par spathe, les branches du 

style sont deux fois divisées. Dans le Freesia réfracté, 

les grappes sont simples, à un petit nombre de fleurs 

d'un côté ; le pédoncule floral présente la curieuse 

propriété de se courber brusquement à angle droit à 

1 endroit de l'insertion des premières fleurs. C'est une 

plante du Cap qu'on cultive en serre 

froide, qui est précieuse par sa floraison 

précoce et utilisée surtout pour la fleur 

coupée. 

Les Crocus ou Safrans forment le 
type d une dernière tribu caractérisée 
par l'absence de tige, par une fleur 
unique le plus ordinairement ou plu- 
sieurs, axillaires autour de la fleur termi- 
nale. Ce sont de très jolies plantes à 
bulbes solides, charnus; les feuilles sont 
étroites, linéaires, paraissant en même 
temps que les fleurs ; le périanthe est en 
entonnoir et sort de terre ; il est à tube 
très long et grêle, à six divisions dres- 
sées d'abord, puis étalées; les trois éta- 
mines sont insérées à la gorge du pé- 
rianthe, souvent incluses, à filets courts ; 
le style est à trois branches, vivement 
colorées, et ce sont elles qui constituent 
la matière colorante que l'on en extrait 
et qui est connue sous le nom de safran. 
Il faut 140 000 styles pour avoir 1 kilo- 
gramme de safran, d'une valeur de 
70 francs. Les bulbes s'importent de 
Hollande à l'automne en grande quan- 
tité; on les plante à 3 centimètres de 
profondeur. Ils fleurissent dès le mois 
de mars. Il y a aussi des espèces autom- 
nales, notamment le Crocus comestible, 
dont les fleurs sont violettes, la gorge 
barbue, les feuilles ciliées ; le Crocus 
cancellatus est aussi mangé en Syrie. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



147 





Agaves en fleurs (Côte d'Azur). 



Floraison de Crocus dans un parc de Londres. 



Broméliacées. — Les Broméliacées sont des herbes, en général 
épiphytes, de 1 Amérique tropicale et subtropicale, qui jouent un 
rôle assez important dans les cultures de serre. Leur tige reste, en 
général, courte et épaisse; elle ne s'allonge qu'au moment de la 
production de l'inflorescence; les feuilles sont rassemblées en ro- 
settes à la base de la tige ; elles sont charnues, en gouttière, et l'eau 
de pluie est susceptible de s'y accumuler comme en de véritables 
réservoirs. Certaines esoèces sont destinées à vivre sur la couronne 
des arbres, comme les Tillandsies usnéoides, dont l'appareil végé- 
tatif se réduit à des feuilles qui jouent, pour ainsi dire, tous les 
rôles d'ordinaire dévolus aux racines et aux tiges. 

Toutes les Broméliacées ne sont pas épiphytes : il y a un certain 
nombre de types terrestres comme les Ananas, les Pitcairniées, 
certains Karatas. Dans les Karatas, les feuilles du centre de la 
rosette se colorent souvent d'une manière vive et font ainsi pas- 
sage aux bractées florales, pièces qui jouent dans cette famille 
un rôle important par leur taille et la beauté de leur coloris. 

Les fleurs sont en général construites sur le type trois, c'est- 
à-dire à trois sépales en général courts ; la corolle est formée de 
trois pétales soudés ou libres, six étamines et trois carpelles soudés 
en un ovaire infère (ou semi-infère dans les Pitcairniées), à trois 
loges, à placentation axile. Le fruit est une baie parfois comestible, 
souvent colorée d'une manière vive ; ailleurs le fruit est une cap- 
sule septicide, comme dans la Dyckie, ou loculicide, comme dans 
les Puya. Dans les Ananas, toutes les baies se soudent à l'axe et 
aux bractées, et c'est l'ensemble qui constitue un fruit délicieux 
surmonté d'un toupet de feuilles stériles. 

La variation du fruit permet de distinguer deux groupes dans 
les Broméliacées : celles à baies et celles à capsules, subdivisées 
en trois tribus : Broméliées, Pitcairniées et Tillandsiées. 

Les Broméliées comprennent les Karatas et les Nidulaires 
dont les feuilles en rosette rappellent un nid, et dont les pétales 
sont soudés en tube. Les pétales sont au contraire libres dans 
tous les autres genres de Broméliées, notamment dans les 
Cryptanihes, qui ont, en outre, le calice gamosépale. C'est en 
core un genre curieux formé d'une rosette de feuilles s'étalant 
dures, souvent épineuses, ondu- 
lées, écailleuses, rayées et ornées 
de panachures diverses qui leur 
donnent un aspectassez particulier. 

Dans les Ananas, le calice est 
dialysépale, ce qui différencie tout 
de suite ce genre du précédent. 
Il a d'ailleurs des caractères très 
spéciaux qui ne permettent pas de 
le confondre avec aucune autre 
Broméliacée. Ces plantes vivaces 
débutent par une rosette de feuilles 
étroites, coriaces, en sabre, épi- 
neuses le plus souvent, parfois pa- 
nachées; la hampe florale appa- 
raît au milieu et porte un épi serré 



pétale 



stigmate 
/ pétalotde 




-eepale 



et les fruits mentionnés plus haut. La plante produit à sa base des 
drageons ou œilletons quand la fructification est prochaine; une 
fois le fruit coupé, les oeilletons se développent et on les laisse sur 
le pied mère jusqu'à ce qu'ils aient de bonnes dimensions, puis on 
les détache alors et on les empote. On peut également multiplier 
la plante en enterrant la couronne qui surmonte le fruit. L'Ananas 
est une plante, originaire de l'Amérique du Sud, dont la culture 
s'est répandue partout dans les tropiques ; c'est une espèce exclu- 
sivement tropicale. 

Dans les Billbergia et les flichmea, qui ont le calice dialysé- 
pale comme dans les Ananas, l'inflorescence est lâche, en pani- 
cule, ou se condense en épi, mais sans jamais présenter la coales- 
cence des fruits caractéristique du genre précédent. 

La seconde tribu des Broméliacées est celle des Pitcairniées, 
dont le fruit est capsulaire et dont l'ovaire est seulement à moitié 
infère. Elle est surtout caractérisée parle grand genre Piicairnia, qui 
renferme de très nombreuses espèces, les unes à fleurs en tête capi- 
tuliformes, dites Cephalopitcairnia ; les autres à grappes de fleurs 
ordinairement rouges, à graines avec des appendices à chaque 
extrémité. On en distingue des types nombreux, d'après les feuilles. 

Enfin, dans les Tillandsiées, l'ovaire est entièrement supère, 
les feuilles sont entières. C'est là un groupe important qui renferme 
plusieurs genres dans les cultures, parmi lesquels on doit citer les 
Caraguata et Guzmannia, à corolle en tube, les premiers à inflo- 
rescence en tête ou pyramidale, les secondes à épis simples. Mais ce 
sont surtout les deux genres Vriesea et Tillandsia qui jouent un 
rôle important dans les 
serres par la multipli- 
cité des types qu'on y 




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Fig. 184. — Coupe longitudi- 
nale de la fleur d'Iris. 



Fig. 185. 
Tigridie en floraison. 



Nidulaire remarquable. 



148 



LES PLANTES 




Une plantation d'Ananas aux iles Hawaï 

rencontre. Dans les deux cas, le calice et la corolle sont formés 
de pièces libres ; il y a deux écailles à la base de la corolle des 
Vriesea ; elles manquent dans les Tillandsia. Parmi les plus beaux 
Tillandsia, on peut citer notamment le Tillandsia de Linden qui 
est une plante merveilleuse par l'opposition des fleurs bleues, 
grandes, qui apparaissent au milieu des bractées roses. Les Sc/i/um- 
bergeria, de l'Amérique du Sud, sont aussi de superbes plantes. 

Hydrocharidées. — Les Hydrocharidées forment une petite 
famille de plantes aquatiques, qui sont, dans l'ordre des Iridinées, 
ce que sont les Alismacées dans celui des Lillinées, les Naïadacées 
dans celui des Graminidées. Les fleurs, régulières et du type trois, 
sont enveloppées par une spathe ; l'ovaire est à une loge ; le fruit 
est une baie. Cette famille renferme quelques plantes marines 
(Thalassia), mais la plupart sont d'eau douce, comme la fameuse 
Vallisneria spiralée (p. 71), la Morène ou Hydrocharis des gre- 
nouilles (H. Morsus rarus), aux petites fleurs blanches, abondantes 
en été dans les fossés; le Stratiotès faux Aloès, dont les feuilles 
sont raides et à dents aiguës (Voir PLANCHE EN COULEURS). 
UElodea du Canada est arrivée, dit-on, d'Amérique en Irlande 
en 1836, attachée sans doute à la coque d'un navire. En 1846, elle 
est en Ecosse; en 1860, en Belgique; en 1867, elle remonte les 
eaux courantes de toute la France; en 1879, elle atteint Cracovie, 
ayant ainsi conquis toute l'Europe. C'est une plante submergée, 
à feuilles très finement denticulées et à fleurs d'un blanc rosé. 




iEchmées sur un tronc de fougère. 



Tillandsia sur les 



Scitaminacées. — Musées. Pre- 
nons comme type des Scitaminacées le 
Bananier ou Musa. Nous connaissons 
ces plantes par le Bananier Ensete, que 
l'on voit figurer souvent dans les jar- 
dins; la tige, qui est surtout formée 
par la juxtaposition des gaines des 
feuilles, atteint I mètre de haut, mais 
dans les contrées tropicales cette plante 
peut avoir une hauteur de 6 à 7 mètres 
et la grosseur d'un homme; à la partie 
supérieure de la tige, il existe un cer- 
tain nombre de grandes feuilles pou- 
vant atteindre, dans les conditions les 
plus favorables, 4 à 6 mètres de long 
et 1 mètre de large ; malheureusement, 
sous l'influence du vent, le limbe se 
déchire perpendiculairement à la grosse 
nervure et la feuille, primitivement 
simple, se fend en un certain nombre 
de lobes ; on doit donc l'employer, dans 
les jardins paysagers, dans les positions 
abritées du vent. L'espèce la plus im- 
portante est le Bananier des sages ou 
du paradis. L'inflorescence est un gros 
régime arqué, s'infléchissant vers le bas; 
il est couvert de bractées disposées en spirale et portant à leur 
aisselle plusieurs fleurs hermaphrodites régulières. Chacune de ces 
fleurs présente un périanthe composé de cinq pièces soudées entre 
elles, soit trois sépales et deux pétales, réunis en un tube qui est 
fendu à sa partie supérieure; à l'opposite de ce tube se trouve le 
troisième pétale, qui est libre. L'androcée se compose de cinq éta- 
mines seulement, la sixième étant absïnte ou réduite à un stami- 
node ; l'ovaire, qui est infère, est à trois loges, à placentation axile. 
A la maturité, le fruit est une grande baie oblongue, de section 
triangulaire, remplie d'une pulpe charnue où sont rangées, dans les 
plantes sauvages, les graines noires globuleuses. Normalement la 
plante cultivée est dépourvue de graines ; elle ne peut donc pas être 
reproduite par des semis et c'est par les rejets qui se forment à la 
base du tronc que la plante se multiplie. Les fruits du Bananier 
des sages sont consommés crus : ce sont les bananes ; ceux de la 
variété paradisea sont, au contraire, consommés cuits. L'importance 
de ces plantes est considérable pour l'alimentation des populations 
tropicales. La quantité d'aliment que peut produire une plante est 
énorme, un régime pouvant peser de 1 5 à 60 kilogrammes. 
Boussingault assure avoir vu un hectare de Bananiers rapporter 
150 000 kilogrammes de fruits; en général cependant la récolte 
ne dépasse pas 50 000 à 70 000 kilogrammes. Mangé cuit, le 
fruit du Musa paradisea est féculent ; on peut en obtenir une 
farine qui est connue sous le nom de conquintay, aliment pour 
les enfants et les malades. Dans les Antilles, la culture du 
Bananier se fait surtout pour les fruits et 
cette entreprise agricole a pris un énorme 
développement. Citons enfin le Musa tex- 
tile, qui donne le chanvre de Manille. 
Les Musa constituent dans la famille 
des Scitaminacées le type le plus perfec- 
tionné, caractérisé par l'existence de cinq 
étamines fertiles et par l'albumen amy- 
lacé de la graine. Dans le voisinage, on 
signale le Ravenala et l'Heliconia. Le 
Ravenala de Madagascar constitue ce 
que l'on appelle vulgairement l'Arbre du 
voyageur, parce qu'il offrirait, par l'eau 
qui s'accumule à la base de ses feuilles, 
une ressource aux gens altérés; mais il 
pousse généralement dans les endroits 
humides, ce qui diminue son utilité. Ses 
feuilles servent à faire des cuillers, des 
coupes, des nattes, etc.; elles sont dis- 
tiques sur deux rangées, ce qui contribue 
à donner à cette plante un aspect très 
spécial. Cette disposition distique se re- 
trouve dans les Strelitzia, qui sont culti- 
vés dans les serres. Les Heliconia n'ont 
qu'une graine dans le fruit; les feuilles 
ont un long pétiole, 
branches d'un Chêne. Zingibérées. Les Scitaminacées ont 




LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



149 





j 




Tillandsia de Bentham. 



Tillandsia de Linden avec fleurs. 



Régime de bananes sur la plante. 



été divisées en trois tribus : celle des Musées, dont nous venons 
de parler, puis celles des Zingibérées et des Marantées. Les Zin- 
gibérées, qui ont une seule étamine à leur fleur, renferment le 
Gingembre officinal, produit pharmaceutique et alimentaire bien 
connu. On distingue le gingembre blanc et le gris; le premier est 
le rhizome dépouillé de son écorce. Le Gingembre Mioga, origi- 
naire du Japon, est très utilisé dans ce pays : on y mange les jeunes 
tiges et les jeunes inflorescences ; les fibres servent à faire des cordes. 
Les Cardamomes (Eletiarie Cardamomes) sont voisines; les graines 
sont utilisées comme poivre ou girofle. Dans YAmome Mele- 
gueta, les graines ont le même emploi; le connectif est aussi sans 
prolongement, mais il est élargi, ce qui n'est pas le cas dans les 
Cardamomes. 

Une autre Zingibérée intéressante est le Curcuma long, dont 
le rhizome arrondi, ovoïde, avec de nombreuses racines, est plus 
épais et plus court que celui du Gingembre; ce rhizome est riche 
en amidon; il fournit l'arrow-root de l'Inde orientale, le tichir ou 
tikhur; on l'ajoute au chocolat et au cacao comme condiment. Il 
donne également une matière colorante jaune qui sert à colorer le 
papier, le bois, le cuir, le tussah. 

Chez les Kœmpferia, le connectif de l'étamine est à prolonge- 
ment vers le haut, tandis que dans les Curcuma il se prolonge 
vers le bas. On cultive le Kœmpferia Galanga, que l'on emploie 
comme médicament et comme parfum. 

Les Marantées ou Cannées constituent le troisième groupe 
de Scitaminacées, caractérisé par l'existence seulement d'une moitié 
d'étamine, le reste de l'organe étant pétalisé. La fleur du Canna 
ou Balisier est à trois sépales, trois pétales soudés en tube à la 



base à six pièces internes pétaloïdes, trois staminodes externes cor- 
respondant à trois étamines transformées; un labelle, grande lame 
correspondant au verticille interne, puis l'étamine à moitié péta- 
lisée ; enfin le stigmate lui-même se transforme en une lame colorée. 
Les plantes de ce genre ont été l'objet d'une culture très intense 
de la part des horticulteurs. Citons notamment le Canna d'Anne, 
hybride du C. de l'Inde et du C. du Népaul. En dehors des 
espèces ornementales, il y en a d'alimentaires : le Canna comes- 
tible ou capacho ioloment (tous les mois, à cause de sa fécon- 
dité) est un aliment féculent; un rhizome peut peser jusqu'à 
22 kilogrammes; le C. cocciné, le C. de l'Inde, sont utilisés en 
Afrique. 

Il y a dans le groupe des Cannées une autre plante alimentaire 
plus importante encore. C'est celle qui fournit Varrow-rooi du com- 
merce, Vamylum Maraniœ, \esalep des Indes occidentales; c'est le 
Maranta arondinacé, espèce cultivée dans les régions tropicales pour 
son rhizome qui contient de la fécule blanche, de digestion facile, 
employée par les personnes délicates et dans les maladies des enfants 
notamment. Les rhizomes sont comprimés, charnus; la tige aérienne a 
2 à 3 mètres de haut, lesfeuilles inférieures sont réduites à des gaines, 
les supérieures sont à long pétiole, à limbe ovale arrondi à la base, 
aigu au sommet ; les fleurs sont blanches, en cyme terminale lâche, 
bipare; le fruit est à une seule loge; il n'y a pas cinq staminodes 
comme dans le Canna, mais deux staminodes latéraux. On cultive 
dans les serres un certain nombre d'espèces de ce genre, qui sont 
ornementales par leurs feuilles tachetées. On peut citer encore les 
Phrynium et les Calathea, et, parmi les espèces de serre chaude, 
les Thalia dealbata, qui sont de belles plantes aquatiques. 





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Ravenala et sa fleur. 
LES PLANTES 



Strelitzia de la Reine, 



Balisier ou Canne d'Inde, 



13, 



130 



LES PLANTES 






Colonie d'Orchis pourpres, en forêt de Carnelle. 




Fabrication des boites pour l'exportation des Orchidées, à Madagascar. 




fol 



Fig. 186. — Fleur d'Orchidée. 

A, Diagramme d'une fleur; B, Ensemble d'une fleur; 
C, Mode d'ouverture du fruit. 



Néottie. 



A, Fleur : a, Gynostème ; 6, Labelle ; 

c, Sépale; d, Pétales latéraux; 
e, Ovaire ; /, Bractée ; B, g, Anthère. 



LES ORCHIDEES 

Organisation. — Parmi les merveilles du règne végétal, les 
Orchidées tiennent le premier rang ; la grandeur de leurs rieurs, 
leurs brillants coloris, leurs parfums enivrants, séduisent tous ceux 
qui les examinent; leur aspect étrange frappe tout d'abord, car ce 
sont des plantes de petite taille, malgré la grande dimension des 
organes floraux; leurs tiges, souvent bulbeuses, leurs feuilles épais- 
ses et rigides, leurs racines aériennes argentées éveillent tout de 
suite notre attention et nous apprennent que nous n'avons pas af- 
faire à des plantes ordinaires. Nous ne nous doutons pas de ces 
singularités quand nous étudions les Orchidées indigènes, beaucoup 
moins brillantes, que nous rencontrons d'ordinaire dans les prés 
humides et dans les bois sombres. 

En déterrant un Orchis indigène, nous trouvons deux tubercu- 
les à sa base, souvent ovoïdes, parfois palmés; l'un d'eux est 
jeune, gonflé de matière nutritive; l'autre est ridé, brunâtre, en 
voie de résorption ; ce dernier, en effet, a servi à nourrir la pousse 
florale qui s'épanouit au moment où nous récoltons la plante en 
fleurs. Les palmures qui existent parfois dans les tubercules indi- 
quent exactement son origine : c'est un faisceau de racines ou un 
cas de fasciation dans les organes radiculaires, mais il semble que 
cette anomalie des organes souterrains soit en relation avec la pré- 
sence d'un Champignon dans les racines, bien que cependant les 
filaments de l'endophyte n'existent pas dans les tubercules. Lors- 
qu'à l'automne un seul tubercule subsiste à la suite de la décom- 
position du plus ancien et que des racines ordinaires simples, non 
fasciées, sortent pour nourrir la plante, elles sont rapidement en- 
vahies dans leur écorce par un endophyte qui existe dans le sol. 
La présence de cet être étranger a des conséquences sur l'évolu- 
tion du jeune bourgeon prêt à se développer; il est probable que 
le Champignon produit des toxines qui agissent à distance, car elles 
amènent la tuméfaction des bourgeons et la formation de cette 
tumeur qu'est le tubercule, constitué de racines fasciées (p. 59). 

Ces quelques mots suffisent pour montrer que l'Orchis est une 
plante assez singulière; nous aurons une confirmation de cette 
opinion en examinant la fleur. La hampe florale est portée à l'ex- 
trémité de la tige feuillée, dont les feuilles élargies, dépourvues 
de pétiole, sont souvent maculées. 

La fleur (fig. 186) naît à l'aisselle d'une bractée plus ou moins 
développée; elle a un ovaire infère, surmonté d'un périanthe formé 
de six pièces : trois sépales et trois pétales. Le sépale médian et 
les deux pétales latéraux sont rapprochés à la partie supérieure, de 




Gynostème d'un Orchis. 



A, Fleur d'Orchis mâle coupée en long (sépales et pétales laté- 
raux coupés) ; B, Face antérieure d'une fleur d'Orchis pyramidal ; 
C, Sa pollinaire ; D, La même, avec une seule pollinie ; E, Pollinie 
fixée sur un stylet par contraction du disque. — a, Anthère ; 
b, Rostellum ; c, Ovaire tordu ; d. Bractée ; e, Éperon ; /, Disque 

adhésif déjà contracté ; g, Caudicule ; p, Pollinie ; s, Stigmate. 



laçon à con- 
stituer un 
casque qui 
s'oppose à 
la partie in- 
férieure , 
composée 
de deux sé- 
pales latéraux et d'un pétale médian ; ce dernier prend un grand 
développement et porte le nom de labelle. C'est ce labelle qui, 
par son amplitude, par la variété de ses formes, par la richesse de 
ses teintes, contribue à rendre les Orchidées si remarquables. 
Dans \' Orchis, il est découpé d'ordinaire en avant et pi-ésente en 
dessous un éperon où s'accumule du nectar, que viennent chercher 
les insectes, qui en sont friands (fig. 188). La partie mâle de la fleur se 
compose d une seule étamine qui est sous le casque et qui se fend 
longitudinalement pour mettre en liberté deux masses polliniques 

liées, par une sorte d'appendice 
| appelé caudicule, à une masse 
gélatineuse renfermée dans une 
petite bourse placée en avant. 
C'est cette pelote gélatineuse qui 
s attache au corps de l'insecte et 
qui sert à la fécondation croisée 
(p. 61). Cette étamine est sou- 
dée au style, de façon à faire un 
organe hermaphrodite que 1 on 
appelle un gynostème. L'ovaire 
est à une seule loge et pourvu de 
trois placentas pariétaux ; il porte 
un très grand nombre d'ovules, 
tellement petits qu'on les a com- 
parés à de la sciure de bois; les 
graines qui se développent après 
la fécondation, au bout d'un 
temps assez prolongé, de plu- 
sieurs semaines dans les Orchi- 
dées indigènes, mais de plusieurs 
moispour les Orchidées exotiques 
cultivées dans nos serres, ne sont 
d'ailleurs guère plus grosses que 
les ovules eux-mêmes; elles ren- 
Néottie nid d'oiseau (fleur). ferment un embryon extrêmement 




LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



151 




a 



mi-a 



petit, indifférencié, c'est-à-dire 
ne présentant ni radicule, ni ti- 
gelle, ni cotylédons ; il est orné 
simplement de cellules sembla- 
bles, toujours dépourvues de 
Champignons. Le fruit est une 
capsule qui s'ouvre par six fentes : 
trois valves restant réunies aux 
deux extrémités, les trois autres 
devenant libres à leur partie su- 
périeure (fig. 186, C). 

Nous avons insisté sur la pré- 
sence du Champignon dans les 
racines et son absence dans la 
graine; c'est que la présence de 
cet endophyte, qui est d'ailleurs 
localisé dans les organes souter- 
rains, joue un rôle capital dans la 
vie de 1 Orchidée, et la germina- 
tion de la graine ne peut avoir 
lieu sans que son invasion se 
produise. 

A côté de l'Orchis que nous 
venons de décrire, il existe parmi 
les Orchidées indigènes un type 
très différent, c'est la Néoltie nid 
d'oiseau. C'est une plante non 
colorée en vert.d un blanc ocracé, 
qui ne donne jamais de feuilles 
vertes, car ces organes sont réduits à des écailles blanchâtres; elle 
habite dans les régions sombres des forêts et ses parties souterraines 
sont formées de racines serrées les unes contre les autres, restant 
courtes, se ramifiant à leur extrémité en dichotomies répétées, de 
manière que l'ensemble a l'aspect d'un nid (p. 59). 

Pour ces plantes, la vie en symbiose avec le Champignon est 
encore plus nécessaire, car la nutrition aux dépens de 1 anhydride 
carbonique de l'air n'a pas lieu. Dans ce groupe, les pollinies sont 
formées de pollen pulvérulent : c'est ce qui arrive d'ailleurs aussi 
chez l'Orchis ; la pollinie n'a pas ici de pédicelle et c'est par le 
sommet de l'anthère qu'elle s'attache aux corps étrangers (fig. 187). 

Culture des Orchidées épiphytes. — Dans la plupart 
des Orchidées des régions tropicales, le pollen reste agrégé en masses 
cireuses dont tous les grains sont fortement adhérents entre eux. 
Le mode d'existence est en outre différent ; ce sont presque toujours 
des plantes épiphytes, vivant sur les arbres et qu'on doit cultiver 
d'une manière très particulière, en harmonie avec leurs conditions 
naturelles d'existence. Nos cultures sont approvisionnées de ces 
plantes par les introductions nouvelles des explorateurs, par les 
envois des grands établissements horticoles des régions chaudes, 
Java, Brésil, Madagascar, etc. ; enfin par les plants obtenus de 
semis en serre. Les Orchidées épiphytes peuvent être suspendues 
à des morceaux de bois, à des troncs de Fougères en les attachant 
à l'aide d'un fil de laiton et en insinuant dans les anfractuosités 
qui existent entre la plante et le support du Sphagnum haché et 




Repiquage des jeunes Orchidées exotiques. 

B Jl\ 



Fig. 189. — Gy nostème de Vanda. 
A, Pollinaire vu de profil ; B, vu de 
face. — a, Masse adhésive ; b, Stylet ; 
c, Pollinie. 



un peu de racines de Polypode 
fragmenté; les bûches ainsi con- 
stituées doivent être suspendues 
près du verre, de manière à don- 
ner à ces plantes le maximum de 
lumière. On peut encore les in- 
staller dans un panier à jour, 
dans le fond duquel on met de 
gros morceaux de charbon, au- 
dessus une couche de Sphagnum 
et, enfin, le compost destiné à 
entourer les racines; ces paniers 
doivent être encore suspendus à 
la charpente de la serre où l'on 
cultive la plante. Enfin, pour les 
espèces qui ont des exigences 
moins grandes au point de vue 
de la vie aérienne, on les place 
dans des pots dont on remplit à 
moitié le fond avec des tessons 
de pots, cassés de manière à assurer le drainage ; on recouvre d'une 
couche mince de Sphagnum, puis on met les plantes que l'on 
attache à un support et l'on entoure les racines du compost ordi- 
naire, formé d'un mélange, haché à parties égales, de Sphagnum 
et de racines de Polypodes; la surface du pot est ensuite recouverte 
supérieurement par des têtes de Sphagnum, dont la décoloration 
indique la nécessité de l'arrosage. Les pots ainsi préparés sont 
placés sur des tablettes ou des étagères à claire-voie, de manière 
que toujours l'eau qui sort du pot, par le trou inférieur, puisse 
s'écouler; on met d'ailleurs souvent les récipients sur d autres pots 
vides et renversés. On voit quelles précautions minutieuses on a 
été obligé de prendre pour simuler, dans nos serres, la vie épiphyte 
à laquelle les Orchidées sont habituées dans les régions chaudes. 
Il y a lieu de distinguer deux groupes parmi ces plantes aériennes: 
les Vandées et les Êpidendrées. Les premières ont des pollinies 
cireuses attachées sur un long stylet à une glande gélatineuse qui 
adhère d'une manière très forte au corps des insectes ; en outre, 
leur inflorescence est toujours latérale ; dans les secondes, les masses 
polliniques cireuses sont dépourvues toujours de glandes, fréquem- 
ment le caudicule manque; enfin, leur inflorescence est presque 
toujours développée à l'extrémité de la tige. 

Vandées. — Deux aspects très distincts de l'appareil végétatif 
peuvent s'observer dans les Vandées. La tige reste cylindrique, 
dressée, simple, avec deux rangées de feuilles insérées à droite et 
à gauche, et elle s'accroît par son extrémité d une manière continue, 
portant de côté des pédoncules floraux, nés à 1 aisselle des feuilles : 
c'est le cas des Sarcanthées ; ailleurs, la tige se renfle en pseudo- 
bulbe formé d'un ou plusieurs entre-nœuds et 1 accroissement de 
la plante se fait par un sympode qui rampe à la surface du sub- 
stratum nourricier : c'est le cas des Oncidiées, etc. 

Le groupe des Sarcanthées (fig. 190) est illustré par une série 
de genres remarquables de serre chaude, tels que les Angrœcum, 
à fleurs en général grandes et surtout pourvues d'un très long épe- 
ron, qui peut atteindre, dans le fameux Angrœcum d'un pied et 




Orchidée épiphyte (Angrœcum) 



Vauda tricolore. 



Fi£. 190. — Sarcanthe. u.Fleur. Fiji. 191. — Saccolabe. A, Fleur. 



152 



LES PLANTES 





Aspasie panachée. 



Brassia verruqueuse. 



Dendrobe crochu. 



demi, de Madagascar, jusqu'à 45 centimètres; les Aérides, à épe- 
ron beaucoup plus court et courbé en avant, ont une grappe un 
peu plus serrée; la grappe devient tout à fait dense dans les Sac- 
colabes (fig. 191), mais les fleurs, par contre, deviennent plus 
petites et sont dépourvues d'éperon ; il en est de même des Vanda, 
dont les fleurs sont en général plus grandes, plus espacées, formant 
une sorte de grappe assez lâche. Les Phalenopsis appartiennent 
au même groupe et leur corps floral a été comparé à un insecte; 
c est le labelle qui est surtout de forme compliquée, avec des lobes 
latéraux, largement dilatés en palettes ovales, relevées sur les côtés ; 
le lobe terminal est en forme d'ancre, avec deux cornes à sa base, 
se rétrécissant vers la pointe, qui se termine quelquefois par deux 
filaments tordus en spirale. Toutes ces plantes se développent dans 
les régions asiatiques et malaises et dans l'archipel de la Sonde. 

Le groupe des Oncidiées est, au contraire, surtout américain. Il 
est rendu populaire par les Odontoglossum, qui sont des plantes 
merveilleuses; VOdontoglosse crispée notamment est l'objet d'une 
grande culture pour la fleur coupée, et l'exploitation des forêts des 
environs de Pacho, à 30 milles de Bogota (Colombie), où se trouve 
cette espèce, est faite d'une manière tout à fait intense par les indi- 
gènes ou peons, en très grand nombre, qui se livrent à cette chasse 
fructueuse; cette exploitation abusive ne tardera pas à faire dispa- 
raître cette parure de la forêt vierge. Les Odontoglosses ont, au 
point de vue cultural, cet avantage d'être des espèces le plus sou- 
vent montagnar- 
des qui s'accom- 
modent d'une 
faible quantité 




Fig. 192. — Gynostème du Catasetum. 
A, Fleur débarrassée du périanthe, sauf le labelle : B, Co- 
lonne vue de face : C, Sa coupe longitudinale ; D, E, Polli- 
naire, faces supérieureet inférieure.— a, Appendices tactiles ; 
b, Labelle; c, Pollinie; d, Son pédicule; e, Disque adhésif ; 
f Pointe de l'anthère ; s, Stigmate. 



Fig. 193. — Gynostème 
d'Epidendre (Cattleyà). 
A, Coupe de la fleur ; B, Co- 
lonne vue de face ; C, Pollinaire; 
D, Anthère vue en dessous. — 
o, Pollinie ; ô, Anthère ; c, Ros- 
tellum ; d, Caudicule ; e, Sacs ; 
s. Stigmate. 



de chaleur et qui peuvent être placées dans la serre peu chauffée, 
même dans la serre froide. La forme de leur grand pétale est très 
caractéristique ; leurs pétales et sépales sont étalés en étoile, mais 
leur labelle, qui est étalé dans sa partie terminale, présente une 
coudure à sa base; cette inflexion manque dans les Oncidies et les 
Miltonies, qui sont, au contraire, étalés dans un plan : les premiers 
ont un labelle contracté à la base; les seconds, au contraire, ayant 
ce grand pétale très élargi, échancré au sommet; la base ou disque 
du labelle est pourvue dans les Oncidies de crêtes, tubercules ou 
verrues qui manquent d'ordinaire dans les Miltonies. A côté se 
placent les Cochlioda, à pétales soudés à la colonne du gynos- 
tème à la base, et aussi les Brassia, ces derniers caractérisés par 
leurs sépales et pétales effilés, très étroits et très longs; les Ada, 
dont la fleur ne s'ouvre pas; les Trichopilia, dont le labelle est 
en forme de cornet. Dans tous ces types, les feuilles sont charnues, 
épaisses, solitaires ou par deux ou trois au sommet des pseudo- 
bulbes formés d'un seul entre-nœud. 

Dans les autres Vandées, les feuilles deviennent plissées; elles 
sont moins épaisses que dans les genres précédents et parcourues 
par de nombreuses nervures presque parallèles. C'est là que se 
placent les Zygopétales à fleur étalée, à labelle élargi en éventail 
présentant à sa base un coussinet transversal; les Hunileya, 
superbes plantes de 1 Amérique du Sud ; les Lycastes, dont les 
trois sépales sont plus grands que les pétales et que le labelle; les 
Anguloa, dont la fleur globuleuse ne s'ouvre pas et rappelle celle 
d'une Tulipe. Dans les Cymbidies, le labelle a les lobes latéraux 
relevés en gouttière, le lobe terminal étant au contraire rabattu par 
ils ont d'ailleurs des pseudo-bulbes allongés, formés de 
plusieurs entre-nœuds, tandis que dans tous les genres 
précédents le pseudo-bulbe est à un entre-nœud; les Eulo- 
phies et Lissochiles à labelle pourvu d un éperon, ces 
derniers ayant les pétales plus grands que les sépales. Ci- 
tons, enfin, lesMaxil- s 



laria à grandes feuil- 
les solitaires, longue- 
ment pédonculées. 

Un dernier type 
mérite d'être men - 
tionné dans les Van- 
dées à feuilles plis- 
sées : ce sont les 
Stanhopées, dont le 
labelle est charnu ; 
ce sont certainement 
les plus étranges des 
Orchidées ; c'est là 
que se rangent les 
Stanhopes, dont l'in- 
florescence pendante 
est formée de fleurs 
qui rappellent un 




Fig. 194, — Catasète, 




ORCHIDEES 

I. Disa grandiflora. — 2. Cypripedium Sanderianum. — '3. Cypripedium Madame Engelhardt (C. insignu Maulci « Spiccrianum ■ C. x Lecanam). 
4. Cypripedium Rothschildeanum. — 5. Vanda caerulea. — 6. Vanda Sanderiana. — 7. Odontoglossum grande. — 8. OdontoÉlossum crispum. — 9. Zygopetalum 
crinitum. — 10. Epidendrum vitellinum. — 11. Masdewallia Harriana. — 12. Lycaste Skinneri. — 13. Dendrobium nobile. — 14. Dendrobium Phalœnopsis. 
lS.Phalcenopsis firandiflora.- 16. Oncidium Papilio. 17. Cattleya citrina. 18.Cattleya Triana:.— 19,Cattleya Dowiana.— 20.La;lia purpurata. — 21. Angrœcum 
sesquipedale. - 22. Stanhopea Kucephala. — 23. Miltonia Phalœnopsis — 24. Maxillaria Sanderiana. — 25. Orchis purpurea. - 26. Cypripedium calceolus, 

27. Cephalanthera pallcns. — 28. Serapias neglecta. — 29. Ophrys aranifera. 
IM.ANTES — 13 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



153 






Récolte de la Vanille, à la Guadeloupe. 



Spiranthe d'automne. 



Cl. F. Faideau. 
Loroglosse à odeur de bouc. 



oiseau qui plane; les Caiaselum (fig. 192 et 194), dont le gynos- 
tème est pourvu de deux appendices filiformes qui fonctionnent 
comme des organes tactiles, de sorte qu'au moindre contact d'un 
corps étranger, d'un insecte, par exemple, qui vient visiter la fleur, 
le système pollinique est lancé à la façon d'un projectile qui s'at- 
tache comme de la glu à l'animal. Les Acineta ou Fleurs du Saint- 
Esprit sont de ce groupe : elles doivent ce nom à deux appendices 
du labelle qui ont été comparés aux deux ailes d'une colombe. 

Epidendrées. — Dans les Ëpidendrées, les pollinies sont ou 
bien sessiles, sans caudicule ni glande adhésive, ou bien elles 
ont un caudicule, mais jamais de glande; l'inflorescence est d'or- 
dinaire terminale. Parmi les plus remarquables représentants de 
ce groupe, on peut citer les Êpidendres, qui sont les plus an- 
ciennement connus, et, du temps de Linné, presque toutes les Or- 
chidées exotiques étaient appelées des Êpidendres, parce qu'elles 
poussaient sur les arbres; mais les deux genres les plus remarqua- 
bles du groupe sont surtout les Cattleya (fig. 193) et les Lœlia; 
il n'y a pas de fleurs plus belles, et il n'y en a pas maintenant de 
plus connues, à cause de la splendeur du coloris et de leur grande 
taille. Dans ces deux genres, il y a des pétales particulièrement 
larges et un labelle en forme de cornet; ils peuvent, à cause de 
cette similitude d'aspect, être confondus l'un avec l'autre, mais ils 
se distinguent par la constitution de l'étamine : il n'y a que quatre 
pollinies dans les Cattleya, il y en a huit dans les Laelia. Ces 
plantes merveilleuses ont été croisées entre elles et les hybrides ob- 
tenus, que l'on appelle des Lœlio-Cattleya, sont d'une grande 
beauté et se vendent parfois au poids de l'or. Dans les Sophronitis, 
qui sont très voisins, le cornet du labelle est plus accusé encore; 
mais tandis que les lobes latéraux étaient précédemment libres, ils 
deviennent ici connivents et masquent complètement le labelle. 

Dans tous les types d' Epidendrées que nous venons de signaler, 
les inflorescences sont terminales et les feuilles pliées dans le bou- 
ton, de manière que les bords ne se recouvrent pas ; il en est 
encore de même dans les Thunia, qui 
ont un port élancé et à pseudo-bulbes 
très allongés; leurs belles fleurs ont le 
labelle un peu en cornet, pourvu d'un 
éperon à la base. L'éperon manque 
chez les Cœlogyne, qui ont, au con- 
traire, des pseudo-bulbes. 

L'inflorescence est latérale chez les 
Phajus, plantes terrestres ressemblant 
beaucoup aux Thunia, mais ici toutes 
les feuilles sont à la base et à nervures 
nombreuses, plissées; le labelle est 
libre, bien qu'entourant le gynostème. 
Dans les Calanthe, il est soudé à lui et 
l'éperon est assez allongé. Les Chysis 
sont, au contraire, dépourvus d'éperon, 
mais pourvus d'un menton, c'est-à-dire 
de deux sépales latéraux décurrents sur 
le pied de la colonne. Les Blelia, très 
voisins, sont dépourvus de menton. 




Fig. 195. 
Gynostème d'un Spiranthe. 

A, Gynostème ; B, Vue latérale, pé- 
rianthe enlevé et pointillé ; C, Stigmate 
et rostellum vus par-devant ; D, Les 
mêmes, moins le disque visqueux. — 
a, Stigmate ; 6, Anthère ; c, Rostellum ; 
d, Disque visqueux. 




Fig. 1%. — Cryptophoranthe. Fig. 197.— Orchis tacheté. 



Dans les Acanihephippium, qui 
appartiennent à cette même sous- 
tribu des Phajinées, la fleur a la 
forme d'une urne formée par le 
rapprochement des sépales ; les sé- 
pales latéraux sont soudés en haut, 
mais laissent vers le bas une fente 
ou boutonnière par laquelle fait 
saillie le labelle caché autrement. 
/ <èJ § ^ /^%ik L'inflorescence est latérale et le 

labelle mobile, articulé, dans les 
Dendrabiées et les Bulbophylli- 
nées; les premières ont une tige 
plus ou moins épaisse tout du long, 
quelquefois à articles successive- 
ment renflés en chapelet. Le genre 
Dendrobium est un genre asia- 
tique et océanien qui renferme 
des espèces très nombreuses de 
toute beauté ; les fleurs sont pour- 
vues d'un menton accusé ; le la- 
belle est évasé en entonnoir. Les 
Bulbophyllinées comprennent des genres singuliers, comme les 
Megaclinium, à hampes florales aplaties sur le milieu desquelles 
apparaissent de petites fleurs; les Cirrhopitalum, dont l'inflores- 
cence est une ombelle, et les Bulbophyllum, dont la hampe est 
cylindrique et les fleurs en épis ou solitaires. Chez quelques-unes 
de ces espèces, la mobilité du labelle et l'excitabilité de cils tactiles 
est très remarquable. 

Enfin, un dernier groupe d'Épidendrées est celui des Pleuro- 
thallidinées, qui ont des tiges filiformes, sans pseudo-bulbes et, 
dans la fleur, des sépales prédominants; c'est ce qui arrive, par 
exemple, dans les Masdeûallia, où les trois sépales sont soudés en 
coupe à la base et s'effilent d'ordinaire en longs appendices, for- 
mant trois sortes de queues qui ren- 
dent ces fleurs très différentes de toutes 
les autres Orchidées ; les pétales et le 
labelle sont petits et cachés dans le 
tube calycinal. Les Cryptophoranthes 
(fig. 1 96) ont trois sépales soudés à la 
pointe, laissant par conséquent sur les 
côtés deux fentes latérales. 



Néottiées. — Les Néottiées et 
les Ophrydées, qui comprennent la 
plupart des Orchidées indigènes des 
pays froids, se distinguent des Vandées 
et des Epidendrées par leur pollen 
qui est pulvérulent, au lieu d'être formé 
de masses d'assez forte taille et de 
consistance cireuse. Ce groupe com- 
prend surtout les Sobralia,- qui ont 
l'aspect de Cattleya, avec une tige 
élevée, des feuilles plissées, mais qui 



154 



LES PLANTES 




ï .» . Jf - Si «*- 








lui 

Cl. F. Faîdcau. 



Orchis singe. 



Ophrys mouche. 



Groupe de Cypripèdes. 



sont terrestres; les Vanilles, qui sont des plantes grimpantes, à 
labelle en cornet, que l'on cultive à la Réunion pour leurs fruits 
allongés. Enfin, c'est dans ce même groupe que se rangent ces jolies 
Orchidées délicates, exigeant en serre chaude la culture sous châssis, 
que l'on appelle les Aneciochilus, les Dossinia, les Hœmaria, 
les Macodes : leur feuillage est d'une singulière beauté, velouté 
et parcouru de nervures d'or ou d'argent. 

Ophrydées. — Les Ophrydées comprennent les Orchidées 
indigènes à pollen pulvérulent et basitones, le pollen s'attachant 
par un caudicule à la base de l'anthère; les unes ont des tuber- 
cules souterrains : tels sont les Ophrys et les Orchis, qui se distin- 
guent l'un de l'autre par l'existence de deux bursicules pour contenir 
des glandes adhésives attachées à la masse pollinique dans le pre- 
mier genre et d'une seule petite bourse dans le second. Il y a deux 
glandes adhésives dans les Orchis (fig. 197), tandis qu'il n'y en 
a plus qu'une, dans une seule bourse, chez les Serapias, les Aceras, 
les Loroglosses, les Anacamptis; les Serapias sont des Orchi- 
dées de la région méditerranéenne, à lobe médian du labelle large, 
non divisé et terminé en pointe. Chez les Spiranthes (fig. 195), 
les fleurs, petites et blanches, sont disposées sur la hampe suivant 
une ligne spirale. Les Céphalanthères ont un rostellum presque 
avorté, le labelle est éperonné; la Céphalanthère rouge est com- 
mune dans nos bois. 

Le labelle est, au contraire, divisé en quatre parties, qui ont été 
comparées à deux bras et à deux jambes, dans YAcéras homme 
pendu; la tête du pendu, étant orientée obliquement par rapport 
au labelle, est constituée par le casque du sépale dorsal et des 
sépales latéraux. Dans le Loroglosse, le labelle est démesurément 
long et enroulé en spirale dans le bouton, tordu sur lui-même 
quand il est épanoui. L' Anacamptis 
pyramidal a un labelle relativement pe- 
tit, trilobé, avec deux bourrelets longi- 
tudinaux. Nos Ophrys indigènes se ren- 
contrent sur les coteaux secs ; ce sont 
de charmantes petites plantes, dont le 
labelle épais et velouté ressemble fré- 
quemment à un insecte : d'où les noms 
d' Ophrys mouche, O. araignée, 
O. abeille, O. frelon. 

Le rétinacle ou glande est nu dans 
la Gymnadénie et le Plaianthère, qui 
se distinguent par leur éperon très long 
et parfois renflé vers l'extrémité. Dans 
tous les genres précédents, les stigmates 
sont en creux, tandis qu'ils sont, au con- 
traire, en saillie dans un grand genre 
exotique à grands éperons, appelé Ha- 
benaria. Les Disa sont des Ophrydées 
du Cap que l'on rencontre dans les cul- Fig. 198.— Satyrion. 



tures; elles ont un sépale médian prolongé en casque et éperonné 
dans le dos; dans les Satyrions (fig. 198), qui sont voisins, le 
labelle présente deux éperons à la base. 

Importance des Orchidées. — L'importance économique 
des Orchidées résulte de la beauté de leur fleur et de l'engoue- 
ment des classes riches d'Angleterre, de Belgique, de France, etc., 
non seulement pour les espèces rares, mais pour les variétés nou- 
vellement signalées, et il n'est pas rare de voir une variété d'Odon- 
toglossum atteindre un chiffre fantastique dans les ventes qui se 
font à Londres. Il y a d'ailleurs un cas bien compréhensible où les 
prix doivent être très élevés : c'est lorsqu'il s'agit de créations faites 
de toutes pièces par l'art de l'horticulteur. Tel est le cas des hybrides : 
il y a, à ce point de vue, dans le domaine des Orchidées, des 
choses absolument merveilleuses dont le public n'a aucune idée. 
Depuis les expériences de Dominy, qui remontent à 1856, on a 
fait des croisements extrêmement nombreux dans la famille des 
Orchidées; pour ne citer que le sous-genre de Cypripède, Pa- 
phiopedilum ou Sabots de Vénus de l'ancien monde tropical, on 
en connaît à l'heure actuelle plus de 600, en éliminant tous les 
synonymes et en passant au crible les types mal connus. On a croisé 
par exemple le Cypripède de Fairrie, qui est une espèce du 
Bhotan, des régions montagneuses de l'Inde, avec toutes les autres 
espèces des contrées tropicales asiatiques et océaniennes (barbaium, 
spicerianum, Curtisi, etc.), et on a obtenu des hybrides remar- 
quables sur lesquels la parenté se lit à livre ouvert. Chacun de ces 
hybrides se multiplie par division du rhizome, ce qui permet de 
conserver indéfiniment chaque nouvelle création, de sorte qu'au 
lieu de 70 espèces de Sabots de Vénus, on en connaît maintenant 
plus de I 500, avec toutes les variations et les hybridations réci- 
proques. D'ailleurs pour obtenir cha- 
cun d'eux il faut des années d'efforts 
et de patience, car souvent près d'une 
année est nécessaire pour avoir des 
graines, et plusieurs années ( parfois 
une vingtaine) pour les élever. On 
conçoit donc qu une de ces mer- 
veilles, quand elle apparaît, se paye 
5 000 à 10 000 francs, et ce n'est pas 
trop payé. Citons aussi les Sélénipèdes 
(fig. 199), qui ont des fleurs en grap- 

f>es avec un ovaire à trois loges, au 
ieu d'être isolées, avec ovaire à une 
loge. Les fruits aromatiques du Sélé- 
nipède chica ou Vanille en arbre sont 
employés comme succédané de la Va- 
nille. Signalons aussi ÏAngrœcum jra- 
grans, dont les feuilles servent, à Ma- 
dagascar, à préparer une sorte de thé, 
Fig. 199.— Sélénipède. appelé jaham. 





LE PROTÉE ARGENTÉ (PROTEA ARGENTEA) OU ARBRE D'ARGENT DU CAP. 



V. — DICOTYLÉDONES APÉTALES 



Les Dicotylédones, plus nombreuses et moins homogènes que 
les Monocotylédones, sont divisées en trois groupes : celui des 
Apétales, qui n'ont qu'une seule enveloppe florale ou qui en sont 
dépourvues; celui des Gamopétales, à pétales soudés; enfin, celui 
des Dialypétales, à pétales libres entre eux (fig. 200). Chacun de 
ces groupes est ensuite divisé en familles. 

Les Apétales sont les plantes Dicotylédones les moins élevées 
en organisation. Voici comment on les divise : 

, m M calice Urlicacées. 

rieurs J ... D , , 

\ à sexes séparés. Pas de calice . ) Akène .... Platanacee, 

Uvaire I < ' Capsule. . . . balicinacees. 

supère. \ f\ emt j P as de calice Pipéracées. 

f hermaphrodites. | 1 calice Polygonacées. 

Ovaire ( I ou 2 ovules dans chaque loge Amentacées. 

infère. | Plus de 2 ovules dans chaque loge Aristolochiacées. 

Autour de plusieurs de ces familles s'en groupent d autres 
moins importantes que nous signalerons. 

LES URTICACÉES 

Urticées, Morées. — Les Urticacées constituent un grand 
groupe renfermant des plantes assez disparates. On y rattache d abord 
des herbes à feuilles opposées urticantes, comme les Orties (fig. 200 
et 202), dont les poils raides se brisent en se détachant (fig. 201) 
et déversent dans la peau un suc qui produit une vive brûlure; la 
piqûre de certaines espèces exotiques est très redoutable. Les 
fleurs sont à quatre sépales et, dans les fleurs mâles, à quatre éta- 
mines dont les filets sont courbés dans les boutons et se détendent 
brusquement, sous l'influence de la sécheresse, quand la fleur 
s'ouvre, en projetant le pollen ; dans les fleurs femelles, il y a quatre 
sépales, un pistil à ovaire à une seule loge contenant un ovule 
droit, et le fruit est un akène. La Bœhmerie blanche est voisine, 
mais sans poils urticants ; c'est une plante textile de la plus grande 
importance, connue sous le nom de Ramie blanche, China grass ou 
Chouma; la Ramie verte est la Bœhmerie très tenace (ou utile). 




Fig. 200. — Dicotylédones 
dialypétale ; gamopétale ; 

Géranium. Tabac. 



à corolle : 
apétale. 

Ortie. 

a, fleur mâle. 

b, fleur femelle. 



Les Pariétaires qui 
croissent sur les murs 
et les Bleckjoodea à 
caoutchouc appartien- 
nent aussi aux Urti- 
cées. 

Dans les Morées, 
les filets des étamines 
sont courbés, mais les 
ovules sont aussi cour- 
bés et non droits; il y 
a d'ailleurs du lait dans 
les tissus. C'est là que 

se rangent les Mûriers et les Broussoneties. Le Mû 
rier noir est indigène dans notre contrée; le Mûrier 
blanc est une espèce de la Chine; il est connu dans ce pays depuis 
les temps les plus anciens, où il sert par ses feuilles à la nourriture 
du ver à soie; cette plante s'est répandue vers le XI l" siècle dans la 
région méditerranéenne; elle a été rapportée en France en 1494, 
après la conquête de Naples par les armées françaises, sous 
Charles VIII. Dans la mûre, les épis femelles présentent un épais- 
sissement des sépales après la fécondation et ils s'unissent aux 
sépales des fleurs voisines : il ne faut pas confondre ce fruit avec 
celui de la Ronce (Rosacée). Le Broussonetia ou Mûrier à papier 
est utilisé au Japon et en Chine par son écorce qui sert à la fabri- 
cation de papier et de tissus ; ses feuilles présentent un polymor- 
phisme assez remarquable; elles ont parfois trois lobes, dont un 
médian plus grand et deux latéraux plus petits; ailleurs un lobe 
avorte; enfin, souvent les feuilles sont entières. L Orange des 
Osages ou Maclura orangé est un arbre de l'Amérique du Nord 
qui servait aux Indiens à faire leurs arcs et ils tiraient une couleur 
jaune de son fruit. 

Artocarpées. — Dans les Artocarpées, les filets des étamines 
sont droits, les ovules renversés; il y a d'ailleurs du latex dans les 
tissus. C'est à cette tribu que se rattache Y Arbre à pain ou Arto- 



156 



LES PLANTES 






Fruits du Jacquier. 



Castilloa élastique. 




M O) 

a b 

Fig. 202. 

Diagramme 

de la fleur d'Ortie. 

a, Fleur à étamines ; 
b, Fleur à pistil. 



Fruits de l'Arbre à pain. . , . 

carpe incise. Les 

fleurs femelles sont 
groupées en une sphère et elles 
donnent un fruit composé, hérissé 
de piquants et de la grosseur d'une 
tête d'homme. Coupé en tranches 
et légèrement grillé, il peut être 
consommé comme du pain ; on peut 
en faire une pâte fermentée demeu- 
rant plusieurs années en terre. On 
conçoit qu un pareil arbre soit pré- 
cieux pour les populations qui le 
cultivent, car il suffit d'un petit nombre d'exemplaires 
pour nourrir une famille pendant toute l'année. L'Arbre 
à pain est une plante alimentaire, surtout dans les archi- 
pels de l'Océanie, notamment de la Société et des 
Marquises, etc. ; il y a une variété dépourvue de 
graines et une variété seminifère ayant soixante à quatre- 
vingts graines grosses comme des châtaignes. Le Jacquier est Y Ar- 
tocarpe à feuilles entières; son fruit, né sur le tronc, est plus 
volumineux, plus allongé : il pèse 1 5 kilogrammes et plus et contient 
des graines que l'on mange comme des châtaignes; la pulpe est 
crémeuse, mais d'odeur désagréable disparaissant à la cuisson ; on 
en fait des confitures. 

Dans les Castilloa élastique et d'Ule, qui ont des réceptacles 
étalés en un disque plus ou moins plan, le latex de la tige est 
utilisé pour fournir du caoutchouc. L.'Antiaris toxique Ipo, ou 
Upas, est employé par les indigènes, à Java et dans l'archipel de la 



Fig. 201. 

Poil 

d'Ortie. 

Très grossi. 




Fruits du Figuier sycomore. 



Sonde, pour empoisonner les flèches, car son suc est vénéneux. 
Dans le Brosime arbre à lait ou Arbre à la vache, le latex a une 
constitution qui se rapproche de celle du lait; il est particulière- 
ment caractéristique du Venezuela; il atteint 30 mètres de haut : 
ses réceptacles sont sphériques; on y trouve au centra une fleur 
femelle et, sur toute la surface, des fleurs mâles. 

Les fleurs des Figuiers sont portées sur un réceptacle en forme 
de coupe qui se rétrécit à la partie supérieure et se termine par un 
étroit orifice. Les fleurs mâles sont vers la partie supérieure, les 
fleurs femelles vers la partie inférieure de la coupe. Le genre Fi- 
guier comprend 600 espèces qui sont répandues surtout dans les 
pays chauds. La culture du Figuier commun ou Figuier de Carie 
est répandue surtout dans le bassin méditerranéen, où elle est 
connue depuis la plus haute antiquité, grâce au rôle des Blasto- 
phaga qui habitent et éclosent dans les Caprifiguiers ou Figuiers 
sauvages (p. 64). Le Figuier Sycomore est un arbre d'Egypte 
qui a joué dans la civilisation ancienne de ce pays un grand rôle 
religieux ; ses fruits sont comestibles. 

Ce rôle religieux des Figuiers se retrouve dans l'Inde, où le 
Figuier religieux (Pipala), à feuilles linéaires lancéolées, à pointe 
terminale allongée, est sacré pour les bouddhistes à Ceylan. Le 
port gigantesque de cette plante, que l'on retrouve dans le Figuier 
du Bengale, dans le Figuier Benjaminea de Java avec ses mille 
racines adventives qui pendent comme des colonnes, est caractéris- 
tique ; ces racines permettent laccroissement indéfini des plantes. 
Une autre espèce intéressante appartenante ce genre est le Figuier 
élastique, connu vulgairement sous le nom de Caoutchouc, que 
l'on trouve dans les appartements; en réalité cette espèce indo- 
malaise est l'objet de cultures en Assam, à Java, et on peut même 
au Tonkin la cultiver sur des terrains médiocres; elle fournit du 
caoutchouc qui est inférieur à celui de Para (Hevea), et ne peut 
rendre des services que là où les Hevea sont incultivables. 

A côté des Artocarpées, et n'en différant que par leur ovule 
dressé et non pendant, se placent les Cécropiées, qui méritent 
d'être rappelées à cause du genre Cecropia dont nous avons déjà 
parlé comme plante à fourmis (p. 66). 

Cannabinacées. — Les Cannabinacées sont également rat- 
tachées aux Urticacées ; elles n'ont plus de latex, l'ovule est 
courbé et les sexes sont séparés. Dans le Houblon lupulin, dioïque, 
la tige est volubile, les feuilles opposées; dans les fleurs mâles, 
il y a cinq sépales et cinq étamines qui leur sont superposées; 
dans les fleurs femelles, l'ovaire est entouré complètement par le 
calice en cupule; il y a au-dessus deux stigmates; après la floraison, 
les bractées femelles se développent et forment une sorte de cône 
couvert de poils glanduleux qui sécrètent la lupuline, cette matière 
amère qui fait utiliser la plante dans la fabrication de la bière. 

Le Chanvre a des feuilles opposées, alternes au sommet, mais, 
au lieu d être lobées, elles sont à cinq ou sept segments étroits 
dentés ; les pieds mâles sont très grêles ; sur les pieds femelles il y 
a des glomérules de fleurs avec un calice gamosépale à la base en 
sac tronqué; ses graines servent à la fabrication d'un savon noir et 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



157 






Figuier de Schlechter(N"'-Calédonie). 



Houblon dans une haie. 



Vieil Orme dans les champs. 



donnent une huile pour l'éclairage; ses fibres libériennes sont tex- 
tiles. Sur les feuilles se trouvent de petites glandes qui donnent une 
résine, base d une substance produisant l'effet de l'opium : c'est 
avec le Chanore indien, variété du Chanvre ordinaire, que le 
haschich est obtenu par des hommes à vêtements de cuir qui se pro- 
mènent dans les plantations : on obtient ainsi les chururs. Le mot 
assassin qui est devenu français vient de haschichins, secte qui a 
semé la terreur en Perse au II" siècle de l'hégire par ses méfaits 
dus à l'ivresse et au délire produits par le haschich. En Perse, on 
utilise les sommités fleuries en infusion. Le bois du Chanvre, séparé 
de l'écorce, sert à la fabrication des allumettes et fournit du charbon 
utilisé pour la poudre. 

Ulmacées, Celtidacées. — Les Ormes (Ulmus), qui sont 
des arbres à feuilles alternes dentées, appartiennent à une autre 
tribu, celle des Ulmacées, caractérisée par des fleurs herma- 
phrodites ou polygames et par l'absence de latex. Les fleurs de 
l'Orme champêtre sont petites, rougeâtres, et s'épanouissent dès 
février ; les fruits sont bordés d'une aile tout autour et constituent 
des samares ; l'écorce contient du tanin ; après rouissage, elle sert 
à faire des cordes et des nattes. L'écorce de l'Orme américain et 
celle de 1 Orme fauoe sont employées aux États-Unis pour faire 
des cataplasmes et des gelées nourrissantes ; le bois de tous ces 
arbres sert surtout au charronnage. Les Pla- 
nères aquatiques sont des arbres de régions 
marécageuses aux États-Unis qui appar- 
tiennent à la même tribu des Ulmacées, 
mais leur fruit n'est pas une samare. 

Les Celtidacées constituent un groupe 
voisin des Cannabinacées, dont elles se rap- 
prochent par l'ovule unique pendant en 
haut de la cavité ovarienne, par les stipules 
dont sont munies les feuilles, par la présence 
de deux styles stigmatitères ; ces deux tribus 
sont cependant très distinctes, parce que le 
Celtis austral ou Micocoulier est un arbre 
à feuilles alternes. La différence avec les 
Ormes tient à ce que le fruit est une drupe 
et non une samare ; son noyau est orné de 
rugosités en réseau ; les feuilles sont ovales, 
lancéolées, très longuement et finement acu- 
minées, dentées, épaisses, vert grisâtre des- 
sous. A côté des Micocouliers à style central, 
se placent les Zelkpiûa à style excentrique. 

Casuarinées, Platanacées, Pipé- 
racées. — Ces trois familles présentent 
des affinités variables avec le grand groupe 
des Urticacées dont il vient d'être question. 

Les Casuarina sont des arbres ou arbustes 
à feuilles très petites, verticillées par quatre 

LES PLANTES 




Casuariua à quatre valves. 



à vingt, concrescentes en une gaine qui enveloppe la base de 
l'entre-nceud, à rameaux verticillés; le port, par conséquent, rap- 
pelle un peu celui des Prêles. Ils habitent la Nouvelle-Calédonie 
et l'Australie. On utilise certaines espèces, notamment les Casua- 
rina à quatre valves et à feuilles de Prêle (filaos), à Madagascar, 
comme arbres supports pour la culture de la Vanille. Au point de 
vue anatomique, ces plantes présentent la singularité qui a été re- 
trouvée d'ailleurs chez les Bétulées, Corylées et Juglandacées, que 
le tube pollinique pénètre, non par le micropyle ou petit orifice 
du sommet de l'ovule, mais par la chalaze ou extrémité opposée. 
Elles forment un groupe très spécial. 

Les Platanacées comprennent de grands arbres, les Platanes 
vulgaires, dont on fait deux types : Platane d'Orient et Platane 
d'Occident. Leur tige s'exfolie par larges plaques minces ; à la 
base du pétiole, il y a des stipules soudées entre elles, formant 
une collerette complète autour de la tige et tombant de bonne 
heure. Les fleurs sont à sexes séparés, monoïques, groupées en 
capitules sphériques dont les uns portent les étamines, les autres 
les pistils. Les fruits sont des akènes serrés les uns contre les 
autres, constituant ces boules qui, en automne, sont suspendues 
aux branches des Platanes. 

Les Pipéracées ont des fleurs hermaphrodites, mais dépourvues 
de calice; elles forment des épis axillaires ou terminaux. Les Poi- 
oriers (Piper) sont d'ordinaire des plantes 
grimpantes à feuilles isolées, brièvement pé- 
tiolées, engainantes et munies de stipules 
concrescentes ; leur limbe est entier, en forme 
de cœur. Le fruit est une baie rouge à 
péricarpe mince ; la graine renferme un dou- 
ble albumen, un albumen proprement dit 
charnu et un périsperme amylacé. Les Pe- 
peromia sont des plantes de serre commu- 
nément cultivées qui appartiennent à cette 
même famille. 

LES POLYGONACÉES 

La famille des Polygonacées est repré- 
sentée par la Renouée alimentaire ou Sar- 
rasin ou Blé noir, dont l'akène contient 
une graine amylacée fournissant un aliment 
important pour les pays pauvres; les abeilles 
sont friandes du nectar des fleurs et elles 
en font du miel, servant à la fabrication du 
pain d épice. Dans la fleur des Renouées, 
qui est hermaphrodite, le périanthe est sur 
le type cinq, il y a cinq à huit étamines, 
l'ovule est droit. 

Dans la Rhubarbe, les fleurs sont sur le 
type trois, à trois sépales externes et trois 
sépales internes; l'androcéea neuf étamines, 

14 



158 



LES PLANTES 



trois fois deux étamines superposées 
aux sépales externes et trois étamines 
superposées aux sépales internes ; le 
pistil est à ovaire à une loge, à trois 
stigmates, à un ovule. La Rhubarbe 
est mentionnée dans les anciens livres 
chinois, 2700 ans avant J.-C; le co- 
lonel russe Przewalski a montré que la 
principale source de la Rhubarbe de 
Russie et de Turquie était la Rhu- 
barbe palmée (variété de Tangut) 
f>oussant dans le nord-est de la Chine ; 
a Rhubarbe de Canton était la R. of- 
ficinale. On cultive beaucoup la Rhu- 
barbe rhapontique en Angleterre : on 
fabrique des confitures purgatives avec 
les pétioles. 

Les fleurs des Oseilles (Rumex) 
sont parfois à sexes séparés ; elles ont six 
étamines externes seulement, superpo- 
sées par deux aux trois sépales externes ; 
les trois sépales internes n'ont pas d'éta- 
mines correspondantes dans les fleurs 
mâles. C'est à ce genre qu'appartient 
la Canaigre ou Rumex hymenosépale, 
plante à tanin importante de l'ouest du 
Texas, du Nouveau-Mexique. 

Chénopodiacées. — Les Ché- 
nopodiacées ont beaucoup d'affinités 
avec la famille précédente : elles ont 
des fleurs hermaphrodites, mais l'ovule 
est courbé au lieu d'être droit. La Bet- 
terave vulgaire appartient à ce groupe ; elle est à cinq sépales, cinq 
étamines, un ovaire à une loge à un ovule, surmonté de deux ou 
trois stigmates ; la variété Poirée est utilisée comme légume à la 
manière des Cardons; la variété râpa est alimentaire par sa racine, 
que l'on emploie cuite à l'eau ou au four pour la salade; on peut 
en retirer une sorte de vin doux et en faire des confitures ; c'est 
aussi une racine fourragère, précieuse pour l'alimentation du bétail, 
et une plante sucrière de premier ordre. 

L'Êpinard potager se distingue par sa dioïcité, le périanthe des 
fleurs mâles à 4-5 divisions, quatre à cinq étamines; dans les fleurs 
femelles, le périanthe globuleux s'accroît en épines après la fécon- 
dation, mais il y a une variété non épineuse. L.'Arroche des jar- 
dins (Atriplex) est cultivée comme 
épinard depuis longtemps sous le 
nom vulgaire de Bonne-Dame; elle 
a des feuilles un peu charnues. Le 
Quinoa (Chénopode Quinoa) est 
une espèce alimentaire de l'Amé- 
rique du Sud, dont les petites graines 
servaient déjà à l'alimentation des 
Incas, comme le montrent certains 
pains trouvés dans les tombeaux. 
Beaucoup de Chénopodiacées habi- 
tent les bords de la mer (Salsola à 
potasse et à soude, Salicorne) et 
les terrains salés; le Saxaoul (Ha- 
loxylon) est une plante caractéris- 
tique de l'Asie centrale (fig. 112, B). 

Amarantacées, Nyctagina- 
cées, Basellacées, Phytolac- 

cacées. — Les Amarantacées sont 
tout à fait voisines, mais les fleurs 
ont trois bractées qui manquent à la 
famille précédente. C'est à cette fa- 
mille qu'appartiennent les Célosies 
crête de coq ou Passe-velours, à 
tige rouge aplatie, fasciée ; les Ire- 
sine, à joli feuillage rouge; les Al- 
ternanthères, utilisées en mosaïcul- 
ture. L Amarante à queue, cultivée 
dans les jardins, est une plante ali- 
mentaire de l'Himalaya, où elle 
abonde vers 2 700 mètres. 

Les N\)ctaginacées comprennent 




Avenue plantée de Platanes. 




Oseille sauvage et fruits. 



la Belle de nuit (Mirabilis Jalapa), 
dont le faux calice est un involucre et 
sa fausse corolle est un calice. Les Bou- 
gainvillées (fig. 203) sont des plantes 
grimpantes voisines, à grandes bractées 
colorées en rose ou en violet. 

Dans les Basellacées, les étamines 
sont longuement adhérentes au périan- 
the. Les Boussingaultia sontdes plantes 
grimpantes, souvent cultivées dans le 
Midi pour garnir les tonnelles. L't//- 
luque tubéreux du Pérou produit un tu- 
bercule comestible, utilisable au même 
titre que la pomme de terre. Enfin, la 
Baselle rouge a mérité le nom d'Lpi- 
nard des Indes ou du Malabar. 

Dans les Phytolaccacées, les car- 
pelles sont verticillés (1-10) et portent 
chacun un ovule; les fleurs herma- 
phrodites présentent de nombreuses 
étamines. Les Phytolacca sont de pe- 
tits arbustes à gros tronc que l'on sort 
l'été pour l'ornementation des parterres, 
après les avoir conservés à l'état de 
bûche au repos pendant l'hiver. Le 
fameux Omouou Belsombra (fig. 204), 
l'arbre des pampas de la république 
Argentine, qui atteint une tailleénorme. 
est le Phytolacca dioïque; son bois 
tendre est inutilisable, même pour le 
chauffage; il est recouvert d'une écorce 
épaisse et très friable. Dans les deux 
sexes, les fleurs sont disposées en 
grappes et ont chacune cinq sépales pétaloïdes et de douze à quinze 
étamines, ou de dix à quinze carpelles. Le feuillage est vert sombre. 

Protéacées. — Les Protéacées constituent une famille d'Apé- 
tales à fleurs hermaphrodites comme dans les Chénopodiacées, mais 
à ovule renversé ou droit. Elle est composée surtout d'arbres et 
arbustes exotiques comme les Protea, habitant les terres australes 
(Cap, Australie). Les quatre sépales pétaloïdes d'une Grévillée 
sont soudées aux quatre étamines ; le pistil est à un carpelle à deux 
ovules. On cultive souvent les Grévillées à feuilles d'Asplénium 
que l'on appelle Fougères en arbre. Les Ban\sia sont bien adaptés 
à la sécheresse. 11 y a plusieurs espèces à fruit comestible par les 

graines, notamment le Nut-iree ou 
Arbre à noix, ou Macadamie ter- 
ni jolie. 



LES AMENTACEES 

La famille des Amentacées com- 
prend la plupart des arbres de nos 
forêts septentrionales. Elle est carac- 
térisée par ses épis de deux sortes, 
les uns mâles et les autres femelles, 
qui constituent ce que l'on appelle 
des chatons (en latin amentum). On 
divise les Amentacées en Quercées, 
Corylées, Bétulées, Juglandacées et 
Salicinacées. Les trois premiers grou- 
pes sont souvent réunis sous le nom 
de Cupulifères, à cause de la pré- 
sence autour du fruit d'une cupule 
dont nous verrons l'origine. 

Quercées : Le Chêne. — 

Le Chêne Rouvre (Quercus Ro- 
bur) ou Durelin, Drillard, a des 
feuilles à lobes accusés, arrondis et 
peu nombreux, d'un vert intense, 
assez longuement pétiolées ; 1 écorce 
de la tige est crevassée longitudina- 
lement, mais les crevasses ne sont 
pas très allongées. Les épis mâles 
sont allongés, pendants, pourvus d un 
axe grêle, avec des fleurs solitaires 
ou réunies en glomérules; chacune 




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LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



159 





Fig. 203. — Bougainvillée. 
a, Coupe de la fleur. 



Fig. 204. — Ombu. 
6, Fleur mâle ; c, Fleur femelle ; d, Fruit. 

d'entre elles est formée de quatre 
à douze étamines insérées sur un 
disque et entourées d'un pé- 
rianthe verdâtre à 3-8 divisions 
inégales. Les épis femelles sont 
pauciflores ; les fleurs y sont so- 
litaires, entourées d'un involucre qui s'accroît après la fécondation 
et sur lequel s'aperçoivent les bractées soudées : il forme la cupule 
du gland de Chêne; l'ovaire infère est à trois loges, chacune con- 
tenant deux ovules, mais, sur ses six ovules, cinq avortent et le 
fruit est un akène ; au-dessus de l'ovaire infère se remarque un pé- 
rianthe à six petites dents en deux verticilles. 

On connaît deux variétés de Chêne Rouvre : l'une à fruits 
sessiles, c'est le Chêne rouge ou le Chêne mâle ; l'autre à fruits pé- 
doncules, c'est le Chêne femelle ou Graoelin. Les glands ren- 
ferment de l'amidon qui est mélangé à un principe âpre, dif- 
ficile à séparer; aussi ne sont-ils consommés que par les porcs. 
Il y a d'autres Chênes dont les glands sont doux et susceptibles 
d'être comestibles, comme le Chêne Houx et le Chêne Ballole, 
qui sert à préparer le racahout des Arabes. Le genre Chêne a 
d'autres applications intéressantes ; deux espèces fournissent le liège : 
le Chêne-liège et le Chêne occidental, variété du précédent, qui 
se distinguent l'un de l'autre par le temps qu'ils mettent à mûrir 
leur fruit, le premier mûrissant dans l'année, l'autre n'arrivant à 
maturité qu'au bout de la seconde année. Le Chêne aux kermès 
(fig. 205) ou Chêne coccifère habite la région méditerranéenne; 
sa taille est très petite, l m ,50 à 3 mètres; il héberge un animal, 
le Kermès ilicis, qui, desséché et pulvérisé, donnait une substance 
tinctoriale rouge ou carmin autrefois recherchée. Le Quercitron 
(fig. 206) est fourni par l'écorce du Chêne tinctorial (coccinea), 
espèce de Pensylvanie qui renferme un principe colorant jaune 
des soies et laines et qui sert aussi en Amérique pour le tannage 
des peaux. Le Chêne de Portugal est un arbre polymorphe qui 
habite la presqu'île Ibérique, le nord de 
l'Afrique et la Turquie d Asie; sa variété 
infectoria est le Chêne à galles d'Alep, 
qui est commun en Asie Mineure, en 
Syrie, en Grèce et dans les îles de 1 Ar- 
chipel : il produit les noix de galle du 
Levant (p. 65). On obtient encore des 
noix de galle avec le Chêne Tauzin et 
avec le Chêne Velani ou /Egilops; les 




cupules du Chêne 
Velani sont très ri- 
ches en tanin; elles 
sont expédiées en 
Angleterre et en 
Italie pour teindre 
en noir. 

Le Chêne pu- 
bescent ou Chêne 
blanc, ou Chêne 
truffier, a des ra- 
meaux pubescents, 
des glands petits, 
sessiles, des cap- 
sules grises, to- 
menteuses ; il aime 
le calcaire, où le 
Chêne Rouvre, 
dont on le distin- 
gue, se refuse à 
venir; c est sur ses 
racines que se dé- 
veloppent les 
Truffes. Le rôle 
des arbres dans le 
développement de 
ces Champignons 
n'est pas déterminé 
avec assez de pré- 
cision (p. 1 16) ; on 

ne rencontre pas de Truffes, ou du moins de bonnes Truffes, 
dans les terrains dénudés, labourés ou gazonnés. Il est vraisem- 
blable que le mycélium du Champignon se nourrit aux dépens du 
chevelu des arbres et des plantes couvrant superficiellement le sol, 
qu'il ferait mourir; si les arbres font peu de chevelu, la truffière 
se développe mal et toute cause agissant sur la multiplication des 
racines (élagage, recépage, façon culturale) agira sur la production. 
Matruchot est arrivé à obtenir le mycélium de la Truffe; en 1903, 
Boulanger avait même affirmé que sur une propriété de 30 hec- 
tares aux environs d'Ëtampes il avait produit cinq mille places truf- 
fières. Aucune autre donnée nouvelle sur les résultats de ses 
premiers essais n'a été jusqu'ici publiée, et c'est la méthode empi- 
rique qui fonctionne encore et qui 
permet la prospérité d'une impor- 
tante industrie agricole. Dans le 
Vaucluse, des truffières poussent 
sous le Chêne vert (Quercus //ex). 




Cl. F. raidean. 

Châtaignier, en forêt de Marly. 






Fig. 205. — Kermès 
sur une branche de Chêne kermès. 




Glands du Chêne pédoncule. 



Chênes-lièges dans l'Esterel. 



Fig. 206. — Chêne tinctorial. 



160 



LES PLANTES 





V. 






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Branche de Charme, avec fruits. 



Branche de Châtaignier, avec fruits. 



Un vieux Châtaignier, à Orsay. 



Le Hêtre et le Châtaignier. — Un second type du groupe 
des Amentacées est le Hêtre (Fagus), à feuilles non dentées, 
poilues au bord, à écorce de la tige lisse. Les épis mâles sont glo- 
buleux, à fleurs pourvues d'un périanthe campanule, à quatre à 
huit divisions, enfermant une dizaine d étamines. Les inflorescences 
femelles sont pauciflores, globuleuses ; elles consistent en des cupules 
se fendant en quatre valves hérissées d'écaillés et renfermant des 
fleurs femelles qui ressemblent tout à fait à celles du Chêne. A la 
maturité, la faîne contient deux akènes résultant du développe- 
ment des deux ovaires des deux fleurs. Le Hêtre des forêts est un 
des arbres les plus importants de l'Europe; il n'a pas de préférence 
pour le sol, mais c'est sur les terrains calcaires qu'il acquiert les 
plus belles dimensions. Les faînes sont utilisées pour les fruits 
qu'elles contiennent ; ceux-ci sont comestibles et ont une saveur de 
noisette; la graine renferme 20 à 22 pour 100 d'huile, qui rancit 
malheureusement assez vite. On voit souvent dans les forêts des 
femmes récolter ces faînes pour les envoyer à des usines voisines. 

Le Châtaignier est caractérisé par les longues crevasses de 
l'écorce de sa tige, par ses feuilles très longues, fortement dentées 
et non poilues. Ses épis mâles sont dressés, à fleurs groupées 
par sept, les étamines d'une fleur variant de six à vingt, entourées 
de six pièces au périanthe. Dans les épis femelles, la cupule est 
formée de quatre pièces qui sont hérissées de piquants; elle ren- 
ferme trois fleurs femelles et finalement, quand les quatre valves 
s'ouvrent, on y trouve de un à trois fruits monospermes ou akènes. 
C'est un arbre essentiellement silicicole ou mieux calcifuge, qui 
prospère dans les terrains granitiques, schisteux, feldspathiques. 
Son bois est utilisé pour la charpente, pour faire des planches de 
parquet, des clôtures; les jeunes tiges, surtout les rejets, servent à 
faire des cercles de tonneaux, des treillages, des tuteurs; pour le 
chauffage, il fournit un bois médiocre, car il éclate et donne des 
étincelles. C'est surtout pour la châtaigne que cette plante est 
cultivée et c'est la variété satioa, ou à gros fruit, qui constitue ce 
qu'on appelle vulgairement le marron. 

Les Castanopsis sont intermédiaires entre les Chênes et les 
Châtaigniers. Il y a des espèces de l'Asie tropicale (C. argenté) 
à fruits comestibles comme les châtaignes et d'autres appréciées pour 
la construction des roues et des navires (C. à feuilles dorées). 

Dans toutes les Amentacées qui viennent d'être examinées, les 
étamines étaient à filet simple ; il est un second groupe où le filet 
est bifurqué en Y, chacune des branches se terminant par une 
anthère : tel est le cas du Coudrier et du Charme. 

Corylées. — Dans le Coudrier ou Noisetier (Corylus), les 
feuilles sont poilues, les pétioles poilus glanduleux. Dans les cha- 
tons mâles, qui sont pendants et qui apparaissent de très bonne 
heure, au premier printemps, à l'aisselle de trois écailles, il y a 
six à huit étamines groupées deux par deux en Y ; le calice propre- 
ment dit est nul. Dans les chatons femelles, qui sont plutôt des 
bourgeons ccailleux, les écailles du bas sont infertiles, celles du 
haut présentent à leur aisselle deux pistils à deux loges, chacune 



ayant un ovule; chaque pistil est entouré par un involucre tubu- 
leux lacinié qui devient à la maturité la cupule, laquelle contient la 
noisette qui renferme une seule graine, car c'est encore un akène. 

Le Charme (Carpinus) est très voisin du Coudrier, mais c'est un 
arbre au lieu d'être un arbuste ; ses feuilles sont à nervures secon- 
daires simples plissées et non ramifiées jusqu au bord ; l'écorce de 
la tige est lisse comme celle du Hêtre, mais l'arbre est moins 
gros et plus irrégulier, tortillé. Comme dans le Coudrier, les filets 
des étamines sont bifurques, le périanthe nul et il y a de dix à 
vingt étamines à 1 aisselle de chaque bractée. Les fleurs femelles, 
également pourvues de calice à quatre pièces, sont à deux loges avec 
un ovule dans chaque loge ; elles sont entourées d'un involucre 
trilobé qui s'accroît après la fécondation et qui est largement ouvert : 
il y a deux de ces involucres à l'aisselle d'une bractée. 

Dans nos forêts, il se produit souvent des greffes par approche 
entre branches voisines; habituellement elles ne se produisent 
qu entre branches d un même arbre ou d'arbres de même espèce, 
surtout entre Hêtres. Une curieuse exception est le Chêne-Charmé 
de la forêt de Fontainebleau. 

Bétulées. — Dans les Bouleaux (Belula), les deux filets des 
étamines sont également bifurques en Y; celles-ci sont comprises 
entre deux ou quatre pièces inégales correspondant au calice. Dans 
les chatons femelles, les fleurs sont groupées par trois à l'aisselle de 
trois bractées ; chaque ovaire est à deux loges ; il n'y a plus de calice 
et c'est par analogie avec les fleurs précédentes que l'on considère 
l'ovaire comme infère. L'écorce du Bouleau est blanche par suite 
de la présence d'air dans les assises externes du liège; le feuillage 
est triangulaire et léger. Le bois est estimé pour le chauffage; on 
s'en sert comme allumes pour éclairer le four des boulangers; 
l'écorce contient un principe balsamique, la bétuline, qui est em- 
ployée dans la préparation des cuirs, notamment des cuirs de Russie. 
On pense que c'est à ce même principe que le bois doit sa conser- 
vation dans l'eau. Enfin, la sève du Bouleau fournit un liquide 
sucré, susceptible de fermenter; on obtient du sucre ou un vin 
pétillant, ou du vinaigre ; pour l'extraire, on fait dans l'arbre des 
trous de 5 à 6 centimètres, et un arbre un peu grand peut fournir 
plus de 200 litres par an. 

Dans VAune, le filet des étamines reste simple, mais les fleurs 
femelles, à deux loges ovariennes, renfermant chacune un ovule, sont 
groupées par deux à l'aisselle de cinq bractées qui se soudent entre 
elles et se lignifient, de manière que leur ensemble, dans le chaton 
femelle, ressemble un peu à un cône de Pin. Les feuilles de VAune 
glutineux, petit arbre qui pousse dans les endroits humides, sont 
assez caractéristiques par leur élargissement vers le sommet, qui est 
arrondi, les bords étant un peu dentés. 

Juglandacées. — Un autre groupe que l'on rattache aux 
Amentacées, mais dont on fait souvent une famille spéciale, est le 
groupe des Noyers (Jugions), qui se reconnaissent de suite par 
leurs feuilles composées alternes contenant un principe aromatique 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 






Cl. de M. G. M. 



Paysage avec Saule pleureur. 



Beat" f i 1 

Cl. F. Fai.lo.iu. 
Chatons de Peuplier blanc. 



Bouleau blanc, à Chantilly. 



que l'on distingue aisément 
quand on les froisse entre 
les doigts; elles sont termi- 
nées par une foliole impaire. 
Les inflorescences sont en- 
core en chatons : les fleurs 
mâles sont à quatre sépales 
et à huit ou quarante éta- 
mines; dans les fleurs fe- 
melles, l'ovaire est infère et 
surmonté de quatre sépales; 
cet organe à une loge con- 
tient un seul ovule droit qui donne naissance à un embryon sub- 
divisé par deux à quatre fausses cloisons; l'embryon est gros, les 
cotylédons plissés cérébriformes ; ils contiennent une huile utilisée 
pour la fabrication des couleurs fines. Le bois du Noyer royal 
(fig. 207) est très apprécié en ébénisterie, mais c'est surtout par 
ses fruits que le Noyer est un arbre important; à l'état frais, ils 
sont entourés par un péricarpe charnu ou brou. 

A côté des Noyers se placent les Carya (Hickory en anglais), 
qui s'en distinguent par leurs fleurs mâles dépourvues de calice. 
Le fruit est entouré de trois bractées et d'une quatrième pièce su- 
périeure correspondant à un rudiment de calice : toutes ces pièces 
apparaissent à la partie supérieure du fruit, dont le brou se fend en 
quatre valves; à l'intérieur se trouve une noix à deux valves, 
à 2-4 loges incomplètes. L'Hickory blanc fournit par son bois des 
instruments aratoires et, par son fruit, une amande agréable ; mais 
c'est surtout le Carya Pacanier dont les noix sont délicieuses et font 
l'objet d'un commerce considérable dans le sud des États-Unis. 

Salicinacées. — Les Salicinacées constituent une famille faci- 
lement distinguée des groupes précédents par le caractère de l'o- 
vaire, qui est supère, et la placentation, pariétale au lieu d'être 
axile, comme dans tous les types mentionnés plus haut, sauf les 
Noyers. On y distingue deux genres : les Saules et les Peu- 
pliers. Dans les premiers, les étamines des fleurs des chatons 



mâles sont au nombre de deux, rarement de trois ou de cinq ; elles 
apparaissent à 1 aisselle d'une bractée solitaire; dans les chatons 
femelles, les ovaires sont également nus, sans calice et présentent 
deux carpelles ; le fruit est une capsule à deux fentes, mettant en 
liberté des graines sans albumen, qui présentent au voisinage du 
hile une touffe de poils soyeux rappelant un peu ceux du Coton- 
nier. Les Saules (Salix) comprennent un groupe à feuilles étroites, 
à tige flexible, formant la section des Osiers, utilisés pour la van- 
nerie. Les Saules à feuilles larges comprennent le Saule Marceau. 
Le Saule pleureur ou de Babylone n'est représenté en Europe 
que par les individus mâles; les femelles existent en Asie. 

Les Peupliers ont des fleurs mâles, à étamines nombreuses, 
entourées d'une sorte de cupule parenchymateuse ; leurs fruits sont 
semblables à ceux des Saules. Le Peuplier noir ou Peuplier franc 
a des feuilles très finement dentées, terminées par une pointe sans 
dent; les bractées des fleurs sont dépourvues de poils; une de ses 
variétés les plus connues est le Peuplier d'Italie ou Peuplier pyra- 
midal, à branches courtes, fastigiées. Dans le Peuplier blanc ou 
Grisard, comme dans le Tremble, les bractées sont velues; mais 
dans le Peuplier blanc, les feuilles sont blanches dessous, les bour- 
geons secs; dans le Tremble, les feuilles ne sont pas blanches 
dessous et les bourgeons sont visqueux; elles ont un pétiole aplati 
au milieu, ce qui les rend très mobiles. 

Aristolochiacées. — Les Aristolochiacées sont, pour la plu- 
part, des plantes grimpantes volubiles, à larges feuilles en cœur. 
Au fond du périanthe tubuleux, il y a six étamines extrorses sou- 
dées au style en un gynostème; l'ovaire est infère à six carpelles. 
Beaucoup d'espèces sont cultivées : V Aristoloche siphon de l'Amé- 
rique du Nord, l'A, grandiflora du Guatemala (fig. 208), qui est 
une espèce de serre. Les Asarets (fig. 209) ont les anthères libres. 

Comme familles parasites à ovaire infère, on peut citer : les San- 
talacées(Osyris, Thesium, Santal) [fig. 210], les Rafflésiacées, 
comprenant les Raffiesia; les Cytinus, vivant sur les Cistes; les 
Loranthacées, avec le Gui (fig. 211) et beaucoup de parasites 
tropicaux vivant sur les arbres; les Balanophoracées (p. 57). 




Fig. 207. — Noyer. Fig. 208. — Aristoloche. 

A, Chaton mâle. a, A. Clématite ; 6, A. ftrandiflora. 



Fig. 209. — Asaret. 

a. Coupe de la fleur. 



Fig. 210. — Santal. 
a. Fleur. 



Fig. 211 — Gui. 
a. Fleurs mâles ; 6, Fleurs femelles. 



LES PLANTES. 



14. 




UNE EXPOSITION DES DIFFÉRENTES VARIÉTÉS DE CHRYSANTHÈMES. 



VI. — GAMOPÉTALES INFÉROVARIÉES 



La fleur des Dicotylédones gamopétales est à deux enveloppes. 
Les pétales, soudés entre eux, portent d'ordinaire des étamines 
dont le nombre est habituellement égal à celui des pétales, c'est- 
à-dire qu il y en a quatre ou cinq. Le pistil n'est jamais formé 
non plus de nombreux carpelles. Certaines plantes à pétales sé- 
parés sont rangées dans les familles de Gamopétales par leurs affi- 
nités naturelles. On peut établir deux grandes sections parmi les 
Gamopétales, d'après les rapports de leur ovaire qui est libre ou 
non d adhérence avec les autres pièces florales. 

Les Gamopétales à ovaire infère ou adhérent comprennent : 

i Pas de capitule, feuilles opposées. Caprifoliacées. 
Fleurs hermaphrodites. . Capitules. Étaminesà anthères rap- 

' prochées Composées. 

Fleurs unisexuées monoïques ou dioïques : Plantes grimpantes. Cucurbitacées. 

Autour de ces familles nous en grouperons quelques autres. 

LES CAPRIFOLIACÉES 

Le Chèvrefeuille des bois (Lonicera), dont les jolies fleurs 
parfumées égaient, en été, les haies et les taillis, est un arbrisseau 
volubile de droite à gauche. Les fleurs, groupées en tête, ont un 
calice à cinq petites dents, une corolle à cinq pétales d'un blanc 
jaunâtre, soudés en un long tube se terminant par deux lèvres, 
cinq étamines insérées sur la corolle, enfin un ovaire adhérent à 
trois loges. Le fruit est une baie rouge. Beaucoup de Chèvre- 
feuilles sont des arbrisseaux à tige dressée, non enroulable ; le 
plus ornemental est le Chèvrefeuille des buissons ou Camerisier. 
Les Weigelia ou Diervilla (fig. 213), la Symphorine en grappes 
ou Symphoricarpus, dite Boule-de-cire, sont de jolis arbustes 
d'ornement à baie blanc laiteux. 

Presque toutes les Caprifoliacées habitent les régions tempérées 
de 1 hémisphère Nord et sont des arbrisseaux à feuilles opposées. 
On distingue deux tribus, dont nous venons d'étudier la première : 
celle des Lonicérées, qui a pour type le Chèvrefeuille; elle est 
caractérisée par la corolle tubuleuse à limbe irrégulier et le style 
unique. La seconde, celle des Sambucées, dont le type est le 
Sureau, possède une corolle régulière et plusieurs styles. 

Le Sureau commun ou Sureau noir (Sambucus) [fig. 212] est 
un petit arbre à feuilles composées, à fleurs blanches, d'odeur 
forte groupées en larges corymbes; le fruit est une baie noire. 
Le bureau à grappes a des fleurs en panicules ovoïdes et des 
fruits rouges. Lnfin, le Sureau yèble est une plante vivace, à 




Fig. 212. 

Diagramme 

de la fleur 

du Sureau. 



tiges annuelles herbacées, hautes d'un mètre; 
ses fleurs blanches ont l'odeur d'amande amère. 
Les Viornes diffèrent principalement des Su- 
reaux par leurs feuilles entières ou dentées. La 
Viorne cotonneuse (Viburnum Lantana) ou 
Mancienne a des feuilles dentées et velues en 
dessous, des fleurs blanches en corymbes plans 
terminaux ; le fruit est une petite drupe noire. 
La Viorne obier a des feuilles trilobées et des 
fleurs en corymbes plans : celles du centre, pe- 
tites, régulières et fertiles ; celles du pourtour, sté- 
riles, rayonnantes et à grande corolle irrégulière; les fruits sont 
d'un rouge vif. Par la culture, cette plante a donné la Boule-de- 
neige, à fleurs entièrement stériles et à inflorescences globuleuses. 
Dans la région méditerranéenne, ces deux Viornes sont remplacées 
parla Viorne-tin, dite à tort Laurier tin, à feuilles persistantes. 

Valérianacées. — La Valériane officinale ou Herbe aux 
chats est commune dans les bois humides. Sa haute tige fistuleuse 
porte des feuilles opposées très découpées et se couronne en juin 
de fleurs rosées, groupées en corymbes de cymes et dont la com- 
position est la suivante : calice à un ourlet; corolle tubuleuse, un 
peu bossue à la base et à cinq divisions presque égales; trois éta- 
mines insérées sur la corolle; ovaire adhérent à trois loges; pour 
fruit, un akène couronné d'une aigrette plumeuse, qui est l'ancien 
calice. De toute la plante se dégage une odeur spéciale qui semble 
très appréciée par les chats; ils se roulent, en effet, sur le sol au- 
tour de ces plantes avec une sorte de frénésie. La racine est em- 
ployée en médecine. Le Centranthe rouge ou Valériane rouge, 
Lilas d Espagne, est commun sur les vieux murs ; c'est une jolie 
plante à étamine unique. La rosette foliaire de plusieurs Valéria- 
nelles, petites herbes annuelles, se mange en salade sous les noms 
de Mâche, Doucette, Boursette, etc. 

Les Valérianacées se rattachent aux Caprifoliacées; elles en 
diffèrent notamment par leur fruit à une seule graine et par l'avor- 
tement d'un nombre variable d'étamines (1-2-4). 

Rubiacées. — Les Rubiacées forment une grande famille 
naturelle voisine des Caprifoliacées, dont elles ne diffèrent que par 
les feuilles stipulées et l'ovaire à deux carpelles. Les feuilles, simples 
et entières, sont opposées ; les fleurs, hermaphrodites et régulières, 
à calice peu visible ; le fruit est variable. Cette famille tire son 
nom des matières colorantes rouges que renferment plusieurs de 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



163 






Chèvrefeuille des bois. 



Viorne tin en fruits. 



Valériane officinale en fleurs. 



ses espèces et principalement la Garance (Rubia) [fig. 2141; on 
la divise en trois tribus : les Galiées, qui ont les carpelles à un seul 
ovule et les stipules foliacées; les Cofîées, qui en diffèrent par 
leurs stipules membraneuses; enfin, les Cinchonées, aux stipules 
membraneuses et aux carpelles renfermant plusieurs ovules. 

Le Gaillet vrai (Galium) ou Caille-lait jaune, type des Galiées, 
est une herbe vivace de nos prés ; ses feuilles sont, en apparence, 
verticillées par six à douze. Les fleurs, petites, d'un jaune franc, 
ont les pièces par quatre, à corolle étalée en roue. A côté du 
Gaillet jaune, on trouve le Gaillet croisette, à fleurs jaunâtres ; 
le Gaillet Mollugine, à fleurs blanches, et le Gaillet grateron, à 
tiges couvertes d'aiguillons. 

Les Aspérules, comme la jolie Aspérule odorante de nos bois, 
ou Petit Muguet, diffèrent des Gaillets par leur corolle nettement 
tubuleuse. Les Garances ont leurs pièces florales par cinq et leur 
fruit est une baie (au lieu d'akènes). 

Les principales Cofféées sont les Caféiers et les Céphélides. 
Les Caiéiers, originaires d'Afrique pour la plupart, sont des 
arbrisseaux à feuilles persistantes, à fleurs blanches odorantes, dis- 
posées en glomérules à l'aisselle des feuilles. L ovaire est arrondi 
et surmonté d'un style simple, avec stigmate bifide. Le fruit ou 
« cerise » est une drupe rouge renfermant deux graines à albumen 
corné. Le Céphélide ipécacuanha, de 1 Amérique du Sud, est 
un petit arbrisseau dont les racines constituent l'ipéca officinal, 
qui renferme un principe vomitif, l'émétine. 

Les Quinquina, types de la tribu des Cinchonées, sont des 
arbrisseaux ou de grands arbres originaires des Andes de l'Amé- 
rique tropicale ; leurs feuilles sont entières et pétiolées ; les fleurs, 
odorantes, blanches ou purpurines, à corolle longuement tubuleuse, 
sont groupées en panicules terminales ; le fruit est une capsule 
oblongue renfermant de nombreuses graines. Les propriétés fébri- 
fuges de l'écorce de Quinquina sont bien connues. Enfin les Bou- 
vardia et les Gardénia sont de jolies plantes ornementales. 

Dipsacées. — Étudions la Cardère sauvage (Dipsacus), 
haute plante bisannuelle des lieux incultes. Des aiguillons couvrent 
sa tige ferme et cannelée, hérissent la nervure médiane et les bords 
de ses feuilles, garnissent le capitule ovoïde de ses fleurs. Ses 
feuilles opposées sont soudées à leur base en une sorte de réservoir 
dans lequel s'accumulent la rosée et l'eau des pluies, ce qui justifie 
les noms vulgaires de Cabaret des oiseaux et Baignoire de Vénus, 
tandis que les épines de son capitule lui ont fait donner le nom 
beaucoup moins poétique de Peigne-veau. Le capitule est entouré 
par un involucre de bractées raides, et chaque fleur par un invo- 
lucelle, spécial à cette famille. La fleur comprend un calice à 
quatre angles, une corolle tubuleuse bilabiée, à quatre pétales blancs 
ou lilas, quatre étamines saillantes; un ovaire adhérent, à une seule 
loge uniovulée; les fruits sont des akènes surmontés d'une aigrette. 

La Cardère à foulons, dite aussi Chardon à foulons, est moins 
armée; elle sert encore à carder les draps minces. Non épineuses 
et différentes des Cardères par l'aspect, sont les Scabieuses de nos 
prés, aux gracieux capitules de fleurs violettes, blanches ou roses. 



Les_ Dipsacées ont de grandes affinités avec les Valérianacées ; 
elles s en distinguent par leur inflorescence et leur ovaire à une 
loge ; elles sont encore plus voisines des Composées. 

LES COMPOSÉES 

Caractères généraux. — La famille des Composées cons- 
titue le plus grand groupe végétal; elle comprend près de 800 gen- 
res avec 10 000 espèces, sur environ 1 00 000 espèces de plantes 
à fleurs. Les Composées, plutôt rares dans les régions tropicales, 
sont fort communes dans les régions tempérées. 

Pour en connaître les caractères, nous nous adresserons à la 
Pâquerette vivace (Bellis perennis). De la rosette des feuilles de 
cette herbe partent des pédoncules dont chacun se termine par ce 
qu on nomme vulgairement une fleur de Pâquerette, mais qui est, 
en réalité, un capitule, c'est-à-dire un ensemble composé de 
nombreuses fleurs de deux formes et de deux couleurs. Les très 
petites fleurs jaune d'or du centre sont régulières : on les nomme 
fleurons (fig. 21 7, c) ; elles comprennent un calice avorté adhérent 
à 1 ovaire ; une corolle à cinq pétales égaux soudés; cinq étamines 
insérées sur la corolle et soudées par leurs anthères (Synanthérées) 
en un tube au centre duquel passe le style, qui surmonte l'ovaire 
adhérent et se termine par un stigmate fourchu (fig. 218). L'ovaire, 
à une seule loge uniovulée, devient un petit akène velu. Les grandes 
fleurs du pourtour sont irrégulières et dépourvues d'étamines ; on 
les nomme ligules ou semi-fleurons (fig. 217, b). La corolle, d'un 
blanc pur, souvent rosée en dessous, est rejetée d'un seul côté, en 
languette. Le capitule est entouré par deux rangs de petites écailles 
formant un involucre. Beaucoup d'autres Composées ont, comme 
...» la Pâquerette, un capitule formé de fleurons au 

centre et de ligules rayonnantes au pourtour; on 
en a constitué la tribu des Radiées. En examinant 
le capitule d un Bleuet, on verrait qu il ne contient 
que des fleurs en tube : d'où le nom de Tubuli- 
flores, donné à toutes les plantes analogues. Enfin 
les Liguliflores, comme la Laitue, ont le capitule 
entièrement formé de fleurs en languette. 



Tubuliflores. — La Centaurée bleue ou 
Bleuet est une plante adventice des céréales. Les 
fleurons, d un si beau bleu, qui constituent le centre 




Fig. 213. 
Diervilla. 



Fig. 214. — Garance. 
A, Diagramme de la fleur ; B, Fleur entière : C, Coupe. 



164 



LES PLANTES 




Une culture de Quinquina, à Java, 

du capitule, sont entourés par une rangée de fleurons plus larges, 
irréguliers et stériles. Le genre Centaurée comprend bien d'autres 
espèces : la Jacée, herbe des prés, vivace, à fleurs violacées; la 
Centaurée Chausse-trape, petite plante épineuse, bisannuelle, à 
fleurs purpurines, etc. 

Le nom de Chardon {fig. 2 1 6) est improprement donné à nombre 
de plantes épineuses et raides, portant des fleurs en tête arrondie : 
le Panicaut, qui est une Ombellifère, est le Chardon roland ; la 
Cardère, qui est une Dipsacée, est le Chardon à foulons ; la Cen- 
taurée chausse-trape est le Chardon étoile. Les vrais Chardons for- 
ment un groupe de Composées tubuliflores épineuses ; leurs tiges 
sont parfois aiguillonnées, leurs feuilles le sont toujours, ainsi que 
les bractées de l'involucre ; entre les fleurs s'insèrent des soies rigi- 
des ; les fruits sont surmontés d'une aigrette de filaments, simples 
chez les Chardons proprement dits et plumeux chez les Cirses. 
Les Chardons sont des plantes pittoresques, souvent reproduites 
et interprétées dans les arts. Très mauvaises herbîs, envahissantes, 
leurs fruits soyeux, disséminés par le vent, se répandent avec une 
déplorable facilité; la loi en prescrit la destruction. 

Le Cr'rse ou Chardon des champs est particulièrement abondant 
et nuisible; le Cirse laineux ou Chardon des ânes est très recher- 
ché des bestiaux ; plusieurs autres espèces constituent d ailleurs 
pour eux une excellente alimentation, à la condition d être broyées 
ou légèrement flétries. Le Chardon penché (Carduus nutans) est 
commun au bord des routes. Citons encore le Chardon bénit ou 
Cnicaut bénit (Cnicus), auquel on attribuait jadis d'étonnantes 
propriétés médicales. UOnopordon acanthe, le Chardon Marie 
ou Silybe de Marie sont de grandes espèces décoratives, ainsi 
que les Êchinopes, dits Chardons bleus, à capitules de capitules. 

Les Carlines sont de 
petites herbes à feuilles 
épineuses et à port de 
Chardons. 

LaBardane(Lappa) 
ou Teigne est une 
grande herbe, à larges 
feuilles molles ; les en- 
fants s'amusent à lancer 
sur les vêtements, où ils 
s accrochent, les capi- 
tules de fruits mûrs, 
à bractées crochues. 

Dans tout le midi de 
l'Europe, on rencontre 
çà et là une sorte de 
Chardon à gros capi- 
tules de fleurs bleues 
longuement tubuleu- 
ses, à feuilles double- 
ment fendues et pen- 
nées; le fruit est sur- 
monté d'une courte 
aigrette de soies plu- 
meuses commecelle des 






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Caféier en fleurs. 



Cirses : c'est la Cardon- 
nette (Cynara Cardon- 
celle). Par sa culture, 
pratiquée depuis des 
siècles, l'homme a mo- 
difié les feuilles du Cy- 
nara et obtenu le Car- 
don. En développant 
les fleurs, il a peut- 
être obtenu Y Artichaut 
(Cynara Scolyme) 
\fie. 215]. Dans l'Ar- 
tichaut, on mange le 
jond ou réceptacle et la 
base des feuilles ou 
bractées de 1 involucre; 
le foin est formé par les 
fleurs non encore épa- 
nouies. Le Cardon a 
des feuilles plus décou- 
pées que l'Artichaut, et 
à côtes très saillantes. 
Parmi lesautres Com- 
posées tubuliflores, nous 

nous bornerons à citer VEupaloire chanvrine des lieux humides; 

VAgérate du Mexique, dite Eupatoire bleue, si répandue dans 

les jardins; le Carthame, jadis utilisé en teinture. 

Radiées. — La tribu des Radiées a des fleurs tubuleuses 
centrales et des fleurs périphériques en languette tridentée. Tandis 
que les Tubuliflores sont riches en cellules résinifères qui les ren- 
dent astringentes et fébrifuges, les Radiées renferment des canaux 
oléifères sécrétant des huiles essentielles qui les rendent stimulantes 
et aromatiques. Des caractères secondaires ont permis d'établir des 
groupements dans la masse des genres que comprend cette tribu. 
Chez les Astérées, les Hélianthées, les Héléniées, les Anthémi- 
dées, les Senecionidées, les anthères sont normales, tandis que 
chez les Inulées et les Calendulées elles présentent à leur base des 
appendices en forme de queue. 

Les Astérées ont un style à branches aplaties et non terminées 
par un anneau de poils; leurs fruits sont dépourvus d'arêtes. La Pâ- 
querette Civace, décrite plus haut, présente ces caractères. Par 
la culture, elle a donné des variétés à grands capitules garnis de fleurs 
doubles (toutes en languettes), blanches, roses ou rouges. La Mère 
de famille est une variété à fleurs prolifères, chaque capitule 
étant entouré de plusieurs autres très petits, nés dans les aisselles 
des écailles de l'involucre. Les Asters sont des herbes vivaces. 
La Reine-marguerite ou Callistephus de Chine, très voisine, est 
une superbe plante annuelle, introduite en Europe vers 1731. 
Les Érigerons ou Vergerettes sont de mauvaises herbes velues, 
propres aux régions tempérées. L'une des plus répandues aujour- 
d'hui en France est YÊrigéron du Canada, qui a été introduite 
avec les emballages des peaux de castor. Les Solidages, plus 

grandes que les précé- 
dentes, sont représen- 
tées chez nous par la 
Verge d'or, cultivée 
dans les jardins, ainsi 
que la Gerbe d'or ou 
Solidage du Canada. 
Les Hélianthées, 
de même que les Hé- 
léniées, Anthémidées 
et Senecionidées qui 
suivent, ont lesdi visions 
du style terminées par 
un anneau de poils. 
Chez les Hélianthées, 
les fruits sont anguleux, 
nusousurmontésdeune 
à quatre arêtes, souvent 
caduques; le réceptacle 
est garni de paillettes 
séparant les fleurs, et les 
feuilles sont ordinaire- 
ment opposées. Les 
Hélianthes eu Soleils 
sont de grandes herbes 




Fruits du Caféier 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



165 




CI. K Faldeau. 
Cardère ou Cabaret des oiseaux. 







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Cl. DiguPt. 

Helianthus, au Mexique. 



Cl. F. Faideau. 
Leucanthèmes dans un pré. 



américaines à larges capitules jaunes, communes dans les prairies. 
Deux espèces, introduites et cultivées en France depuis la fin du 
XVir siècle, sont à citer : Y Hélianthe tubéreux ou Topinambour 
et YHélianthe annuel, dit aussi Tournesol ou Grand Soleil. Le 
Topinambour, originaire du Brésil, est remarquable par ses rhi- 
zomes tubéreux, comparables à ceux de la Pomme de terre. Le 
Grand Soleil a des feuilles alternes, pétiolées; les fleurs sont ras- 
semblées en un capitule géant pouvant avoir jusqu'à 25 centimètres 
de diamètre ; les ligules sont d'un jaune orange et les fleurons, d'un 
jaune pâle, sont entremêlés de paillettes noires. 

Parmi les Hélianthées figurent de belles plantes d'ornement 
ayant aussi une origine américaine : les Coréopsis, les Zinnia et 
les Dahlia, ces « rois de l'automne »• Le Dahlia, vivace par 
ses faisceaux de racines tuberculeuses, ne fut importé en Angleterre, 
venant du Mexique, qu'en 1789. 

Très voisins des Dahlias, sans écailles entre les fleurs, sont les 
Héléniées; ce groupe, d'origine américaine comme eux, comprend 
les Tagetes ou Œillets d'Inde, les Hélénies et les Gaillardes. 

Les Anthémidées sont caractérisées par leur style à branches 
arrondies et tronquées au sommet, par leurs anthères non appen- 
diculées à la base et par leur fruit sans aigrette ou à aigrette peu 
développée, par leurs bractées à rebord sec d'un côté. 

Les Anthémis, ainsi que quelques plantes des genres voisins, 
sont désignés communément sous le nom de Marguerites. Dans 
\' Anthémis camomille, ou Camomille romaine, le réceptacle, très 
bombé, porte des fleurons jaunes et des ligules femelles d'un 
blanc pur. Ces capitules ont une odeur aromatique agréable et une 
saveur amère due à une huile essentielle. Les capitules de \' Anthé- 
mis cotule ou Camomille puante sont mélangés parfois frauduleu- 
sement à ceux de la Camomille 
romaine. Il faut signaler aussi 
la Matricaire camomille des 
moissons, qui est la Camomille 
d'Allemagne ou Camomille 
ordinaire des officines, et le 
Leucanthème vulgaire ou 
Grande Marguerite de nos 
prés (fig. 217). 

Le genre Chrysanthème 
comprend un nombre considé- 
rable d'espèces. Citons seule- 





ment le Chrysanthème des moissons ou Marguerite dorée, dont 
les capitules d'un beau jaune d'or sont communs dans nos blés; 
le Chrysanthème des jardins, plante annuelle originaire de l'Eu- 
rope méridionale; le Chrysanthème frutescent, dit encore Mar- 
guerite ou Anthémis en arbre ; mais l'espèce la plus connue, celle 
que l'on désigne sous le nom deChrysanthème, sans autre indication, 
est le Chrysanthème de l'Inde ou de Chine (Pyrèthre). Cette 
superbe plante vivace est sortie de plusieurs types distincts originaires 
de l'Inde, de la Chine et du Japon. Ses tiges annuelles sont raides, 
ramifiées, cassantes ; les feuilles alternes, plus ou moins incisées et 
découpées, répandent une odeur forte quand on les froisse. 

En I 764, les premiers pieds de Chrysanthèmes furent apportés 
en France par un voyageur revenant de Chine ; ils n'y excitèrent 
qu'une faible curiosité. Ce n'est qu'à partir de l'année 1827, 
grâce aux efforts de Bernet, officier en retraite à Toulon, et de 
Pertuzès, son jardinier, que la brillante destinée horticole du 
Chrysanthème commença à se dessiner, quand on s'avisa de le 
multiplier par semis au lieu de se contenter des boutures ; de nou- 
velles variétés furent obtenues. Aujourd'hui elles sont innombrables. 
Au Japon, le Chrysanthème joue le premier rôle dans les jar- 
dins; il est employé en médecine et on utilise pour l'alimentation 
les fleurs confites de certaines variétés. 

Les Pyrèthres, rattachés aux Chrysanthèmes, sont ornementaux 
par leurs fleurs ou leur feuillage. Le Pyrèthre rigide et plusieurs 
autres espèces sont cultivés en vue de la préparation des poudres 
insecticides. Les Armoises ont de petits capitules groupés en 
grappes et comprenant autour des fleurons une seule rangée de 
fleurs femelles fertiles à fine corolle tubuleuse. Ce sont des herbes 
aromatiques, dont plusieurs atteignent une grande taille; on les 
emploie en médecine. \J Armoise commune 
est très répandue; V Armoise absinthe ou 
Grande Absinthe est un peu plus rare ; on la 
cultivait jadis dans l'est de la France. Les 
capitules desséchés de lVlrmoise de Judée 
et ceux de Y Armoise pauciflore et maritime 
constituent le semen- contra, 
doué de propriétés vermifuges ; 
1 Armoise estragon est cultivée 
comme condiment. On nomme 





Fig. 215. — Artichaut. 
a. Capitule ; b, Klcuron ; c, Fruit. 



Chardons. 



A, Cirse des champs (1 mètre, fleur violacée) ; B, Cirse laineux 

(1 "',60, fleur rouée) ; C, Cnicaut bénit (0 m ,50, fleur jaune) ; D, Cirse 

acaule (0 m ,05 à 0"',20, fleur rouge) ; E, SilybedeMarieou Chardon 

Notre-Dame (1 mètre, fleur pourpre ou blanche). 



Fig. 217. — Grande Marguerite. 

(0 m ,80 ; fleur blanche au pourtour 
et jaune au centre). — a, Coupe du ca- 
pitule; b, Fleur ligulée; c, Fleuron; 
d, Fruit 



Fig. 218. 
Etamines 

à 

anthères 

soudées 

d'une 

Composée 

(Chardon). 



166 









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CL île M. Alluau.l. 

Séneçon arborescent (Kilimandjaro). 



Immortelle à bractées. 



Cl. de M. Ail. m 

Lobélia arborescent (Kilimandjaro). 



Génépi, dans les Alpes, diverses Armoises (glaciale) et Achillées 
(musquée) vivaces et naines, duveteuses et aromatiques, entrant 
dans la confection de l'absinthe et de liqueurs analogues. 

La Tanaisie vulgaire ou Herbe aux mites possède dès pro- 
priétés voisines de celles de 1 Absinthe. La Tanaisie balsamiie 
ou Grand Baume est cultivée dans les jardins et employée comme 
vulnéraire. Il faut citer aussi l'Achillée millefeuille de nos prés. 

Les Senecionidées se distinguent surtout des Anthémidées par 
la blanche aigrette qui surmonte leur fruit. On connaît un millier 
d'espèces de Séneçons répandues dans le monde entier. Plusieurs 
espèces des pays chauds sont des arbres ou des arbrisseaux, mais 
la plupart sont des herbes, comme le beau Séneçon Jacobée de nos 
prés ou l'humble Séneçon commun. Le Tussilage ou Pas-d'âne 
(fig. 219) est fort répandu dans les terrains argileux. Chez le Pé- 
tasitès odorant des jardins, la grappe des capitules rosés répand 
une douce odeur d'héliotrope : d'où son nom d'Héliotrope d'hiver. 
Le Pétasitès oulgaire, très voisin, porte des grappes de capitules 
violacés inodores. Toutes ces plantes sont pectorales. Signalons 
encore parmi les Senecionidées : les Cinéraires (fig 220), superbes 
plantes ornementales; l'Arnica de montagne, à feuilles opposées. 

Les lnulées diffèrent des groupes précédents par la présence 
d'appendices en forme de queues à la base de leurs anthères; les 
fleurs du bord du capitule sont peu développées, souvent filiformes 
et femelles. Les Inules ou Aunées, vivaces, glanduleuses et velues, 
portent des feuilles entières ou dentées, des capitules jaunes com- 
prenant des ligules femelles et des fleurons fertiles ; le fruit est sur- 
monté d'une aigrette. Beaucoup croissent en France, dans les lieux 
humides; la plus intéressante est llnule aunée ou Grande Aunée. 
C'est dans son rhizome qu'on a découvert une sorte d amidon 
soluble, l'inuline, retrouvée depuis chez le Dahlia, le Topinam- 
bour, etc. ; on l'a appelée l'amidon de l'avenir. 

Bien différentes des Inules, comme aspect, sont les Gnaphales, 
blanches, cotonneuses, à feuilles entières et à petits capitules; deux 
espèces de notre flore sont à citer : le Gnaphale dio'ique ou Pied- 
de-chat et le Gnaphale pied-de-lion ou Étoile du glacier, qui est 
l'Edelweiss des Allemands. La première a pour inflorescence un 
corymbe terminal de petits capitules blancs ou roses, suivant 
le sexe, qui font partie des quatre fleurs pectorales. La se- 
conde se rencontre dans les régions montagneuses du monde 
entier. La beauté de cette plante vient des bractées épaisses 
et larges de l'involucre, formant une étoile blanche et co- 
tonneuse. 

Les Hélichryses ou Immortelles ont des capitules jaunes 
composés surtout de fleurs en tube, avec un très petit nombre 
de fleurs en languette grêles; les fruits portent une aigrette; 
elles sont remarquables par leur involucre dont les bractées, 
imbriquées sur plusieurs rangs, sont scarieuses, souvent co- 
lorées et d'une conservation indéfinie : d'où le nom d'Immor- 
telles. Le genre Hélichryse est particulièrement bien repré- 
senté en Afrique par des arbrisseaux ; en France, quelques 
petites espèces herbacées se rencontrent çà et là. On cultive, 
aux environs de Toulon, l'Immortelle ou Hélichryse 
d'Orient, duveteuse, à nombreux petits capitules entourés de Fig. 219. 



bractées jaunes, et en Normandie, aux environs de Lisieux, l'Im- 
mortelle à bractées, plante australienne aux larges capitules, dont 
les écailles sont blanches, roses, jaunes ou bronzées. Plusieurs 
autres espèces voisines ont un involucre satiné, bri"ant ou coloré, 
et méritent le nom d'Immortelle : 1 Antennaire margaritacée ou 
Immortelle blanche, Bouton d'argent; l'Acroclinium rose ou Im- 
mortelle rose et la superbe Rhodanthe de Mangles, à capitule 
conique. On peut même en rapprocher le Xéranthème annuel, 
dit aussi Immortelle annuelle, ou de Belleville, qui est uneTubu- 
liflore. Toutes ces plantes sont recherchées pour l'ornementation ; 
leurs fleurs, coupées avant complète maturité et desséchées rapi- 
dement à l'abri du soleil, gardent longtemps leurs couleurs. 

La longue série des Radiées se termine par les Calendulées, 
différant des lnulées par les fleurs périphériques bien développées. 
Le représentant principal est le Souci des champs (fig. 221), trop 
commun dans les terres cultivées. Ses capitules, d'un jaune orangé, 
ont des fleurs centrales tubuleuses, dont beaucoup sont stériles, et 
des ligules femelles fertiles au pourtour. Le réceptacle est nu, sans 
écailles, et les fruits sont de deux sortes : les externes, irréguliers 
et garnis d'épines; les centraux, lisses, contournés et d apparence 
annelée comme de petites chenilles. On cultive dans les jardins 
le Souci officinal du midi de l'Europe et le Souci pluoial du Cap, 
dont les fleurs se ferment quand le temps menace. 

Liguliflores. — Les Liguliflores forment une tribu très nette; 
le capitule ne comprend que des corolles toutes ligulées à cinq 
dents; les fruits sont souvent munis d'aigrettes; ces plantes ne pro- 
duisent pas d'huiles essentielles comme les Radiées, mais un latex 
blanc qui les rend narcotiques et vénéneuses, ou simplement amères. 
Plusieurs sont comestibles dans le jeune âge, lorsque le latex est 
encore peu abondant. 

Étudions d'abord lune des Liguliflores les plus répandues, le 
Pissenlit dent-de-lion. C'est une petite herbe vivace, à tige 
très courte, presque nulle. L es feuilles, disposées en rosette, sont 
longues, profondément incisées en dents triangulaires. Les hampes 
florales, qui partent du pied, se terminent par un capitule d'un 




— Pas-d ane. Fig. 220. — Cinéraire. 



Fig. 221. — Souci. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



167 




Concombres serpents. 



jaune doré. Le fruit porte une aigrette de poils blancs soyeux au 
sommet d'une longue épine ; les enfants les nomment des chan- 
delles et s'amusent à souffler dessus pour les disperser. Avant la 
floraison, les feuilles du Pissenlit font une excellente salade. 

La Chicorée sauvage, aux capitules d'un si beau bleu, possède 
une racine forte, pivotante. Les Laitues doivent leur nom au latex 
qui s'échappe de toutes leurs parties blessées. Plusieurs espèces 
sont indigènes en France; la plus répandue est la Laitue scariole, 
des lieux incultes; sa tige flstuleuse, aiguillonnée inférieurement, 
atteint parfois 2 mètres de haut. Les capitules, petits, très étroits 
et d'un jaune pâle, forment des grappes. La Laitue cultivée est 
une plante maraîchère de première importance. 

Les Salsifis ont des feuilles entières, étroites et longues, des 
capitules terminaux se transformant en une grosse sphère d'akènes 
plumeux : le Salsifis cultivé a des fleurs violettes; il est bisannuel, 
et on mange, la première année, sa racine qui est blanche. La 
Scorsonère d'Espagne est vivace et à fleurs jaunes; sa racine est 
le salsifis noir. Enfin le Scolyme d'Espagne, également vivace, est 
à feuilles épineuses, à capitules jaunes et à port de chardon ; sa 
racine se mange comme celle des salsifis. Parmi les autres plantes de 
cette tribu, citons les Lailerons, Porcelles, Êpervières, Piérides, 
Lampsanes, Crépides et Catananches. 



Campanulacées. — 

prend surtout des herbes à 

J 








Fig. 222. — Coloquintes. 

a, Du Malabar ; b, Plate rayée 

c, Poire bicolore; d, Poire rayée i 

e, Galeuse- 



La famille des Campanulacées com- 
feuilles alternes, à fleurs hermaphro- 
dites du type cinq ; les éta- 
mines sont indépendantes de 
la corolle, disposition fort rare 
chez les Gamopétales ; l'ovaire 
est adhérent, formé de deux à 
cinq carpelles clos avec autant 
déloges multiovulées; la pla- 



■• 



Fig. 223. 
Melon Cantaloup d'Alger. 

a.Coupedelafleurmâle; 6, Coupe 
de la fleur femelle i c, fruit. 



centation est axile; le fruit est une capsule. Tous ces végétaux 
contiennent un latex. On les divise en deux tribus : les Campa- 
nulées, dont la fleur est régulière, et les Lohéliées, chez lesquelles 
elle est bilabiée. Les fleurs bleues, rarement blanches ou jaunes, 
des Campanules ont une corolle en forme de cloche (Campanula), 
dont le style serait le battant. Parmi les plus communes sont : la 
Campanule raiponce, qui élève tout son jeu de clochettes jusqu'à 
un mètre de hauteur. Les horticulteurs cultivent des Campanules 
à fleurs très grandes comme celles de la Campanule carillon. La 
Campanule pyramidale forme un cône de plusieurs centaines de 
fleurs d'un bleu pâle; ses rameaux flexibles se laissent guider et 
prennent toutes les formes. Dans les moissons se plaît la Spécu- 
laire miroir de Vénus. 

Les Lobelia sont, pour la plupart, des plantes exotiques (Cap, 
Caroline), atteignant une assez grande taille et d'un port fort 
curieux avec leur long épi de fleurs, rigide comme une colonne. 
En France, deux petites espèces herbacées représentent le genre. 

LES CUCURBITACÉES 

Les Cucurbitacées sont des herbes annuelles ou vivaces qui 
rampent sur le sol ou grimpent à l'aide de vrilles disposées à l'op- 
posé de la base du pétiole; elles présentent parfois ce caractère sin- 
gulier que leur partie inférieure provient d'un rameau et leur extré- 
mité est une feuille. Les feuilles sont larges, alternes, pétiolées; 




Melon Cantaloup brodé. 



168 



LES PLANTES 



les fleurs, isolées ou en grappes, 
sont le plus souvent jaunes ou 
blanches, et toujours (ou à peu 
près) unisexuées et régulières; 
les cinq sépales sont soudés à 
leur base en un tube doublé in- 
térieurement par la base des cinq 
pétales; ces derniers sont, à leur 
sommet, libres chez certaines es- 
pèces, soudés chez d autres. 

Les fleurs mâles sont à trois 
étamines; deux de celles-ci se 
terminent par une grosse anthère 
à deux loges courbées en S ; 1 an- 
thère de la troisième est plus pe- 
tite et à une seule loge. En réalité, 
la fleur comprend primitivement 
cinq étamines, qui sedédoublent. 
Sur les dix demi-étamines ainsi 
formées, cinq avortent, quatre se 
soudent deux par deux, la cin- 
quième reste libre. Les fleurs 
femelles sont formées de trois 

carpelles soudés en un ovaire adhérent à trois loges. Le fruit, qu'on 
nomme péponide, est une sorte de baie à paroi coriace abritant 
une pulpe charnue qui, selon les espèces, est sucrée et alimentaire, 
ou très amère et plus ou moins toxique. On n'y retrouve plus la 
division en loges de l'ovaire; les cloisons et les placentas se sont 
détruits au cours du développement; au centre sont les graines 
plates et sans albumen. Les fruits des Cucurbitacées sont de véri- 
tables protées ; chez une même espèce il en existe des variétés très 
nombreuses. Les Cucurbitacées sont des plantes des pays chauds ; 
cependant la culture de plusieurs espèces réussit dans les climats 
tempérés, à l'aide de la chaleur des couches. 

Le genre Concombre (Cucumis) comprend les Concombres 
proprement dits et les Melons, herbes annuelles, à feuilles en- 
tières, palmées, à vrilles simples, à fleurs jaunes dont les pétales 
sont presque libres. Le Concombre cultivé (C. satious) est une 
plante couchée, à fruits longs, presque cylindriques, plus ou moins 
hérissés de petits tubercules ; une variété rustique a des petits fruits 
ou cornichons qui sont cueillis avant maturité. Le Concombre 
serpent, qu'on fait ramper sur les pelouses, possède un fruit bizarre, 
long et flexueux. 

Le Melon (fig. 223) est cultivé depuis des siècles en Orient et 
en Grèce. Dans le midi de la France, il supporte la pleine terre ; 
dans le Centre et le Nord, il lui faut la couche ou le châssis. Ses 
fruits sont agréables, rafraîchissants, mais peu nutritifs, d'une diges- 
tion difficile. 

Les Pastèques (Citrullus) diffèrent peu des Concombres par 
leurs caractères floraux ; leurs fleurs mâles sont solitaires comme 
les fleurs femelles, et leurs vrilles sont rameuses et non simples. On 
range dans ce genre la Pastèque commune 
et les Coloquintes. La Pastèque commune 
ou Melon d'eau a de gros fruits sphériques, 
lisses, d'un vert uniforme ou marbré. La Co- 
loquinte (fig. 222) est une plante à tige 
charnue, cassante, couverte de poils rudes. 
Ses fleurs sont jaune orangé; le fruit est 
recouvert d'une écorce mince, mais dure et 
presque ligneuse. Sa pulpe, blanche et spon- 
gieuse , d'une amertume extrême, est un 
violent purgatif. Plusieurs espèces de Colo- 
quintes sont ornementales par leurs fruits 
aux couleurs vives. 

Les Courges (Cucurbita) sont des herbes 
à fleurs solitaires gamopétales, en cloche et 
non en étoile comme chez les Cucumis ou 
les Citrullus, et leurs fruits sont très gros. 
Trois espèces alimentaires sont cultivées de- 
puis .longtemps en Europe : le Potiron, la 
Citrouille et la Courge musquée. La Courge 
potiron porte un fruit géant qui atteint par- 
fois 70 centimètres de diamètre et pèse plus 
de 1 00 kilogrammes ! 1 1 existe de nombreuses 
variétés de Potirons ; les plus curieuses sont 
celles dites Turbans ou Bonnets turcs, dont 
la partie en calotte représente la saillie con- 
sidérable de l'ovaire au-dessus du réceptacle. 




Bégonias ondulés à grandes fleurs 




Ecballiuin élastique 



La Courge Pepo ou Citrouille 
a le pédoncule fructifère prisma- 
tique, sillonné profondément et 
garni de côtes, tandis qu'il est 
cylindrique et à peine strié chez 
le Potiron. C'est une espèce très 
variable, à fruits allongés, de gros- 
ssur et de couleur très diverses. 
Citons la Citrouille de Touraine, 
la Coucouzelle ou Courge d'Ita- 
lie, la Courge à la moelle dont 
les Anglais sont très friands. 

La Courge musquée, aux feuil- 
les tachetées de blanc et aux fruits 
cylindriques, est appréciée dans 
le midi de la France. Le Pâtis- 
son ou Bonnet d'électeur, Arti- 
chaut de Jérusalem, se distingue 
des autres Courges par ses tiges 
dressées, sans vrilles, et la forme 
curieuse de ses fruits comestibles. 
Les Gourdes (Lagenaria) sont 
des plantes grimpantes, à fleurs 
solitaires dialypétales. On cultive en France la Gourde calebasse : 
ses fleurs sont grandes, blanches, odorantes; le fruit est d abord 
charnu, plein et d'un vert clair ; on en peut, avant le développe- 
ment complet, manger la pulpe, qui est sucrée ; à la maturité, il 
est dur, ligneux et creux, ce qui permet, après l'avoir débarrassé 
des graines et de la pulpe sèche, de la transformer en un récipient. 
Les Lojahs {Luffa) ou Pipengailles sont de belles plantes 
annuelles grimpantes, dont la culture réussit assez bien en France. 
Le fruit allongé est, dans sa jeunesse, comestible à la façon des 
cornichons; à la maturité il est fibreux et peut servir d éponge : 
c'est la plante torchon ou éponge végétale. 

L' Ecballium élastique ou Concombre sauvage est une petite 
plante dressée, sans vrilles, velue, remarquable par le mode d ou- 
verture de son fruit qui lance au loin ses graines. Le Momordique 
balsamine est une espèce grimpante cultivée depuis longtemps en 
France pour ses fruits, ou pommes de merveille, qui ont la taille 
d'une grosse prune. D'abord verts, puis jaune orange, ils s ouvrent 
à la maturité et montrent alors leur pulpe d'un rouge vif. 

La Bryone dio'ique est une plante à énormes racines. Commune 
dans les haies, elle est élégante par ses feuilles lobées, ses vrilles 
spiralées et ses petits fruits d'un beau rouge vif. Citons encore la 
Chayotte (Sechium), du Mexique, plante grimpante cultivée 
dans beaucoup de pays chauds pour son fruit comestible, en forme 
de poire mamelonnée ; sa racine est un légume. 

Bégoniacées. — La petite famille des Bégoniacées comprend 
des herbes et des sous-arbrisseaux à tige dressée ou grimpante, 
parfois réduite à un rhizome tubéreux. On connaît plus de 
400 espèces de Bégonia, habitant les con- 
trées chaudes de l'Asie, de l'Afrique et sur- 
tout de l'Amérique. Leurs jolies fleurs sont 
unisexuées et irrégulières : les mâles, avec 
quatre sépales colorés et de nombreuses éta- 
mines; les femelles, avec quatre sépales ou 
plus, entourant un ovaire adhérent à trois 
loges. Le fruit est une capsule pourvue de 
trois ailes souvent inégales, et renfermant un 
nombre considérable de graines extrêmement 
petites. Les feuilles sont alternes, épaisses, 
inégalement partagées par la nervure mé- 
diane. Depuis un demi-siècle, le Bégonia 
a pris dans nos jardins une importance qui 
ne peut être comparée qu'à celle du Pélar- 
gonium. Le Bégonia à grandes fleurs ou 
hybride fournit du début de l'été à l'arrière- 
saison des fleurs énormes. Quelques espèces, 
comme le Bégonia rex, ont un feuillage 
ornemental de premier ordre, à la fois très 
ample et richement teinté avec des reflets 
métalliques et parfois d'élégantes panachu- 
res. Les Bégoniacées forment une famille 
assez isolée ; elles ont des analogies avec les 
Cucurbitacées; mais leur unique enveloppe 
florale les fait ranger quelquefois parmi les 
Apétales, à côté des Aristolochiacées. 



cl. 1''. Faideau. 




UN BOIS D'OLIVIERS DANS L'ILE DE CORFOU. 



VII. - GAMOPETALES SUPEROVARIEES 



Toutes les familles de Gamopétales étudiées jusqu'ici ont l'ovaire 
adhérent ; nous allons parler maintenant des familles, beaucoup 
plus nombreuses, chez lesquelles il est libre. Aux Gamopétales à 
ovaire libre ou supère se rattachent quatre types, autour desquels 
nous grouperons les autres familles : 

2 verticilles d'étamines (en général 10) ou un verticille . . . Éricacées. 
1 verticille à filets attachés au milieu des pétales (Primulacées). 

,, ,. [ y> h ■•» ( 2 étamines. Oléacées. 

1 verticille d étamines (5 en \ Corolle régulière. J. 

. . i • \ / ' -> etammes. Solanacées. 

gênerai ou moins) super- < 

posées aux sépales . . . I Corolle irrégulière, 4 ou 2 éta- 



mines. . . Scrojulariacées. 



LES ERICACEES 



Les Bruyères recouvrent d'un tapis vert et rose les landes gra- 
nitiques et les terres sableuses des bois. Ces petits arbrisseaux à 
tige dure, sèche et buissonnante, à feuilles menues, étroites et 
coriaces, toujours vertes, ont un port particulier qui les fait immé- 
diatement reconnaître ; ils forment un groupe immense, particuliè- 
rement bien représenté au cap de Bonne- Espérance. Notre Bruyère 
commune ou Calluna vulgaire (fig. 224) a de petites feuilles 
opposées, groupées sur quatre rangs en couronne, et des fleurs en 
longues grappes terminales. Le calice membraneux à quatre sépales 
d'un rose tendre est la partie la plus apparente de la fleur. La co- 
rolle comprend quatre pétales plus petits, soudés à la base seule- 
ment et cachés par le calice ; en dedans sont huit étamines s'ou- 
vrant chacune par deux trous ; l'ovaire est libre, surmonté d un style 
long et fin ; pour fruit, une capsule à quatre loges. La Bruyère 
cendrée (Erica cinerea) ne doit pas être confondue avec l'espèce 
précédente, à côté de laquelle elle croît et fleurit ; son calice est 
très petit et sa corolle beaucoup plus grande, rose, globuleuse, à 
pétales soudés presque complètement. La Bruyère à balai (E.sco- 
paria), à petites corolles verdâtres, atteint 1 mètre de hauteur, et 
la Bruyère arborescente, du midi de la France, haute parfois de 



4 à 5 mètres, se garnit de fleurs blanches très odorantes. Beau- 
coup de Bruyères du Cap sont de superbes plantes d'ornement. 
La grande famille des Éricacées, dont la Bruyère est le type, 
comprend des arbustes à feuilles alternes ou verticillées souvent 
persistantes, à fleurs régulières et complètes des types cinq ou qua- 
tre, avec double verticille d'étamines dont les filets sont indépendants 
de la corolle ; leurs anthères s'ouvrent par des pores qui mettent en 
liberté un pollen dont les grains sont toujours groupés par quatre. 
L ovaire est à plusieurs loges, avec style unique ramifié en autant 
de stigmates qu'il y a de loges ; le fruit est une capsule, parfois 
une baie ou une drupe. Ces plantes habitent les pays tempérés ou 
chauds; on peut les diviser en trois tri- 
bus : les Éricées, dont le fruit est une 
drupe, une baie ou une capsule; ces 
dernières s'ouvrent par des fentes situées 
au milieu des loges, tandis que, chez les 
Rhododendrées, elles s'ouvrent près des 
cloisons ; enfin les Vacciniées qui ont 
l'ovaire infère et le fruit charnu. 

Outre les Bruyères, la tribu des Éri- 
cées comprend les Arbousiers {Arbutus). 
L.' Arbousier commun ou Arbre aux 
fraises croît dans la région méditerra- 
néenne ; ses feuilles sont dentelées, co- 
riaces et persistantes ; ses fleurs, petites, 
blanches ou légèrement rosées, sont en 
grappes pendantes ; sa baie rouge rap- 
pelle la fraise par l'aspect. La Caul- 
thérie couchée est un arbrisseau de 
l'Amérique du Nord, dont les feuilles 
aromatiques sont employées en guise 
de thé ; on les utilise en médecine sous 
le nom de Wintergreen. 

Répartis sur tout le globe, les R/io- 




Fig. 224. 
Calluna vulgaire. 



LES PLANTES 



170 



LES PLANTES 



dodendrons ou Rosages affec- 
tionnent les montagnes ; leurs 
fleurs, grandes et belles, s'épa- 
nouissent au printemps : corolle 
à cinq lobes inégaux, dix éta- 
mines. Les Azalées s'en distin- 
guent par leurs feuilles caduques 
et leurs fleurs à cinq étamines. 
L Airelle myrtille ( Vacci- 
nium), petit arbrisseau de nos 
bois, est le type des Vacciniées; 
il a des feuilles rappelant celles 
du Myrte; les fleurs sont soli- 
taires, penchées, avec calice sans 
découpure, corolle à cinq pétales 
rosés, soudés en grelot, huit à 
dix étamines, ovaire devenant 
une baie d'un bleu noirâtre di- 
visée en quatre loges. Ce fruit a 
une saveur acide, mais se mange 
avec plaisir. Parmi les Lricacées, 

on peut ranger encore les Pirolées, représentées dans nos bois par 
les Piroles, petites herbes à fleurs blanches, et les Monotropées, 
qui sont des plantes saprophytes blanc jaunâtre (p. 59). 

Primulacées; Plombaginacées. — Les Primulacées sont 
des herbes habitant les régions tempérées de l'hémisphère boréal ; 
elles sont nombreuses sur les montagnes. Leurs caractères sont les 
suivants : feuilles simples, entières ; fleurs régulières du type cinq ; 
les étamines, insérées sur la corolle, sont placées vis-à-vis du milieu 
des pétales, exception remarquable à la règle de l'alternance des 
pièces florales d'un verticille à l'autre. L'ovaire est libre, à une 
loge renfermant en son centre une sorte de colonne renflée sur 
laquelle sont fixés de nombreux ovules ; c'est la placentation cen- 
trale, caractéristique de la famille ; le fruit est une capsule. 

La Primevère officinale (Primula) ou Coucou de nos prés 
porte une ombelle de fleurs d'un jaune foncé; la Primevère élevée 
et la Primevère à grandes fleurs, fort communes aussi, sont cul- 
tivées dans les jardins, ainsi que la Primevère auricule ou Oreille 
d ours des Alpes et plusieurs espèces d'Extrême-Orient: Prime- 
vère obeonique, Primevère de Chine, etc. Les Cyclamens ont 
un rhizome tubéreux, des feuilles radicales à long pétiole, des 
fleurs pendantes, nombreuses, dont les cinq pétales, redressés vers 
le ciel, sont tordus sur eux-mêmes. La Soldanelle des Alpes, à 
corolle d un bleu intense, et les Androsaces de nos montagnes, à 
corolle blanche ou rose, se cultivent sur les rocailles. Parmi nos 
Primulacées indigènes : les Lysimaques, dont une espèce à tiges 
couchées et à fleurs d'un jaune d'or est l'Herbe aux écus ; le 
Mouron des champs (Anagallis) ou Mouron rouge, très petite 
herbe à fleurs rouges, bleues ou blanches ; il ne faut pas, dans ce 
dernier cas, la confondre avec le Mouron des oiseaux (Slellaria), 
qui est une Caryophyllacée, car ses graines sont mortelles pour les 
petits hôtes des cages. Les Hottonies sont des herbes aquatiques 
nageantes à feuilles très découpées et à 
fleurs en grappes. 

Les Plombaginacées diffèrent surtout des 
Primulacées par la pluralité de leurs stig- 
mates, leur placentation basilaire; elles habi- 
tent principalement les terrains salés, comme 
les Statices ou Lilas des marais salants. 
L'Armérie maritime ou Gazon d'Olympe 
forme de jolies bordures dans les jardins. 

Sapotacées. — Les Sapotacées sont 
des plantes ligneuses laticifères des régions 
tropicales; leurs feuilles sont alternes, sim- 
ples, entières ; les fleurs, régulières, herma- 
phrodites, à pièces presque toujours par 
cinq ; les carpelles clos forment un ovaire 
à plusieurs loges uniovulées; le style est 
simple et le fruit charnu. Elles diffèrent 
surtout des Primulacées par leur placenta- 
tion et leurs ovules. 

Le Sapotillier comestible (fig. 225), 
originaire des Antilles, est un bel arbre à 
fleurs blanches isolées; le fruit ou sapotille 
est une baie grisâtre de la taille d'une 
pomme; sa pulpe se mange presque blette. 




Audrosace en fleurs, dans les Alpes. 




Fleurs de Rhododendron. 



comme celle des nèfles. Les Side- 
roxylon, grands arbres à feuilles 
coriaces, ont de petites fleurs nais- 
sant en faisceaux à l'aisselle des 
feuilles; tous fournissent des bois 
durs, veinés, incorruptibles; ce 
sont les bois de fer des ébénistes. 
L Arganier bois de fer est in- 
connu en dehors du territoire ma- 
rocain : il croît entre 29° et 32" 
de latitude Nord, sur une bande 
de 40 kilomètres de largeur pa- 
rallèle au littoral . Epineux, le 
tronc noueux, haut de 6 à 8 mè- 
tres, il rappelle beaucoup 1 Oli- 
vier; son fruit ou argan est une 
drupe vert jaunâtre ponctué de 
blanc, de la taille d'une grosse 
olive ; ses feuilles sont broutées 
par les chèvres et les chameaux, 
ainsi que les fruits mûrs. Les 
noyaux, rejetés par les animaux, sont recueillis, brisés, et les 
graines torréfiées fournissent une huile de saveur forte, qui est très 
estimée des Marocains. 

Le Butyrosperme de Mungo-Park, dit Arbre à beurre ou 
Karilé, est un bel arbre de 20 mètres de haut, à port de Chêne, 
à feuilles oblongues, caduques, répandu dans les savanes du Sou- 
dan. Ses fruits, de la grosseur d'une noix, renferment sous leur 
chair comestible, agréable, une coque dure abritant la graine ; 
celle-ci contient une matière grasse qui est le beurre de Karité. 
Les Bassia voisins sont des arbres de l'Inde et d'Afrique; Ylllipe 
ou Bassia à longue feuille fournit le beurre d'Illipé. 

Le latex desséché des Palaquium, grands arbres à feuilles coria- 
ces, constitue la gutta-percha ; celui des Mimusops ou balata a 
des propriétés analogues. 

Ebénacées, Styracées. — Les Êbénacées peuvent être 
considérées comme des Sapotacées sans latex, à fleurs dioïques et 
à carpelles biovulés ; elles habitent les régions chaudes du globe. 
Le genre Diospyros, seul intéressant, comprend les Êbéniers, 
dont le bois à cœur dur et noir est très recherché, et les Plaque- 
miniers, qui sont des arbres fruitiers dont les fruits se mangent 
blets. Le Plaqueminier lotus ou d'Italie croît dans l'Europe et 
1 Asie méridionale ; ses fruits jaunâtres sont gros comme des cerises ; 
le Plaqueminier de Virginie ou persimon, prune-datte, cultivé dans 
le midi de la France et en Algérie, a des fruits un peu plus gros. 
L'espèce la plus utile est le Plaqueminier du Japon ou Ka^i, 
figue-caque, dont les fruits, d'un jaune brun particulier, rappellent 
les tomates par 1 aspect ; leur pulpe, molle et sucrée, est assez 
agréable au goût (Voir planche en couleurs des FRU ITS EXO TIQU Es). 
Les Styracées sont des Ebénacées à fleurs hermaphrodites. Les 
Aliboufiers ou Styrax produisent des baumes qui s'écoulent par 
des incisions pratiquées dans l'écorce : tels sont le Styrax benjoin, 
des îles de la Sonde, fournissant le benjoin, 
et le Styrax officinal, de la région méditer- 
ranéenne, donnant le storax. 



LES OLEACEES 

De toutes les Oléacées, la plus utile est 
l'Olivier, type de la famille, mais la plus 
répandue est le Lilas commun (Syringa), 
originaire des montagnes de Serbie et de 
Bulgarie. C'est un arbuste à feuilles oppo- 
sées, entières, d'un vert tendre. Ses fleurs 
odorantes, groupées en un thyrse terminal, 
sont d'une nuance charmante à laquelle la 
plante a donné son nom. Chaque fleur se 
compose d'un court calice à quatre divi- 
sions, d'une corolle à quatre pétales soudés 
en un tube étroit et long, puis s'étalant en 
quatre lobes en croix; deux étamines insé- 
rées sur la corolle et un ovaire à deux loges 
biovulées sont enfermés dans le tube de la 
fleur ; le fruit est une capsule s ouvrant par 
deux valves. Le Lilas, splendeur des bos- 
quets au printemps, a donné un grand 
nombre de variétés culturales. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



171 



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Cl. F. Faideau. 
Branches de Lilas commun. 



Le Troène vul- 
gaire ( Ligustrum ) 
est u n arbuste de 2 à 
3 mètres, commun 
dans nos bois; ses 
feuilles, entières, 
luisantes et lancéo- 
lées, sont presque 
persistantes; ses 
fleurs, blanches, en 
grappes, rappellent 
celles du Lilas, 
mais l'odeur en est 
peu agréable ; le 
fruit est une baie 
noire. Les Forsy- 
thia sont des ar- 
bustes d'ornement 
aux fleurs jaunes 
très précoces. 

L'Olivier a" Eu- 
rope (Olea) qui, 
malgré son nom , 
est probablement 
originaire de l'Asie 
Mineure, a été in- 
troduit et cultivé dès la plus haute antiquité sur tout le pourtour 
méditerranéen. C'est un arbre à croissance très lente, mais pouvant 
cependant atteindre des dimensions colossales, jusqu à 10 et 
12 mètres de circonférence à la base du tronc, avec une hauteur 
de 15 à 20 mètres; alors il est noueux, à branches tortueuses et 
ramifiées, d'un aspect tourmenté remarquable. Ses feuilles, étroites 
et d'un vert grisâtre, à ourlet inférieur, sont persistantes. Les fleurs, 
petites et d'un blanc jaunâtre, en grappes courtes et serrées, ont 
une corolle à tube très court, laissant déborder deux étamines; le 
fruit ou olive est une drupe ovoïde, d'abord verte, puis d'un violet 
noirâtre à la maturité ; son noyau très dur ne renferme qu'une 
graine. Les olives vertes sont servies comme hors d œuvre, après 
un séjour dans la saumure. Pour l'extraction de 1 huile, qui est 
leur usage le plus important, on cueille les olives à leur maturité 
complète. L'Olivier donne aux tourneurs et aux ébénistes un bois 
dur, richement nuancé et veiné. 

Notre Frêne commun (Fraxinus) est un bel arbre atteignant 
jusqu'à 35 mètres de haut. ËLcorce grisâtre, assez lisse, bourgeons 
d'un noir velouté, feuilles opposées à folioles denticulées en nombre 
impair, tels sont ses caractères les plus apparents. Ses fleurs poly- 
games, d'un vert jaunâtre, naissent en panicules sur le vieux bois; 
les hermaphrodites n'ont ni calice ni corolle et se composent sim- 
plement de deux étamines et d'un pistil nu, auquel succède une 
samare étroite et longue. Le Frêne est un arbre d'alignement ; son 
bois dur et tenace est excellent pour le charronnage et la menui- 
serie. Le Frêne orne ou Frêne à manne de la région méditerra- 
néenne a des fleurs pétalées et blanches : c'est le Frêne à fleur. Il 
laisse écouler par incision de son écorce une substance sucrée, la 
manne, excellent purgatif doux. 

Les Jasmins sont des arbrisseaux dressés ou grimpants à grandes 
fleurs, à cinq pétales et à fruits charnus (baies). Le Jasmin com- 
mun est une espèce grimpante à fleurs blanches, d'odeur suave. 

LES SOLANACÉES. 

En été, dans les haies, fleurit la Morelle douce-amère, arbrisseau 
à rameaux dressés ou volubiles, à feuilles alternes, entières ou 
lobées, suivant leur position sur la tige. Les fleurs ont un calice 
régulier à cinq sépales soudés persistants, une corolle à cinq pétales 
violets étoiles, en tube à la base et supportant cinq étamines à filets 
gros et courts, à anthères rapprochées; l'ovaire est libre, à deux loges. 
La Douce-amère est un bon remède populaire comme dépuratif. 

Les caractères que nous venons d'indiquer se rencontrent 
chez les autres Solanacées. Ce sont des herbes ou des arbris- 
seaux, à feuilles alternes, découpées, d'un vert sombre et sans 
stipules ; la fleur est régulière, du type cinq ; les anthères, très rap- 
prochées les unes des autres, s'ouvrent non par deux fentes, mais 
par deux trous au sommet. Le pistil est formé de deux carpelles 
renfermant de nombreux ovules; le fruit est une baie ou une 
capsule : d où la division en deux tribus. Les Solanacées ren- 
ferment des principes vénéneux. Ces plantes abondent dans 
les régions chaudes du globe et principalement en Amérique. 




Sidéroxylon cendré (à droite) 
et Eléodendron oriental, à La Réunion. 



Solanacées à 
baies. — Le genre 
Morelle ou Sola- 
num est représenté 
en France par la 
Morelle douce- 
amère et la Mo- 
relle noire ou 
Tue-chien , herbe 
vénéneuse, ou du 
moins narcotique, 
fort commune. La 
Morelle tubéreuse 
ou Pomme de terre 
(fig. 226) est une 
plante à feuilles 
composées, à fleurs 
blanches ou viola- 
cées. Ses rhizomes 
se renflent par 
place en tubercules 
gorgés d'amidon. 
Originaire du 
Chili, la Pomme 
de terre fut intro- 
duite en Espagne 
après la conquête 
du Pérou, de là 
en Italie, puis dans 
les Flandres; Clu- 
sius la cultivait 
en 1588 et John 

Gerarde, grâce à Walter Raleigh, l'obtint en 1596. Au début du 
XVII siècle, elle existait dans presque toutes les contrées d'Europe 
et était déjà beaucoup cultivée en Irlande. Dès 1650, la pomme 
de terre était utilisée pour l'alimentation en Angleterre, en Franche- 
Comté, en Lorraine, mais dans la plus grande partie de la France 
on répugnait à son usage, même pour le bétail. Parmentier est 
célèbre par l'ardente campagne qu'il mena, sous Louis XVI, pour 
1 utilisation de la Pomme de terre ; cependant la culture de cette 
plante ne devint générale dans notre pays que vers 1820, après 
plusieurs récoltes de blé déficitaires. 

La Morelle mélongène est l'Aubergine ; les grosses baies, oblon- 
ques et d'un violet spécial, decetteplante.de patrie inconnue, sont 
fort appréciées. Une variété curieuse est la Morelle à œufs ou 
Plante aux œufs, dont les fruits non comestibles rappellent tout à 
fait des œufs de poule (p. 44); enfin la Morelle faux piment ou 
Ceriser d'amour est un petit arbuste décoratif par ses jolis fruits d'un 
rouge orangé. La Tomate (Solanum Lycopersicum), d'origine amé- 
ricaine, est une herbe d'odeur forte et à fleurs d'un jaune pâle. On 
la cultive pour ses fruits rouges ou jaunes de formes variées. 

Les Coquerets ou Physalis sont remarquables par leur fruit, 
baie rouge emprisonnée dans un grand sac écarlate qui n'est autre 
chose que l'ancien calice de la fleur. A l'automne, ce sac se réduit 
à des nervures et devient une cage en dentelle à travers laquelle 
on aperçoit le fruit : Amour en cage, Cerise d'hiver, sont les noms 
vulgaires de notre espèce indigène. Plusieurs espèces américaines 
sont ornementales ; le fruit des Coquerets est comestible. 

Les Piments (Capsicum) sont des herbes des pays chauds et 
principalement d'Amérique ; les fleurs solitaires sont blanchâtres ; 
le fruit est une baie d'abord verte, puis d'un rouge vif à la maturité; 

il doit sa saveur acre et 
forte à un principe rubé- 
fiant, la capsicine. 

Signalons encore les Ly- 
ciets, arbrisseaux souvent 
épineux, utilisés pour gar- 
nir les palissades, et deux 
plantes très vénéneuses, la 
Belladone et la Mandra- 
gore. La Belladone (Atro- 
pa) est une herbe à feuilles 
entières, à fleurs brunes 
en tube ; son fruit est une 
petite baie noire entourée 
par le calice persistant ; il 
renferme un alcaloïde, 
l'atropine, qui dilate la 




Fij<. 225. — Sapotillier. 
a, Fleur ; b, Fruit. 



172 



LES PLANTES 




Datura eu arbre. 

pupille, diminue la sensibilité, 
réduit les sécrétions, agit sur les 
muscles. Les Mandragores habi- 
tent la région méditerranéenne ; 
herbes à tige courte et à très 
grosse racine charnue, elles ont 
des propriétés narcotiques. 

Solanacées à capsule. — 

Le Datura Siramoine, que 1 on 
rencontre au bord des routes, a 
des fleurs blanches en tube étroit 
plissé; son fruit, ou pomme épi- 
neuse, est une capsule hérissée 
d'aiguillons et s'ouvrant en qua- 
tre valves; ses propriétés toxi- 
ques sont analogues à celles de 

la Belladone. Nombre d'espèces de Datura, dont certaines sont 
des arbustes, se cultivent pour la beauté et le parfum de leurs 
fleurs ; la culture n'atténue pas leurs propriétés toxiques. 

Une autre Solanacée fort dangereuse est la Jusquiame noire, 
herbe molle et velue, assez commune dans les décombres. 

Les Tabacs (Nicotiana) sont de hautes herbes à larges feuilles 
entières, à corolle longuement tubuleuse et dont le coloris varie. 
Le Tabac renferme comme on sait un alcaloïde très toxique, la nico- 
tine. L'usage de fumer les feuilles de cette plante semble remonter 
fort loin chez les Indiens d'Amérique. Le Tabac fut introduit en 
Europe par les Espagnols et les Portugais (1518) ; aujourd'hui il 
est universellement cultivé. Plusieurs Tabacs sont de très belles 
plantes d'ornement. Comme Solanacées de nos jardins, les Pétunia, 
les Nierembergia, les Salpiglossis, à corolle bilabiée ; les Schi- 
zanthes, à deux étamines, sont très connus. 

Borraginacées. — Les Borraginacées se distinguent des Sola- 
nacées par leur inflorescence et leur ovaire. Ce sont presque tou- 
jours des herbes à feuilles alternes, couvertes de poils rudes; leur 
cyme scorpioïde se redresse à mesure que les fleurs s épanouissent. 
La fleur, rarement un peu irrégulière, est du type cinq. L ovaire 
est libre, à deux carpelles et à deux loges, devenant plus tard, par 
formation d'une fausse cloison, à quatre logettes dont chacune 
abrite un ovule. Le fruit consiste le plus souvent en quatre akènes 
(fig. 227, a); le style est basai. La plupart de ces plantes con- 
tiennent dans leurs tissus une quantité assez notable de salpêtre 
qui explique leurs propriétés sudorifiques ou diurétiques. 

La Bourrache officinale (fig. 227) [Borrago], ^ype de la 
famille, est une herbe annuelle des lieux cultivés; l'infusion des 
feuilles et des fleurs est un remède populaire. Les Pulmonaires, 
les Grémils (Lithospermes), les 
Vipérines (Èchium), les Cyno- 
glosses, les Consoudes abondent 
dans les champs, les bois ou au 
bord des eaux. Les Buglosses 
(Anchusa) sont aussi fort com- 
munes; YAlkanna tinctoriale ou 
Orcanette, de la région méditer- 
ranéenne, fournit une matière colo- Fig. 226. — Coupe 
rante rouge, réactif des chimistes. de la fleur de Pomme de terre. 




Un vieux Frêne, en Kabylie 



> • stigmate 
anthère 




Du Myosotis des marais on a 
fait le symbole du souvenir affec- 
tueux ; les noms les plus doux 
(Ne m'oubliez pas) lui ont été 
prodigués dans tous les pays d'Eu- 
rope où il croît et, de fait, rien 
n'est plus gracieux que sa mi- 
gnonne corolle d'un si beau bleu. 

Tandis que chez toutes les es- 
pèces précédentes le style part de 
la base de l'ovaire, il est terminal 
chez les Héliotropes; on cultive 
souvent Y Héliotrope du Pérou, 
aux fleurs violettes d'odeur suave. 
Les Cordia sont des plantes li- 
gneuses des régions tropicales ; 
elles fournissent des bois estimés. 

Ilicacées. — Les Ilicacées 
forment une petite famille ayant 
certaines analogies avec les Rham- 
nacées et qui, pour cette raison, 
a été placée parfois dans les 
Dialypétales. 

Le Houx commun (llex aqui- 
iolium), répandu dans les bois de 
1 Europe tempérée, a des bran- 
ches flexibles, des feuilles alternes, 
coriaces, luisantes, souvent ondu- 
lées et dont les nervures se prolon- 
gent en épines. Les fleurs, me- 
nues et blanches, par petits bou- 
quets à l'aisselle des feuilles, ont 
un calice à quatre dents, une 
corolle dont les quatre pétales sont 
soudés à leurs base, quatre éta- 
mines chez les fleurs mâles et, 
chez les fleurs femelles, un ovaire 
à quatre loges uniovulées cl à style court. Les pieds femelles se 
couvrent à l'automne de drupes d'un rouge vif, renfermant quatre 
petits noyaux très durs. Le bois du Houx, à grain fin et serré, 
est employé aux ouvrages de tour et de marqueterie. 

Dans tout le bassin du Rio de la Plata croît un petit arbre, le 
Houx maté du Paraguay ou thé du Paraguay, cultivé aujour- 
d'hui dans une grande partie de l'Amérique du Sud. Ses feuilles 
coriaces, dentées, renferment de la caféine et fournissent une 
infusion stimulante qui remplace le thé. 

Convolvulacées, Polémoniacées. — Nos Liserons indi- 
gènes sont des représentants bien connus de cette famille qui se 
relie intimement aux Borraginacées, et qui comprend des herbes 
couchées ou volubiles à droite et parfois dressées ; peu sont li- 
gneuses. Les feuilles sont alternes, les fleurs du type cinq, à ovaire 

libre ayant deux loges; le fruit variable 
est le plus souvent une capsule. Ces 
plantes abondent surtout dans les pays 
chauds. 

Le nom de Liserons est donné à 
plusieures plantes des genres Conool- 
vulus ou Calystegia. Le Liseron des 
champs (Convoloulus) ou Petit Lise- 
ron, Vrillet, est une mauvaise herbe 
qui court sur le sol ou s enroule autour 
des chaumes ; ses jolies fleurs en en- 
tonnoir et d'un rose très pâle exhalent 
un délicat parfum d'amande amère. Le 
Liseron tricolore (Convolvulus) est 
une herbe annuelle non grimpante; ses 
fleurs, qui ne s'épanouissent que pen- 
dant le jour : d'où son nom de Belle- 
de-jour, ont le tube jaune, la gorge 
blanche et le limbe bleu. Le Liseron 
scammonée d'Orient laisse écouler de 
sa grosse racine incisée un latex rési- 
neux purgatif. Le Grand Liseron ou 
Liseron des hâtes (Calystegia se- 
pium) affectionne le bord des eaux et 
fait grimper autour des Roseaux ou 



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Fig. 227. — Bourrache. 
a, Fruit ; b, Fleur. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



173 



des branches de Saule ses grandes 
feuilles en cœur et ses larges fleurs 
blanches comme neige. Le Liseron 
soldanelle ( Calystegia Soldanella ) 
orne de ses fleurs roses les sables et 
les rochers du littoral maritime. 

Les Ipomées diffèrent peu des Li- 
serons : leur style est en bouton et non 
en fourche ; elles habitent les pays 
chauds. L'/pome'e pourpre est le Vo- 
lubilis, originaire de lAmérique du 
Sud ; transporté dans nos jardins, il y 
a fait merveille. L'/pome'e purgative 
est le Jalapdu Mexique, dont la racine 
pulvérisée sert en médecine. L'/pomee 
batate de l'Inde est la Patate, dont 
les racines tubéreuses à chair sucrée et 
tendre remplacent la pomme de terre 
sous les tropiques. 

Les Cuscutes forment une tribu spé- 
ciale d'herbes parasites, sans chloro- 
phylle et sans feuilles (p. 56). Leurs 
tiges filamenteuses si abondantes leur 
ont fait donner les noms de Tignasse, 
Perruque du diable, etc. Les fleurs, 
petites, campanulées, blanches ou ro- 
ses, en glomérules compacts, ont leurs 
pièces par cinq ; l'ovaire porte deux 
styles et le fruit est une capsule à 
deux loges renfermant en tout quatre 

graines. Les Cuscutes sont des plantes redoutables dont la des- 
truction est obligatoire. 

Les Polémoniacées forment une petite famille différant des 
Convolvulacées, et surtout des Borraginacées, par l'ovaire à trois 
loges. Plusieurs sont appréciées dans les jardins comme la Polé- 
moine bleue ou Valériane grecque, les Phlox, les Gilia et la Cobéa 
grimpante, qui atteint jusqu'à 8 mètres de hauteur. 

Apocynacées. — La Pervenche (Vinca), une des jolies 
fleurs de nos printemps, a des corolles d'un bleu superbe. C'est 
une herbe vivace à feuilles opposées, luisantes et à fleurs solitaires. 
Le calice est à cinq sépales courts ; la corolle, à cinq pétales égaux, 
soudés en tube à la base et s'étalant ensuite en soucoupe; cinq éta- 
mines à anthères rapprochées sont insérées sur le tube de la 
corolle ; le pistil est libre, à deux ovaires fermés, non soudés ; la 
soudure s'opère par le style. 

La Pervenche est dans la flore française le seul représentant 
de la famille des Apocynacées, qui comprend surtout des arbres et 
des arbustes tropicaux, à feuilles opposées ou verticillées, à fleurs 
régulières et à fruit variable. Ces plantes contiennent un latex qui, 
selon les espèces, est sucré et alimentaire (Tabernœmontana), ou 
fébrifuge, ou très vénéneux (Adenium) ; celui des Hancornia, 
Landolphia et du Mascarenhasia fournit un excellent caout- 
chouc. Les Frangipaniers ou Plumeria sont des arbustes de l'Amé- 
rique tropicale, cultivés 
dans les serres pour leurs 
jolies fleurs à odeur de fran- 
gipane. Les Pachypodes 
sont de très curieuses plan- 
tes ligneuses de Madagas- 
car. Le Pachypode de 
Gea\){fig. 228) est un arbre 
de 8 à 10 mètres, à tige 
simple, charnue, épaisse, 
tellement molle qu'on peut 
presque l'abattre avec un 
sabre, et terminée par une 
rosette de feuilles. D'autres 
espèces sont des arbres gros 
et courts couverts de ra- 
meaux épineux, ou même 
sont réduites à un tronc 
difforme de 20 centimètres 
de haut poussant entre les 
rochers. 

Le Laurier -rose (Ne- 
riurn oleander) est un bel 
arbuste qui, en Perse et en Consolide officinale. 

LES PLANTES 




Cl. Alluaud, 



Pachypode de Lamere, à Madagascar. 



Grèce, garnit le fond des ravins de ses charmantes fleurs roses ou 
blanches. Ses feuilles entières sont verticillées et persistantes ; son 
latex blanc est un poison violent. 

Les Strophanthes, lianes habitant les régions intertropicales de 
l'Ancien continent, ont les fleurs à pétales prolongés en une étroite 
lanière tordue sur elle-même et atteignant 1 5 centimètres de long ; 
le fruit, cylindrique et de la grosseur du petit doigt, est un double 
follicule, long parfois de 50 centimètres et renfermant jusqu'à 
trois cents graines, dont chacune est surmontée d'une longue aigrette 
soyeuse. L'extrait aqueux des graines ou de la racine de ces plantes est 
employé par les peuplades d'Afrique pour empoisonner les flèches. 

Asclépiadacées. — Les Asclépiadacées ne diffèrent des 
Apocynacées que par leurs étamines insérées au fond de la corolle 
et fortement adhérentes au pistil, et par leur pollen agglutiné en 
deux à quatre masses ou pollinies par anthère. Le fruit consiste en 
deux follicules parallèles ; les graines sont pourvues d'une aigrette 
dont les filaments ou soie oégétale ont des qualités textiles utili- 
sées chez plusieurs espèces de l'Inde. Le latex des Asclépia- 
dacées a les mêmes propriétés que celui des Apocynacées. 

Le Dompte-venin officinal (Cynanchum Vincetoxicum) est 
une herbe commune dans nos bois ; le Gomphocarpe à feuilles 
de saule ou Faux Cotonnier est très répandu en Corse; on le 
cultive dans les jardins ainsi que YAsclépiade cornue ou Herbe 

à la ouate, originaire 
W M"itJ* ^■■HNBH^HflHHBB d Amérique, et les Stape- 

lia, de l'Afrique du Sud, 
qui, sans feuilles et à tiges 
charnues dentelées, ont tou t 
à fait l'aspect de Cactées. 





Fleurs du Volubilis. 



Fig. 228. — Pachypode. 
a, Rameau fleuri ; b, Fruit. 

15. 



174 



LES PLANTES 









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Cl. F. l-'niilrnu. 



Pied de Bouillon blanc. 



Gentianacées. — 

Les Gentianacées sont 
des herbes amères et 
fébrifuges, propres aux 
régions tempérées et 
montagneuses. Les 
feuilles sont opposées, 
sauf pour le Trèfle 
d'eau ; les fleurs, grou- 
pées en cymes, sont 
hermaphrodites, régu- 
lières, à pièces par cinq 
ou rarement par quatre ; 
l'ovaire est à une loge ; 
le fruit est une capsule. 
L' Erythrée petite 
centaurée est une herbe 
à fleurs roses s épa- 
nouissant en été dans 
les pâturages. Ses som- 
mités fleuries, en infu- 
sion, constituent l'un 
des meilleurs fébrifuges 
indigènes. 

Les Gentianes ont de belles fleurs vivement colorées; sur nos 
montagnes, elles abondent parfois au point de nuire à la qualité du 
fourrage. Leur racine renferme un principe amer et un sucre, la 
gentianose. D'autres Gentianacées indigènes sont aquatiques, tels 
le Ményanthe trèfle d'eau et le Limnanthème faux nénuphar. 

Loganîacées. — Les Loganiacées, plantes des régions tropi- 
cales, ne diffèrent des Gentianacées que par leurs feuilles stipulées 
et leur ovaire à deux loges ; le fruit est variable. Elles sont aussi 
très amères et, de plus, beaucoup sont très vénéneuses, notamment 
les Strychnos, arbres ou lianes à fleurs ordinairement blanches et 
dont le fruit est une grosse baiesphérique. LeSiryc/inos vomiquier, 
de' l'Inde, est un arbre dont le fruit jaune orange, gros comme 
une orange, renferme des graines ayant l'aspect de boutons dé- 
formés ; connues sous le nom de noix comique, elle sont très 
vénéneuses, en raison de la présence d'un alcaloïde, la strychnine; 
c'est un poison violent et rapide, un excitant du système musculaire 
qui, à dose massive, tue un homme en vingt minutes après de ter- 
ribles convulsions. Le Strychnos ignatier est un arbre des Philip- 
pines ; ses graines ou fèves de Saint Ignace ont des propriétés 
analogues. L'écorce et le bois de beaucoup de Strychnos (S. de Cas- 
telnau) fournissent, après coction, le curare, célèbre poison de 
flèche, employé jadis par les Indiens de l'Amazone, de 1 Oréno- 
que et des Guyanes. C'est une matière noirâtre, soluble dans 
l'eau et qui doit son activité à un alcaloïde, la curarine. L intro- 
duction du curare par la voie digestive n'est dangereuse que si les 
muqueuses sont excoriées, car l'absorption se fait assez lentement 
pour que le poison soit éliminé au fur et à mesure par les reins ; 
c'est pourquoi la chair des animaux tués à l'aide de flèches plon- 
gées dans le curare peut être consommée ; mais, inoculé dans le sang, 
ce poison tue en quelques minutes par paralysie des voies res- 
piratoires. Claude Bernard a montré que le curare respecte l'appa- 
reil musculaire et le système nerveux sensitif, mais engourdit et 
paralyse le système nerveux moteur (mort par arrêt de respiration). 

LES SCROFULARIACÉES. 

Le Muflier (flg. 229) ou Gueule-de-loup (Antirrhinum majus) 
est commun au sommet des vieilles murailles; il orne aussi les 
jardins. C'est une herbe vivace, à feuilles allongées, étroites ; les 
inférieures opposées, les supérieures alternes. Ses grandes fleurs en 
grappes terminales ont un calice persistant à cinq lobes courts, une 
corolle irrégulière à cinq pétales soudés formant un tube bossu à la 
base et se terminant par deux lèvres ; à l'état spontané, elle est 
rouge ou blanche, à gorge jaune, parfois entièrement jaune. A l'in- 
térieur de cette corolle fermée sont insérées quatre étamines, dont 
deux plus petites; l'ovaire est libre, à deux loges, et surmonté 
d un style simple. Le fruit est une capsule s'ouvrant par trois 
trous au sommet (p. 44). Le Muflier peut être pris pour type de 
la famille des Scrofulariacées, qui comprend des herbes et quel- 
ques arbres des régions tempérées et montagneuses. On peut 
les considérer comme des Solananées à fleurs irrégulières et 
n'ayant plus que quatre étamines dont deux petites. Nous rappro- 
cherons les Verbascées et les Scrofulariacées proprement dites. 




Laurier-rose en îleurs. 



Les Verhascées 
se rapprochent le 
plus des Solana- 
cées ; leur fleur pres- 
que régulière com- 
porte cinq étamines, 
inégales, il est vrai. 
Les Molènes ( Ver- 
bascum) ou Bouil- 
lons blancs sont les 
représentants de 
cette tribu dans nos 
champs. Ce sont de 
grandes herbes à lar- 
ges feuilles molles, 
cotonneuses, à hauts 
épis dressés de fleurs 
d'un beau jaune 
( V.Thapsus); elles 
sont pectorales. 

Parmi les Scro- 
fulariacées propre- 
ment dites, il faut 
ranger les Linaires, 

dont les fleurs, assez semblables à celles du Muflier, s'ornent d un 
long éperon à la base de la corolle; l'une des plus jolies espèces 
est la Linàire cymbalaire, dite Ruine de Rome, qui garnit les 
vieilles murailles de ses fleurs violettes et de son feuillage lobé. 
La Scrofulaire de nos bois a donné son nom à la famille. La 
Digitale pourpre, très vénéneuse, porte une longue grappe de 
grandes fleurs pourprées, presque régulières et en forme de dé à 
coudre : d'où son nom. Des feuilles, on retire un poison, la digi- 
taline, employée contre les palpitations de cœur. Très commune 
dans les bois siliceux, après la coupe des taillis, la Digitale pourpre 
est remplacée en terrain calcaire par la Digitale jaune. 

Les Véroniques forment un genre nombreux. Nos espèces eu- 
ropéennes sont de charmantes petites herbes ; plusieurs espèces 
étrangères cultivées dans les jardins sont des arbustes. Le calice et 
la corolle, presque réguliers, ont quatre divisions, et il n'y a que 
deux étamines. Les fleurs, petites mais fort élégantes, sont souvent 
d'un bleu admirable. 

Parmi les Scrofulariacées étrangères, il faut citer le Paulownia 
impérial, bel arbredu Japon, qui a été introduit en France en 1834; 
ses grandes fleurs bleues très parfumées, en panicules dressées 
terminales, s épanouissent en mai, en même temps que commen- 
cent à paraître ses larges feuilles en cœur. Les Calcéolaires, ori- 
ginaires de l'Amérique du Sud, sont des plantes d'ornement 
remarquables par la beauté et la bizarrerie de leurs fleurs qui res- 
semblent à de petits sabots; elles n ont que deux étamines. Le 
Maurandia grimpant, du Mexique, garnit gracieusement les ton- 
nelles; les Collinsia, les Mimules sont de jolies plantes de jardins. 

Plusieurs espèces indigènes, bien que pourvues de chlorophylle, 
sont parasites : tels sont les Euphraises, les Pédiculaires, les Rhi- 
nanthes, les Odoniites et les Mélampyres; ces derniers se nour- 
rissent par des suçoirs qui partent de leurs racines et s'enfoncent 
dans celles des Graminées (p. 56). On rencontre des Pédi- 
culaires (P. laineuse, P. à fleur Velue) 
jusque dans les régions arctiques. 

Utriculariacées. — Les plantes for- 
mant la petite famille des Utricularia- 
cées diffèrent des précédentes par leur 
ovaire à une loge et leur placentation 
centrale. Les Utriculaires habitent les 
eaux stagnantes ; leurs fleurs sont jaunes, 
irrégulières; leurs feuilles, très décou- 
pées, semblent réduites aux nervures; 
certaines cependant présentent de petites 
vésicules ovoïdes, dont l'ouverture, en- 
tourée de poils ramiSés, peut être fermée 
par une mince soupape s'ouvrant de 
dehors en dedans. Ce sont des flotteurs 
et aussi des pièges, où l'on trouve sou- 
vent des débris de petits crustacés ou de 
larves d insectes. 
Fig. 229. — Muflier ^- a Grassette commune (Pinguicula) 

ou Gueule-de-loup. abonde dans les prairies tourbeuses, où 

a.Coupede la fleur ; b, Fruit. elle épanouit en juillet ses mignonnes 




LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



175 




Fleurs de Gloxiuia (Sinningia). 

fleurettes irrégulières. Ses feuilles 

charnues, disposées en rosette, ont 

leur face supérieure couverte de poils 

glanduleux dont la sécrétion diges- 

tive englue les insectes. Les Genlisea à feuille en cornet ramifié 

ont le même mode de vie : ce sont encore des plantes carnivores. 

Orobanchacées. — On rattache les Orobanchacées soit aux 
Scrofulariacées, dont elles se rapprochent par la corolle et les éta- 
mines, soit plutôt à la famille suivante des Gesnéracées, dont elles 
ont l'ovaire à une loge avec placentas pariétaux. Elles se distinguent 
des unes et des autres par leur mode d'existence : ce sont des pa- 
rasites dont les racines sont reliées par un gros tubercule suçoir aux 
racines d'autres plantes. C'est à ces 
organes souterrains que se réduisent 
les Orobanchacées pendant la plus 
grande partie de 1 année. En été, 
elles laissent sortir déterre une hampe 
chargée de fleurs et portant des 
écailles tenant lieu de feuilles; le 
tout sans chlorophylle, de nuance 
pâle et d'aspect maladif. Telles sont 
les Orobanches, parasites du Gail- 
let, du Trèfle, du Sainfoin, du 
Lierre, etc. ; la Lathrée, les Phéli- 
pées, qui vivent aux dépens des Peu- 
pliers, duTabac, du Chanvre(p.56). 



Gesnéracées, Bignonia- 
cées, Acanthacées. — Ces trois 
familles, comprenant surtout des 
plantes des pays chauds, ont de 
grandes affinités avec les Scrofula- 
riacées; la première s'en distingue 
par l'ovaire ordinairement à une loge 
et la placentation pariétale ; la se- 
conde, par les graines ailées et sans 
albumen ; la troisième, par le mode 
d'ouverture de la capsule loculicide 
et les graines non ailées et dépour- 
vues d'albumen. 

Les Gesnéracées comprennent de 
superbes plantes de serres et princi- 

fwlement les Gloxinia (Sinningia), 
es Saint-paulia, les Achimènes. À 
une tribu de Gesnéracées, celle des 
Pédaliées, appartiennent les Mar- 
tynia, aux fruits de forme curieuse, 
et le Sésame de l'Inde, plante oléa- 
gineuse d'une certaine importance. 
Les Bignoniacées sont ligneuses. 




Kesvull-Hulmstn. 



Pédiculaires des terrains pierreux du Spitzberg. 




Digitale pourpre des bois siliceux. 



Le Catalpa, bel arbre de l'Amérique du Nord acclimaté en Eu- 
rope, rappelle le Paulownia par ses larges feuilles; mais ses fleurs 
sont blanches et n apparaissent qu'après les feuilles. Le Tecoma, 
dit Jasmin trompette ou Jasmin de Virginie, est un arbrisseau grim- 
pant. Le Crescentia ou Calebassier, de l'Amérique tropicale, 
fournit des fruits à paroi ligneuse, employés comme récipients. Les 
Kigelia ont de longs fruits cylindriques (p. 7 et 44). 

Les Acanthacées, enfin, sont représentées par les Acanthes, 
herbes à vastes feuilles découpées et dentées, très ornementales ; 

leurs fleurs blanches, roses ou pour- 
pres, sont en longs épis terminaux. 

Labiées. — L'immense famille 
des Labiées a des représentants sur 
tout le globe; ils sont particulière- 
ment nombreux dans la région médi- 
terranéenne. Ce sontdes herbes, rare- 
ment de petits arbrisseaux, comme le 
Thym ou la Lavande. La tige qua- 
drangulaire porte des feuilles oppo- 
sées (jig. 231 , E). Le calice est à cinq 
sépales soudés ; la corolle est bila- 
biée : la lèvre supérieure formée de 
deux pétales soudés et la lèvre infé- 
rieure de trois {jig. 230). Il y a quatre 
étamines, dontdeux pluspetites. L'o- 
vaire est libre, à deux loges partagées 
plus tard par une fausse cloison en 
quatre logettes et devenant quatre 
akènes ; le style est basai ( gynobasi- 
que). La plupart des Labiées sont 
couvertes de poils, renflésàleurextré- 
mi té en une petite glande sécrétant des 
essences aromatiques. Ce sont des 
plantes mellifères; elles ont des usa- 
ges en parfumerie, confiserie, liquo- 
risterie, médecine, horticulture; cer- 
taines sont condimentaires. On peut 
les considérer comme des Borragina- 
cée's irrégulières, de même que les 
Scrofulariacées sont des Solanacées 
irrégulières. 

Les Lamiers (jig. 230 et 231 , A) 
sont des herbes communes partout. 
Le Lamier blanc, dit Ortie blanche, 
vit dans les endroits incultes. Le La- 
mier pourpre et YAgripaume car- 



176 



LES PLANTES 




Binage d'un champ de Mélisse 

diaque (Leonunts), la Ballote fétide, les Épiaires ou Stachys sont 
aussi fort répandus. Le Stachys affinis, originaire du Japon, a été 
introduit en France en 1885 ; ses rhizomes en chapelet sont vendus 
comme légumes sous le nom de crosnes, qui est celui du village 
de Seine-et-Oise, près Montgeron, où ils furent d'abord cultivés. 

Les Toques ou Scutellaires, les Brunelles abondent dans les 
bois et les prés. Le Gléchome à feuille de Lierre ou Lierre 
terrestre est une petite plante aromatique à fleurs bleuâtres dont 
l'infusion est pectorale. La Népéta chataire ou Herbe aux chats 
croît dans les haies; son odeur attire les chats comme celle de la 
Valériane. Le Romarin officinal, arbrisseau à feuilles étroites, 
coriaces, couvre les collines arides du midi de la France. La Sauge 
des prés (Salvia) est une jolie plante dont les grappes de fleurs 
bleues égaient les prairies en été ; la Sauge sclarée ou Toute bonne, 
la Sauge officinale, du midi de la France, ont des propriétés 
stimulantes prononcées; certaines espèces, comme la Sauge splen- 
dide des parties chaudes de l'Amérique, sont de belles plantes. 
Les Sauges, comme le Romarin, n'ont que deux étamines. 

Les Lavandes (Lavande spic. Lavande vraie) sont des arbris- 
seaux couvrant certaines parties de la région méditerranéenne : 
souche ligneuse très ramifiée, feuilles linéaires, étroites et blanchâ- 
tres, fleurs bleues ou violacées, par petits groupes disposés en épis 
cylindriques : tels sont leurs caractères. Le Basilic commun (Oci- 
mum Basilic), de l'Inde, est cultivé dans les jardins pour son odeur 
agréable; les Coleus et les Perilla ont des fleurs insignifiantes, 
mais un superbe feuillage coloré; le Pogostemon patchouly, de 
1 Inde et de la Malaisie, possède un parfum pénétrant. 

Les Menthes affectionnent les lieux humides ; leurs fleurs sont 

presque régulières (fig. 231, C); aromatiques, stimulantes, toniques, 

ces plantes résument les propriétés des Labiées. 

-Iév« sujr Les Origans sont des herbes ou des sous-ar- 

lf\ sM mate brisseaux dont l'Origan vulgaire, ou Marjolaine 




Fig. 230. 

Coupe en long 

d'une fleur 

de Lamier blanc. 




Fig. 231. — Corolles et tiges de Labiées. 

A, Lamier (coupe de la fleur) ; B, Germandrée ; 

C. Menthe ; D, Bugle ; E, Tige carrée de Lamier. 



de nos champs, est 
l'espèce la plus con- 
nue. Le Thym vul- 
gaire, du midi de 
1 Europe, est cultive 
dans tous les jardins 
potagers : le Thym 
serpolet croît dans 
toute la France. Ci- 
tons encore: les Sar- 
riettes (Satureia), 
condiments bien 
connus ; l'Hysope 
officinale, les Ca- 
laminthes et lesMe'- 
lisses. Enfin, les Bu- 
gles (Ajuga) et les 
Germandrées ( Teu- 
crium) sont des her- 
bes dont la fleur est 
remarquable par sa 
corolle à une seule lè- 
vre réunissant les pé- 
tales(fe.23l,B-D). 

Verbénacées, 
Plantaginacées . 

— Les Verbénacées 
se relient étroitement 
aux Labiées, mais 
leur style est terminal 
et non basai, et leur 
fruit est souvent 
charnu. La Ver- 
veine officinale est une herbe de nos champs ; sa tige est quadrangu- 
laire, ses feuilles sont opposées; ses fleurs, purpurines, très petites, 
en longs épis grêles, sont irrégulières; elles renferment quatre éta- 
mines, dont deux plus petites, et le fruit consiste en quatre akènes. 
La Verveine des jardins, hybride de plusieurs espèces étrangères, 
est une jolie plante à fleurs de coloris varié. Les feuilles de la 
Lippia à odeur de citron ou Citronnelle dégagent, lorsqu'on les 

froisse, un agréable 
parfum de citron ; 
le Gattilier( Vitex) 
est un petit arbuste 
de Provence, à 
fruits drupacés, 
acres et aromati- 
ques. Les Tec- 
tona, grands arbres 
formant des forêts 
au Siam, en Bir- 
manie et dans l'In- 
de, fournissent le 
bois de teck, à la 
fois léger, solide et 
incorruptible. Les 
Avicennes vivent 
au bord de la mer 
dans les régions tro- 
picales; ils rappel- 
lent les Mangliers, 
mais leurs racines- 
asperges diffèrent 
de celles des Palé- 
tuviers. 

Les Plantagi- 
nacées forment un 
petit groupe ayant 
des analogies avec 
les Labiées et les 
Verbénacées par la 
structure du pistil. 
Nos Plantains 
(Plantago) en sont 
les principaux re- 
présentants indi- 
Calebassier, au Mexique. gènes. 





UN VIEUX FROMAGER, A KONAKRY (GUINÉE FRANÇAISE!. 



VIII. - DIALYPÉTALES SUPÉROVARIÉES 



Les Dicotylédones dialypétales forment un ordre extrêmement 
vaste comprenant environ soixante-dix familles. Nous les divise- 
rons d'abord en deux grands groupes : celles dont l'ovaire est libre 
ou supère ; celles dont l'ovaire est adhérent ou infère. Nous com- 
mencerons par les Dialypétales supérovariées, que nous ramènerons 
aux huit familles types énumérées dans le tableau ci-dessous, et 
autour desquelles nous grouperons toutes les autres familles : 

Renonculacêes. 



I 



Étamines insérées sur 
le réceptacle ou 
thalamus ( ThaLA- 
MIFLORES). 



Étamines nombreuses (polystémones). 

Étamines nombreuses par ramification 

(méristémones) Maivacées. 

Fleurs à placentation pariétale. . . . Cistacées. 

Étamines en 2 vertîcîlles, de 5, en géné- 
ral (diplostémones). Géran lacées et Rutacées. 

4 ou 5 étamines en 1 seul verticille (iso- 

stémones) Rhamnacées. 

Étamines insérées sur le calice (Calioflores). Légumineuses et Rosacées. 

LES RENONCULACÊES 

Les Renoncules (fig. 232 et 233) sont des herbes à feuilles 
découpées, à fleurs régulières pourvues d'un calice à cinq sépales 
verts et d une corolle à cinq pétales libres; les multiples étamines, 
libres, insérées sur le réceptacle, s'ouvrent vers la périphérie de la 
fleur (extrorses). Au centre est un pistil à nombreux carpelles, 
dont chacun renferme un seul ovule et donne à sa maturité un 
akène. Les Renoncules vivent de préférence dans les endroits 
frais, humides. La plupart des espèces terrestres ont les pétales 
d'un beau jaune qui leur a fait donner le nom de Boutons d'or. 
Quelques espèces aquatiques, à feuilles découpées en fines laniè- 
res, parent au printemps les fossés et les rivières de leurs 
innombrables fleurs blanches. Très voisine des Boutons d'or 
est la Ficaire fausse renoncule, abon- 
dante dans les bois humides. 

Les Anémones sont caractérisées par un 
involucre ou collerette de trois feuilles dé- 
coupées qui protège le bouton floral avant 
son épanouissement. Les fleurs sonj iso- 
lées, régulières, mais à une seule enve- 




akénes 



réceptacl* 



Fij<. 232. 

Coupe de la fleur 

de 

Bouton d'or. 



loppe, blanche chez l'Anémone des bois ou Sylvie, violette chez 
la Pulsatille, jaune chez ['Anémone renoncule, de couleur variée, 
enfin, chez Y Anémone couronnée (Anémone de Caen) du midi 
de la France, qui est une plante horticole importante. Une men- 
tion spéciale doit être faite de l'Anémone du Japon, grande et 
belle plante d ornement, fleurissant à l'arrière-saison. 

L Hépatique à trois lobes est proche parente des Anémones. 
Les Adonis, qui ornent les moissons de leurs fleurs écartâtes, en 
diffèrent par la présence d'une double enveloppe florale. 

Alors que toutes les autres Renonculacêes ont des feuilles alter- 
nes, les Clématites ont des feuilles opposées et, chez la plupart 
des espèces, les fleurs n'ont qu'une seule enveloppe. Ce sont des 
arbustes à tige sarmenteuse, grimpant à l'aide du pétiole enrou- 
lable de leurs feuilles. La Clématite Vigne blanche couvre les 
haies en été de ses fleurs blanches, et en automne de ses fruits 
plumeux à longue aigrette disséminatrice ; en forêt elle parvient 
parfois jusqu au sommet des arbres, et laisse pendre de tous côtés 
ses lianes flexibles. Pour orner les balcons et couvrir les murailles, 
on utilise les Clématites à grandes fleurs (patens), dont le périanthe, 
de nuances variées, atteint jusqu'à 1 5 centimètres de diamètre. 

Toutes les espèces qui précèdent ont pour fruits de nombreux 
akènes et leurs fleurs sont régulières. Chez les Elléborées, le fruit 
consiste en un petit nombre de follicules et, suivant les genres, la 
fleur est régulière ou irrégulière. Les Ellébores ont de larges 
feuilles divisées, des fleurs régulières comprenant cinq grands 
sépales, verts chez l'Ellébore fétide ou Pied de griffon, d'un 
blanc rosé chez Y Ellébore noir ou Rose de Noël ; Y Ellébore 
d'Orient, qu on trouve en Grèce et en Turquie, passait autrefois 
pour guérir la folie. Dans ce genre, les pétales sont petits, peu 
apparents, verts et en cornet. A côté des 
Ellébores se placent la Nigelle de Damas, 
du midi de la France, à la fleur somp- 
tueuse, entourée d'un involucre finement 
découpé, et la Nigelle des champs, aux 
fleurs d'un bleu clair; chez les Nigelles, 
la beauté de la fleur est due aux cinq sé- 
pales pétaloïdes, car les pétales sont très 
courts. Il en est de même chez le Caliha 




Fi£. 233. — Fruit de Renoncule 
et coupe grossie d'un akène. 



178 



LES PLANTES 






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Cl. F. F: 
Anémone du Japon. 



Adonis d'automne. 



Groupe de Pivoines. 



des marais ou Souci d'eau, Populage, aux larges sépales d'un jaune 
d'or. L Ancolie vulgaire (Aquilegia) est une des plus belles plantes 
de nos bois; ses fleurs régulières ont cinq sépales bleus, cinq 
pétales bleus recourbés en corne d'abondance ; les étamines nom- 
breuses entourent le pistil à cinq carpelles. 

Les Dauphinelles et les Aconits ont des fleurs irrégulières. La 
Dauphinelle consolide ou Pied-d'alouette présente cinq grands 
sépales, dont le supérieur se prolonge en un long éperon ; il y a 
deux pétales postérieurs soudés en un seul, qui forme un éperon 
inclus dans celui du calice; par exception il n'y a qu'un carpelle. 
L'Aconit napel de nos régions montagneuses a cinq grands 
sépales bleus, dont le supérieur est en forme de casque. Chez les 
Pivoines, les anthères non extrorses s'ouvrent non vers le centre 
de la fleur, mais latéralement. 

La famille des Renonculacées renferme des plantes très diffé- 
rentes par leurs organes végétatifs et floraux ; elle est hétérogène. Les 
caractères communs sont en petit nombre : pétales séparés, étamines 
nombreuses, libres, insérées sur le réceptacle et à anthères s'ou- 
vrant presque toujours vers la périphérie de la fleur, ovaire libre, 
fruit sec. Toutes renferment un suc acre, vénéneux. Les Renon- 
culacées n'ont d'importance que pour l'ornementation des jardins. 

Magnoliacées ; Anonacées. — Les Magnoliacées et les 
Anonacées sont voisines des Renonculacées, mais à pièces florales 
disposées par trois et non par cinq : calice à trois sépales, corolle 
à six pétales disposés suivant deux cercles concentriques; le fruit 
est variable ; l'albumen de la graine est ruminé dans les secondes. 

Les Magnoliacées sont des plantes ligneuses, souvent aromati- 
ques, à feuilles alternes, coriaces, à grandes fleurs régulières. Les 
Magnolia, beaux arbres d'ornement, originaires de l'Asie et de 
l'Amérique, ont des fleurs abondantes blanches ou roses, agréable- 
ment parfumées. Le Tulipier de Virginie ou Liriodendron est un 
arbre superbe, qui peut atteindre jusqu'à 40 mètres de haut; ses 
feuilles, tronquées à leur extrémité libre, ont une forme curieuse ; 
ses grandes fleurs d'un jaune verdâtre rappellent un peu celles des 
Tulipes. Le Badianier de Chine ou Anis étoile (lllicium vrai) 
est un arbrisseau commun en Extrême-Orient. Ses fruits, qu'il ne 
faut pas confondre avec ceux de l'Anis vert, Ombellifère cultivée 
en France, sont formés par huit à douze capsules à une graine 
s ouvrant vers le haut et groupées en une étoile. 

Les Anonacées sont des plantes ligneuses des pays tropicaux ; 
leur fruit est formé de baies, souvent comestibles, soudées en- 
semble. Diverses espèces à'Anones ou Corossoliers fournissent 
l'anone, la pomme-cannelle ou atte, le cherimolia, grosses baies 
composées, ovoïdes, dont la pulpe crémeuse et parfumée possède 
une saveur délicieuse (Voir planche en couleurs des FRUITS EXO- 
TIQUES). Des fleurs du Canang odorant ou Arbre à ylang-ylang, 
cultivé dans tout le sud de l'Asie, on retire un parfum estimé. 

Ménispermacées, Berbéridacées. — Ces deux familles 
se relient intimement aux deux précédentes par leurs pièces flo- 
rales disposées par trois; mais ici le calice est à six pièces, comme 
la corolle. Chez les Ménispermacées, chaque carpelle ne contient 
qu'un ovule ; il en renferme plusieurs chez les Ebrbéridacées. 



Les Ménispermacées ont de petites fleurs unisexuées ; le fruit 
est formé de drupes multiples. Citons le Ménisperme du Canada, 
arbrisseau grimpant ornemental ; les Jatéorhizes, dont une espèce 
fournit une racine tonique et astringente nommée Colombo, em- 
ployée contre la dysenterie; enfin YAnamirte cocculus, liane des 
Indes, dont les fruits ou coques du Levant, de la grosseur d'un 
pois, sont très toxiques. 

Les Berbéridacées nous ramènent à la flore des pays tempérés. 
Cette famille renferme les Vinëttiers ou Berberis, qui sont des 
arbrisseaux épineux à feuilles simples. Notre espèce indigène, 
le Vinettier commun ou Épine-vinette, a des fleurs petites, régu- 
lières, jaunes, à six sépales et six pétales, et groupées en grappes 
pendantes. Leurs anthères s'ouvrent vers le centre de la fleur par 
de petits clapets se soulevant de bas en haut (fig. 57, C). L'Épine- 
vinette forme des haies fleuries au printemps, garnies de fruits 
rouges à l'automne ; on doit l'exclure du voisinage des terres à 
Blé, car le Champignon qui produit la rouille des céréales (p. 60) 
accomplit une de ses phases parasitaires sur ses feuilles. Des fruits 
de l'Lpine-vinette on fait, à Chanceaux, près de Dijon, des confi- 
tures renommées. Dans les jardins, plusieurs Vinëttiers jouent un 
rôle décoratif, ainsi que les Mahonia et les Êpimèdes. 

Myristicacées. Lauracées. — Les Myristicacées peuvent 
se rattacher aux Ménispermacées par la conformation de leurs 
fleurs, mais celles-ci sont dépourvues de corolle. Le genre Mus- 
cadier (Myristica), qui forme à lui tout seul cette famille, com- 
prend des arbres des pays chauds, à fleurs unisexuées dioïques, à 
feuilles alternes entières. Le plus utile est le Muscadier aromatique. 

Les Lauracées se relient intimement aux Berbéridacées, mais 
leur corolle, semblable au calice, est formée d'un seul verticille de 
trois pièces (ou deux). Toutes, sauf le Laurier commun, sont des 
arbustes ou des arbres aromatiques des régions tropicales. Les 
feuilles sont coriaces et persistantes, le fruit est une baie, les 
anthères s'ouvrent par des clapets, comme celles des Vinëttiers. 
Le Laurier commun ou Laurier noble, consacré jadis à Apollon, 
est un arbre de la région méditerranéenne; ses fleurs sont petites, 
blanc jaunâtre; ses fruits sont des petites baies d'un bleu noirâtre; 
les feuilles, simples, servent en cuisine pour les assaisonnements. 

Le Cannellier ou Cinnamome de Ceylan atteint 10 mètres: 
son écorce est utilisée comme épice ; le Camphrier de Chine ou 
Cinnamome Camphrier est un grand arbre à petites feuilles den- 
tées : on en retire le camphre par distillation ; le Sassafras habite 
l'Amérique du Nord ; enfin l'Avocatier ou Persea de l'Amérique 
du Sud est cultivé pour son fruit excellent, la poire-avocat, grosse 
baie pyriforme, verte ou violette (Voir PLANCHE EN COULEURS). 

Nymphéacées. — Cette famille comprend des plantes aqua- 
tiques caractérisées par le grand nombre de leurs pièces florales 
disposées suivant une spirale régulière. Ce sont des plantes na- 
geantes, fixées au sol par un rhizome ; il en part de grandes 
feuilles à long pétiole, à limbe arrondi, ferme, étalé à la surface de 
l'eau ; plus tard apparaissent de grandes fleurs solitaires. 

En été, nos étang et nos rivières sont égayés par le Nénuphar 
jaune {Nuphar luteum), dont les fleurs ont un calice formé de cinq 




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LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



179 




Laurier noble. 



longs sépalesd'un jaune 
foncé, entourant dix 
petits pétales, et le Né- 
nuphar blanc (Nym- 
phœa alba), dont les 
fleurs comptent quatre 
sépales verts à l'exté- 
rieur et blancs en de- 
dans, un grand nombre 
de pétales blancs, puis 
d étamines soudées par 
leur base à un ovaire à 
plusieurs loges. Le 
fruit, dans les deux 
genres (Nuphar et 
Nymphcea), est une 
capsule ventrue. On 
connaît une vingtaine 
d'espèces de Nym- 
phœa dont certaines 
sont de superbes plan- 
tes d'ornement , par 
exemple le Nymphaza 
rose de l'Inde orien- 
tale, le Numphœa 
bleu d'Egypte et le Nymphœa rouge de l'Inde. 

Les plantes aquatiques connues sous le nom de 
Lotus étaient sacrées chez les Égyptiens de l'anti- 
quité. Elles apparaissent, en effet, au moment de 
l'inondation périodique du Nil et annoncent la fé- 
condité du sol ; de plus, par l'immersion de leurs 
fleurs, chaque soir quand le soleil se couche, et par 
leur émersion matinale, elles semblent en relation 
mystérieuse avec l'astre du jour. Les graines et les 
rhizomes de ces plantes jouaient un rôle important 
dans l'alimentation. Ce nom de Lotus a été appli- 
qué à des plantes de genres différents; ainsi le Lotus 
blanc et le Lotus bleu des anciens Egyptiens sont 
des Nymphœa : le premier est le Nymphœa lotus, 
le second le Nymphœa stellata ou Nénuphar bleu. 

Le nom de Lotus s'applique aujourd'hui aux Né- 
lombo, qui diffèrent des Nymphaea par leurs feuilles 
en forme de coupe, dépassant de beaucoup la surface 
de l'eau. On en connaît deux espèces : le Nélombo 
d'Orient (Nelumbium speciosum) ou Lotus rose, de l'Inde et de 
l'Extrême-Orient, et le Nelombo jaune (N. luteum), de l'Amé- 
rique du Sud (Voir PLANCHE EN COULEURS). 

La Victoria royale, de l'Amérique du Sud, est une merveille 
végétale. Ses feuilles ont leur face inférieure couverte de nervures 
saillantes, hérissées, ainsi que le pétiole, de puissantes épines dé- 
fensives de 2 centimètres de largeur. A leur 
naissance, les feuilles ressemblent à un hérisson 
enroulé ; peu à peu elles s'étalent, mais leurs 
bords restent relevés de quelques centimètres, 
formant une sorte de nacelle qui, grâce aux la- 
cunes du pétiole et du limbe, peut supporter 
sans couler un poids considérable. Les feuilles 
ont jusqu'à 2 mètres de diamètre, et les fleurs 
30 à 40 centimètres ; ces dernières, blanches 
au moment de 1 épanouissement, deviennent 
roses, tournent au rouge cramoisi. Ce sont des 
fleurs nocturnes; elles s'ouvrent le soir vers 
cinq heures, exhalent pendant la nuit une odeur 
pénétrante, se ferment le lendemain matin (dix 
heures) pour se rouvrir le soir suivant; elles 
sont flétries le matin du second jour. Les fleurs 
fécondées s'enfoncent au-dessous de l'eau pour 
y mûrir un fruit globuleux de 0"',15 de dia- 
mètre, rempli de graines farineuses. 

LES MALVACÉES 

La Mauve sylvestre (fig. 234) ou Grande 
Mauve (Malva), commune dans les champs, 
est une herbe vivace, velue, à feuilles alter- 
nes, dont le limbe, longuement pétiole, présente 
de cinq à sept lobes. Ses grandes fleurs régu- 
lières, disposées à l'aisselle des feuilles, ont un 




Rose trémière. 




Fig. 234. 

Mauve sylvestre. 

a, Coupe de la fleur ; 6, Fruit 



calice à cinq sépales 
soudés, doublé en des- 
sous d'un calicule, sorte 
de collerette formée par 
trois petites feuilles; la 
corolle comprend cinq 
grands pétales veinés 
d un rose violacé. Les 
étamines nombreuses 
sont soudées entre elles 
par leurs filets; les an- 
thères n'ont que deux 
sacs polliniques, au lieu 
de quatre, chiffre habi- 
tuel. L'ovaire est libre, 
arrondi, à nombreuses 
loges et surmonté d'un 
style qui passe au centre 
du tube formé par les 
étamines et se divise en 
autant de stigmates que 
l'ovaire a de loges. Le 
fruit est à loges distinc- 
tes, dont chacune ren- 
ferme une seule graine 
et se détache isolément : il se divise ainsi en akènes. 
Les Malvacées rappellent les Renonculacées par 
leurs nombreuses étamines. Ces plantes sont répan- 
dues sur la terre entière, sauf dans les régions arcti- 
ques ; dans les pays chauds, beaucoup sont de grands 
arbres. Feuilles alternes à nervation palmée et mu- 
nies de stipules; fleurs régulières du type cinq, 
souvent de grande taille, étamines parfois partiel- 
lement soudées, ovaire libre à carpelles clos, placen- 
tation axile, tels sont leurs caractères. Le fruit est 
variable. Les Malvacées sont parfois divisées en trois 
tribus : les Malvées, dont les étamines soudées en 
tube ont des anthères à deux sacs ; les Sterculiées, qui 
offrent le même caractère avec des anthères à quatre 
sacs; enfin les Tiliées, ayant les étamines à peine 
soudées à la base, avec des anthères à quatre sacs. 
Les Malvées contiennent un mucilage, substance 
visqueuse qui les fait employer comme émollientes 
ou adoucissantes ; beaucoup ont dans leurs tiges des 
fibres libériennes souples ou, autour de leurs graines, des filaments 
soyeux qui en font des plantes textiles. 

La Guimauve officinale (Althœa), des prés du littoral mari- 
time, est une grande herbe à feuilles blanchâtres, molles et 
velues, à fleurs d'un blanc rosé. Sa racine, écorcée et desséchée 
au four, est blanche, un peu sucrée ; c'est un excellent émollient. 




Touffes de Lotus ou Nélombo (réceptacles eu pomme d'arrosoir). 



180 



LES PLANTES 




Baobab, au Sénégal. 



Fromagers, au Soudan 



Les Hibiscus ou Ketmies habitent les pays chauds ; leurs fleurs, 
très belles, ont un ovaire à cinq loges. La Ketmie musquée, dite 
aussi Ambrette ou Herbe au musc, est un arbrisseau tropical ; 
la Ketmie comestible, ou Gombo, tropicale, possède une cap- 
sule comestible après cuisson, quand elle est encore verte ; la 
Ketmie à chanvre de l'Inde est textile; la Ketmie de Syrie ou 
Guimauve en arbre est ornementale, ainsi d'ailleurs que beau- 
coup d'autres Malvées : les Calirrhoés, les Abutilons, les Lava- 
tères, les Mauves et la superbe Rose trémière ou Passe-rose 
(Althœa rosea). 

La Malvée la plus importante est le Cotonnier (Gossypium). 
Ce genre comprend des espèces ayant pour fruit une capsule coriace 
s'ouvrant par trois à cinq valves et contenant des graines angu- 
leuses, revêtues de longs poils crépus, blancs ou jaunâtres, qui 
constituent le coton. Les Cotonniers sont des arbustes ; l'espèce 
la plus répandue est le Cotonnier dit Sea Island (barbadense). 
On le cultive dans tous les pays chauds et humides comme plante 
annuelle; il atteint I à 2 mètres de haut; ses feuilles, alternes, pé- 
tiolées, ont cinq lobes arrondis ; ses fleurs éphémères, jaunes, sont 
suivies de capsules de la grosseur d'une noix ; elles mûrissent et 
s'ouvrent en même temps que s'épanouissent de nouvelles fleurs. 

Plusieurs Malvées sont des arbres gigantesques des régions tro- 
picales ; on en forme le groupe des Bombacées. Les Baobabs ou 
Adansonia (fig. 235) sont parmi les géants du règne végétal. Il 
en existe plusieurs espèces dont la plus connue est Y Adansonia 
digité du Sénégal, le plus gros des arbres; il dépasse rarement 
20 mètres de hauteur, mais il a parfois 25 mètres de circonférence 
à la base, avec un sommet formant un dôme de verdure de 200 mè- 
tres de tour. Les feuilles, qui manquent pendant toute la saison 
sèche, c'est-à-dire pendant près des deux tiers de l'année, sont 
très brillantes et rappellent celles du Marronnier d'Inde ; les fleurs 
sont grandes, blanches; le fruit ou pain de singe est une grosse 
capsule ligneuse, veloutée, indéhiscente ; le bois, très léger, a de 
nombreux usages. Il y a à Madagascar plusieurs Baobabs; l'un 
a le tronc étranglé vers le haut (rubrostipa). Les Bombax et les 
Êriodendrons se distinguent des Baobabs par leur capsule 
déhiscente, remplie de filaments cotonneux courts qui appar- 
tiennent aux parois de la capsule et non à la graine, comme 
chez les Cotonniers; ils constituent l'ouate végétale ou k a P°k 
employée pour le rembourrage. Ces arbres sont connus sous 
le nom vulgaire de Fromagers, dû à leur bois blanc et tendre, 
comparable à du fromage; leur tronc a des racines -palettes. 

La tribu des Sterculiées com- 
prend des plantes herbacées ou 
ligneuses, à feuilles alternes, sim- 
ples, stipulées. Les Sterculiers 
sont des arbres à fleurs unisexuées 
groupées en grappes; plusieurs 
sont à fruits comestibles ou ri- 
ches en principes astringents uti- 
lisés en médecine. Le Brachy- 
chiton à jeuilles de Peuplier 

d'Australie est un bel arbre natu- Fig. 235. 

ralisé dans le midi de la France, Le Fleur et fruit du Baobab, 




port du Kolatier ou Kola acuminée, ori- 
ginaire de l'Afrique tropicale, rappelle ce- 
lui du Châtaignier; il atteint 20 mètres de 
haut ; les fleurs, mâles, femelles et monoï- 
ques, sont d'un jaune rougeâtre; la capsule, 
longue de 10 à 15 centimètres, abrite une 
douzaine de graines nommées noix de 
Kola; celles-ci renferment des alcaloïdes 
excitateurs du système musculaire. 

Les Cacaoyers ou Theobroma sont des 
arbres d'Amérique ; leurs fleurs sont com- 
plètes; leur fruit est une baie volumineuse. 
Le Cacaoyer commun, arbuste de 4 à 
10 mètres de haut, a des fleurs petites et 
rougeâtres, se succédant toute l'année. Son 
fruit ou cabosse, en forme de concom- 
bre, contient dans une pulpe molle une 
trentaine de graines qui sont la base de 
l'industrie du chocolat. 

Les Tilleuls, qui ont donné leur nom à 
la tribu des Tiliées, sont de grands arbres 
à feuilles alternes, simples; les fleurs, très 
odorantes, jaunâtres, forment un corymbe 
dont le pédoncule commun est soudé sur 
une grande partie de sa longueur avec une longue et étroite bractée 
membraneuse; le fruit est un akène. Il existe une douzaine d es- 
pèces de Tilleuls; elles habitent les régions tempérées de 1 hémi- 
sphère nord. Les fleurs sont employées en infusions calmantes ; le 
bois, blanc et léger, est recherché par les menuisiers, les sculpteurs. 
Certains vieux Tilleuls sont célèbres ; tels sont : le fameux Tilleul 
de Morat, en Suisse; celui de Cadier en Keer, dans le Limbourg 
hollandais; celui de Schwartzenberg, en Saxe, qui a près de 
8 mètres de tour à la base. 

La Corrète capsulaire ou Jute est une herbe annuelle, haute de 
2 à 3 mètres. Originaire de l'Inde, on la cultive pour ses fibres 
textiles donnant le chanvre du Bengale, propre à faire des sacs. 
Citons encore les Elœocarpus, donnant des bois d'œuvre estimés, 
les Sparmannia, cultivés pour leurs jolies fleurs et les fibres. 

Ternstrémiacées. — Les Ternstrémiacées sont voisines des 
Malvacées et à feuilles à stipules caduques ; elles se rapprochent 
surtout des Tiliées par l'organisation de leurs étamines soudées à 
la base. Ce sont des arbres et des arbrisseaux à feuilles simples, 
alternes et coriaces. 

Les Camélia, originaires d'Extrême-Orient, sont des plantes 
ornementales fort appréciées pour leur feuillage persistant et la 
beauté de leur floraison précoce. Le calice est à cinq sépales, la 
corolle a cinq pétales ; de nombreuses étamines sont soudées entre 
elles par la partie inférieure de leurs filets ; l'ovaire libre devient 
une capsule s'ouvrant au milieu des loges. 

Le Théier, très voisin, est un arbuste de Chine; il peut at- 
teindre une dizaine de mètres lorsqu'on l'abandonne à lui- 
même; ses feuilles sont luisantes et d'un vert foncé; ses fleurs, 
blanches, assez grandes, faiblement odorantes. Feuilles et fleurs 
renferment une assez forte proportion d'un alcaloïde excitant, iden- 
tique à la caféine. Les fleurs en boutons donnent une infusion 
d'arôme agréable, mais on n'emploie que les feuilles. 

Diptérocarpées, Clusiacées. — Les Diptérocarpées sont 
de grands arbres des régions tropicales, différant surtout des Terns- 
trémiacées par la présence de stipules, de canaux oléorésineux, et 
par la persistance des sépales longuement accrus qui entourent le 
fruit et facilitent sa dissémination. L'akène de certains Diptéro- 
carpes, gros comme une petite noix, porte deux ailes puissantes, 
longues de 25 centimètres. Chez les Dryobalanops, les cinq sé- 
pales accrus forment cinq ailes au fruit. 

Le bois des Diptérocarpes est estimé pour la construction. Le 
Dryobalanops aromatique ou Camphrier de Bornéo fournit le bor- 
néol, sorte de camphre très employé au Japon et en Océanie. 

Les Clusiacées ou Guttifères sont aussi des plantes ligneuses 
tropicales, riches en canaux sécréteurs, mais leurs feuilles sont 
opposées et non alternes, comme celles des Diptérocarpées. Les 
Clusia d'Amérique sont, pour la plupart, épiphytes ; ils enlacent 
si étroitement le tronc de l'arbre qui les supporte qu'ils l'étouffent; 
aussi les nomme-t-on lianes meurtrières. Les Guttiers ou Garcinies 
sont surtout d'Asie; leur latex jaune, recueilli par incision, 
constitue la gomme-gutte (Garcinie de Hanbury), matière colo- 
rante employée pour la peinture à l'eau, La Garcinie mangoustan, 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



181 




Fig.236. — Euphorbe 
réveille -matin. 

a, Fleur j b, Fruit ; 
c, Graine grossie : d, Inflo- 
rescence ; e. Étamine. 



originaire des Indes, cultivée à Maurice 
et à La Réunion, a des fruits rouges vo- 
lumineux d'une saveur exquise. 

Hypéricacées. — Le Millepertuis 
perforé (Hypericum perforatum) est une 
herbe des lieux incultes. Sa tige porte des 
feuilles opposées et se termine par une 
cyme de fleurs jaunes. Si l'on interpose 
entre l'œil et la lumière une feuille de 
Millepertuis, elle semble percée de petits 
trous ronds ; en réalité, ses tissus verts 
sont, en certains points, remplacés par des 
glandes remplies d'un liquide translucide. 
La fleur se compose de cinq sépales, de 
cinq pétales libres, de nombreuses eta- 
mines groupées en trois pinceaux saillants 
et d un pistil libre comprenant un ovaire 
à trois loges surmonté de trois styles; le 
fruit est une capsule. Les Hypéricacées se 
relient directement aux Clusiacées par leurs 
feuilles opposées et leurs canaux sécréteurs. 




Euphorbiacées. — Les Euphorbia- 
cées sont représentées dans notre pays 
par les Euphorbes (fig. 236), qui sont des 
pkntes à latex blanc dont l'inflorescence est très particulière et l'on 
est tenté de la considérer comme représentant une fleur herma- 
phrodite ; en réalité, il y a au centre une fleur femelle solitaire qui 
est pédonculée, et qui fait saillie en s'infléchissant au-dessus de 
l'inflorescence; elle est entourée d'un certain nombre d'inflores- 
cences mâles, groupées en cinq faisceaux qui paraissent être la 
partie mâle de la fleur hermaphrodite; l'examen plus approfondi 
de la plante montre que la fleur mâle est formée d'une seule étamine 
qui est articulée à sa base sur un pédicelle. Autour des cinq fais- 
ceaux d etamines on voit des organes glanduleux jaunes, souvent en 
forme de quatre croissants qui simulent des pétales et, autour, des 
pièces que l'on prendrait pour cinq sépales, mais les premiers et 
les seconds sont des bractées. Cette inflorescence si singulière 
porte le nom de cyathium. Diverses Euphorbes sont utilisées dans 
la médecine populaire, notamment VÊpurge ou Euphorbe La- 
thyris; les feuilles et les fruits de l'Euphorbe piscatoire servent à 
endormir et à prendre le poisson; avec le suc de Y Euphorbe coti- 
nifeuille, les Indiens empoisonnent leurs flèches ; on cultive dans 
les serres ï Euphorbe splendide, à tige 
épineuse et à involucre rouge, et l'Eu- 
phorbe très belle (Poinsettia), dont les 
bractées rouges ont 30 à 40 centimètres. 
Le cyathium ne se retrouve pas dans les 
autres Euphorbiacées. 

Les fleurs des deux sexes du Tour- 
nesol ou Chrozophore tinctorial sont 
nettement séparées et il y a un calice et 
une corolle, cinq sépales, cinq pétales; 
cinq etamines dans les fleurs mâles; 
dans les fleurs femelles, un pistil à trois 
carpelles. Le suc de la tige de cette 
plante est employé dans les laboratoires 
pour obtenir le papier de tournesol qui 
sert à reconnaître les acides et les bases. 
La Mercuriale est voisine, mais le calice 
n'a que trois sépales et les etamines sont 
nombreuses; il y a dioïcité, rarement 
monoïcité. Le Ricin commun est une 
plante herbacée à végétation luxuriante, 
à larges feuilles palmilobées, qui est de 
grand effet en culture sur les pelouses; 
ses graines, qui sont à tégument moucheté 
et terminé par une excroissance charnue 
ou caroncule, contiennent l'huile de Ri- 
cin, purgatif très employé. 

Dans la jairopha Curcas ou Pignon 
d'Inde, Figue d'enfer, les graines four- 
nissent une huile utilisée pour la fabri- 
cation des savons; cette huile est plus 
énergique encore que l'huile de Ricin. 
Le Bancoulier ou Aleurite des Molu- 
ques peut également, par ses graines, 




Cl. Waite. 
Papayer à sept feuilles ou « Bonete », au Mexique. 



Buisson d'Euphorbe Laro, à Madagascar. 

fournir une huile. L.'Hevea du Brésil appartient à la même tribu 
que le Jatropha, mais il est dépourvu de corolle; c'est un arbre 
extrêmement important, dont les forêts de l'Amazone contiennent 
un nombre immense, et qui est exploité pour le caoutchouc de 
première qualité qu'il fournit. 

Dans le Manioc très utile (Manihot), les fleurs sont apétales, 
réunies en grappes terminales à l'aisselle des feuilles supérieures ; 
c'est un arbrisseau de l'Amérique du Sud qui contient des réserves 
amylacées dans ses racines et des substances vénéneuses volatiles 
que la chaleur fait partir ; ces racines servent à préparer le tapioca. 
Une autre espèce ou variété est le Manioc àipi ou Cassave douce 
dont les racines ne contiennent pas ce suc dangereux et sont em- 
ployées comme légume dans le pays natal. Le caoutchouc Ceara 
(nom d'un port du Brésil) est fourni par le Manioc de Glaziou. 
Dans d'autres tribus d'Euphorbiacées, le calice est imbriqué au 
lieu d'être valvaire. C'est ce qui arrive dans les Codiées, vulgai- 
rement mais inexactement connues sous le nom de Croton ; ce sont 
des plantes à feuilles coriaces, découpées et présentant des colo- 
rations extrêmement vives qui les rendent très ornementales. Les 
Crotons véritables sont des plantes à etamines courbées par leur 
filet dont les graines fournissent l'huile de Croton (Croton de 
Tigli), révulsif énergique qui irrite la peau et dont deux gouttes 
suffisent à purger. 

Le Mancenillier (Hippomanée) ap- 
partient aussi à une tribu à calice val- 
vaire ; c'est un petit arbre de la dimen- 
sion du Poirier, sur lequel on a raconté 
beaucoup de fables : en s'endormant à 
son ombre, on risquait de ne pas se ré- 
veiller, et Meyerbeera rendu cette histoire 
célèbre dans L'Africaine, mais Scribe a 
commis une erreur géographique, car la 
plante est américaine ; le suc de cette 
plante est extrêmement énergique; quel- 
ques gouttes, injectées sous la peau, pro- 
duisent des ulcères, et 3 à 4 grammes 
dans l'estomac produisent la mort. C'est 
à ce groupe des Hippomanées qu'ap- 
partient le Sablier crépitant (Hura); 
cette espèce présente à un haut degré une 
propriété qui est très répandue dans la fa- 
mille des Euphorbiacées (chez l'Hevea, 
le Tournesol, etc.) où les capsules écla- 
tent brusquement ; le fruit du Sablier, 
qui est gros comme une petite orange 
et côtelé, éclate avec bruit en projetant ses 
graines; en faisant bouillir ces fruits dans 
l'huile, on en empêche la déhiscence; 
on peut l'utiliser comme sablier. 

C'est au voisinage que doit se placer 
le Glutier à suif ou Arbre à suif de la 
Chine (Sapium sebiferum) : le suif existe 
dans les graines, et le Sapium à deux 
glandes, petit arbre de l'Equateur qui 
fournit un caoutchouc désigné sous le 
nom de « Colombie ». Mentionnons 



LES PLANTES 



16 



182 



LES PLANTES 



également l'arbre aveuglant, 
VExecarie agallochia, dont le 
latex est vénéneux et corrosif. 

Les Buxées, dont le Buis est 
le type, sont pour certains auteurs 
une simple tribu des Euphorbia- 
cées, pour d'autres une petite fa- 
mille voisine. Le Buis toujours 
Vert de nos forêts est un arbuste 
à feuilles coriaces, d'odeur forte 
et de saveur amère, dont le bois, 
très dur et à grain fin, possède 
des qualités uniques pour la gra- 
vure. Les fleurs, petites, uni- 
sexuées, monoïques, sont privées 
de corolle; les mâles ont un ca- 
lice à quatre pièces et quatre éta- 
mines ; les fleurs femelles, placées 
au centre des bouquets de fleurs 
mâles, ont un calice qui est à 
cinq pièces et un ovaire à trois 

loges biovulées; le fruit est une capsule. Une variété naine du 
Buis est très employée dans les jardins pour faire des bordures. 

LES CISTACÉES 

Les Cistes sont des arbrisseaux de la région méditerranéenne ; 
ils sont surtout communs en Espagne et affectionnent les collines 
sèches et ensoleillées. Leurs feuilles sont simples et opposées. 
Leurs fleurs, grandes et belles, sont régulières et formées d'un 
calice à cinq sépales persistants, d'une corolle à cinq pétales, de nom- 
breuses étamines libres entre elles et d'un ovaire globuleux, com- 
prenant de trois à cinq carpelles ouverts (puis fermés) et soudés 
bord à bord. La placentation est pariétale; le fruit est une capsule. 

Ces plantes très mellifères sont cultivées pour la beauté de leurs 
fleurs. Le Ciste de Crète et le Ciste ladanifère laissent exsuder 
abondamment une gomme-résine aromatique, le ladanum, utilisée 
en parfumerie. Les Hélianthèmes ressemblent beaucoup aux 
Cistes et ont deux sépales plus petits. Cette famille des Cistacées 
se rattache aux Malvacées, mais elle en diffère notamment par ses 
carpelles ouverts et sa placentation pariétale. 

Bixacées. — Les Bixacées sont des arbres ou des arbustes 
des régions tropicales. Les feuilles sont alternes, entières ou den- 
tées ; les fleurs, régulières, hermaphrodites; certaines de ces plantes 
voisines sont polygames ou dioïques. Le plus souvent, chacune des 
enveloppes, calice ou corolle, est à cinq pièces libres ou partielle- 
ment soudées; les étamines sont nombreuses; le pistil comprend 
deux carpelles ; le fruit est une capsule. Les Bixacées peuvent être 
considérées comme des Cistacées à feuilles alternes. Nous rappro- 
cherons des Bixacées, qui ont les étamines libres et le nucelle per- 
sistant, les Flacourtiacées, souvent sans corolle, et les Papayées, qui 
ont les étamines concrescentes avec la corolle et le nucelle transitoire. 

Le Rocouyer (Bixa orellana), type de la tribu des Bixées, est 
un arbuste répandu dans l'Amérique tropicale. Sa tige atteint 5 à 
6 mètres^ de haut; ses feuilles sont grandes, luisantes ; ses fleurs, 
larges, d un rouge incarnat, se groupent en panicules terminales. 
Le fruit est une grosse capsule, qui se divise en deux loges ren- 
fermant de nombreuses graines dans une pulpe visqueuse, odorante 
et d un rouge vif; on en retire une belle matière colorante, le 
rocou. Les Flacourtia, arbres ou arbustes épineux d'Asie et de 
Madagascar, sont à fleurs sans corolle et à fruit comestible. 

Les Papayers, types des Papayées, sont originaires de l'Amé- 
rique tropicale ; ils sont dioïques, à fleurs très petites. On en 
connaît une vingtaine d'espèces, dont certaines sont de grands 
arbres, comme le Papayer à sept feuilles (Carica heptaphylla) . 
Le Papayer commun, répandu aujourd'hui dans toutes les régions 
chaudes, a le port d'un Palmier; il peut 
atteindre 6 à 7 mètres. Sa tige, épaisse, 
charnue, non ramifiée, se couronne d'un 
bouquet de larges feuilles découpées, à 
long pétiole, et rappelant un peu celles 
de notre Figuier. Les pieds mâles ont 
des fleurs à cinq sépales, cinq pétales 
soudés (gamopétales) et dix étamines, 
avec un pistil rudimentaire; très odo- 
rantes, elles sont groupées en longues 
grappes. Chez les pieds femelles, les 




Cl, de M 
Pavot radicant, au Spitzberg. 



: Resvull-IInlmsen. 



fleurs sont à cinq sépales, cinq 
pétales à tube court (dialypé- 
tales), et un ovaire libre à une 
loge. Il y a souvent, de plus, des 
étamines rudimentaires. Les fruits 
ou papayes, baies d un jaune 
orange, ont une saveur sucrée 
agréable et pèsent jusqu'à 6 kilo- 
grammes dans certaines variétés ; 
leur forme explique le nom vul- 
gaire d'Arbre à melons donné 
au Papayer. Il renferme un latex 
acre, riche en papaïne, ferment 
voisin de la pepsine du suc gastri- 
queet pouvant, commecedernier, 
dissoudre les albuminoïdes ; il 
coagule le lait; on l'emploieen mé- 
decine pour faciliter la digestion. 



Passifloracées. — Les Pas- 
sifloracées sont, pour la plupart, 
des arbustes grimpants de l'Amérique du Sud. Le genre Passiflore 
a des feuilles alternes, avec des vrilles latérales qui sont des tiges ; 
dans les fleurs très grandes, les missionnaires espagnols ont voulu 
retrouver tous les instruments de la Passion. Le calice et la co- 
rolle sont ordinairement à cinq divisions; du fond de la fleur naît 
une couronne (d épines) constituée par une ou deux rangées de 
filaments vivement colorés qui sont des appendices ligulaires ; puis 
viennent cinq étamines soudées par leur base (en marteau); l'ovaire 
à une seule loge est surmonté de trois styles que terminent trois 
stigmates (en tête de clou); le fruit est charnu. Les Passifloracées 
ne diffèrent des Bixacées que par leur corolle munie d'une cou- 
ronne et leurs étamines, au nombre de cinq. 

Tamaricacées. — Les Tamaricacées ont des affinités avec 
les Droséracées, les Violacées et les Caryophyllacées (p. 185). 

Les Tamarix sont des arbustes à très petites feuilles écailleuses 
isolées, à fleurs roses du type cinq ; le fruit est une capsule. Le 
Tamarix à manne ou Turf ah des Arabes du désert croît dans tout 
l'Orient et, sous l'action de la piqûre d'un insecte, laisse écouler 
de ses branches une substance visqueuse sucrée, qui est certaine- 
ment la manne de la Bible. 

Au Mexique vivent quelques espèces curieuses: les Fouquiera, 
arbustes épineux à fleurs rouges dressées en grappes, et ITdria 
ou Cirio, qui est bien l'un des plus étranges représentants du 
monde végétal, avec sa tige charnue, dressée comme une colonne. 



Les Pavots sont les 
espèce indigène est le 




Fig. 237. — Coquelicot. 
A, Diagramme de la fleur | B, Coupe de la fleur ; C, Sépales. 



Papavéracées, Fumariacées. — 
Papavéracées les plus connues. Notre 

Pavot coquelicot (Papaver Rhœas), à feuilles alternes très de- 
coupées. Ses fleurs, isolées et terminales, ont un calice à deux 
sépales (fig. 237); la corolle est à quatre pétales d'un rouge pon- 
ceau, caducs; les étamines sont nombreuses. L'ovaire libre, arrondi, 
à une loge, avec stigmate en disque, devient une capsule pori- 
cide. Le Coquelicot renferme un latex acre, vénéneux, narcotique. 
Le Pavot somnifère est une plante annuelle dont il existe deux 
variétés: celle à graines blanches, ou Pavot blanc, et celle à graines 
noires, ou Pavot noir. La première a une capsule ovoïde indéhis- 
cente; on la cultive en Orient et en Extrême-Orient, pour en 
obtenir de l'opium ; la seconde est plus petite et à fruits déhis- 
cents. Par le nombre et la disposition des étamines, les Papavéra- 
cées ont des analogies avec les Renonculacées ; certaines espèces, 
comme la Chélidoine, dont le fruit est une silique, se rapprochent 
des Crucifères. 

La Chélidoine est une herbe indigène qui laisse écouler par 
incision un latex jaune, caustique, employé jadis pour brûler les 
verrues. La Glaucienne jaune ou Pavot cornu, des rivages mari- 
times, a des fleurs jaunes, puis de lon- 
gues siliques arquées. La Sanguinaire 
du Canada renferme un latex rouge em- 
ployé par les Indiens pour se tatouer. 

Les Fumariacées sont voisines des 
Papavéracées, à deux étamines trifur- 
quées extrorses et à fleurs irrégulières : 
tels sont les Fumeterres (Fumaria), les 
Corydales et le Dicentra, vulgairement 
Cœur de Jeannette, à cause de la forme 
de ses jolies fleurs roses pendantes. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



183 




Récolte du Cresson et mise en bottes. 



LES CRUCIFERES 

Les Crucifères forment une famille nombreuse, mais très ho- 
mogène. Herbes à racines pivotantes, à feuilles alternes, sans sti- 
pules, elles se rencontrent dans le monde entier. Pour connaître 
leur organisation, il nous suffira de décrire la Giroflée jaune 
(flg. 238), qui orne le sommet des vieux murs. C'est une herbe 
vivace dont les fleurs jaunes, d'odeur agréable, s'épanouissent 
au premier printemps. Groupées en grappes simples au sommet 
des rameaux, ces fleurs comprennent un calice à quatre sépales, 
une corolle à quatre pétales égaux et disposés en croix ; six éta- 
mines, dont deux plus courtes ; un ovaire libre, allongé, formé de 
deux carpelles ouverts soudés; le fruit est une silique, les graines 
formant quatre rangées, deux de chaque côté sur la fausse cloison 
médiane qui séparait le fruit en deux loges. 

La forme du fruit a permis de diviser les Crucifères en deux 
groupes : celles à silique, c'est-à-dire à fruit beaucoup plus long 
que large (flg. 78, C), et celles à silicule, fruit presque aussi large 
que long. 

Les Giroflées (Cheiranthus), qui appartiennent au premier 
groupe, sont les plus importantes des Crucifères ornementales ; on 
cultive surtout la Giroflée jaune, la Giroflée des jardins ou Giroflée 
d'hiver, puis les Maithioles ou Giroflées annuelles ou Quaran- 
taines. La Cardamine des prés, amie des terrains frais, a des 
feuilles découpées et des fleurs d'un lilas clair. On la cultive dans 
les jardins, avec d'autres espèces voisines : Julienne, Malcomie ou 
Julienne de Mahon, Arabis alpin ou Corbeille d'argent. 

On rencontre çà et là à l'état sauvage, sur les falaises du littoral, 
une grande plante bisannuelle à fleurs jaunes : c'est le Chou 
potager (Brassica). Cultivée dès la plus haute antiquité, cette 
plante a donné de nombreuses variétés d'une importance alimen- 
taire considérable : Choux pommés, Choux de Bruxelles, Choux- 
fleurs, Choux verts non pommés, comme le Chou branchu, le 
Chou moellier, le Chou cavalier, etc. Citons encore le Chou-navet 
(B. napus) avec ses variétés : Navet, Colza, et Chou (B. râpa) 
Rutabaga, Navette. Le genre Chou fournit des plantes fourragères 
précieuses à la fin de l'hiver. Les graines de Colza et celles de la 
Navette sont oléagineuses; certaines variétés de Choux à feuilles 
frisées et panachées très élégantes servent à orner les pelouses. 

Le fameux Pé-lsaï ou Chou de Chine (Brassica sinensis), qui 
joue un si grand rôle dans 1 alimentation des Célestes, a l'aspect 
et la couleur claire d'une grosse romaine. 

Le genre Moutarde (Sinapis), chez lequel la silique se prolonge 
par un bec plus ou moins développé, est voisin du genre Chou. 
Il comprend des herbes annuelles à fleurs jaunes. La Moutarde 
noire ou Sénevé contient dans des cellules distinctes une sorte de 
glucoside alcalin, le myronate de potassium, et un ferment, la 
myrosine, qui réagissent par broyage en présence de l'eau. La 
Moutarde blanche est une mauvaise herbe très envahissante. 
Les graines des Moutardes sont la base du condiment bien 
connu ; réduites en farine, elles servent à préparer des sinapismes. 



Le Radis sauvage ou Ravenelle (Raphanus), mauvaise herbe 
trop répandue, se distingue de toutes les autres Crucifères par sa 
silique cylindrique, étranglée et cloisonnée, divisée en articles à 
une seule graine (flg. 239); le Radis cultivé possède aussi une 
silique indéhiscente, mais non divisée en articles. 

Les Cressons (Nasturtium) aiment les lieux frais ou vivent dans 
l'eau ; le plus connu est le Cresson de fontaine, à fleurs blanches, 
cultivé comme salade dans des fossés pleins d'eau. Les propriétés 
dépuratives et antiscorbutiques des Crucifères, déjà bien développées 
chez le Cresson, la Cardamine, la Passerage cultivée ou Cresson 
alénois, atteignent leur plus haut degré chez les Cochléaria. 

Le fameux Chou de Kerguélen ou Pringlée antiscorbutique 
(flg. 1 10), cantonné sur cette terre australe, possède des propriétés 
antiscorbutiques marquées. La Rose de Jéricho (Anastatica hiero- 
chuntica), dont nous avons signalé les mouvements hygroscopjflues 
(p. 51), est une plante à fleurs blanches, haute d'environ 10 centi- 
mètres ; elle croît dans les régions sablonneuses d'Orient. 

Les Crucifères à silicule sont moins importantes que les précé- 
dentes. Les silicules ont des formes variées : globuleuses à deux 
articles, comme chez le Cakilier maritime; aplaties et ressemblant 
à une bourse, comme chez la Capselle bourse-à-pasteur ; plates 
et d'un blanc d'argent, ainsi qu'on les admire chez la Lunaire 
annuelle ou Monnaie du pape ; séparées, enfin, en deux parties 
semblables aux deux verres d'une paire de lunettes, comme chez 
les Lunetières (Biscutella). 

Les Draves (Draba) sont de petites herbes dont beaucoup sont 
alpestres. Notre Drave printanière, commune sur les vieux murs, 
est remarquable par la précocité de sa floraison, qui a lieu dès la 
fin de janvier. Les Alyssons, les Thlaspi ou Tabourets, les Ibéris 
ont des applications ornementales, ainsi que VAubrietie deltoïde, 
aux jolies fleurs lilas. Le genre Cochléaria est représenté en 
France par deux espèces croissant au bord des rivières et sur les 
rivages de la mer : le Cochléaria officinal, plante bisannuelle à 
racine longue et mince, et le Cochléaria de Bre- 
tagne ou Cranson, Raifort sauvage, vivace et à très 
grosses racines charnues et rameuses. Le Crambé 
maritime ou Chou marin croît sur le littoral mari- 
time du Nord et de l'Ouest; on cultive cette 







ï 



1 





Fig. 238. 
a, Androcée et pistil 

montrant les deux carpelles ; d. Fleur entière. 



- Fleur de Giroflée. 

b, Pistil isolé ï c, Coupe du pistil 



Fig. 239. 

Silique 

du Radis avec 

coupe 

du fruit. 



184 



LES PLANTES 




Câprier en fleurs. 



plante et on l'utilise comme légume. Terminons en citant la Ca- 
méline, cultivée, dans le nord de la France, pour ses graines d'où 
l'on retire une huile industrielle, et le Pastel des teinturiers 
(Isatis), qu'on ne cultive plus aujourd'hui. 

Capparîdacées. Résédacées. — Les Capparidacées habi- 
tent la zone tropicale et les régions chaudes de la zone tempérée. 
Lesfleursont un calice 
à quatre sépales, une 
corol le à q uatre pétales , 
quatre ou six étamines 
libres ou un plus grand 
nombre; le pistil com- 
prend, tantôt deux car- 
pelles donnant pour 
fruit une silique, tantôt 
un plus grand nombre, 
et alors le fruit est une 
baie ou une drupe. 

Le Câprier épineux 
(Capparis) est cultivé 
dans toute la région 
méditerranéenne. C est 
un arbrisseau très ra- 
meux, à branches her- 
bacées annuelles, sar- 
menteuses, à feuilles 
ovales, luisantes, pré- 
sentant à leur base deux 
stipules épineuses en 
hameçon. De grandes 
fleurs blanches se suc- 
cèdent pendant tout l'été; le bouton floral ou câpre est un condi- 
ment bien connu. L'ovaire est porté par un pied (gynophore). 

Les Résédacées forment une petite famille d'herbes à feuilles 
alternes, découpées, se rattachant aux Capparidacées par leurs 
nombreuses étamines; d'autre part, la structure de leur pistil et 
leurs fleurs irrégulières les rapprochent des Violacées. Notre Réséda 
sauvage, herbe aux feuilles découpées, porte des grappes de fleurs 
petites, irrégulières, d'un jaune verdâtre et sans odeur : calice à 
• six sépales, corolle à six pétales inégaux et très découpés, étamines 
nombreuses, ovaire libre à une loge devenant une capsule allongée ; 
cette plante ressemble beaucoup au Réséda odorant d'Egypte, 
cultivé dans les jardins. Le Réséda jaunâtre ou Gaude peut 
atteindre la hauteur d'un homme; toutes ses parties renferment 
une matière colorante jaune; son calice ne porte que quatre sépales. 

Violacées. — Les Violacées sont répandues par toute la 
terre ; celles des contrées tempérées sont herbacées, celles de la 
zone tropicale sont ligneuses. Les feuilles sont simples et alternes ; 
les fleurs, solitaires ou disposées en grappes, sont du type cinq, 
avec trois carpelles ouverts; le fruit est une capsule. La plupart 
des Violacées renferment dans leurs parties souterraines une subs- 
tance vomitive, analogue à Vémétine de l'Ipécacuanha. 

La Violette odorante (Viola) fleurit dès février dans nos bois; 
elle est fort envahissante, se reproduit par ses graines et se multiplie 
abondamment par ses rejets. Ses fleurs violettes, parfois blanches, 
ont un calice à cinq sépales inégaux, une corolle à cinq pétales, 
dont l'inférieur, plus grand, est prolongé en éperon, cinq étamines 
à filet très court (deux à appendices); l'ovaire libre supporte un 
style tordu ; le fruit est une capsule s'ouvrant par trois valves qui 
projettent les graines. Dans les jardins, cette plante a donné de 
nombreuses variétés. La Violette tricolore ou Pensée sauvage est 
une herbe des champs à petites fleurs jaunes et violettes; la Pensée 
des jardins, aux grandes fleurs veloutées, en provient. 

Droséracées. — Cette famille comprend seulement six 
genres d'herbes vivaces, à très petites racines, habitant les maré- 
cages. Leurs feuilles, réunies en une rosette radicale, sont des 
pièges à insectes couverts d'innombrables glandes sécrétant un 
liquide visqueux, acide, qui renferme de la pepsine, du moins 
chez certaines espèces. Les Droséracées sont, par excellence, les 
plantes carnivores (p. 68). Leurs fleurs, régulières et du type 
cinq, contiennent de cinq à vingt étamines et un ovaire libre ordi- 
nairement à une seule loge; le fruit est une capsule. 

Les Drosera ou Rossolis, à cinq étamines extrorses, sont ré- 
pandus sur presque toute la terre et principalement en Australie. 
Trois espèces sont indigènes en France ; la plus connue est le Drosera 




Balsamine des jardins. 



à feuilles rondes, petite herbe à fleurs blanches insignifiantes. Les 
feuilles rougeâtres ont un long pétiole et un limbe arrondi couvert 
à sa face supérieure de poils glandulaires irritables. La Dionée 
attrape-mouche a été aussi décrite à propos des plantes carni- 
vores. Le Drosophylle du Portugal, les Roridula de 1 Afrique 
australe et les Byblis d'Australie ont également des poils glanduleux. 
L.'Aldrovandie à vessies est une plante flottante de 1 Europe 

méridionale ; ses feuil- 
les, verticillées par six 
à huit, ont pour limbe 
deux lobes arrondis rap- 
pelant les valves d'une 
coquille. Entre ces lo- 
bes, normalement un 
peu écartés, il pénètre 
parfois un petit animal 
aquatique; lorsqu'il ar- 
rive en contact avec des 
poils irritables qui se 
dressent sur la face in- 
terne, la charnière entre 
en action, les lobes se 
referment et l'empri- 
sonnent. L'Aldrovan - 
die absorbe les matières 
provenant de la décom- 
position des animaux 
capturés. 

Les Droséracées ont 
des affinités avec les 
Violacées, mais leur 
fleur est régulière; on 
les rapproche aussi des Saxifragacées; mais, par leurs feuilles irri- 
tables, elles sont assez isolées dans la classification. 

Sarracéniacées. Népenthacées. — Très différentes par 
la conformation de leur fleur, les Sarracéniacées doivent être 
rapprochées des Droséracées par leur mode de végétation ; cepen- 
dant elles ont une placentation axile, tandis que la placentation 
est pariétale chez les Droséracées. Ce sont des herbes vivaces des 
lieux marécageux ; on n'en connaît que trois genres: Heliamphora 
de la Guyane britannique, Sarracenia et Darlingtonia de l'Amé- 
rique du Nord (p. 69). Ces plantes sont remarquables par la con- 
formation de leurs feuilles qui, disposées en rosette partant d un 
rhizome, sont souvent considérées sans preuves comme des pièges 
à insectes. Les fleurs régulières ont cinq sépales, cinq pétales, 
de nombreuses étamines, un ovaire globuleux à cinq loges. 

Les Népenthacées, formées par le seul genre Nepenthes, des 
régions tropicales, se distinguent des Sarracéniacées parce qu'elles 
sont dépourvues de corolle; leurs fleurs sont petites, dioïques, 
régulières. Les feuilles sont des ascidies, c'est-à-dire qu elles ont 
la forme de vases. La face interne excrète un liquide considéré 
par certains auteurs à tort comme digestif; ce sont des réservoirs 
d'eau. 

LES GÉRANIACÉES 

Les Géraniacées ressemblent aux Màlvacées par leurs feuilles 
alternes, leurs fleurs complètes du type cinq et ordinairement régu- 
lières, leurs larges pétales, leur ovaire libre à placentation axile 
et à cinq carpelles, mais leurs étamines sont beaucoup moins nom- 
breuses; leur nombre normal est de dix, groupées en deux verti- 
cilles alternes. Chez quelques genres, il se produit un avortement, 
chez d'autres un dédoublement de plusieurs étamines; le fruit est 
presque toujours une capsule. Herbacées pour la plupart, ces 
plantes habitent les régions tempérées et subtropicales, et abondent 
dans l'Afrique australe. On les a divisées en quatre groupes ou 
familles secondaires : 

D ,, „ \ Capsule Géraniées. 

ras d albumen. . i -r- • ■ , o -. ■ t i i> 

i 1 rois akènes, o étamines 1 ropeolees. 

Albumen Fleur régulière, 10 étamines Oxalidées. 

Pas d'albumen. . Fleur irrégulière, 5 étamines Balsaminées. 

Les Géraniées sont caractérisées par leur capsule que prolonge 
le long bec des cinq styles soudés. A la maturité, chacun des 
anciens styles se détache de l'axe commun, entraîne la surface de 
son carpelle et lance au loin les semences (p. 51). 

Beaucoup de Géranium et d'Érodium sont indigènes en France ; 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



185 



les plus répandus sont le Géranium herbe à Robert, à feuilles 
découpées et à fleurs roses, comme VÊrodium à feuilles de Ciguë 
des champs incultes. Plusieurs espèces sont cultivées dans les 
jardins; mais, sous le nom de Géranium, on désigne surtout com- 
munément les Pélargonium, plantes ornementales de première 
importance dont la fleur est un peu irrégulière; le sépale postérieur 
se prolonge en un éperon soudé avec le pédicelle de la fleura sept 



L' Erythroxylon coca ou Cocaier, qu'on range souvent dans une 
famille spéciale, diffère du Lin par ses dix étamines fertiles et par 
son fruit qui est une drupe. C'est un arbrisseau de 1 à 3 mètres 
qui abonde dans les Andes ; ses feuilles alternes sont molles, cadu- 
ques et luisantes. Les Incas l'avaient divinisé, se servaient de 
ses feuilles en guise de monnaie et en faisaient grand usage 
comme masticatoire permettant de résister à la fatigue et au jeûne. 




( I. de M. û. nohiiseii. 

Touffe de Silène acaule (Spitzberg). 




Pourpier à grandes fleurs. 



étamines. On cultive le Pélargonium à feuilles zonées du Cap, 
aux feuilles marquées vers le milieu d'une zone d'un vert noirâtre, 
et le Pélargonium inquinans ; de leur croisement sont nées d'in- 
nombrables variétés. Les Pélargonium à grandes fleurs sont moins 
rustiques. Il faut signaler encore le Pélargonium à feuilles de 
Lierre, aux tiges retombantes, et le Pélargonium rosal, dont les 
feuilles molles et velues dégagent, quand on les froisse, une agréable 
odeur de rose et donnent une essence de rose de qualité inférieure. 

Chez les Tropéolées, le sépale postérieur se prolonge en un 
éperon libre, et non soudé comme chez les Pélargonium ; il n'y 
a que trois carpelles, non prolongés par un bec, et le fruit est un 
triple akène. Le genre le plus marquant est la Capucine (Tro- 
paolum) dont les espèces, toutes américaines, ont des feuilles 
peltées, des fleurs grandes, d'un rouge orangé, et huit étamines. 
Il n'est pas de plante plus populaire que la Capucine grande; elle 
grimpe à l'aide du pétiole enroulable de ses feuilles; la Capucine 
tubéreuse possède un rhizome renflé, comestible. Malgré ses 
fleurs régulières, on peut ranger, près des Tropéolées et des Mélia- 
cées, la Corroyère à feuilles de Myrte ou Redoul, arbrisseau de 
l'Europe méridionale à feuilles riches en alcaloïde (Coriacées). 

L'Oxalis petite oseille ou Surelle, Trèfle aigre, type des Oxa- 
lidées, habite les bois humides. Ses feuilles sont à trois folioles 
articulées, se pliant chacune par le milieu à l'obscurité (position 
de sommeil) ; leur saveur est acidulée, rafraîchissante. Les fleurs, 
régulières et isolées, ont cinq pétales blancs ou rosés et dix éta- 
mines aux filets soudés par leur base; le fruit est une capsule à 
cinq loges. L.'Oxalis crénelée ou Oca, du Pérou, possède un 
rhizome renflé en tubercules. Les Caramboliers ou Aoerrhoa, 
petits arbres de l'Inde, ont pour fruits des baies comestibles. 

La Balsamine sauvage ou Impatiente neme-touchez-pas, type 
des Balsaminées, est une herbe annuelle à fleurs jaunes tachées 
de rouge que l'on rencontre çà et là dans les bois. Son calice n'a 
que trois sépales, dont le postérieur se prolonge en éperon; il 
y a cinq pétales, cinq étamines et un ovaire libre à cinq loges. Dès 
qu'on touche à une capsule mûre de Balsamine, elle se partage 
brusquement en cinq valves qui se tordent sur elles-mêmes en pro- 
jetant leurs graines; on cultive la Balsamine des jardins ou Impa- 
tiente Balsamine, originaire des Indes. 

Linacées. — En juin, les campagnes du nord de la France sont 
égayées par les linières, couvertes de mignonnes fleurs d'un bleu pâle. 
Herbe annuelle à tige grêle, flexible, le Lin usuel a des feuilles 
alternes, étroites, entières; ses fleurs régulières sont formées de cinq 
sépales, de cinq pétales, de dix étamines alternativement stériles 
et fertiles, à filets soudés à la base, enfin d'un ovaire globuleux, 
libre, à cinq, puis dix loges par l'apparition d'une fausse cloison. 
Les Linacées sont des Géraniacéesà feuilles entières. L'importance 
delà filasse de Lin est grande; celle de la graine n'est pas moindre. 



Zygophyllacées. — Plantes des pays chauds, voisines des 
Géraniacées par leur structure florale, les Zygophyllacées se relient 
intimement à l'une des familles suivantes, celle des Rutacées, par 
leurs feuilles opposées composées pennées, stipulées, et par la pré- 
sence d un disque nectarifère sur le réceptacle. Les plus intéres- 
santes sont les Gaïacs el\&Zygophylle fabagelle ou Faux Câprier 
de Syrie, dont les boutons floraux servent de condiment. 

Le Ga'iac officinal, des Antilles, peut atteindre 18 mètres de 
haut; son bois, dur et pesant, est recherché par les tourneurs. 

Caryophyllacées, Portulacées. — L'Œillet des fleuristes 
croît à l'état sauvage sur les vieux murs du midi de la France. 
Vivace, à souche presque ligneuse ramifiée dès la base, ses feuilles 
sont opposées et ses tiges fortement renflées aux nœuds. La fleur, 
régulière et complète, a son calice formé de cinq sépales soudés, 
doublés par deux paires d'écaillés formant calicule ; la corolle est à 
cinq pétales rouges à onglets, étalés en roue; l'androcée comprend 
dix étamines; l'ovaire est libre, à deux carpelles clos et deux styles; 
le fruit est une capsule à une loge à la fin (fig. 77, B). 

L'Œillet est le type de la famille des Caryophyllacées qui, par 
ses dix étamines en double verticille, se rapproche des Géraniacées, 
mais présente des caractères spéciaux, notamment les feuilles oppo- 
sées et les cloisons de l'ovaire fugaces. On la divise en deux tribus : 
les Silénées, dont le calice est à sépales soudés; les sépales sont 
libres, au contraire, chez les Alsinées. 

Aux Silénées appartiennent les Œillets, les Silènes, les Gypso- 
philes, les Lychnis, les Saponaires. \JŒillet des fleuristes (Dian- 
thus caryophyllus) a fourni plus de 2 000 variétés simples ou 
doubles, remontantes ou à floraison unique. La petite taille de 
Y Œillet mignardise (D. plumarius) le fait surtout employer comme 
bordure; l'Œillet de poète ou Œillet barbu a des fleurs petites, 
de nuances vives, groupées en un large corymbe. Les Gypsophiles, 
à deux styles et sans calicule, sont remarquables par le nombre 
immense de leurs menues fleurs blanches. La Saponaire offici- 
nale, également à deux styles et sans calicule, est à grandes fleurs 
odorantes et d'un rose pâle. Les Silènes ont de jolies fleurs roses 
ou blanches; l'ovaire esta trois carpelles avec trois styles. Plusieurs 
espèces de Lychnis sont indigènes; l'une des plus répandues est la 
Nielle des blés (L. Githago). 

Dans la tribu des Alsinées, citons les Arenaria ou Sablines, les 
Céraistes, la Stellaire intermédiaire ou Mouron des oiseaux. 

Les Portulacées sont voisines des Caryophyllacées à feuilles 
charnues entières, pourvues de fleurs à deux sépales, cinq pétales 
et d'étamines (trois, cinq, dix et plus); l'ovaire est libre (parfois 
infère). Le Pourpier cultioé (Portulaca oleracea) a des fleurs 
jaunes; ses feuilles épaisses font une excellente salade; le Pour- 
pier à grandes fleurs, transplanté du Brésil, orne nos jardins et 
les égaie de ses larges fleurs de couleurs variées. 



LES PLANTES. 



16. 



186 



LES PLANTES 




Cueillette des fleurs d'Oranger, en Algérie. 



LES RUTACEES 

La Rue jétide est une herbe vivace, commune dans le midi de 
la France, sur les coteaux secs et pierreux. Ses tiges ramifiées par- 
tent d'une souche ligneuse, portent des feuilles alternes très dé- 
coupées, puis des corymbes de rieurs jaunes régulières ; celles-ci 
comprennent, sur une même inflorescence, quatre ou cinq sépales, 
autant de pétales, huit à dix étamines insérées en deux verticilles 
sur un disque glanduleux entourant la base du pistil; au moment 
de la fécondation, elles s'animent de mouvements curieux et vien- 
nent déposer elles-mêmes leur pollen sur le stigmate. L'ovaire est 
formé de quatre à cinq carpelles libres entre eux, sauf à la base, 
avec style court et stigmate lobé; le fruit est une capsule à quatre 
ou cinq loges. Toutes les parties de la Rue renferment de petites 
glandes remplies d'une huile essentielle à odeur forte et désagréa- 
ble. Ses propriétés excitantes, astringentes et emménagogues, sont 
connues depuis la plus haute antiquité. C'est d'ailleurs une plante 
dangereuse dont l'emploi nécessite la plus grande prudence. 

La Rue (fig. 240) a été prise pour type de la grande famille 
des Rutacées, qui comprend des plantes ligneuses pour la plupart 
et propres aux régions chaudes et tempérées. Elles sont glandu- 
leuses; leurs feuilles sont alternes, rarement opposées; leurs fleurs, 
presque toujours hermaphrodites et du type cinq, ont un disque 
nectarifère; le fruit est une capsule 
ou une baie, parfois une samare ou 
une drupe. Elles se relient intime- 
ment, d'une part aux Géraniacées, 
d'autre part aux familles suivantes des 
Anacardiacées, des Simarubacées et 
des Méliacées. Nous les diviserons 
en trois tribus : les Rutées, les Zan- 
thoxylées et les Aurantiées. 

Les Rutées ont les carpelles libres 
ou à peine concrescents; leur fruit 
est une capsule. Elles comprennent, 
outre la Rue, la Fraxinelle ou Dic- 
tamne blanc, du midi de la France. 
Ses larges feuilles rappellent celles 
du Frêne; ses fleurs, blanches ou 
rosées, grandes, forment une longue 
grappe terminale; toutes ses parties 
renferment une essence volatile in- 
flammable dont l'odeur agréable évo- 
que celle du citron. On peut rap- 
procher des Rutées les Diosmées 
du Cap et les Boroniées d'Aus- 



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tralie, plantes aromatiques à port de Bruyères, que l'on cultive 
dans les jardins. 

Parmi les Zanihoxylées, que leurs fleurs polygames dioïques, 
à carpelles à deux ovules, distinguent des Rutées, citons le Pî7o- 
carpe à feuilles pennées ou Jaborandi, arbuste du Brésil, dont les 
feuilles et l'écorce contiennent un alcaloïde, la pilocarpine, qui 
excite d'une façon extraordinaire les sécrétions. Les Zanthoxylum 
ou Clavaliers ont aussi quelques applications : les fruits du Cla- 
valier poivrier fournissent le poivre du Japon; le Claoalier frêne 
des États-Unis est l'Arbre au mal de dents des Américains; son 
écorce mâchée est réputée odontalgique. Le Ptelée trifolié de 
l'Amérique du Nord est un arbuste cultivé dans les parcs. 

Les Aurantiées ou Hespéridées sont, de toutes les Rutacées, 
les plus importantes et les plus connues. Elles se distinguent des 
deux tribus précédentes par leurs fruits et la concrescence de leur 
carpelles. Ce sont des espèces du seul genre citronnier. 

L'Oranger doux (Citrus Aurantium) ou Oranger commun peut 
atteindre jusqu'à 12 mètres de hauteur. La tige, armée de fortes 
épines dans les variétés sauvages, porte des feuilles alternes; elles 
sont pourvues de poches glandulaires. Le pétiole, articulé avec le 
limbe et pouvant s'en séparer nettement, est bordé de deux lames 
vertes comme deux ailes. Cette disposition fait considérer la feuille 
d'Oranger comme une feuille composée, unifoliolée, dont les 
folioles latérales ne se sont pas développées. Les fleurs, par 
petits groupes, apparaissent de mars en octobre, mais une seconde 
floraison, plus faible, a lieu en automne. Chaque fleur comprend 
un calice formé de cinq à sept sépales soudés, une corolle à cinq 
pétales (parfois quatre, six, sept ou huit) épais, d'un blanc pur et 
d'une odeur suave, puis vingt à trente étamines, à larges filets 
groupés par la base en faisceaux de quatre à six; enfin un ovaire 
globuleux. L'ovaire se transforme en un fruit d'abord vert et très 
amer, puis d'un jaune d'or, et à la fois sucré et acidulé ; c'est 
une sorte de baie entourée d'un péricarpe ou zeste très riche 
en glandes à essence. Au-dessous sont sept à douze quartiers, 
dont chacun représente un carpelle à poils charnus remplissant la 
cavité (fig. 67). 

Le Bigaradier ou Oranger amer (variété amara) est un peu 
plus petit; ses feuilles sont à pétiole plus largement ailé; ses fleurs, 
plus grandes et plus parfumées. Très rustique, il se cultive dans 
les orangeries du Nord ; les fameux orangers de Versailles, plu- 
sieurs fois centenaires, sont des Bigaradiers. Le Bergamotier (var. 
Bergamia) est un arbre assez élevé, dont les fruits non comestibles 
sont ordinairement piriformes; le zeste fournit l'essence de berga- 
mote. L'Oranger Kumquat (var. Suntara) a des fruits un peu 
ovoïdes, de la grosseur d'une belle cerise et qui se mangent entiers, 
tant la peau en est fine, sous le nom de chinois ou de bigarade 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



187 



chinoise. Le Pamplemousse ou Schaddock (vàt.sinen- 
sis ou decu mana) est surtout un arbre d'ornement; à 
ses fleurs blanches succèdent de gros fruits globuleux 
à saveur douce et fade. Citons aussi la variété Keonla 
ou fausse mandarine. Le Mandarinier(Citrus nobilis), 
originaire de Chine, est un arbrisseau dont les petits 
fruits à zeste mince sont doux et d'un goût très fin. 

Le Limonier, dit aussi Citronnier (C. medica), 
dépasse rarement 5 à 6 mètres de hauteur; c'est un 
arbrisseau épineux, surtout à l'état sauvage ; ses feuilles 
à pétiole non ailé, ses fleurs grandes, blanches à l'in- 
térieur et d'un rose violacé en dehors, son fruit jaune 
pâle, ovoïde, terminé par un mamelon, le distinguent 
aisément de l'Oranger. Le citron est un fruit très 
parfumé, mais toujours acide, servant de condiment. 
Il a des propriétés antiscorbutiques. 

Le Cédratier (var. Bajoura) se rapproche beaucoup 
du Limonier. Son fruit ou cédrat, beaucoup plus gros 
que le citron, à zeste très rugueux, irrégulièrement 
bosselé, est très recherché par les confiseurs et les par- 
fumeurs. Les bois de toutes les espèces du genre Ci- 
tronnier sont très denses, jaunes et veinés; on les 
emploie surtout en ébénisterie et en tabletterie. 

Anacardiacées, Burséracées. — Cultivé 
dans nos parcs, le Sumac fustet (Rhus cotinus) est 
un arbuste touffu, rameux, à feuilles simples, aux fleurs petites 
et verdâtres aux pièces par cinq, avec un ovaire réduit à un seul 
carpelle uniovulé, surmonté de trois styles. Parmi ces fleurs, quel- 
ques-unes sont hermaphrodites et donnent de petites drupes lui- 
santes et brunes, portées à l'extrémité de longs pédicelles lisses; 
mais la plupart des fleurs sont mâles et tombent peu après la flo- 
raison ; leurs minces pédicelles s'allongent, se couvrent de poils 
rouges ou rosés qui les rendent plumeux et forment par leur grou- 
pement des houppes délicates dont on fait des bouquets et qui ont 
valu au Fustet le nom d'Arbre à perruque. 

On connaît plus de cent espèces de Sumacs ; toutes vivent dans 
des régions chaudes, en dehors des tropiques ; ce sont des arbres ou 
des arbustes riches en tanin, à suc acre, plus ou moins vénéneux 
et irritant la peau. Les feuilles du Sumac des Corroyeurs de la 
région méditerranéenne servent pour le tannage des peaux; une 
autre espèce donne du vinaigre (Vinaigrier). Le suc laiteux de cer- 
taines espèces d'Extrême-Orient renferme une oxydase, la laccase, et 
sert à la fabrication des fameuses laques de Chine et du Japon. Le 
latex du Sumac faux vernis (R. succedanea, var. Dumortieri), du 
Japon et de l'Indochine, donne aussi une bonne laque; ses graines 
contiennent une matière grasse. L'emploi ornemental des Sumacs 
est considérable. Le Melanorrhœa lacciière fournit la laque du 
Cambodge. 

Les Sumacs forment le genre le plus important de la famille 
des Anacardiacées ou Térébinthacées, qui comprend des plantes 
ligneuses à suc plus ou moins caustique, 
riche en produits balsamiques. Les feuilles 
sont alternes, simples ou composées pen- 
nées, sans stipules; les fleurs, petites, régu- 
lières, sont hermaphrodites ou polygames, 
avec un calice, une corolle et un nombre 
ordinairement double d'étamines; l'ovaire 
libre, avec une à cinq loges uniovulées, se 
transforme en une drupe. 

Les principaux genres sont, outre les Su- 
macs, les Pistachiers, les Manguiers, les 
Anacardiers, les Schinus et les Spondias. 

Les Pistachiers sont des arbres résineux, 
à feuilles composées, à petites fleurs dioïques 
et sans corolle, groupées en grappes axil- 
laires; les fleurs mâles ont cinq étamines, les 
fleurs femelles un ovaire devenant une drupe 
à peine charnue. Le Pistachier Vrai est 
cultivé dans la région méditerranéenne pour 
son fruit de la grosseur d'une olive, et 
dont la chair, très mince, s'ouvre en deux 
valves à sa maturité, laissant paraître la 
graine, ou pistache, d'un vert clair; elle 
se mange crue ou sert en pâtisserie. Chez 
le Pistachier lentisque, les feuilles sont 
persistantes et non caduques, comme celles 
du précédent ; son fruit est petit et noir ; 






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Schiuus faux Poivrier en fruits 



Épluchage et triage des oranges. 

on le cultive en Orient pour une substance résineuse ou mastic, 
qui s'écoule d'incisions pratiquées sur son tronc, et qui est un mas- 
ticatoire employé par les femmes en Grèce et en Turquie. Le 
Pistachier térébinthe est un arbre assez élevé, à feuilles caduques, 
et portant de petites drupes rouges, puis brunes. Par les fissures 
naturelles de son écorce, en été, ou par des incisions nombreuses 
pratiquées au printemps, s'écoule un liquide résineux, la térében- 
thine de Chio, qu on utilise en la mélangeant à la térébenthine de 
Venise, extraite du Mélèze. 

Les Manguiers (Mangijera), spontanés dans l'Asie tropicale, 
ont des feuilles simples; le Manguier de l'Inde ou Mango est cul- 
tivé en Asie et dans toute l'Amérique tropicale. C'est un grand et 
bel arbre à feuilles lancéolées, à fleurs blanc rosé ; son fruit ou mangue 
est une grosse drupe oblongue, de la couleur d'un abricot, à chair à 
la fois succulente et filandreuse (Voir PLANCHE EN COULEURS). 
Des arbres de l'Amérique tropicale, les Anacardiers, présen- 
tent une particularité curieuse : leur fruit, sorte de noix en forme 
de rein, est porté par un énorme pédoncule charnu, jaune ou 
rouge, de la forme et de la grosseur d'une poire moyenne. On cul- 
tive surtout 1 Anacardier occidental, appelé aussi Acajou à pommes, 
bien qu il n ait rien de commun avec les arbres fournissant le 
bois d'acajou. Le fruit, ou noix d'acajou, est un akène à péri- 
carpe coriace, creusé d'alvéoles renfermant un suc caustique; la 
graine est blanche, oléagineuse, comestible ; la masse charnue 
située au-dessus, ou pomme d'acajou, est juteuse, sucrée, aci- 
dulée ; elle se mange fraîche ou en confiture. 
Le Schinus jaux Poivrier, dit encore 
Poivrier d'Amérique, est un arbre fort dé- 
coratif, avec ses rameaux pendants, toujours 
garnis de longues feuilles à étroites folioles 
pennées; en été, il se pare de jolies grappes 
de fleurs blanches, et durant tout l'hiver de 
petites drupes globuleuses d'un rose pas- 
sant au rouge corail. Originaire de l'Amé- 
rique centrale, il est naturalisé sur le littoral 
méditerranéen ; son fruit, sous un noyau dur, 
renferme une graine d'odeur poivrée. 

Les Spondias, ou Monbins, Pruniers 
mirobolans, sont des arbres fruitiers à 
feuilles composées pennées, à fleurs poly- 
games petites et nombreuses, dont les pièces 
sont par quatre et cinq, avec un nombre 
double pour les étamines; les fruits du 
Spondias doux, de Tahiti, ou pommes de 
Cythère, sont les plus estimés. 

Les Burséracées diffèrent des Anacardia- 
cées par leurs carpelles biovulés; elles sont 
surtout remarquables par leurs produits 
gommo-résineux. Les BosWellia sont de 
petits arbres du pays des Somalis et de 
l'Arabie, à feuilles minces caduques comme 
celles de nos Bouleaux. L'encens véritable 



LES PLANTES 




Bois d'Acajou prêt à être expédié (Mexique). 

ou oliban (oleum Libani) est fourni par le BosWellia Carteri. La 
myrrhe est produite par des arbres de la même famille poussant 
dans les mêmes régions (Commiphora abyssinica et Schimperi). 
Les Bursera sont américains; ils produisent des oléo-résines odo- 
rantes ; le Bursera porte-gomme ou Gommart fournit la gomme 
chibou ou élémi des Antilles ; plusieurs espèces du Mexique, 
connues sous les noms de bois de rose femelle, ont un bois parfumé 
d'où l'on retire par distillation l'essence de linaloé (8. Delpe- 
chiana, etc.), qui est de qualité supérieure, richesse de la Guyane. 

Simarubacées. — LfAilante glanduleux, improprement 
nonimé Vernis du Japon, a été introduit en Europe en 1 750. 
Ses feuilles alternes, composées, sont fort jolies. En juin appa- 
raissent les fleurs, petites et verdâtres, groupées en panicules dres- 
sées et d'odeur désagréable. Certains Ailantes ne portent que des 
fleurs mâles, d'autres que des fleurs femelles ou hermaphrodites ; 
les pièces en sont disposées par cinq ; il y a dix étamines chez les 
fleurs mâles et deux ou trois seulement parfois chez les fleurs her- 
maphrodites; le pistil comprend de deux à cinq carpelles; le fruit, 
ailé et sec, est formé de cinq samares. 

Les Ailantes sont les seules Simarubacées des pays tempérés ; 
les autres appartiennent aux régions chaudes et tropicales. On 
trouve dans le bois et dans l'écorce de divers types une matière 
amère et fébrifuge, la quassine, par exemple dans la Quassia 
amère et la Picrénie élevée. Les Simaruba de l'Amérique tropi- 
cale sont employés comme fébrifuges, toniques et apéritifs. L'/r- 
vingie du Gabon ou Oba, voisin, fournit un 
fruit jaune, gros comme un œuf de cygne; on 
retire de sa graine le beurre de 0'dik.a, comes- 
tible, rappelant le beurre de cacao. 

Méliacées. — Les Méliacées ne diffè- 
rent des Rutacées que par l'absence de 
ponctuations glanduleuses et de canaux sécré- 
teurs et la soudure des étamines par leurs filets 
en un tube épais. Ce sont des arbres ou des 
arbustes des régions chaudes. 

Le Métier azedarach ou Margousier, Lilas 
de l'Inde, Patenôtre, aujourd'hui commun en 
Provence, est un petit arbre à feuilles compo- 
sées pennées; il porte des grappes de fleurs 
violettes à odeur de lilas; le fruit est une drupe 
jaunâtre, grosse comme une cerise et dont le 
noyau, à cinq côtes saillantes, sert à faire des 
chapelets. Plusieurs Méliacées donnent de 
beaux bois d'ébénisterie. Le Chloroxylon swie- 
tina fournit le bois satiné de l'Inde; le Flin- 
dersia amboinensis des îles Moluques donne 
le bois d'Amboine, le plus cher de tous les 
bois. Uacajou provient du Swietina maho~ 
gani , grand arbre des Antilles, et de plu- 
sieurs arbres voisins d'Amérique et d'Afrique. 




Poly^ale commun. 



Sapindacées. — De tous les arbres de nos 
parcs, le Marronnier d'Inde (/Esculus Hippo- 
castanum) est peut-être le plus beau quand, en 
mai, sur son épais feuillage, se détachent les 
panicules dressées de ses fleurs blanches. Son 
profil régulier, la symétrie de ses feuilles oppo- 
sées, dont le long pétiole se termine par cinq 
à sept folioles gracieusement incurvées, la 
beauté de ses inflorescences et leur disposition 
à l'extrémité des rameaux, tout contribue à 
lui donner un aspect robuste et majestueux. 
Le nom qu'il porte est usurpé; l'Inde n'est 
pas sa patrie; il est originaire de la région 
montagneuse de la Thessalie et de l'Êpire, 
donc européen. 

Chaque fleur présente un calice, une 
corolle à cinq pétales inégaux, blancs avec 
taches pourprées, sept étamines à filets arqués, 
insérés à l'intérieur d'un disque annulaire. 
L'ovaire est libre, à trois loges biovulées. Le 
fruit est une capsule verte à péricarpe coriace 
épineux ; elle renferme de une à trois grosses 
graines ou marrons d'Inde, au tégument lui- 
sant, de couleur acajou. Les Paoia, plantes 
ligneuses de l'Amérique du Nord, sont des 
Marronniers pourvus d'étamines à filets dressés, 
et non arqués, et de fruits non épineux. 

Dans les Savonniers (Sapindus) des régions tropicales, les 
feuilles sont alternes, ordinairement composées ; les fleurs régulières, 
en grappes, avec quatre à cinq sépales, autant de pétales, huit 
à dix étamines et un ovaire à trois loges devenant trois drupes. 
Le Savonnier saponaire, des Antilles, porte des fruits semblables 
à de grosses cerises amères; sa racine et ses fruits surtout sont im- 
prégnés de saponine ; on écrase les fruits et on fait bouillir la 
pulpe pour le dégraissage des étoffes. 

Les Li-tchi (Nephelium), petits arbres fruitiers de l'Inde et de la 
Chine, cultivés aujourd'hui dans toutes les régions chaudes, ont des 
feuilles alternes composées paripennées, des fleurs petites, régu- 
lières, sans corolle, à deux carpelles dont un seul se développe pour 
donner un fruit gros comme une prune; il renferme une seule graine, 
de la grosseur d'une fève, entourée par un arille comestible, charnu 
et très épais, de saveur délicieuse (Voir PLANCHE EN COULEURS). 
Marronnier d'Inde, Savonnier et Li-tchi ont été groupés dans 
la grande famille des Sapindacées, caractérisée par la présence 
constante d'un disque floral arrondi. Les fleurs, régulières ou irré- 
gulières, en grappes, ont un calice et une corolle à cinq pièces ou 
quatre parfois, dix étamines en deux verticilles alternes et dont le 
nombre peut se réduire par avortement, enfin un ovaire libre ordi- 
nairement à trois carpelles ; le fruit est variable. Les Sapindacées se 
relient surtout aux Ànacardiacées ; elles en diffèrent par l'absence 
de canaux sécréteurs, leurs fleurs souvent irrégulières et la position 
du disque fréquemment situé en dehors des étamines. On les 
divise en trois tribus : 

3 carpelles à I ovule; 

fleurs régulières . . . Sapindées. 

3 carpelles à 2 ovules; 

fleurs irrégulières. . /Escvlées. 

2 carpelles ; fleurs régu- 
lières, feuil. opposées. Acérinées. 

Fleurs régulières ; feuil- 
les opposées Staphylccs 

La tribu des Sapindées comprend les Sa- 
vonniers et les Li-tchi ; celle des /Esculées, 
dont on fait parfois la petite famille des Hip- 
pocastanées, comprend le Marronnier, les 
Pavia. Ajoutons quelques lianes, comme les 
Serjania et les Paullinia, qui sont des plantes 
vénéneuses des forêts d'Amérique. 

Dans la tribu des Acérinées se rangent 
les Érables (Acer) de nos forêts. Ces arbres 
ont des feuilles caduques, opposées, simples 
et lobées; les fleurs, apparaissant avant les feuil- 
les, sont verdâtres, régulières, polygames, en 
grappes ou en corymbes; l'ovaire, à deux loges, 
se transforme en une samare double (p. 43). 
Deux de nos espèces indigènes, X Érable syco- 
more et Y Érable Platane ou Plane, sont de 
beaux arbres donnant un couvert très épais. 



Graines 


sans albumen. 


Graines 


à albumen. 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



189 



De ï Érable de Montpellier et de V Érable 
champêtre, on fait des haies vives; V Érable 
à sucre et V Érable rouge, de l'Amérique du 
Nord, sont exploités pour le sucre que fournit 
leur sève. Le bois des Érables, dense et veiné, 
est recherché par les ébénistes et les tourneurs. 

Les Négondo se distinguent des Érables 
proprement dits par leurs fleurs dioïques apé- 
tales et leurs feuilles composées pennées. 

Les Staphyliers sont des arbustes des 
régions tempérées ; ils ont des feuilles com- 
posées pennées ; on les utilise pour orner les 
jardins ; le Staphylier penné ou Faux Pis- 
tachier est le plus répandu ; sa graine donne 
une huile douce comestible. 

Polygalées. — Les Polygalées se relient 
aux Sapindacées à fleurs irrégulières, dont 
elles diffèrent surtout par leurs feuilles sim- 
ples. Ce sont des plantes à feuilles alternes, 
à fleurs irrégulières; le calice est à deux ailes 
colorées, la corolle à trois pétales, avec huit 
étamines : deux (sur dix) avortent habituelle- 
ment; il n'y a que deux carpelles; le fruit est 
une capsule. Les Polygales de nos pays sont 
de charmantes petites herbes des prairies, à 
fleurs bleues, blanches ou roses. Le Polygala Senega (Snake 
root) est employé en médecine comme expectorant et stimulant. 

LES RHAMNACÉES 

Dans tous bois humides de l'Europe tempérée, jusqu'en La- 
ponie, on rencontre abondamment le Nerprun bourdaine (Rham- 
nus Frangula). C'est un arbrisseau de 3 à 5 mètres, à tiges ra- 
meuses, flexibles et sans épines, à feuilles simples et alternes, 
caduques, ovales ; ses fleurs, petites et verdâtres, forment des groupes 
peu compacts à l'aisselle des feuilles. Leur calice est à cinq 
sépales, la corolle à cinq pétales, l'androcée à cinq étamines oppo- 
sées aux pétales et soudées par leur base, ainsi que ces derniers, 
avec le tube du calice ; l'ovaire globuleux renferme trois loges et 
le fruit, petite drupe d'abord rougeâtre, puis noire, contient d'or- 
dinaire une graine enfermée dans un noyau. Le Nerprun purgatif 
(R. cathartica) est épineux, à feuilles denticulées; ses fleurs 
jaunâtres sont souvent polygames; son fruit est vert, puis noir, à 
quatre noyaux. L'écorce et les fruits des Nerpruns sont des pur- 
gatifs très actifs ; le suc violet de leurs fruits verdit par les bases, 
et cette couleur verte, enfermée habituellement dans des vessies 
de porc (vert-de-vessie) est employée, après addition d'alun, par 
les peintres. Le vert de Chine est une sorte de laque obtenue 
avec l'écorce et le fruit de Nerpruns d'Extrême-Orient (R. chlo- 
rophorus et R. utilis). Le bois de Bourdaine fournit un charbon 
léger pour la fabrication de la poudre de chasse. 

Les Rhamnacées se distinguent des Géraniacées et des Ruta- 
cées par leur unique verticille d'étamines. 

Les Paliures sont de petits arbrisseaux aux stipules transformées 
en deux fortes épines; le Paliure épineux ou Argalou du midi 
de la France aurait, d'après la tradition, fourni les 
éléments de la couronne d'épines : d'où son nom 
vulgaire d'Épine du Christ; on le nomme encore 
Arbre au chapeau, Porte-chapeau, à cause de l'as- 
pect de ses fruits secs et plats, pourvus d'un large 
rebord membraneux (p. 44). Le Jujubier commun 
(Zizyphus Jujuba)de Syrie est cultivé depuis long- 
temps en Provence comme arbre fruitier. Le fruit 
ou jujube est une drupe rougeâtre ; la pulpe en est 
sucrée et pectorale, un peu fade. UHovénia doux 
est une Rhamnacée arborescente du Japon; ses 
fruits sont de la grosseur d'un pois; à la maturité, ils 
restent secs, mais leur pédoncule ramifié devient 
charnu et succulent, comme chez l'Anacardier. Les 
Céanothes sont appréciés dans les jardins. 

Ampélidées. — La Vigne oinifère ( Vitis oi- 
nifera) est un arbrisseau dont la tige noueuse, tor- 
tueuse, porte des rameaux flexibles ou sarments, 
munis de vrilles {fig. 241). Les feuilles, alternes, 
sont à nervation palmée, et présentent cinq lobes 
aigus et dentés ; dans certaines variétés, elles sont très 




Vigne, dite de la Mission, à Montecito (Californie). 

découpées. Les vrilles, bien qu'opposées aux feuilles et non situées 
à leur aisselle, proviennent de rameaux transformés. En mai appa- 
raissent des grappes composées de petites fleurs verdâtres, odorantes. 
La fleur se compose d'un calice cupuliforme à cinq dents, d'une 
corolle à cinq pétales soudés par le haut en un capuchon se fen- 
dant en bas, et que les cinq étamines et le pistil, par leur croissance, 
soulèvent et font tomber comme un bonnet ; les étamines sont 
opposées aux pétales ; l'ovaire libre, ovoïde, à deux loges biovulées, 
est inséré sur un disque annulaire et surmonté d'un court style, 
avec stigmate bilobé ; le fruit ou raisin est une baie à jus sucré, 
ovoïde ou globuleuse, de couleur variable, contenant de un à quatre 
pépins. On voit combien les Ampélidées ou Vitées se rappro- 
chent des Rhamnacées; elles en diffèrent surtout par leurs vrilles et 
l'absence de soudure entre les trois verticilles floraux externes. La 
Vigne atteint parfois des proportions considérables. En Amérique, 
certaines vieilles Vignes, de la variété dite de la Mission, ont un 
cep plus gros que le corps d'un homme. 

Notre unique espèce européenne, la Vigne oinifère, est cultivée 
dans presque toute la France et dans beaucoup de contrées du 
globe ; aux États-Unis, on trouve, de plus, quelques espèces in- 
digènes : Vitis œstioalis, V. riparia, V. rupestris. 

Les Ampélopsis, dont le plus connu est \' Ampélopsis à cinq 
feuilles (folioles) ou Vigne vierge, ne se distinguent des Vignes que 
par leurs pétales libres et non soudés en un capuchon. Leurs vrilles, 
à la fois enroulables ou adhésives, au moins dans certaines espèces 
{A. muralis), se dirigent toujours vers les parties les moins éclairées 
du support, s y collent par un suc résineux. La Vigne vierge, origi- 
naire des États-Unis, est une plante grimpante dont les feuilles 
très décoratives se relèvent à l'automne de tons rouges fort remar- 
quables. Les Cissus voisins ont les parties de la fleur par quatre, 
au lieu de cinq. 

Célastracées. — Le Fusain d'Europe (Eoo- 
nymus), arbuste de nos forêts, a des feuilles caduques 
opposées, lancéolées. Ses petites fleurs régulières, 
d'un jaune verdâtre, ont les pièces par quatre ou 
cinq ; les étamines, insérées, ainsi que la corolle, sur 
le bord d'un disque annulaire épais, alternent avec 
les pétales ; l'ovaire, uni à sa base avec le disque, est 
formé de quatre (trois, cinq) carpelles à loges biovu- 
lées, et devient une capsule à quatre angles saillants 
à forme de bonnet de prêtre. Son enveloppe rose, 
entrouverte à la maturité, laisse voir les graines, 
entourées d'un arille charnu rouge orangé. 

Le Fusain est le type de la famille; comme les 
Rhamnacées, les Célastracées n'ont qu'une seule ran- 
gée d'étamines, qui alternent avec les pétales. En 
dehors des Fusains, citons le Célastre grimpant 
(Bourreau des arbres) du Canada, vigoureuse liane 
qui enlace les arbres et les fait périr, et le Catha co- 
mestible ou Khâi, arbrisseau d'Arabie et d'Abyssi- 
nie, qui jouit de propriétés analogues à celles du café. 




Fig. 241. 

Rameau fleuri de Vigne. 

a, Bouton s'entr'ouvrant ; b, Fleur 

ouverte ; c, Coupe de la fleur. 



190 



LES PLANTES 




Glycine dans un jardin de Tabata (Japon). 



LES LEGUMINEUSES 

Les Légumineuses forment une des plus vastes familles de la 
classification botanique ; on y range 430 genres, avec plus de 
7 000 espèces répandues par tout le globe, et dont beaucoup sont 
utiles à l'homme. Ce sont des plantes de ports très divers ; cer- 
taines sont de grands arbres, d'autres des arbrisseaux ou des 
herbes. Les Légumineuses, bien que formant une famille très na- 
turelle, n ont entre elles qu'un petit nombre de caractères com- 
muns : feuilles alternes, ordinairement composées et munies de 
stipules, fleurs généralement du type cinq, avec dix étamines en 
deux verticilles, pistil formé d un seul carpelle clos se transformant en 
une gousse ou légume : d'où le nom de la famille. Ce fruit sec, à 
une seule loge, s'ouvre ordinairement par deux valves dont chacune 
porte un rang de graines. 

Cet immense groupe a été divisé en trois sous-familles : 1° les 
Papilionacées, à fleurs irrégulières dont le calice est gamosépale ; 
dans le bouton, le pétale supérieur est externe, les étamines sont 
ordinairement soudées en un seul groupe (monadelphes), ou en 
deux (diadelphes), une étamine étant séparée des neuf autres ; l'em- 
bryon est courbé; 2° les Césalpiniées, à fleurs irrégulières dont le 
calice est à peine soudé à la 

base; dans le bouton, le pé- — ., 

taie supérieur est interne, les 
étamines sont ordinairement 
libres, l'embryon est droit; 
3° enfin, les Mimosées, à 
fleurs régulières, dont les péta- 
les libres sont soudés à la base; 
les étamines sont libres, l'em- 
bryon est droit. 

Les Légumineuses ont des 
affinités assez complexes ; elles 
se rapprochent des Rosacées, 
de la tribu des Prunées; par 
les Mimosées, elles se relient 
aux Géraniacées et aux Ana- 
cardiacées ; les types à fleurs 
irrégulières rappellent aussi 
les Polygalées. 

Papilionacées. — Les 

Papilionacées doivent leur 
nom à la forme de leurs fleurs 
qui évoquent, avec plus ou Ajonc fleuri. 




moins de ressemblance, un papillon aux ailes étendues. C'est la 
section la plus nombreuse : 300 genres, avec près de 5 000 es- 
pèces; c'est aussi la plus importante par ses applications et, enfin, 
la seule qui soit bien représentée en France. 

Pour en connaître les caractères, nous examinerons V Ajonc 
d'Europe (Ulex europaus). C'est un arbrisseau des terres stériles, 
très commun dans les landes bretonnes, que, de janvier en avril, il 
pare de ses fleurs d'or. De haut en bas, il est couvert d'épines, dont 
les unes sont des rameaux fortement vulnérants, les autres des 
feuilles réduites à leur pétiole. Les fleurs, abondantes et grandes, 
sont par une ou deux à l'aisselle des feuilles ; le calice jaunâtre 
très velu est divisé en deux parties séparées jusqu'à la base; la 
corolle est à cinq pétales libres, inégaux : l'un dressé, supérieur, 
l'étendard (fig. 242), recouvre en partie deux pétales latéraux 
symétriques, ou ailes, qui, eux-mêmes, cachent les deux pétales 
inférieurs soudés formant la carène. Viennent ensuite dix étamines 
soudées par leurs filets en un seul groupe formant un tube fermé 
qui entoure l'ovaire libre. Celui-ci se transforme en une gousse 
courte, renflée, velue, renfermant peu de graines. 

On divise les Papilionacées en neuf tribus principales : 

[ I à 3 s Monadelphes ....... Genistées. 

ç ■ y folioles. ) Diadelphes Lotées. 

à 2 valves. \ ( f* as ^ e stipelles; diadel- 

! Plus de 1 phes ordinairement . . . Astragalécs. 

Étamines.' ' 3 folioles. ) (Diadelphes.. Viciées. 

soudées. ] V btipelles. j . , , , , D , , ,, 

J r ( JVlonadelpnes. rhaseolees. 

[ r . . ,, • i,i- iHédysarées. 

\ rruit articule ou indéhiscent . . . . J „ .. , 

f Ualbergiees. 

Étamines \ Arbres Sophorées. 

libres. / Herbes Podalyriées 

Genistées. — Aux Genistées appartient l'Ajonc, avec les 
Genêts, les Cytises et les Lupins. 

Sous le nom de Genêt, on réunit des plantes appartenant à 

plusieurs genres voisins. Ce sont 

ys ~^ /^V^X ^ es ar brisseaux épineux ou iner- 

//^\\ / I ■-***« | mes, à petites feuilles simples ou 

yf^W _jÉ^ trifoliées, à grandes fleurs ordi- 

I k(0I3) 1 A /Ç\ nairement jaunes et dont la ca- 

\ VW'V/ vw > ,h'\ / °'° rêne abaissée ne cache pas com- 

\/\, ^'J< \ plètement les étamines. Amers 

\^ <* ' ' J et toxiques à dose un peu élevée, 

/* "carène-' | es Q en êts peuvent fournir une 

Fig. 242. — Fleur du Pois. filasse résistante propre à faire 

A, Diagramme ; B, Pétales séparés des cordes et des toiles gros- 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



191 





Vieux Robinier, au Muséum. 



EpMt 
Baguenaudier en fruits. 



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Wistaria ou Glycine. 



sières. Les principales espèces sont le Genêt des teinturiers ou 
Genestrolle (Genista tinctoria), à feuilles simples; le Sarothamne 
ou Genêt à balai, à feuilles inférieures trifoliées; le Spartier à 
branches de jonc ou Genêt d'Espagne. 

Le Cytise faux ébénier ou Aubour, dit aussi Acacia jaune, est 
un petit arbre aux rameaux grêles et aux feuilles trifoliées portées 
par un long pétiole ; ses fleurs, d'un jaune clair, pendent en 
longues grappes. Les Lupins, herbes à feuilles entières ou digi- 
tées, portent des fleurs de couleurs variables, réunies en grappes 
dressées. On en compte une centaine d'espèces originaires de 
l'Amérique du Sud. Beaucoup ont un port élégant, un feuillage 
superbe et des fleurs grandes, qui en font des plantes de jardin; 
d autres espèces sont cultivées comme fourrage. 

Lotées. — Chez les Lotées, l'étamine supérieure est libre. 
Le Lotier corniculé est une petite herbe, à fleurs jaunes, groupées 
par quatre à huit au sommet d'un long pédicule, donnant des 
gousses allongées, dont la disposition rappelle les doigts d'une 
patte d'oiseau. La Trigonelle fenugrec est cultivée sur les rives 
méditerranéennes comme fourragère et médicinale. 

Les Trèfles et les Luzernes sont, avec le Sainfoin, les Lotées 
les plus importantes ; elles constituent les prairies artificielles. Les 
Trèfles, ainsi que l'indique l'étymologie (très, trois; folium, 
feuille), ont des feuilles à trois folioles. Les fleurs, petites, purpu- 
rines, rouges, blanches ou jaunes, sont groupées en épis ou en 
grappes, souvent presques globuleuses; les pétales en sont soudés 
en tube à la base; leur corolle est persistante. La gousse, petite 
et indéhiscente, à une ou quatre semences, est incluse dans le 
calice et la corolle qui s'accroissent et deviennent membraneux 
après la floraison. Les Luzernes (Medicago) s'en distinguent par 
leur corolle non persistante et par leur curieuse gousse indéhis- 
cente, monosperme, souvent contournée en une hélice (fig. 243), 
parfois garnie d'épines ou de tubercules. Le Mélilot officinal a 
des feuilles trifoliées ; ses fleurs jaunes, à corolle non persistante, 
possèdent une agréable odeur, qui s'accentue par la dessiccation ; 
elle est due à la coumarine. 

Astragalées. — Les Aslragalées comprennent des plantes 
dont les feuilles composées pennées portent ordinairement plus de 
trois folioles. 

Le Robinier faux Acacia, plus connu sous le nom inexact 
d'Acacia, est originaire de l'Amérique du Nord. Ses fleurs blan- 
ches, en grappes pendantes, égaient et parfument, au début de 
l'été, les parcs, les jardins et les routes. Tous les Robiniers euro- 
péens sont les descendants de celui qui fut planté par Vespasien 
Robin en 1636, et qui existe encore au Jardin des Plantes. C'est 
le doyen de ces arbres. Le Robinier peut atteindre 25 mètres de 
haut; ses feuilles, composées de onze à vingt-trois folioles pen- 
nées, portent à leur base des stipules transformées en épines très 
fortes, surtout quand l'arbre est jeune. Le bois du Robinier est 
dur, pesant, propre au chauffage et recherché par les ébénistes ; 
ses fleurs sont comestibles : beaucoup de personnes apprécient fort 
les beignets d'acacia. 

Le Baguenaudier commun ou Arbre aux vessies (Colutea ar- 



borescens) est un arbrisseau à fleurs d'un jaune foncé, donnant à 
la maturité de grosses gousses à parois translucides, renflées, vési- 
culeuses, qui éclatent avec bruit quand on les presse entre les doigts. 

Les Indigotiers sont des herbes ou des arbrisseaux répartis dans 
les régions chaudes. On en retire l'indigo, bslle matière colorante. 

La Réglisse glabre (Glycyrrhiza), de la région méditerranéenne, 
de l'Asie Mineure et de la Perse, atteint presque la taille d'un 
homme et porte des feuilles composées de neuf à quinze folioles 
allongées et des fleurs bleuâtres ou violacées en grappes axillaires. 
La tige souterraine ou bois de réglisse est très développée et chargée 
d'un principe sucré, la glycyrrhizine. Les Astragales forment un 
genre très nombreux. Ses caractères essentiels sont des feuilles à 
folioles imparipennées et surtout le fruit séparé en deux loges par 
une fausse cloison longitudinale (fig. 244, a). Quelques espèces, 
habitent la France, mais beaucoup sont des plantes épineuses 
adaptées aux climats chauds et secs, et abondantes dans tout 
l'Orient; elles fournissent la gomme adragante. 

Viciées. — Les Viciées fournissent à l'homme des graines 
alimentaires importantes : la lentille, le pois, la fève, le pois chiche. 
Tandis que la plupart des Lotées ont des feuilles à nombre impair 
de folioles dépourvues de stipelles, petites stipules accompagnant 
les folioles, les feuilles des Viciées en ont, avec un nombre pair de 
folioles, la dernière étant transformée en un simple filet, comme 
chez la Fève ou le Chiche, ou en un système de vrilles qui rendent 
la plante grimpante, tels les Vesces, Gesses et Pois. 

Les Vesces ( Vicia) sont communes dans les champs; la Vesce 
cultivée est une herbe annuelle à fleurs isolées ou groupées par 
deux. On l'utilise comme fourrage; ses graines sont données aux 
bestiaux et aux volailles. 

La Lentille comestible ( Vicia Lens) est cul- 
tivée depuis la plus haute antiquité, comme en 
témoigne l'histoire d'Esaù. C'est une herbe an- 
nuelle dont les feuilles sont toutes terminées par 
une vrille. Aux fleurs, petites et blanches, succè- 
dent de courtes gousses bosselées, pendantes, ren- 
fermant deux graines qui constituent un aliment 
végétal de premier ordre. 

La Fève (Faba) est universellement connue; 
ses feuilles, à une ou deux paires de folioles, ter- 
minent leur pétiole par une pointe effilée ; les 
fleurs, blanches avec une tache noire sur chaque 
aile, donnent de grosses gousses renfermant des 
graines volumineuses. Cette plante, inconnue à 
l'état sauvage, est cultivée depuis les temps pré- 
historiques. 

Les Gesses (Lathyrus), grimpantes pour la plu- 
part, ont des feuilles paripennées, pourvues à leur 
base de larges stipules et transformant au sommet 
leurs folioles en vrilles ; leurs fleurs, solitaires ou 
en grappes, sont souvent grandes et de couleurs 
vives. On rencontre en France une vingtaine d'es- 
pèces sauvages. L'une des plus curieuses est la 
Gesse aphaca des moissons; sa feuille, réduite à 




Fig. 243. 

Gousse 

contournée 

de Luzerne. 




a b 

Fig,. 244. 

Gousses. 

a, d'Astragale, 

coupée 

transversalement 

b, Articulée, 

d'un Sainfoin 

exotique. 



192 



LES PLANTES 



l'état de vrille, porte à sa base deux grandes 
stipules, qu'on prendrait volontiers pour deux 
feuilles simples opposées. Plusieurs Gesses 
font l'objet d'une culture comme fourrage, 
notamment la Gesse cultivée et la Gesse 
chiche ou Jarosse, Gérousse. La Gesse odo- 
rante ou Pois de senteur est cultivée dans 
tous les jardins pour ses jolies fleurs, qui 
garnissent agréablement les berceaux, les 
tonnelles (Voir PLANCHE EN COULEURS). 

Les Chiches sont aussi des plantes d'Asie 
et de la région méditerranéenne. On connaît 
surtout en France le Chiche de bélier (Ci- 
cer arietinum), dit Pois chiche, plante an- 
nuelle à feuilles imparipennéeset, par suite, 
dépourvues de vrilles et non grimpantes. 
Ses fleurs blanches isolées donnent des 
gousses renflées et courtes, renfermant cha- 
cune deux graines très riches en principes 
nutritifs, mais de digestion un peu pénible. 

Le Pois cultivé (Pisurn sativum) est une 
plante annuelle qui, comme la Fève, la Len- 
tille et le Chiche, nous vient des pays 
d'Orient. Les feuilles comprennent deux 
ou trois paires de folioles et des vrilles ; ses 
fleurs sont entièrement blanches ou partiel- 
lement violacées. Une espèce voisine, le 

Pois des champs ou Bisaille, Pois de pigeon, croît spontanément 
dans les moissons (Europe méridionale) ; on la cultive parfois comme 
plante fourragère. Signalons enfin VAbrus precatorius ou Liane 
réglisse, qui croît dans l'Inde; sa pousse allongée renferme quatre 
à cinq jolies graines sphériques d'un rouge brillant, avec une petite 
tache noire; la racine a la propriété de la réglisse, mais atténuée. 

Phaséolées. — La tribu des Phaséolées, dont le Haricot 
est le type, comprend surtout des herbes grimpantes à feuilles 
.trifoliées, munies de stipelles; les fleurs sont isolées, géminées 
ou en grappes; les étamines en un groupe et la gousse à une 
loge déhiscente ; la carène est contournée. 

Le Haricot commun (Phaseolus vulgaris) a des tiges volubiles, 
des fleurs en courtes grappes; la couleur des graines varie avec les 
races. Notre Haricot est inconnu à l'état sauvage; son origine a 
été longtemps discutée; on sait aujourd'hui qu'il est de prove- 
nance américaine; les Haricots utilisés jadis dans l'Ancien Monde 
étaient les graines de Doliques, plantes très voisines, cultivées 
dans les pays chauds. Le Haricot de Lima (lunatus) a donné 
lieu parfois à des empoisonnements chez les bestiaux et aussi chez 
les hommes, ce qui tient à la présence de doses variables d'acide 
cyanhydrique; le Haricot d'Espagne ou multiflore est une espèce 
ornementale originaire de l'Amérique du Sud. 

Le Soja hispide (fig. 245), ou Soya, Pois chinois, est une des 
espèces les plus utiles d'Extrême-Orient. Annuelle, dressée, velue, 
rameuse, haute d'un mètre, à fleurs verdâtres ou lilacées, cette 
plante forme des gousses contenant deux ou trois graines, arrondies 
comme celles du Pois, et jaunes dans la variété usuelle. Ces graines 
constituent un aliment des plus précieux ; assez pauvres en amidon, 
elles renferment une forte proportion d'huile et surtout de léguminè, 
matière azotée qui est une sorte de 
caséine végétale. Les Japonais utili- 
sent le Soja comme légume; ils en 
obtiennent des gâteaux blancs en 
écrasant les graines cuites et salées, 
mélangées avec du riz, et en les fai- 
sant fermenter pendant un mois; ils 
en retirent aussi de l'huile. Le hari- 
cot de Soja sert surtout à la fabrica- 
tion d'un condiment, le sho-you. 
En filtrant à travers un linge la pâte 
formée par les graines ramollies dans 
l'eau et écrasées, on obtient un 
lait végétal employé par les Chinois 
à l'exclusion du lait de vache; on le 
conserve en boîtes comme le lait 
condensé. Ce liquide, légèrement 
salé, puis chauffé, se caille et donne 
un fromage. Des essais ont été 

tentés en France, pour acclimater Fig. 245. — Soya. 

cette Légumineuse à tout faire. a, Fleur: 6, Fruit. 




Gainier ou Arbre de Judée. 




Un autre type, le Soya bean ou Fève 
de Mandchourie, beaucoup plus rustique, 
prospère fort bien' sous nos climats. Ses 
graines ont l'aspect de haricots nains blancs; 
avec leur farine, additionnée de beurre et 
d'eau, on fait pour les diabétiques un pain 
dix fois plus pauvre en amidon que le pair, 
de froment. 

Le Voandzeia souterrain ou Haricot- 
pistache, de l'Afrique tropicale, est voisin 
/des Sojas et sa culture est très répandue ; 
comme l'Arachide, cette plante enterre sa 
gousse à une seule graine, qui mûrit dans 
le sol et a la saveur de la châtaigne. 
La Wistaria de Chine, connue sous le 
nom impropre de Glycine, est une superbe 
liane à rameaux volubiles. En avril, ses 
branches, encore dénudées, se couvrent d'ad- 
mirables grappes pendantes de grandes fleurs 
odorantes, aux corolles d'un lilas pâle. La 
Glycine est le tsuji des Japonais; c'est une 
de leurs plantes favorites : ils la cultivent 
en vase, sous forme d'arbre nain ; dans 
leurs jardins, des sujets de grandes dimen- 
sions sont étalés sur des charpentes en bam- 
bou formant des berceaux ou sur des per- 
golas établies au bord d'un étang ; au moment 
de la floraison, une profusion de grappes, atteignant parfois jusqu'à 
1 mètre de longueur, pendent du toit et se réfléchissent dans le 
calme miroir de l'eau : c'est une véritable féerie. 

Les Mucuna ou Pois pouilleux, Lianes à gratter, sont des 
plantes grimpantes des régions chaudes; leurs gousses sont cou- 
vertes de poils dont le simple contact avec la peau produit de vives 
démangeaisons. \J Apios tubéreux de l'Amérique du Nord est 
une jolie plante ornementale. 

Signalons encore V Êrythrine coraildes Antilles (Voir PLANCHE 
EN COULEURS), arbre fournissant un bois très résistant aux agents 
de destruction, le bois immortel des ébénistes; de ses graines lui- 
santes, rouges avec tache noire, on fait des colliers, des bracelets. 
La Physostigma vénéneuse ou Fève de Calabar, de Guinée, 
est volubile; sa tige atteint 16 mètres et plus de longueur; ses 
gousses brunes, longues de 20 centimètres, renferment deux à trois 
grosses graines de couleur chocolat et qui sont fort toxiques, à 
cause de la présence d'un alcaloïde, Yésérine, qui paralyse les 
muscles à la façon du curare. 

Le Cajanus indien ou Ambrevade, Pois d'Angole, n'a plus 
les étamines toutes soudées. On le rattache cependant aux Pha- 
séolées. C'est un arbrisseau de 2 à 3 mètres, cultivé dans les pays 
chauds pour la nourriture des indigènes. 

Hédysarées, Dalbergiées. — La tribu des Hédysarées 
comprend des plantes dont la gousse est ordinairement divisée, par 
des cloisons transversales, en articles à une seule graine qui se dé- 
tachent isolément à la maturité (fig. 244, 6). Ce groupe est représenté 
en France par plusieurs herbes des prairies : les Coronilles, les Orni- 
thopes, etc. Chez les Ornithopes, la disposition des gousses articu- 
lées rappelle les doigts d'un pied d'oiseau ; les Hippocrepis doivent 

leur nom vulgaire de fera cheval à la 
forme des échancrures qui découpent 
leur fruit ; celui des Scorpiures, con- 
tourné et velu , rappelle une chenille. 
Le Sainfoin cultivé (Onobry- 
chis) ou Esparcette est une jolie 
plante vivace à feuilles composées 
imparipennées et dont les fleurs 
roses, en épis dressés, très visitées 
par les abeilles, fournissent un miel 
de qualité supérieure. Le Sainfoin 
est, comme l'indique son nom, un 
excellent fourrage. 

La Desmodie oscillante du Ben- 
gale est remarquable par les mou- 
vements, déjà signalés (p. 53), de 
ses feuilles à trois folioles inégales. 
La tige du Sola de l'Inde (/Eschy- 
nomena paludosa), arbuste de 2 à 
3 mètres, commun au bord des 
eaux, est formée d'un tissu léger 




Fig. 246. — Sophora. 
a, Fruit. 




ROSACEES, LEGUMINEUSES, CR ASSULACEES, ETC. 

Cactées: 1. Échinopsis de Rholand (hybride). - 2. Épiphyllum tronqué. - 3. Opuntia. — Saxifragées : 4. Hortensia. S. Saxifrage de Sibérie. - Crassu- 
lacées: 6. Echeveria. 7. Crassula écarlate (Rochea coccinea). — Rosacées : 8. Rose Maréchal Niel. 9. Rose Général Mac-Arthur. — 10. Rose Duchesse 
d'Albany.- 1 1. Rose multiflore Hyavatha. — 12. Rose Prince de Bulgarie.— 13. Rose Madame Hériot.- 14. Rose Paul Neyron.— 15. Amandier double. — 16. Kerria. 
17. Benoîte du Chili. 18. Aubépine rose. — Légumineuses : 19 Coronille. - 20. Gesse odorante. — 21. Sainfoin d'Espagne. — 22. Cytise. — 23. Erythrine. 

24. Glycine, — 25. Mimosas des fleuristes (Acacias), 



PLANTES — 16 



LA CLASSIFICATION BOTANIQUE 



193 




Sous les Tamariniers des Indes, à Iguala (Mexique). 



(bois d'Ambatsch), spongieux, propre à remplacer le liège. Enfin, 
1 Arachide souterraine ou Pistachier de terre est une herbe à tige 
velue, à feuilles composées de deux paires de folioles, avec sti- 
pules. Les fleurs, menues et jaunâtres, sont par petits groupes à 
l'aisselle des feuilles : les supérieures mâles avec les étamines en 
un faisceau, et les inférieures femelles ou polygames. Après la 
fécondation, le pédoncule des fleurs femelles s'allonge, se recourbe 
et fait pénétrer dans le sol la jeune gousse qui y mûrit ses graines. 
Cette gousse (cacahouète), coriace et parcheminée, présente des 
étranglements entre ses graines, au nombre de deux à trois, et de 
la grosseur d'une noisette. L'Arachide est cultivée dans tous les 
pays chauds, pour ses graines oléagineuses. 

Les Dalbergiées sont des Papilionacées ligneuses des régions 
tropicales; beaucoup sont grimpantes, d'autres sont de grands ar- 
bres. Leurs feuilles comprennent de nombreuses folioles pennées; 
les fleurs, souvent grandes et belles, réunies en grappes, présentent 
des étamines en un ou deux faisceaux ; la gousse, ligneuse ou dru- 
pacée, a des parois coriaces et ne s'ouvre pas; chez plusieurs 
espèces, elle a l'aspect d'une noix, d'une amande ou d'une sa- 
mare ne renfermant qu'une seule graine. 

Les Dalbergiées fournissent des bois durs, colorés, veinés, sou- 
vent odorants et d'un prix très élevé : tels sont les Ptérocarpes, 
Angelins ou Andira, et surtout les Palissandres ou Dalbergia, 
qui croissent au Brésil, dans l'Inde ou en Afrique. De plusieurs 
Ptérocarpes, on retire du \ino, suc rouge, astringent, voisin du 
cachou; d'autres, du sang-dragon, sorte de résine. Le fruit du 
Dipteryx odorant ou Coumarouna, de la Guyane, ressemble à 
une grosse amande dont la graine parfumée est d'un noir brillant 
(drupe) ; c'est la fève Tonka, employée à parfumer le tabac. 

Sophorées, Podalyriées. — Avec ces tribus, nous termi- 
nons 1 immense groupe des Papilionacées. Les Sophorées sont des 
arbres à feuilles pennées ; la corolle est parfois presque régulière ; 
les dix étamines sont libres; la gousse est indéhiscente ou bivalve. 

Du Sophora du Japon (fig. 246), introduit en Europe en 1 763, 
on apprécie le feuillage touffu et gracieux plutôt que les petites 
fleurs blanchâtres. Les Myroxylon, arbres atteignant 5 mètres de 
haut, qui vivent dans l'Amérique centrale, sécrètent et fournissent 
par incision des produits résineux odorants : les baumes du Pérou 
et de Tolu, utilisés en parfumerie et en médecine. 

Les Podalyriées comprennent des plantes de jardin, comme 
les Baptisia à fleurs bleues et les Thermopsis à fleurs jaunes. 

Césalpiniées. — Le Gainier siliquasire (Cercis) ou Arbre de 
Judée, originaire de l'Asie occidentale, croît en pleine terre dans 
nos jardins. Au printemps, avant l'apparition des feuilles, son tronc 
noueux, ses branches irrégulières se couvrent de fleurs d'un rose 
foncé qui semblent sortir du vieux bois. La corolle comprend 
cinq pétales libres; les dix étamines, disposées en deux verticilles, 



sont libres jusqu'à leur base; le pistil ressemble à celui du Pois; 
la gousse, aplatie et mince, renferme de nombreuses petites grai- 
nes. Les feuilles, déjà presque complètement formées à la fin de 
la floraison, sont alternes, simples, cas très rare chez les Légumi- 
neuses, et en forme de cœur. 

Les autres Césalpiniées ont une organisation analogue; cepen- 
dant la plupart ont des feuilles composées pennées ; les fleurs 
sont grandes, belles et papilionacées, rarement petites et presque 
régulières; jamais les deux pétales inférieurs ne sont soudés en une 
carène; la gousse, déhiscente ou non, est souvent divisée en loges 
par des cloisons. Les Césalpiniées sont, sauf de rares exceptions, 
des plantes ligneuses des régions chaudes. 

Le Caroubier commun (Ceratonia siliqua) des rives méditer- 
ranéennes a des feuilles persistantes comprenant six à dix folioles 
coriaces paripennées; les fleurs, pourprées et très petites, disposées 
en épis, n'ont pas de corolle et n'offrent qu'un calice à cinq dents, 
cinq étamines et un ovaire un peu arqué; certaines fleurs sont uni- 
sexuées. La caroube est une gousse coriace, longue de 15 à 
20 centimètres, et divisée par des cloisons transversales en loges 
remplies d'une pulpe sucrée qui emprisonne les graines. Ces fruits 
sont excellents pour nourrir les bestiaux; l'homme les mange aussi 
avec plaisir; l'écorce sert en tannerie. 

Le Févier ou Gleditschia à trois épines (fig. 247) est un arbre 
de 1 5 à 20 mètres, originaire du Canada et cultivé dans nos parcs. 
Ses feuilles sont, les unes composées de dix à quatorze paires de 

folioles pennées, les autres 
bipennées; il est garni de 
piquants groupés à l'aisselle 
des feuilles et qui sont des 
rameaux avortés ; les fleurs, 
petites et blanchâtres, poly- 
games, presque régulières, 
donnent de longues gousses 
brunes, plates, arquées et 
remplies d'un tissu pulpeux 
qui abrite les graines. Le 
Gymnoclade ou Chicot du 
Canada est un arbre orne- 
mental très voisin du Févier. 
Toutes les Césalpiniées 
dont il nous reste à parler 
habitent les régions chaudes. 
Les Brésillets ou Cœsalpinia 
fournissent des bois tincto- 
riaux dont le plus répandu 
est le bois de Fernambouc 
ou du Brésil, qui sert à tein- 
Fig. 247. — Févier. dre en rouge. Lé Brésillet 

a, Fleur. des corroyeurs ou Libi-dibi, 




LES PLANTES. 



17 



194 



LES PLANTES 



Divi-divi, a des gousses indéhis- 
centes , curieusement contournées 
en C ou en S, et qui servent en tan- 
nerie. Le bois de Campêche est 
fourni par un arbre épineux de 6 à 
15 mètres de haut, Y Hémaloxylon 
de Campêche. Le cœur de ce bois 
tinctorial, d'un rouge brun pâle, est 
lourd, à grain fin et à odeur d'Iris. 

Les Casses sont riches en prin- 
cipes purgatifs : la Casse fisiuleuse 
ou Canéficier officinal est un grand 
arbre à port de Noyer; ses feuilles 
sont paripennées, ses fleurs jaunes 
en longues grappes pendantes ; le 
fruit est une gousse cylindrique li- 
gneuse, d'un brun noirâtre, longue 
de 30 à 40 centimètres, indéhis- 
cente, divisée par des cloisons en 
loges à une graine; la pulpe qui 
entoure les graines est la casse. La 
Casse à feuilles aiguës, arbrisseau 
d'Egypte, fournit le séné. 

Un des plus beaux arbres des ré- 
gions tropicales est le Tamarinier 
des Indes ( Tamarindus) ; ses gran- 
des feuilles alternes sont formées de 
dix à quinze paires de folioles oppo- 
sées, paripennées; les fleurs, d'un 
jaune rougeâtre, n'ont que quatre 
sépales, trois pétales grands et deux 
inférieurs en forme de soie ou d'écaillé et trois étamines fertiles, 
les autres stériles ou avortées ; l'ovaire est étroit, courbé en faux ; 
le fruit est une épaisse gousse comestible de 10 à 15 centimètres 
de longueur, avec quelques graines anguleuses dans une pulpe 
douceâtre acidulée, rougeâtre; elle sert à préparer le tamar. 

Les Copa'iers (Copaifera), grands arbres à feuilles très élégantes, 
sont presque tous américains; leur fleur apétale est presque régu- 
lière, avec un calice à cinq lobes et dix étamines ; la gousse ne 
contient qu'une seule graine. Ils sécrètent une oléorésine, le baume 
de copahu. Citons encore les Bauhinia, dont certains sont d'étranges 
lianes à tige aplatie et rubanée, serpentant et grimpant dans les 
forêts tropicales (p. 92), et le Courbaril (Hymenœa) du Brésil et 
de Madagascar, dont le bois dur, ressemblant au Santal, sert en 
ébénisterie; on en retire la résine animée ou copal. 

Mimosées. — En hiver, à Paris, sur les voitures des mar- 
chandes de fleurs, les petits pompons jaunes du Mimosa accompa- 
gnent la violette et les autres productions parfumées des horticul- 
teurs du Midi. Ce Mimosa des fleuristes est, en réalité, Y Acacia 
dealbata d'Australie, acclimaté depuis longtemps déjà sur le lit- 
toral méditerranéen. C'est un arbre de 8 à 10 mètres, à rameaux 
blanchâtres, garnis de feuilles bipennées d'une délicatesse infinie; 
de janvier en mars, il se couvre de grappes odorantes de petits 
capitules globuleux, dont chacun est la réunion de plusieurs mi- 
nuscules fleurs régulières, à nombreuses étamines multiples. 

Plusieurs Acacia d'ornement, 
originaires d'Australie et acclimatés 
en Provence, fournissent encore des 
branches fleuries qui, dans le com- 
merce, portent aussi le nom de 
Mimosa, mais qui sont beaucoup 
moins gracieuses, car leur feuillage 
est réduit à des phyllodes: tels sont 
Y Acacia retinodes, garni toute l'an- 
née de fleurs parfumées d'un jaune 
citron ; Y Acacia à longues feuilles, 
dontlesépissontcylindriques;l'/4ca- 
cia en coutre (A. cultriformis), etc. 
(Voir PLANCHE EN COULEURS). 

Les Acacia forment le groupe le 
plus important de la tribu des Mi- 
mosées; on en compte près de 
500 espèces, arbres ou arbrisseaux, 
souvent épineux, habitant les ré- 
gions chaudes et particulièrement Fig . 248 . _ Acacia arabi 

Afrique et 1 Australie. Leurs feuil- Branche en fleurs 

les alternes sont bipennées, mais, e t branche en fruits. 




Acacia à feuilles diverses (La Réunion). 




chez beaucoup d'espèces austra- 
liennes, les folioles se métamorpho- 
sent peu à peu, le pétiole s'élargit 
et reste seul, sous forme d'une lame 
verte dressée ou phyllode. Cette 
disposition a pour effet de s'opposer 
à une transpiration trop active. Chez 
l'Acacia à feuilles diverses (helcro- 
phylla), on observe, en même temps, 
des feuilles à tous les degrés de trans- 
formation. Les fleurs, petites, régu- 
lières, hermaphrodites ou polygames, 
et du type quatre ou cinq, avec un 
grand nombre d'étamines, sont grou- 
pées en capitules globuleux ou en 
épis cylindriques; le fruit est une 
gousse articulée de forme variable. 
On cultive, en Provence et aux 
environs d'Alger, en vue de la par- 
fumerie, la Cassie ou Acacia de 
Farnèse, arbrisseau des tropiques. 
Beaucoup d'Acacia produisent des 
gommes, liquides épais formés par 
les membranes cellulaires qui se 
gonflent et se ramollissent. Le plus 
important des Acacia gommifères 
est Y Acacia arabique (fig. 248), 
arbrisseau de 2 à 6 mètres de haut, 
qui croît non seulement en Arabie, 
mais dans une grande partie de 
l'Afrique et de l'Inde ; il est épi- 
neux, à fleurs jaunes en pompons. La gomme arabique se présente 
en larmes arrondies, transparentes. La gomme du Sénégal, utilisée 
surtout en France, provient d'une espèce voisine. Le bois de 
1 Acacia cachou ou Cachoutier de l'Inde, épuisé par l'eau bouil- 
lante, fournit du cachou, principe amer et astringent, renfermant 
un tanin particulier, employé en médecine, en teinturerie (couleur 
kaki) et en tannerie. Le farneux tsofar ou Arbre siffleur des nègres 
d Afrique est Y Acacia fistula, dont les épines stipulaires attaquées 
par un insecte se renflent en galles sphériques évidées. Le vent 
pénètre en sifflant par l'unique orifice de ces boules creuses et 
produit des sons variables avec leur grosseur. Signalons aussi 
1 Acacia à girafe d'Afrique, dont le feuillage est le fourrage pré- 
féré de ces grands ruminants. 

Les Mimosa proprement dits ne possèdent ni les nombreuses 
étamines (ils ont seulement quatre étamines), ni le pollen aggloméré 
des Acacia; ce sont des herbes ou des plantes ligneuses dont il 
existe près de 300 espèces habitant les régions chaudes. Comme 
la plupart des Légumineuses, mais à un plus haut degré, les Mi- 
mosa ont des mouvements périodiques, dits de veille et de som- 
me/7, de leurs gracieuses feuilles bipennées. Mais quelques espèces 
ont, de plus, des mouvements provoqués fort curieux (p. 53) qui 
leur ont valu le nom de Sensitices (fig. 249). La plus connue 
est le Mimosa pudique, qui croît spontanément au Brésil, mais 
s'est aujourd'hui répandu en Asie et en Afrique. C'est une 
herbe de 60 centimètres de hauteur; sa tige est armée de 

quelques épines; ses fleurs, très 
petites, sont groupées en gracieux 
capitules roses. 

La Houlle des Ouoloffs est un 
arbre de 1 2 à 15 mètres, le Park.ia 
africana, dont les fleurs forment 
de gros pompons d'un rouge écar- 
late. Ses gousses, longues de 30 cen- 
timètres, renferment une pulpe su- 
crée qui se consomme en nature ou 
en boisson fermentée. Quant aux 
graines, elles donnent une infusion 
théiforme nommée improprement 
café du Soudan. 

UAlbizzia julibrissin ou Acacia 
de Constantinople, Arbre de soie, 
est, en réalité, originaire de Perse. 
On le cultive dans le midi de la 
France pour ses jolies fleurs d'un 
blanc rosé, group